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de sa figure, son igititioa extrême, noos paraissait aSecté de rage. Cet homme avait été mordu par ou chat, il y avait sept à boit mois ; le chat avait disparu et n'était point refeno au logis. MM. Magendie, Gaillard, Petit et Récamier ne conçurent point de doute sur la nature de la maladie : cet homme ne pouvait boire que très-difficilement; il crachait continuellement; son agitation était très-grande. Sur la proposition de Magendie, on prescrit 36 gouttes d'acide cyanhydrique officinal dans une potion. A peine la potion a-t-elle été prise que le malade parut foudroyé ; les pupilles étaient dilatées. Immobiles : je le crus mort ; et, laissant Bonnet près du malade, je courus à la pharmacie m'informer s'il n'y avait point eu quelque erreur commise dans la composition de la potion. J'apprends qu'on noos a donné de l'acide prussique et non de l'acide cyanhydrique officinal. Je quitte Thôpiial pour aller faire mon serfice au Bureau central, bien persuadé que nous avions empoisonné notre enragé.
J'étais tout attristé de ce malheur, lorsque Bonnet tient m'apprendre que notre malade est vivant et consente boire; les pupilles étalent toujours dila* tées, mais il n'y avait plus d'agitation; l'acide prussique avait-il été utile? Lorsque je revis le malade une heure après, il y avait de nouveau grande agitation et impossibilité de boire. Je prescrivis alors six gouttes d'acide prns« sique officinal ; cette fois il n'y avait point d'erreur dans radmiiûstration du mé -dicament, et la quantité en était six fois plus faible. Cependant, à peine le malade avait-il essayé de prendre cette dernière potion, qu'il nous parut foudroyé aussi rapidement que lors de la première épreuve; peu à peu la respiration se rétablit ; dès lors nous étions |>eu disposés à accuser l'acide prussique des accidents dont nous avions été témoins, et ces accidents n'étaient pour nous que la conséquence des eiïorts de déglutition qui, chez ces malades, amènent des spasmes des muscles respirateurs, et les jettent dans une asphyxie rapide. Quoi qu'il en soit, bien qu'on ait une troisième fois essayé de faire prendre au malade deux gouttes d'acide prussique dans une potion, l'agitation reparut bientôt, et les accès convulsifs se rapprochèrent do plus en plus. Le malade succombait quarante-huit heures après le début des accidents.
Ces faits ne sont point accompagnés de tous les détails que l'on est en droit d'exiger aujourd'hui dins la relation de faits analogues ; mais il n'en reste pas moins établi que tous ces malades avaient été mordus, et qu'après une période d'incubation de durée variable et sans cause déterminante appréciable, morale on physique, ils avaient éprouvé un malaise général, une agitation trèsgrande ; bientôt était survenue l'impossibilité d'avaler des liquides; la vue des liquides ou des objets brillants avait suffi pour déterminer des convulsions cloniqui'S, puis toniques ; enOn, les malades succombaient asphyxiés par un spasme des muscles respirateurs. Il n'est pas permis d'affirmer que la mort arrive toujours par asphyxie, parce que les médecins ne sont pas toujours présents pour constater le mode de terminaison fatale ; mais l'asphyxie est si prononcée lors des accès , et l'examen nécroscopique révèle si souvent les Msions de t'asphyxie, que l'on est autorisé à croire que le plus souvent les
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malades saccombe&t dans h période aipbyxiqiie de Taocèf. Plus tard nous ferons Tanalyse de l'accès rabique, et nous étudierons quel est le moment où le malade est menacé de mort.
Dans la relation du fait suivant, dont je dois la communication à M. le doc« teur Eugène Fournier, ancien interne des hôpitaui, vous verrei la part de i*aspbyiie dans la cause delà mort chei les enragés. Le 18 juin 1860» à huit heures du soir, est amené à l'hôpital Beaujon, par les soins du commissaire de police de Batignolles, un homme de vingt-sept ans, menuisier, que l'on regardait comme enragé. Deux mois auparavant, cet homme avait été mordu par un petit chien qu'il agaçait. Le chien avait disparu et jamais il n'était revenu au logis. La morsure avait fait une petite plaie à l'annulaire de la main droite, plaie qui fui très-rapidement guérie; elle ne fut point cautérisée, et il était impossible de retrouver trace de celte morsure. Pendant deux mois, l'ouvrier continua ses travaux habituels sans éprouver aucun accident Mais, le 15 juin, il ressentit un peu de malaise et des nausées. Le lendemain, en tra* vaillant dans une chambre, il faillit tomber d'une chaise sur laquelle il était monté, et dans l'efTort qu'il At pour se retenir du bras droit à un meuble , il éprouva dans ce bras une douleur vive. La douleur penistant, cet homme qui savait très-bien qu'il avait été mordu par un chien que l'on croyait encrage, dit que la rage le prenait par le bras où il avait été mordu.
Toute la journée du 17 juin X... se sentant indisposé, resta chez lui, et le lendemain, de grand malin on alla prévenir sa sœur qu'il avait du délire. Cependant le malade reconnut très-bien sa sœur et se refusa absolument à être transporté à l'hôpital; il fallut avoir recours au commissaire de police pour l'arracher de son domicile. Ce ne fut qu'avec la plus grande peine qu'on réussit à le transporter à l'hôpital Beaujon.
Une fois misait lit, le malade est assez calme, il raconte tranquillement qu'ils eu des envies de vomir, puis une indigestion, et qu'il ne conçoit pas pourquoi on Ta violenté pour l'amener à l'hôpital, où il est très-satisfait, dit-il, de se trouver. Interrogé sur la cause de sa maladie, il détourne les yeux et se refuse à dire qu'il a été mordu par un chien enragé. La peau est chaude^ surtout h la face, le pouls fréquent, non tendu ; les pupilles ne sont ni dilatées ni contractées, les yeux sont excavés et entourés d'un cercle bleuâtre. Le malade a mal à la tête et n'a point d'appétit , il ne se plaint point de la soif. Cependant on lui offre à boire, il refuse. On le laisse seul dans une chambre, maintenu dans son lit à l'aide de la camisole de force. Peu de temps après, on entend des cris effrayants, on accourt, le malade avait des convulsions, sa face était bleuâtre, et il paraissait menacé d'asphyxie. Il crachait par moments* mais sans écume à la bouche. Il est probable qu'il y eut d'autres accès^ et le malade mourut à onze heures et demie, trois heures environ après son entrée à l'hôpital Aucune médication n'avait été tentée.
Trois heures après la mort , on constatait une grande rigidité cadavérique, et la partie antérieure du cou était le siège d'un emphysème aoiif-CQtané.
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L'autopsie est faite le 20 juin à dit heures et demie, e'est-â-dire (rente-slt heures après la mort ; les méiuDges sont congestionnées , ainsi que la pulpe cérébrale. Les poumons sont crépitants, bleuâtres à leur surface, noirs à la coupe et gorgés de sang. Le poumon droit est perforé à la partie supérieure ; au voisinage de la perforation, il existe de Temphysème sous-pleural , et en comprimant le poumon, on fait sortir des bulles d'air par la pciloration. La congestion des poumons et l'emphysème sous-pleural, puis cervical par rupture du parenchyme pulmonaire, ne prouvent-ils pas que, dans les derniers moments de la vie, il y a eu gêne extrême de la respiration sous l'influence d'un spasme de la glotte, lequel spasme, en fermant son issue naturelle à Pair comprimé dans les bronches par la convulsion, a permis à Tair de rompre le poumon, et a ainsi produit l'emphysème.
Pour la plupart des auteurs, il ne paraît pas douteux que la mort ne soit le résultat de l'asphyxie, et dans une observation de rage recueillie avec le plus grand soin, et commentée avec une rare sagacité par mon collègue dans les hôpitaux , M. le docteur Bergeron, les détails font voir que son petit malade a succombé à l'asphyxie. Mais nous devons faire remarquer que dans ce cas particulier l'asphyxie n'a point été soudaine^ elle paraît avoir été progressive. £n effet, il est dit dans cette observation (1), que trois heures avant la mort, le visage commença à se cyanoser, qu'un peu plus tard, la teinie livide du visage devint plus prononcée, et que l'écume bronchique accumulée dans l'arrière-gorge gênait l'émission de la parole; qn'entin dans la dernière demi-heure, la face était violacée, couverte de sueur. Ici encore l'autopsie vient démontrer qne l'asphyxie a été considérable, car tout le système veineux est goi^é de sang, l'aspect des méninges et de la pulpe cérébrale témoigne d'une hypérémle très-accusée, et les poumons, crépitants au sommet et dans toute la partie antérieure, sont plus durs, moins crépitants en arrière et offrent de plus une coloration d'un rouge noirâtre très-prononcé. Lorsqu'on les incise, il s*en écoule une notable quantité de sang noir. On constate, au niveau du bord postérieur du poumon droit, quelques petits noyaux apoplectiques, et surtout des suffusious sanguines.
Est-ce à dire, messieurs, que tous les malades affectés d'hydrophobie rabique succomberont nécessairement à l'asphyxie ? Je n'oserais l'affirmer à cause de la rapidité, de la soudaineté de la mort dans quelques circonstances; cependant, je crois que l'asphyxie rapide par occlusion de la glotte, ou que l'asphyxie lente par spasmes répétés des muscles respirateurs, est le mode de terminaison le plus fréquent de cette maladie. Les observations cliniques et les détails anatomiques que je vous ai rappelés me paraissent ne devoir laisser aucun doute à ce sujet.
Nous devrons encore mettre ces observations à contribution pour étudier les principaux symptômes de la rage proprement dite ; mais avaut de compiencer cette description , je dois appeler votre atteniion sur quelques faits
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d'hydrophobie morale; j'entends par là cette hydrophobie spéciale qai est la conséquence des impressions éprouvées à la vue des gens affectés de rage oo au récit de faits d*hydrophobie rabique.
Au printemps de Tannée 1828, j'étudiais avec mon collègue à l'Académie M. Leblanc et avec M, le docteur Ramon, la davelée qui sévissait sur les trou* peaux de la Sologne Nous venions d'inoculer la davelée à trois cents moutons qui appartenaient à un maire de la Sologne, M. Joupitre. Tout en parlant des maladies virulentes en général, M. Joupitre nous raconta qu'il avait été affecté de rage. Voici dans quelles circonstances : un chien de ferme avait voulu mordre notre hôte au bras, et è la même époque le même chien avait mordu bon nombre d'animaux qui étaient morts delà rage. A quelques mois de cet accident, le jour de Pâques, au sortir de la messe et pendant un déjeuner où l'on avait fait de son mieux pour réparer les sévères abstinences du carême, tout à coup 1\1. Joupitre s'écrie qu'il était enragé ; il ne pouvait plus manger, il ne pouvait plus boire, et déjà notre hôte délirait, lorsque sa femme, pour persuader à son mari qu'il n'a qu'une indigestion , l'engage à se mettre les doigis au fond de la bouche; le conseil devait être bon, car le malade se mit à vomir abondamment, et il ne fut plus question de rage.
En 1828, la même année, je racontais à mon tour k un président de chambre royale l'histoire de M. Joupitre, et le président me rapporta que lui aussi il s'était cru atteint de la rage. Voici dans quelles circonstances : souvent M. le président montait à cheval, et dans ses excursions il emmenait un chien de chasse qui, chemin faisant, sautait à la main qui tenait la cravache ; le chien venait de se livrer à cette habitude familière , lorsque rencontrant un troupeau de mou* tons, il se précipite sur ce troupeau et se met à mordre les moutons ; le chien cependant est encore docile à la voix qui l'appelle, mais son aspect est étrange, puis de nouveau il mord chiens, vaches et bœufs, enfm, il traverse une rivière; quelques heures plus tard , ce chien mourait. Le président apprend bientôt que bon nombre des animaux mordus par son chien mouraient enragés, lien est fort ému, et se rappelle alors que le même jour où son chien avait fait tant de victimes, il lui avait plusieurs fois léché la main droite. Le président re* marque sur sa main quelques petites cicatrices; il est pris de terreur, il ne peut plus toucher à l'eau pour faire sa barbe, il se croit enragé ; un médecin d'Oriéan» est mandé, et c'est en vain d'abord qu'il essaye de rassurer le malade; l'excitation et le délire durèrent encore plusieurs jours; enfin, après avoir répété au malade grand nombre de fois que les gens affectés de la rage canine mouraient très-rapidement, et qu'il ne pouvait être enragé, puisque déjà il y avait dix jours qu'il avait horreur de l'eau, on lui faisait lire ce qui était écrit dans tous les livres sur la durée de la rage conGrmée , le président finit par se laisser persuader, et l'hydrophobie disparut aussitôt qu'il fut convaincu que s'il eût été enragé il fût mort depuis longtemps.
Vous voyez donc, messieurs, que sous l'influence d'une émotion morale vive, et lorsque certains excès ou certaines conditions spéciales disposent à la
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4yspbagie ou au dégoût de$ alimeois, il n'est pas imposiriblc d'obsenrer une bydropbobie nerveuse qui pourrait en imposer, même aux médecins, s'ils n'avaient présentes à l'esprit la durée d'incubation de Thydrophobie rabique et la marche de celte affreuse maladie qui tue invariablement dans l'espace de trois ou quatre jours, à partir du début des accidents.
Il convient d'autant plus d'être prévenu de ces causes d'erreur, laquelle pourrait être fatale, quç je sais des médecips, hommes de caractère et de courage, parfaitement instruits des conditions nécessaires au développement de la rage, et qui, pendant plusieurs mois, plusieurs années même, après avoir donné leurs soins à des hommes enragés, après avoir disséqué leurs cadavres, étaient pris de dysphagie plus ou moins prolongée, à la seule pensée, au seul souvenir de l'affreux tableau qu'ils avaient eu sous les yeux. Le temps seul parvint à faire disparaître cette susceptibilité nerveuse qui se traduisait par un spasme du pharynx, et ils ne se guérirent de cette dysphagie qu'en faisant appel à leur science de la maladie, et en se commandant de boire une certaine quantité de liquides, chaque fois qu'ils se sentaient sous l'imminence de la dysphagie.
Je viens, messieurs, de vous rapporter plusieurs faits de rage vraie observés cb^ l'homme ; j'aurais pu en grossir aisément le nombre et vous exposer des faits analogues que j'ai étudiés sur de jeunes enfants mordus par des chiens enragés. A côté de ces observations d'hydrophobie canine, j'ai voulu citer des exemples d'hydrophobie nerveuse; aussi pourrions-nous maintenant étuditfr ensemble les principaux symptômes de la rage humaine; mais avant de commencer cette étude, je veux esquisser devant vous le tableau de la rage canine. £n agissant ainsi, je n'ai pas seulement l'intention de vous fournir les éléments d'un parallèle de la rage chez l'homme et chez le chien; je veux encore, eu vous apprenant à reconnaître la rage chez ce dernier, vous donner le meilleur préservatif de la rage humaine; car si le médecin savait toujours reconnaître la rage du chien, il conseillerait immédiatement d'abattre l'animal, et rendrait ainsi de moins en moins nombreuses les conditions d'inoculation pour l'espèce humaine.
Dans une des dernières discussions de l'Académie de médecine sur la rage, M. U. Bouley, professeur de clinique à Alfort, en faisant quelques emprunts au traité de Youatt, et en rassemblant ses souvenirs, a présenté un tableau saisissant de tarage canine (1). Voici les principaux traits de ce tableau remarquable : Chez le chien, il existe trois périodes bien tranchées : l'une de de mélancolie, d'abattement, de sombre inquiétude ; la seconde est, au contraire, toute d excitation ; c'est alors qu'on observe la fureur rabique; enfin,
(1) Bulletin de V Académie impériale de médecine, Paris, 1853, t. XXVlU^p. 743 et suiv. — On consultera avec intérêt le Rapport gtnéral fait à la denumdc du youveme^ ment sur divers remèdes proposés j)Our prévenir ou pour combattre la raye, par M. Bouchardat {Bulletin de l'Académie impériale demédecine. Paris^ 1852, t. XVIII, p. 6 à 30, 011855, t. XX, p. 714 n 727).