DES DIVERSES ESPÈCES DE GHORÊBS
salle Saint-Beraard, la puissance musculaire peut être tellement diminuée que la femme à laquelle je fais allusion ne donnait pas 5 kilogrammes au dynamomètre.
Je fis prendre à la personne dont je tous parle des capsules d'essence de térébenthine à la dose de 10 par jour (à peu près 100 gouttes) et Ton dut continuer ainsi douze on quinze jours par mois. En outre, je lui ordonnai des bains tièdes de plusieurs heures.
Deux mois plus tard, quand je revis le malade, il y avait une amélioration considérable ; je l'envoyai alors aux bains de Néris, et lorsqu'il en revint, vers le mois d'août, il y avait un amendement tel, que j'aurais espéré une entière guérison si je n'eusse su combien est rebelle cette névrose.
Cependant U lui était possible d'aller dans la rue, de vaquer à ses affaires, de travailler, d'écrire ; seulement au départ il avait toujours une certaine tendance à trottiner; puis il se remettait incontinent et pouvait marcher, d'un pas plus composé mais qui sentait toutefois l'effort et la contrainte. A plusieurs reprises, dans mon cabinet, je lui ai fait marquer le pas ordinaire du soldat, allure très-di£Scile et qui demande une très-grande précision des mouvements. Il passa assez bien l'hiver de 1860 à 1861, et lorsque, à fin de mai 1861, je le revis encore^ il n'avait rien perdu; je l'envoyai de nouveau à Néris.
Je crois que, dans quelques circonstances, on a confondu la paralysie générale et la paralysis agitans, avec la chorea festinans, mais je regrette, messieurs, de n'avoir pas assez de faits exempts de complication et bien nets qui me permettent de vous donner le tableau complet de cette dernière affection. La chùrée rotatoire, caractérisée par des mouvements de rotation ou de balancement, soit de la tête, soit du tronc, soit d'un membre, se répétant vingt, trente, quarante, quatre-vingts fois par minute, est nue maladie qui se termine quelquefois par la mort et qui, n'épargnant aucun âge, aucun sexe, s'observe plus rarement chez les enfants.
Pour la chorée oscillatoire, ce sont des oscillations irrégulières ou cadencées, générales ou partielles de la tête, du tronc ou des extrémités.
Ces singulières affections ne vous rappellent-elles pas, messieurs, une autre espèce de chorées partielles, celles-ci des plus communes, et constituant ce que tout le monde connaît sous le nom de tics?
Je ne parle pas des tics douloureux^ de la chorea nevralgica, de la n«vralgie épiieptiforme dont je vous ai assez longuement entreCenus dans une de nos précédentes conférences, je parle du tic non douloureux qui consiste en des contractions instantanées, rapides, involontaires, généralement limitées à un petit nombre de muscles, habituellement aux muscles de la face, mais pouvant aussi en affecter d'antres , ceux du cou, du tronc ou des membres, n n'est personne qui n'ait eu occasion de rencontrer des individus qui en sont affectés. Chez l'un, c'est un clignotement des paupières, un tiraillement convulsif de la joue, de Taile du nez, de la commissure des lèvres, qui donne au visage un air grimaçant; chez un autre, c'est m hochemeqt de tête, une coq-
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tofsiqq brusque ^t passagère du cou se répétant à chaque ips^int ; c||^z un tro}siime, c'est un soulèvement dVpaule, une agitation convulsivç ^es iT^uscles abdominaux ou du diaphragme; c*est, en un mot, une variété infinie de |))qi}vpmenl^ bizsirres qui échappent à toute description.
Affection chronique par excellence, faisant pour ainsi dite partie fie 1^ CQRstitution de celui qui en est atteint et qui souvent est le seul à ne pas s*e|) apercevoir, elle guérit difficilement; mais, chose singulière, ç|}e est susceptible de changer de place, (.orsque, par un traitement et par une sorte de gymnastique appliquée aux muscles qui en sont le siège, on f^\ paneop k faire cesser un tic, c'est pour le voir reparaître bientôt aiileurt»; çcluj q^i Tavait à la face, par exemple, s'en débarrassant, mais en le prenant flans |e bras,d;ps la jambe.
J'étais consulté dernièrement par un jeune Anglais qui ip'était adressé de Dieppe cl dont le tic consistait dans des mouvements convulsifs et violents de la tête et de l'épaule droite. Après s*èlre soumis pcndaiit un cerlaia temps à la gymnastique ordonnée que je lui conseillai de faire, son tic cessa du côté qu'il occupait depuis s\ longtemps, mais il i^e ^rda pas à feparaître da^s l'épauje gauche. Vous vous rappelez ce que j'cnfends par ^ympasfique ordonnée; elle consiste à exécuter avec les muscles affectas de la convulsiqn des rooq* venients commandés, et à les exécuter d'une façon régulière, en ^qjvant une mespre que donne, par exemple, le mouvement d'qn métronome ou d'an balancier d'horloge.
Ces tics sont en quelques cas accompagnés d'un cri, d'un éclat de voix plus ou moins bruyant, très-caractéristique. Et à ce propos, je rappellerai le fait nue j'ai bien des fois racpnté d'un de mes anciens camarades de lycée, que j avais reconnu, à vingt ans d'intervalle, pendant qu1l marchait derrière moi, à l'espèce d'aboiement que je lui avais entendu pousser autrefois, alors q^e nous faisions ensemble nos études.
Ce cri, ce jappement, cet éclat de voix, véritables chorccs larymjvfs ou rf*Viphragmaiiques, peuvent constituer tout le tic. Ce sont non-seulen)ent pp éclat dp voix, un cri singqlier, c'est encore une tendaqce singulière ù ré|)éter toujours 1^ même mot, la même exclamation ; et mèine l'indivjdu profère à haute voix des mots qu'il voudrait bien retenir.
Ces tics sont bien souvent héréditaires. J'ai vu, chez moi, en consultation, une dame de la Bourgogne atteinte de tic de la face, ses trois filles avaient, comme elle, des tics musculaires de diverses parties du corps, et la pauvre mère, vivement affligée de rinfirniilé ilc ses trois filles, ne s'aperccvaut pas qu'elle eu fût atteinte elle-même, leur reprochait leurs mquveiucnts nerveux avec une amertume qui me paraissait au moins étrange.
Cette hérédité se traduit d'une autre façon. En interrogeant a^ec soin les individus affectés de tirs, (ui trouve (jnehinefois d:u:s les ascendants ou dans les collatéraux des névroses bien dilîérentes. Tout récennnenl je voyais v\n enfant de quatorze ans, atteint de tics extrêmement violents; il jetait sa \^
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d)S pôt^ par un Rm^^lDPf)^ Sîi'^tpife cxtrêmen^ent brusque, en pqqs^ant i^n pciUf pri ^igo; j^ Tmis vii pendant l'été 1860, ppnssant é^es cris féroces d'instants en instants, sans que son intelligence semblât le moins du monde Utfpblée. Ce trisf^ état (jui avait duré plusieurs mois, n*avait paru s*a|nender que so|is Tin^uence de l'atropine. Son frère aine, pendant plusieurs années avait eu un tic du visage caractérisa par des ^riniaces pendant lesquelles tous l^ muscles de la face était violemment convulsés. Le père de ces deux jeunes gens a, depuis vingt ans, une ataxie locomoiricc; leiir grand-père paternel s*est suicidé à la suite d*un accès de monomanie, et il y a eu 'plusieurs aliénés ifés ^ns U ligne maternelle.
Messieurs, sous le nom de crampe des écrivains^ qu de chprée des écrivains [chorea scriptorum)^ on décrit iine affection que M. le docteur Duphenne (de ^pulogne) propose d'appeler spasme fonctionnel (1). Elle reconnaît quelquefois pqnr cause l'abus de certains mouvements musculaires, et se manifeste à ('occasion de l'exercice soit volontaire soit instinctif de ces mêmes mpiivemeuts. Ainsi, elle survient chez quelques |)ersonnes qui écrivent avec continuité, pendant uii temps assez long, ou avec une excessive rapidité. Tantôt, c'est un spasme, une contraction involontaire continuelle plus ou moins douiottreuse de3 inuscles extenseurs et tout à la fois des muscles fléchisseurs des doigts, et le nom de crampe des écrivains lui est dans ce cas parfaitement a|pp|f cable; niais dans d'autres cas c'est une véritable chorée; lorsque les individus veulent écrire, leurs doigts sont agités de mouvements plus ou moins forts, de tremblements ou de véritables convulsions qui, aussi bien que la p*ampe, les empêchent d'accomplir ce qu'ils avaient commencé d'exécuter.
M. Ducbenne (de Boulogne] dit que cette affection qui est encore caractérisée par une paralysie, peut siéger non-seulement dans la main , mais dans toutes les régions, c'est |)our cela qu'il propose de l'appeler spasme fonctionnel, dénomination qui, toute discutable qu'elle soit, a cependant l'avantage de ne rien préciser, comme le fait caille de crampe des écrivains. Il rapporte un certain nombre d'exemples aGn de démontrer les différentes localisations de l'affection. « Chez les écrivains elle peut s'étendre aux muscles de Tavant-bras ; ja maip exécutant un mouvement de supinatiop aussitôt que l'individu a essayé de tracer un mot, de sorte gue le bec de la plume regarde en haut sans qu'on paisse s'y opposer.
• Chez un tailleur, le bras tourqait violemment en dedans, par la contracture dç son sous-scapiilaire, dès qu'jl avait fait quelques points d'aiguille. Jamais il n'éprouvait ces troubles fonctionnels peuplant l'exercice de tout autre mouvement.
9 Un maître d'armes ne pouvait se inettre en garde sans que le bras de la main oui tenait Tépée ne se tournât immédiatement en dedans.
» Chez un tourneur, les fléchisseurs du pied sur la jambe se çontractnraient
(1) De Vékctrisaiion hcaiisée et de son oppUcntion à la jinihok>$ie, etàlffi i^napeu- (îgn^ ^? éaUion. Pariii, 1861, p. 929.
iùh DES OITEBSES ESPACES DE CBOIÊES.
dèsqtt'H l'appliquait sor la pédale de son tonr. Cependant le phénomène n'apparaianit pas dans les rnooTements de la marche on dans les antres moofements volontaires.
9 Chez un paveur, les deux stemo-mastoldiens se oontracturaient pendant la contraction instinctive des muscles qui maintiennent la tête en équllSire entre la flexion et Textension. Cette contracture était telle, que la tête se fléchissait avec une force extrême. Il suflSsait que sa tête fût appuyée pour qoe la contracture cessât. Jamab, en effet, celle-ci n'apparaissait qiund il était couché ou renversé, la tête appuyée sur le dos d*un fanteuiL
» Un savant, qui avait passé plusieurs années à traduire des manuscrits, depuis six mois éprouvait, quand il lisait ou qu'il ûiait un objet, les accidents suivants. Sa vue, qui jusque-là avait toujours été honne et qui alors encore n'était nullement affectée quand le regard était vague, se troublait dès que le malade ûxait pendant quelques secondes ses yeux sur un objet; fl voyait double, et il était facile de consuier que ce phénomène morbide dépendait de la contracture spasmodique du muscle droit interne de l'odl gauche, contncture qui cessait immédiatement dès qu'il ne regardait plus. »
Le cas le plus curieux de cette singulière névrose que M. Duchenne ait observé occupait les muscles inspirateurs. C'était chez un curé de campagne. Â chaque inspiration, tout le côté droit de l'abdomen se tendait et se déprimait, pendant que du côté gauche l'épigastre se soulevait normalement Un médecin avait diagnostiqué une paralysie de la moitié droite du diaphragme; mais cette paralysie n'était qu'apparente. Le trouble de la respiration était dû uniquement à la contraction spasmodique et douloureuse des muscles de Tabdomen du côté droit, et surtout du grand oblique. A chaque Inspiration, en effet, on sentait ce muscle se durcir; on distinguait même à travers la peau, qui était très-amaigrie, la direction de ses faisceaux contractures. Ce spasme était si violent, que le tronc en éprouvait, à chaque inspiration, un mouvement de torsion de droite à gauche. Il était douloureux : c'était une véritable cram|)e qui durait tout le temps de l'inspiration. Ce conflit entre les musdes inspirateurs et ezpirateurs s'opposait au développement de l'épigastre et de la prtie inférieure du thorax, du côté droit et conséquemment à l'expansion du poumon. Il en résultait que la respiration était extrêmement gênée et que le malade étouffait toujours. Cette affection apyrétique résistait depuis deux ans à toutes les médications. La faradisation échoua comme le reste.
Un dernier exemple ; c'est encore M. Duchenne qui nous le fournira. Un étudiant de Strasbourg, M. V..., se préparant à passer ses examens pour le baccalauréat, s*étail livré à un travail forcé rt continu. Cette trop grande contention d^esprit et les efforts qu*il faisait pour \aii)cre le sommeil provoquaient, disdit-il^ un serrcmcni douloureux dais les icniiu^s» le front et les yeux, ce qui l'avait forcé de discontinuer ses études. Il ne |X)u\ait se livrer à ses lectures sans en être empêché bientôt a|>n\s |>ar le retour de ces phénomènes morbides. M, Ducheime constata qu'alon» les sourcils étaient élevés par la cootractiire