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la dernière période esl caractérisée par un afTaiblissemeiit musculaire général, une véritable paralysie.
Que la rage ait été communiquée ou qu'elle soit spontanée, après un tenq^i d*incubation très-variable, le chien parait malade, il est d'humeur sombre^ D s*agite sans cesse ; dans sa uiclie, il remue sur lui-même ; s*ii est en liberté, il va, il vient; son regard, qu'il attache sur son maître ou sur les amis du foyer^ est étrange, il exprime la tristesse en même temps qu'il excite la d^ fiance ; l'attitude de l'animal est suspecte, on comprend qu'il est maladei et lui-même, errant dans la maison, dans les courSi semble chercher un remède à son mal. l\léfiez-vous« car l'animal, encore docile à votre voix, pem mettre quelque lenteur à obéir, et si vous le châtiez, il peut, malgré Im^ faire une morsure fatale. Le plus souvent, cependant, le chien enragé respecte et épargne ceux qu'il affectionne.
lyais l'agitation augmente : dans l'appartement, le chien se met i courir; il cherche sous les meubles, il déchire les tentures, les tapis; quelquefois il s'élance sur les murs comme s'il voulait saisir une proie ; d'autres fois, il saute en ouvrant la gueule comme pour attraper des mouches au vol; puis il s'arrête, allonge la tête, et semble écouter un bruit lointain ; il est probable qu'alors 1^ diien a des hallucinations de la vue et de l'ouïe, il voit des objets qui n'exis* tent pas, il entend des bruits qui ne sont point produits. C'est là un délim auquel la voix du maître peut encore le soustraire soudain, et Youatt a écrîl, « dispersés par celte influence magique de la voix du maître, tous ces objela » de terreur s'évanouissent, et l'animal rampe vers son maître, avec l'exprès-
• sion d'attachement qui lui est particulière. — Alors vient un moment dt » repos, les yeux se ferment lentement, la tête se penche, les membres de
• devant semblent se dérober sous le corps, et l'animal est prêt à tomber. Tout « à coup il se redresse, de nouveaux fantômes viennent l'assiéger; il regards » autour de lui avec une expression sauvage, et se lance, à l'extrémité de sa » chaîne, à la rencontre d'un ennemi qui n'existe que dans son imaginationé
Déjà raboiemeut du chien est sourd, rauque. Le premier coup de gueule pour aboyer se fait avec bruit, puis ceux qui suivent vont en décroiœant àê force et d*ii)ieusi(é. — L'aboiement est enroué et de plus en plus faible. Getlt faiblesse progressive semble témoigner d'une paralysie incomplète des muscits des mâchoires, ainsi que nous l'avons déjà remarqué pour les jambes dt devant lorsque Tanimal s'affaisse sur lui-même. — Quelquefois l'aboieroeBl est complètement éteint, les chiens sont muets ; alors leur gueule reste entr'oé* verte, la langue est pendante, et il s'écoule de leurs babines une salive écnr roeuse; d'autres fois leur bouche est entièrement sèche, et si U plupart peuvent encore boire et manger, il en est qui ne peuvent pas avaler; alors le chien, lorsqu'il a fait des efforts inutiles pour déglutir, sent très-bien l'inutilité de ses efforts, 11 semble croire qu'un corps étranger est arrêté au fond de sa gueule, on le voit mettant son museau entre ses deux pattes de devant, agir comme s'il voulait débarrasser sa bouche de l'obstacle qui le gêne profondément.
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adultes, il est vraisemblable que cela tient non pas à uue plus grande oppor-* tunité morbide créée par leur âge, mais à ce qu'ils sont habituellement lea compagnons de jeu des chiens, qui, malades, finissent par les mordre, à ce qu'ils sont aussi trop inexpérimentés pour reconnaître l'aspect étrange do chien enragé et le fuir, à ce qu'enfin ils sont trop faibles pour repousser ses attaques ou s'y dérober.
Un chien non enragé peut-il, dans un accès de fureur, communiquer b rage par sa morsure 7 On ne comprend guère comment un animal peut trans* mettre un virus qu'il ne porte point avec lui, et si malheureusement il en était ainsi, le nombre des enragés serait infiniment plus considérable, car il n*cst guère de personne qui n'ait été plus ou moins mordue par les chiens. Ou bien il « faudrait admettre qu'il peut exister chez le chien un état rabiqoe • tout passager, tout provisoire, tout éphémère, comme le dit M. Boaley, t pendant lequel sa salive serait virulente ; passé lequel, elle redeviendrait » physiologique. »I1 y a là une supposition toute gratuite, et les faits établissent au contraire que tout chien qui a communiqué la mge meurt lui-même de la rage. Nous ne pouvons cependant laisser dans l'oubli l'observation qui a été recueillie par M. le docteur Camille Gros dans le service de M. Tardicu, k rhôpital Lariboisière et qui doit prendre place dans la science à ,cdté dce faits rares qui paraissent plaider en faveur de cette étiologie tout excep» tionnelle (i).
Van Swieten racontait déjà qu'une vieille femme qui avait reçu d'un coq en fureur un coup de bec, était morte avec tous les symptômes de la rage; mais cet auteur, qui ne pouvait admettre qu'ifn animal transmit un vims qu'il ne renfermait point en lui, suppose que le coq était peut-être enragé et que la rage lui aurait été connnuniquée par un renard. De plus, ajoute-t-il, si la rage spontanée existait chez le coq, nous devrions être bien étonnés de ne pas en rencontrer plus souvent en Angleterre, où cet animal, batailleur et irascible, est dressé au combat
Malpighi rapporte aussi que sa mère mourut de la rage quelques jours après avoir été mordue par un épileptique, Nais malgré Tautorité des maîtres qui ont consigné ces faits dans leurs ouvrages, nous pensons qu'il ne faut point leur accorder une grande créance et qu'ils doivent être réputés comme fort douteux.
Une réserve au moins aussi grande doit être professée à l'endroit des prétendues observations de rage spontanée chez l'homme ; M. Vernois (2), à l'appui de la spontanéité de la rage humaine, a rappelé les faits observés par iM. £. Gin« trac, de Bordeaux (3), et par M. Bartbez; mais M. Velpeau a fait remarquer^ avec juste raison, suivant nous, qu'il n'y avait point de preuve absolue de non-
(!) Thèses de Paris, 1860. Considérations sur in rage^ par Cjunillc Gros.
(2) Etude sur la prophylaxie administrative de la rage (Aunalei d'htjffiène jmbiiqm et de médecine légale. Pari?, 1863, t. XIX, p. 52).
(3) Journal de médecine de Bordeaux^ août, septembre et octobre 1862.
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eontagion dans ces faits; il n*est poiat nécessaire, en effet, qa'il y ait roorsare pour que la rage se développe cbes Thomme. Il suffit qu'une partie du corps, passagèremeni privée de son épiderme, ait été en contact avec le virus rabique, ce qui peut avoir lieu chaque jour lorsqu'un cbien lèche la main de ceux qui rapprochent. Van Swielen rapporte auiisi Tobservation d*uo jeune hoinqie qui avait succombé ^ la rage après s*être mordu Tindex dans un accès de colèreL — Peut-être dans ce cas, de même que dans beaucoup d'autres, a-(-on confondu le tétanos traumatique avec la rage.
Aussi croyons-nous que la rage humaine est toujours le résultat de Tino* culation du virus rabique^ et les observations de rage communiquée par des cbieus non enragés, de même que les faits de rage spontanée, doivent, suivant nous, être considérés comme des cas de tétanos traumatique ou d*hydrophohie nerveuse.
L'anatomie pathologique n*offre à étudier que des lésions secondaires qni sont les conséquence de Taspbyxie ultime. Morgagni, dans sa huitième lettre, a traité cette partie de la question de la rage avec beaucoup de soin, et ses conclusions sont complètement en rapport avec les notions qui ont été fournies par l'examen des cadavres dans ces dernières années. On ne constate en effet qu'une hypérémiede tous les organes parencbymateux, hypérémie qui est la conséquence de la dernière convulsion.
L'examen nécroscopique ne fournit donc aucun enseignement sur la nature de ia maladie, mais l'analyse des symptômes et l'étiologie de la maladie conduisent à considérer la rage comme une affection virulente. Le virus renfermé dans la salive des auimaux enragés est la seule source de la contagion de la rage, comme cela est prouvé par les expériences du professeur Renault (d'Âlfort) et par les conditions d'inoculation humaine, résultat de la morsure des chiens, des loups, des chats ou du contact de la salive virulente avec quelque partie excoriée. — La rage est donc une maladie virulente qui doit être placée à côté de la morve, celte autre maladie virulente qui est communiquée du cheval à l'homme. Le virus rabique, introduit dans l'organisme, y séjourne un temps variable, sans déterminer aucune lésion appréciable, si ce n'est les petites tumeurs sublinguales sur l'existence desquelles, vous le savez, il convient, jusqu'à plus ample contrôle, de conserver quelques doutes.
A ce sujet, cc))endant, nous devons rappeler que beaucoup d'auteurs, avant Marochciti, avaient décrit ces petites tumeurs, en leur donnant des noms variés et en les considérant comme étant de nature très-diverse ; et quelque opinion que l'on doive accepter un jour, il faut reconnaître que les discussions nombreuses aux(|uelles elles ont donné lieu semblent déposer en faveur de leur existence.
Ettmuller rapporte que jusqu'au xvii" siècle on s'était déjà beaucoup préoccupé de la présence de ces tumeurs subhnguales. Il dit en effet, après avoir cité les assertions de l)eaucoup d'auteurs : « d'autres pensent que ce n'est point » un vermisseau qui est caché sous la langue du chien enragé, mais regardent
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mer lavait tous les maux des hommes. Mais les médecins qui autorisaient lu traitement des matelots avaient probablement pour but d*agir violemment par la terreur sur le systèn^e nerveux des enragés ; en effet, ces malheureux devaient être jelés à Teau, lorsqu'ils ne s'y attendaient pas, et s'ils résistaient on employait la force pour |^ plonger dans la mer. C'est là une médication barbare et qui ne pourrait être autorisée que dans le cas où la guérison en serait toujours Theureuse conséquence. Tulpius avait une grande foi a dans cç 9 traitement, et il affirme que dans la ville si populeuse d'Amsterdam, où la » rage était commune, il n*a vu mourir aucun des hommes enragés qui, eq 9 temps utile, avaient été plongés dans la mer. »
Cette asphyxie marine était surtout conseillée dans la période d'incubation et au début de la période d'invasion. Mais aussitôt que l'eau mise en contact avec les lèvres détermine le spasme rabique, quel traitement pouvons-nous ordonner ? Les symptômes principaux de ce dernier degré de la rage, l'agitation extrême, les convulsions, la sécrétion abondante de la salive nous foprnissent-ils quelques indications thérapeutiques? I^ sommeil calme toute surexcitation nerveuse et suspend le retour des convulsions, il nous parait donc très-rationnel, puisque nous ne pouvons avoir d'action sur la cause morbide, de faire le traitement des symptômes. L'opium donné à de hautes doties, en plongeant le malade dans un sommeil profond, remplirait la double indir cation de calmer la surexcitation nerveuse et de suspendre les convulsions. Ou ne doit point penser à prescrire des potions opiacées, puisque à cette période de la rage les malades ne peuvent déglutir. Aussi faudra-t-il avoir recours aux méthodes endermiques ou sous-dermiqucs pour faire absorber de notables quantités de sels de morphine. Les vésicatoires ammoniacaux et les injections sous-cutanées permettraient d'introduire dans la circulation, et cela très-rapidement, des doses élevées de sulfate ou de chlorhydrate de morphincL Le sommeil une fois obtenu par des injections successives et répétées coup sur coup, devrait être maintenu tout le temps nécessaire, c'est-à-dire jusqu'à la disparition de tout spasme au moment du réveil.
Le chloroforme pourrait encore être employé contre le spasme rabique ; on sait, en effet, que les inhalations de chloroforme font cesser les accès convulsifs, mais pour arriver à un résultat satisfaisant, il faudrait prévenir les convulsions; et pour cela tenir le malade pendant plusieurs heures chaque jour dans le sommeil anesthésique, comme cela a été pratiqué avec succès pour les accès d'éclampsie.
Peut-être le curare injecté dans les veipes pu dans le tissu cellulaire souscutané à doses suffisantes et répétées, en agissant sur le système nerveux d'uat façon intermittente, modifierait-il l'actiou convulsive du viruit rabique ? Nom savons que le curare a été employé sans résultat satisfaisant dans le tétanos; mais l'insuccès tient peut-être en grande partie au mode d'administration do médicament.
Nous venons de voir jusqu'à quel point l'opium, la morphine, en ^oqq^nt
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h sûipineil, pourraient calmer la sprexcUation nerveuse ^i empMier W reu>ur des conTubioQs. Nous avous vu commept les iuhalaUoos du cblorufornoe et 1^ curare, par leur action spéciale sur le système nerveui, pourraient auipendre les crises spasmodiqves. Jusqu'ici nous avons essayé de répondre aiii^ indications fournies par les symptômes principaux ; étudions enfin s*il nVist point de médicament spécifique, d*antidql^ contre la rage.
Pans rbydropliohie rabiqu« le virua paraH avoir pour véhicule unique le liquide salivaire, ainsi le prouvent les expériences feites k ce sujet par les vétérinaires. li était donc nature] de rechercher si un médicament, le mercure, qui a une action spéciale sur les glandes salivaires, ne modifierait point la salive et la constitution du sang , au point de guérir cette affreuse maladie.
Le mercure et ses préparations, dit Yan Swieten, ont été utiles dans le traitement de Thydrophobie. Chez les Chinois, laformule suivante était regardée comme infaillible.
Musc 16 grammes.
Cinabre natif
.âÂ20 Cinabre factice
On réduisait ces substances en poudre impalpable, on les mêlait, puis on les administrart dans une cuillerée d*alcool de riz. — Au bout de deux ou trois heures survenaient un doux sommeil et une abondante transpiration ; sinon, on répétait la dose, et la guérison était considérée comme certaine.
Yan Swieten nous apprend encore que les préparations mercurielles, sans addition de musc, ont été utiles dans la rage, et, à l'appui de son aflSrmation, il rapporte que le turbilh minéral, à la dose de 12, 2/i, ^8 grains, fut donné à deux cents animaux mordus par des chiens enragés, et que, de ce grand nombre d*animaux , il n*en mourut pas un seul. Il rapporte, de plus, Tobservation d'un jeune homme qui, mordu par un chien enragé, éprouva tous les symptômes de la rage confirmée, et fut guéri après avoir pris chaque soir, pendant trois jours, li grammes de turbilh minéral et une petite quantité de théria(|ue.
Noos avons exposé ces faits, parce que, consignés dans Touvrage du commentateur de Boerhaave , ils nous semblent avoir une grande importance, et doivent nous engager à répéter, sur les chiens inoculés, Tadministration des préparations mercurielles. Si ces expériences étaient suivies de quelque amendement dans les symptômes, nous ne devrions pas hésiter à prescrire pendant la période d'incubation et au début de la période d'invasion, le mercure à dose suffisante, pour enrayer chezrhommela marche delà maladie rabique.
Peut-être, messieurs, aurcz-vous été étonnés de m*entendre insister si Ion* guement sur le traitement de la rage, à une époque surtout où l'on ne croit guère aux moyens jadis préconisés contre cette maladie. Mais l'incurabilité.
ni DE LA BA6S.
presque généralement acceptée, de cette maladie m'imposait Tobligatton de TOUS rappeler ce qui avait été conseillé par des hommes dignes de foi. Et, plutôt que de vous autoriser, par on excès de réserve, à une inaction absolue, j'ai préféré, en vous les rappelant, vous engager à répéter les expériences de vos devanciers, et même vous encourager à tenter des expériences nouvelles, en vous indiquant la voie qui me paraissait devoir être suivie.
En face d*une maladie dont la terminaison est la mort, tout essayer, tout oser est un devoir pour le médecin.