‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 15 sur 57 · DANSE DE 8AINT-«UY · texte numérisé non relu

DANSE DE 8AINT-«UY

H n*en est pas de même de la prédiipositiùn héréditaire. Celle-ci est lu* contestable, et alors que des statistiques judicieusement faites ne Tauraieot pas démontrée, on aurait pu se demander pourquoi la danse de Saint-Guy ne serait pas sujette à la loi qui régit toutes les affections nerveuses, dans lesquellel l'hérédité occupe une place si importante.

En remontant dans les antécédents des individus atteints de danse de Saint* Guy, vous retrouverez, soit dans les ascendants directs, soit dans les ascendants collatéraux, — dont on a dit, je ne sais pourquoi, qu'il ne fallait pas tenir compte, — vous retrouverez des névroses diverses, Thystérie, l'épilepsie, les accidents éclamptiqnes ; ou bien vous retrouverez, pour la danse de Saint-Guy comme pour les autres névroses, des manifestations diathésiqnes, et en particulier la diathése tuberculeuse. Et ici nous touciions de nouveau à la ques« tion des transformations des affections diathésiqnes héréditaires les unes danà les autres, grande question de pathologie générale à laquelle j'ai déjà fait pliH sieurs fois allusion.

Divers états pathologigues ont été considérés comme des causes prédisposantes de la maladie que nous étudions ; mais pour la plupart, leur influence n'est rien moins que démontrée. Je ne parle pas des métastases des affections dartreuses , de la gale, des éruptions fébriles, des métastases consécutives aux suppressions de flux habituels , trop souvent rangées k tort dans i'étiologie des maladies dont la cause réelle nous échappe ; je ne dirai rien non plus des affections gastro-intestinales» des affections verminenses qui, si elles ont nœ influence marquée sur le développement des accidents nerveux édamptiques* n'ont avec la chorée que des rapports très-douteux de causalité. J'ajouterai que les troubles des fonctions digestives, complications très-communes, ainsi que je vous le dirai plus tard, de la danse de Saint-Guy, sont la conséquence de la perturbation apportée dans le système général de l'innervation par le fait de cette maladie, et ne sauraient être regardés comme son point de départ.

Il est hors de doute que souvent la danse de Saint-Guy a sur le dévelcp»

pement de la chlorose une influence marquée. Il l'est également qu'un grand

nombre, le plus grand nombre même, des femmes affectées de chorée étaient

préalablement chlorotiqoes, et que chez elles laguérison s'opère, lorsque^ par k

tnédication indiquée en pareil cas, on a guéri la chlorose. Il est évident que

très-souvent, celle-ci est tout au moins un état concomitant dont il faut tenir

grand compte dans le traitement de la danse de Saint-Guy. Je dirai plus:

la (ihlorose, comme toutes les causes capables d'affaiblir l'organisme et de jeter

le système nerveux dans l'éréthisme, joue un rôle capital dans l'étiologiè di

cette singulière névrose. Dans la grossesse^ qui peut être considérée comme

noe circonstance favorable à la production de l'affection nervense dont nous

parlons, c'est encore à la chlorose qui l'accompagne si fréquemment que les

•ocîdenfs doivent être rapportés. Cette influence indirecte de la grossesse sor

« danse de Saint-Guy n'est niée par personne ; M. le docteur G. Sée en »

f^^Êemblê seize exemples chez des femmes de dix-neuf àviii^«CA\ twm

168 DBS CHORÊES.

coUègae M. le docteur Hoiieloup, en a observé uu chez une jeune femme de leizeang.

Messieurs, je vous disais il y a un instant, à propos de la pi-édisposition héréditaire, que la danse de Saint-Guy pouvait être la manifestation de certaines diathèses qui se seraient montrées, chez les ascendants directs on collatéraux, dans leur forme habituelle. Je n'oserais pas dire, avec J. Franck et M. G. Séc,que la dia thèse tuberculeuse ou strumcuse joue un rôle important dans la production de la chorée, bien qu*une grande proportion de choréiques aient été atteints de tubercules. Il faudrait, au préalable, établir la proportion qui existe entre d'autres maladies chroniques et les tubercules.

Mais de toutes ces causes pathologiques prédisposantes, celle dont l'action est la plus marquée et la plus incontestable, c'est assurément le vice rhumatismal. Les rapports du rhumatisme avec la danse de Saint-Guy avaient été entrevus parStoU, par Copland et Bouteille, par Abercombrie, Bcgbie, Bright, Gabb, Richard ; d'autres encore avaient signalé la coïncidence de la péricardite et de l'endocardite avec la chorée. M. le docteur BotrcI était allé plus loin, lorsque, en 1850, il prenait pour sujet de thèse inaugurale. De la chorée considérée comme affection rhumatismale, et émettait l'opinion professée avant lui par le docteur Hugues, que la première n'était qu'une manifestation particulière de la seconde; mais dans son remarquable Mémoire sur la chot^ée et les affec^ tions nerveuses, etc., couronné en 1851 par l'Académie de médedne, M. le docteur G. Sée a tellement mis le fait en lumière qu'à lui véritablement revient la plus grande part dans cette découverte.

Les intéressantes recherches de mon collègue de l'hôpital des Enfants l'ont amené à cette conclusion, que presque toujours un individu affecté de danse de Saint-Guy avait eu au moins des douleurs de rhumatisme. Toutefois, M. G. Sée n'a pu se défendre d'une certaine exagération, en confondant sous un même litre les affections rhumatismales, les simples courbatures et les douleurs musculaires qui accompagnent si fréquemment le début de la chorée.

Celte loi, en en retranchant ce qu'elle aurait alors de trop exclusif, n'eu reste pas moins acquise k la science, et il n'est |)as de médecin aujourd*hui qui n'ait été en demeure de la vérifier. En plusieurs circonstances, je vous eu ai montré l'application chez les malades que nous voyons ensemble, et entre autres chez une malheureuse jeune fille de notre salle Saint-Bernard chei laquelle une danse de Saint-Guy des plus violentes qui l'emporta s'était déclarée dix ou quinze jours après l'apparition d'un rhumatisme ariicuhirc aigu.

Au sujet de celte malade, je vous racontais que vers la même époqw, collègue et ami Lcgroux m'avait prié de venir voir la fille d'un liiRia' la rue Richelieu affectée de rhumatisoie irticobirt ■ constations l'existoncc d'une endocardte^tf du rhumatisme, les douleurs penifin de Saint-Guy qui, d'abord rood

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Biatisme et la danse de Saint*Guy; mais pei*8onne n*a songé à les présenter comme étant caractéristiques de celte maladie.

Il est un point de symptomatologic sur lequel je veux appeler votre attention, c'est celui qui a trait à V influence qu'exercent sur la danse de Saint-Guy les maladies fébriles intercurrentes, et réciproquement. C*est encore à M. Sée que l'on doit d'avoir étudié plus particulièrement la question. « Si la cborée, dit-il, n'imprime que peu de nH)dificatiou8 aux maladies intercurrentes, il n*cn est pas de môme de celles-ci à l'égard de la cborée : les complications et surtout les affections fébriles exercent sur la marcbe des pbénomènes nerveux en général une influence incontestable qui se trouve nettement forroulée déjà dans les livres de l'antiquité, nu II vaut mieux, 'dit Hippocrate, que la fièvre vienne à la suite d'un spasme que le spasme à la suite de la fièvre. » Ailleurs, il dit plus explicitement a que le spasme peut être dissipé par une fièvre aiguë, » axiome fécond en applications, qui a cependant trouvé de nombreux contradicteurs , parce qu'il implique en effet des restrictions importantes qui, pour avoir été méconnues, ont fait mettre en doute le principe même de cette sentence. On trouve, il est vrai, des exemples de chorées dont les symptômes se suspendent pendant la durée d'un exanthème pour reprendre ensuite momentanément leur cours, et se dissiper enfin rapidement avec ou sans le secours de l'art. Mais à côté de c(s faite qui démontrent d'une manière irréfragable raclion de la fièvre sur la marche de la cborée, on en a cité d'autres non moins probants dans lesquels la formule bippocratiquc se trouve complètement en défaut. Ainsi M. Rufz, qui en récuse la vérité, rapporte suc* cessivcnicnt l'hisioirc de (deux chorées compliquées de rougeole, dont l'une se continua jusqu'à la mort sans se modifier.

» Pour interpréter ces difficultés et concilier des opinions si contraires, il n'est d'autre moyen que d'interroger l'observation et d'en soumettre les résultats à une analyse rigoureuse. Or, sur 128 observations que nous avons recueillies et dont 70 présentaient des complications fébriles, nous avons compté 25 fièvres rhumatismales, 17 fièvres exanihématiques, savoir : 10 scarhtines, U variolofdes, 3 rougeoles, 12 fièvres éphémères essentielles ou catarrhales, et 16 phlegmasics dont 7 pneumonies, 3 angines, k phlegmons, 3 diphthérites.

» Toutes ces maladies disparates, et qui n'ont d'autres liens commup(< que

b mouvement fébrile, se comportent de la même façon à l'égard des phé*

mmènes nerveux. Quand ceux-ci sont près de s'éteindre, la fièvre les fait

fMMr brusquement; mais c'est là l'exception. Quand ils ne sont pas en voie

4e décroissance, elle commence par produire une excitation générale accom-

lét d*oiie exaspération évidente des mouvements choréiques qui se conti-

klMnii Imgtemps que durent l'état prodromiqnc, la fièvre d'invasion et

Mi 4'aiigment de la maladie (vingt-quatre à trente-six heures dans les

•.éphémères, deux à sept jours dans les pyrexics ou les plilcgiiiasies),

ifï\ où rérétliisuH* fébrile .se trouve avo^r atteint s- u maximum

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hngae hors de sa boacbe par saccades ; lorsqu'elle buvait, ia déglutition se fwk d'une façon spasmodique ; la marche était presque impossible ; le bras gwk, la main et la jambe du môme côté étaient agités de mouvemenls désoidoMiéi; elle était obligée de garder le lit, et ne pouvait manger seale. LasaÉh bilité était émousséc du côté gauche, à la face et sur les membres. Il d'y Mi point de trouble du côté de Tiniestin ; la respiration et la circulatk» fnini normales, cependant au cœur et surtout à la pointe on entendait au temps un bruit de souffle doux qui ne se prolongeait pas dans les

Le 16 janvier, apparurent sur les membres des saillies velouté^, semhbUei à de l'urticaire ; le 1 7, nous notions de la fièvre caractérisée par la fréqocM du pouls, parla chaleur de h peau; la malade se plaignait de doaleurs rinmtismales dans plusieurs articulations, et nous trouvions un épaocheiDent maifeste dans le genou droit Le bruit de souffle cardiaque était mieux acoisftcl plus prolongé.

Pendant sept jours, l'affection rhumatismale se porta sur plnsieurs artiolatioos qu'elle abandonna pour y revenir de nouveau, et pendant ce ten^si, kl mouvements cboréiques furent presque nuls. Le 25 janvier, rexpresrion de stupeur était très-marquée avec une grande immobilité de la physiononiie,la pupilles étaient dilatées. L'enfant restait dans le décubitns dorsal, lesdonkin articulaires étaient presque nulles, et il y avait du stabisme convergent Noa notions cependant une diminution très-notable du pouls et des mouTemeiB respiratoires. Depuis le 20 janvier on avait cessé l'administration de la digilrie qui avait été donnée pendant plusieurs jours sans avoir amené aucune modification sensible des battements cardiaques qui avaient jusqu*^ cette époqK présenté la fréquence et l'ampleur observées ordinairement dans le rhumatismeL La céphalalgie frontale, le strabisme, la stupeur, la diminution des mouvemeaB du cœur et de la respiration, la cessation prescfue complète des douleurs aiticulaires disaient assez que le rhumatisme s'était porté sur le cerveau ; toutefaii la tache cérébrale ne devint manifeste que le 26 janvier, mais alors elle était très-marquée. Ajoutons qu'il y avait de la constipation.

Les symptômes cérébraux persistèrent pendant quatorze jours, les hitlements du cœur étaient devenus de moins en moins fréquents (&8 pilsaiions par minute) , et la respiration était lente, parfois interrompue pendant quelques secondes. On avait administré d'abord 125 grammes d'infusioB de café par jour , puis on eut recours au caloniel fracta dosi. Le k février, c'est-à-dire quatorze ou quinze jours après le début du rbunutisme cérébral, il y eut amendement de tous les symptômes cérébraux : il y avait moins de stupeur, l'intelligence était plus nette, le strabisme était moins accusé, les pupilles étaient moins dilatées, la malade répondant volontiers, ce qu'elle n'avait pu faire depuis plusieurs jours ; le pouls reprenait de ia fréquence, la réparation devenait plus régulière ; la figure n'avait plus la même teinte cyanosée; la tache cérébrale , moins prononcée, persistait moins longtemps ; de jonr ca jour, à partir de ce moment, le mieux fit des progrès sensibles et oontiou;

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