DANSE DE SAINT GUV
mouvements coovoisifs est ordinairement plus prononcée d'un côu^ que de ire, et plus particulièrement à gauche. On Toit aussi cette prédominance oifester alternativement, Tagiiation cesser dans le côté qui d'abord était IRylnB malade, et devenir plus violente dans l'autre. 4vCb quelques cas, la chorée, primitivement partielle^ reste telle pendant sa durée, ou bien, après s'être généralisée, elle n'affecte plus que quelques Ces cas sont rares, et un grand nombre de ceux qui avaient été comme exemples avaient trait non à la danse de Saint-Guy, mais h des J|fM9 espèces de chorée qu'il faut bien se garder de confondre avec celle-d. 8i« lorsque la maladie commence, les accidents qui la caractérisent sont Ims légers pour ne pas attirer l'attention des parents, s'ils consistent alors Inlement en un défaut de précision des mouvements volontaires, ou bien en ^pB lorte de carphologie, ou en quelques contorsions plus ou moins passagères ^ tronc et de la face ; quand les phénomènes sont nettement déclarés, la de Saint-Guy ne saurait plus être méconnue, et la description la plus otieuse ne pourrait donner une idée exacte du tableau bizarre et varié que te l'individu qui en est affecté.
- Ce qui frappe à première vue, c'est la singularité, l'instabilité, l'irrégularité mouvements dont il est agité. Ainsi l'enfant ne peut rester un instant en S'il est debout, la station est difficile, les jambes plient sous lui pour H. redresser à l'instant, la marche a quelque chose de particulier; il court phtôt qu'il ne marche. S'il veut faire un pas en avant, il porte son pied plus kiol qu'il ne voudrait ; il le lance de droite et de gauche, et à peine ce pied •-t-il de nouveau touché le sol, que l'autre l'abandonnant à l'instant, se meut ds b même façon ; c'est un sautillement perpétuel, une sorte de danse mal Mdeocée; et ce qui donne à cette danse un caractère plus grotesque et plus pioible à voir, ce sont les mouvements irréguliers des membres supérieurs» hi contorsions du tronc et de la tête qui, suivant la comparaison de M. Rub, fcat ressembler les nuilheureux choréiques à ces pantins que l'on fait mouvoir à l'aide d'une ficelle.
Lorsque les accidents sont portés à un très-haut degré, la station debout, la progression sont tout à fait impossibles, et le malade est forcé de rester couché foos peine de tomber et de ne pouvoir se relever.
Les membres supérieurs se meuvent également dans différents sens. Passant •fcc une excessive rapidité de la flexion à l'extension, de la pronation k la sopniation, ces divers mouvements se succèdent sans régularité. Pour amener m main dans une direction déterminée, le choréique n'y parvient qu'après betncoup d'eflbrts. S'il veut, par exemple, la mettre sur sa tête, il porte, WftiB bien des détours, son bras en haut, se frappant le visage, le front, et une irii b, il ne peut garder longtemps la position qu'il a prise. S'il cherche k ■iar un objet qu'on lui présente, il lance sa main comme si son bras obéissait kractioD d'un ressort, puis il la retire en arrière avec la même brusquerie, ■Wrivant pas jusqu'au but qu'il se propose d'atteindre, ou le dépassant et ne
nu DES CHORÊES.
rttteîgnanl en définitive qu'après de nombreuses tentatbes ; et encore 8*i atteint ce qu'il désire, c'est sourent en le renversant, en le lançant loin de lui. S'il t'a saisi, il va le lâcher tout à coup; s'il le tient enfin, si c'est son verre et qu'il veuille boire, il n'y parviendra qu'à grand'peine, et, ainsi que le dit Sydenham, avant d'y parvenir, il fera mille contorsions» allant de droite et de gauche, jusqu'à ce que le hasard lui faisant rencontrer ses lèvres, il avale la hrisson d'un seul trait; ou bien encore il prend le verre entre ses dents, et ne le lâche qu'une fois qu'il l'a vidé. Vous comprenez, messieurs, combien, dans ces circonstances, l'alimentation devient difficile, et pourquoi les malades réclament pour manger le secours des personnes qui les assistent.
La physionomie prend un aspect singulier d'imbécillité que lui donnent les convulsions des muscles et du visage, produisant les expressions grimaçantes lesplus opposées ;Jles sourcils, la peau du front, les ailes du nez, se contractent else relâchent, les paupières s'abaissentet s'élèvent successivonent, les lèvres sont tirées dans divers sens alternativement, la bouche s'ouvre et se ferme sans eease, les yeux enfin roulent convulsivement dans leurs orbites.
Les muscles de la langue n'étant pas plus respectés que les autres, la parole est souvent embarrassée ; il y a une hésitation, un véritable bégayement, et les individus ont de la difficulté à se faire comprendre. La parole est d'autant plus gênée que quelquefois les muscles du larynx eux-mêmes sont ^s, et alors, le son de la voix étant changé, les choréiques font entendre une sorte d'aboiement
Il se produit quelquefois des sons étranges tenant à ce que le son vocal se fait durant l'inspiration, au lieu de se faire dans l'expiration. Pendant que le naïade expire pour parier, tout à coup les muscles inspirateurs se contractant convulsivement font pénétrer rapidement l'air dans le larynx, et cette espèce d'antagonisme entre l'intelligence qui commande h parole et les muscles inspirateurs, produit une altération bizarre de la voix.
Enfin le pharynx et d'autres muscles de la vie organique peuvent être affectés; on observe alors la gêne de la déglutition, tandis que le relâchement des sphincters du rectum et de la vessie amène l'incontinence des matières fécales et de Turine; ces cas sont assez rares.
Les convulsions choréiques portent donc presque exclusivement sur les appareils de la vie de relation, et si les mouvements sont involontaires comme dans toute convulsion, la volonté cependant exerce encore sur eux un certain empire. Le défaut de coordination semble résulter de ce qu'un certain nombre de contractions sont involontaires, d'autres volontaires, mais insuffisantes pour neutraliser les premières. Je m'explique.
Lorsque la volonté commande librement, lorsqu'elle commande, pir ekemple, au bras de se lever, à la jambe d'avancer, les muscles chargés d'exé* eoter ces mouvements le font avec une régularité ahsoiie; Qm «da synergiques et suivent un ordre parfaltODent bÊtm cMte harmonie existe encore dav^v^
DANSE M SAIirr-GUY. I7S
espèces de tremblemenis où la volonté, incapable d'empêcher les convubions, commande cependant aux mouvements d'ensemble, il n'en est plus ainsi dans la danse de Saint-Goy. Ici, au contraire, il semble que la volonté, assez paissante pour mettre en jeu les actions musculaires, ne le soit plus ponr les diriger, ni pour les modérer à l'aide des muscles antagonistes, une fois l'impubion donnée ; il semble qn'au lieu d'obéir alors à une seule volonté, chaque muscle se contracte à sa guise ou obéisse à des volontés diverses. C'est là on fait capital qui s'observe dans la danse de Saint-Guy et quelquefois aussi dans Votaxie locwnotrice^ comme je vous le dirai plus tard.
Il est un autre phénomène également propre à cette espèce de chorée : c'est la paraiytie^ accident qui ne manque k peu près jamais. Cette paralysie occupe les membres les plus affeciés de mouvements choréiques ; ainsi le bras le plos agité de convulsions est aussi celui dans lequel la force musculaire est le plus diminuée. L'enfant se plaint souvent que ce bras est plus lourd que Tantre, La jambe la plos malade est aussi celle qui supporte moins bien le poids dn corps, et que le patient traîne le plus en marchant Cette coïncidence d'une agitation convolsive plus grande et d'une diminution de la force musculaire est d'autant plus inexplicable, que la paralysie est aussi mobile que l'affection cboréique à laquelle elle se lie. Ainsi, lorsque la chorée a primitivement frappé plus spécialement un côté du corps, et que de ce côté aussi la paralysie a été le plus prononcée, si les accidents convulsib deviennent prédominants de l'autre côté, cet autre côté sera à son tour le plus paralysé.
Cette paralysie , qui disparaît d'ailleurs presque toujours et se guérit en môme temps que cesse et se guérit l'agitation convulsive, peut, en quelques cas, persister après la guérison de la chorée et être compliquée de l'atrophie des muscles qui ont été le plus atteints, constituant alors une infirmité plus ea moins durable. Dans quelques cas plus rares encore, les accidents paraly* tiques (je ne parle pas seulement d'un affaiblissement de la force musculaire mais de véritables paralysies) précèdent les manifestations des phénomènes GonvulsilSi
Une jeune fille de dix-huit ans est amenée à Paris par sa mère inquiète de la voir devenir depuis quelque temps paralysée de tout le côté droit du corps. Mon honorable collègue M. le professeur Andral et moi , mandés auprès d'elle» nous constatons, indépendamment d'un affaiblissement notable de la force musculaire, une diminution très^ppréciable de la sensibilité cutanée du côté droit Cependant, en considérant attentivement la malade, nous nous aperçûmes que le pied de ce côté exécutait à chaque instant de petits mouvements d'adduction et d'abduction ; que la tnain était égalemelit dans une igiUtioD continuelle^ les ddgts se flétJiissant et se redressant sans cesse. Bn outre, h jeune fille, la tête hidinée en avant sur la poitrine, avait une siii^-> liera expression de tristesse et de crainte. L'idée de danse de Saint-Guy venant à l'idée, nous interrogeâmes la mère pour savohr si ces mouve* que nous observions s'éuîent manifestés depuis longtemps; elle ne les
176 DES CBORÉKS.
avait pas encore remarqués. Les accidents caractéristiques qui se déclarèrent bientôt après donnèrent complélement raison à notre diagnostic.
I^ diminution de la sensibilité que nous notions ciiez cette jeune fille , vous l*avcz également notée chez la plupart de nos malades. Les troubles de la tensibilité dans la danse de Saint-Guy sont en effet presque constants. Je vous ai déjà parlé des douleurs vagues éprouvées dans les membres, qui, annonçant le début de raiïcction, persistent dans la période d'état de la cborée. Il s*y joint alors des sensations de fourmillements, de picotements, une anesthésie plus ou moins prononcée, et toujours davantage du c6té oà la cborée elle-même est prédominante. Vous m*avez vu piquer, pincer la jeune femme du n* 31 bis de la salle Saint-Bernard, et constater cette penersion de la sensibilité tactile. De plus, cette malade nous a dit que la vue du côté droit était nu peu troublée , et que la faiblesse de l'œil droit, qui s'était manifestée pendant la première attaque qu'elle avait eue un an avant celle-ci, ne s'était pas modifiée. (*.cs troubles de la vue, dépendant vraisemUaUeroent d'une paralysie de la rétiue, ont été signalés par quelques auteurs, M. G. Sée dit en avoir observé un exemple ; il ajoute avec juste raison que cet accident est excessivement rare.
Les convulsions, les paralysies du mouvement et du sentiment, ne témoi* gnent pas seules de la perturiNition éprouvée par le système nerveux. A de rares exceptions près, tous les malades éprouvent à un degré pins ou moins prononcé un certain affaiblissement des facultés intellectuelles. Ce n'est pas seulement de la timidité, ce n'est pas seulement cette modification dans les dispositions morales que je vous ai indiquées ; c'est une perturbation plus profonde. Je ne dis pas, messieurs, que les individus affectés de danse de Saint-Guy tombent dans la démence ou dans l'imbécillité; mais si leur physionomie prend une expression de stupidité duc à la mobilité singulière des traits du visage, duo aussi à l'embarras de la parole, expressions de la physionomie, gène dans l'articulation des sons, qui peuvent certainement en imposer et faire croire que raffaiblissement est plus grand qu'il ne Test réellement, il est incontestable que le niveau de Tintelligence des choréiques est abaissé. S'ils sont au collège, on s'aperçoit du changement opéré en eux aux résultats de leur travail. Alors qu'auparavant ils occupaient les premiers rangs dans leurs classes, ils descendent dans les demiei*s. Dans quelques cas exceptionnels, les troubles intellecluek ont été portés jusqu'à de véritables symptômes de folie. Vous en avez vu un exemple chez la jeune fille dont je vous ai parlé tout à l'heure, et qui était devenue choréique après une opération pratiquée \\àr M. Jobert.
Ces troubles intellectuels sont d'aillcura aussi passagers que l'affection elle-même qu'ils accompagnent. Il existe cependant des exemples, rares à la vérité, d'enfants qui ne sont jamais remontés au degré d'intelligence d'où la danse de Saint- Guy les avait fait descendre, et Ton a cité des Individus chei lesquels cette maladie avait laissé des traces proioades» on d'hébétude et même d'aliéoalkm meniate.