‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 34 sur 57 · AN6INB DE POITRINE. U · texte numérisé non relu

AN6INB DE POITRINE. U

Cette terminaisoti funeste peut arriver peu de temps après l'apparition des premiers accès, comme aussi des malades peuvent vivre pendant de longues années, soit que leurs attaques se rapprochent en augmentant d'intensité, ce cpii est le plus ordinaire lorsque l'angine de poitrine est symptomatique d'une affection cardiaque ou lorsqu'elle est Texpression du morbus comitialis, soit qu'elles s'éloignent en s'aiïaiblissant ou en persistant à un moindre degré.

Lorsque la maladie ne relève d'aucune cause appréciable, ou bien lorsqu'elle dépend de la diatbèse rbumatismale ou goutteuse, elle est susceptible de guérir, et l'on a surtout lieu d'espérer cet heureux résultat dans le cas où l'angine de poitrine s'est montrée chez de jeunes sujets, et plus encore , si ses attaques ont été modérées. La maladie est presque inévitablement mortelle lorsqu'elle est héréditaire.

La violence des attaques, la facilité avec laquelle elles reviennent sous l'influence des causes occasionnelles, augmentent nécessairement la gravité du pronostic, et de là découlera cette règle capitale dans le traitement, d'éviter l'action de ces causes^ et par-dessus tout d'éviter les émotions morales, qui de toutes sont peut-être les plus puissantes.

On conçoit que Textréme variabilité des phénomènes caractéristiques de l'angine de poitrine rendent souvent son diagnostic fort incertain, et Ton ne s'étonnera pas que l'on ait confondu avec elle des affections très-différentes. Comme le faisait déjà observer Wichmann, vingt-cinq ans après Heberden, il suffit qu'un individu se plaigne d'une gêne, d'une sensation de constriction de la poitrine, même de gêne de la respiration, pour qu'immédiatement on prononce le mot d'angine de poitrine.

Ainsi, on a pris pour des accès d'angor pectoris certaines pleurodynies survenues tout à coup à la région précordiale, gênant momentanément la respiration, mais cédant avec une grande rapidité. Ces douleurs, beaucoup plus superficielles que celles de l'angine de poitrine, n'irradient pas comme elles au delà des parties qu'elles ont primitivement occupées ; elles siègent dans les muscles pectoraux; une forte inspiration quelque temps soutenue, une compression exercée sur la région affectée les calment et les font disparaître ; enfîn, elles n'ont pas le caractère lancinant, elles ne sont pas accompagnées du sentiment d'angoisse, elles ne sont pas suivies de la sensation d'engourdissement que présente Vungor pectoris.

Les névralgies thoraciques et cervico-brachiales se distinguent de celle-ci par le siège de la douleur limité au trajet des nerfs malades. De plus, cette douleur, qui revient par élancements, reste continue, persistant opiniâtrement pendant plus ou moins longtemps, et n'a pas, par conséquent, dans son invasion et dans sa cessation cette soudaineté qui caractérise l'angine de poitrine.

Il est un cas dans lequel le diagnostic est difficile à établir : c'est lorsque , chez un individu affecté d'anévrysme de l'aorte, il survient des douleurs sternales se propageant vers l'épaule et accompagnées d'un sentiment de suffocation, qui, s'exaspérant par moments, pourraient en imposer. Mais dans ce cas en-

TROUSSEAU^ 2« édit.—- II. ^9

hbk ANGINE De poitrine.

L'examen le plus aUcntif ne me fît découvrir aucun signe de lésion organique du cceur ou des gros vaisseaux.

Ainsi, messieurs, en tenant compte de ces faits , dans lesquels la goutte, il est du moins permis de le supposer, n'était pas étrangère à Tangine de poitrine, il en serait de celle-ci comme de l*astbme, comme de toutes les névroses qui peuvent être une manifestation de la diathèse goutteuse ou de la diathèse rhumatismale.

Alais il est une cause prédisposante, trùs-in contestable à mon avis, que je n'ai cependant vue indiquée par personne et que je vous ai déjà signalée, cette cause c*est Vépilepsie. En certains cas, et peut-être en un assez bon nombre, d'après ceux que j*ai pu observer, Vangor pectoris est une expression de cette redoutable et cruelle maladie, c'est alors une manière d'être de sa forme vertigineuse ; c'est, en deux mois, une névralgie epileptiforme. Elle en a l'invasion brusque, la marche rapide, la cessation soudaine , et , comme j'ai eu occasion de vous le dire, il n'est pas très-rare que des malades qui ont autrefois éprouvé des accès d'angor pectoris prennent plus tard de véritables attaques du mal comitial, de même que, chez d'autres, l'angine de poitrine a pu être autrefois précédée d'accidents épileptiformes bien nettement caractérisés.

Le cas se présentait dernièrement encore à ma consultation.

Un homme de quarante-cinq ans qui était sujet à des accès d'épilepsie» éprouvait depuis six mois des phénomènes dont il me rendait ainsi compte. A l'occasion d'un exercice un peu violent, d'une forte course, il éprouvait tout à coup un sentiment d'oppression douloureuse ; depuis un mois ses accidents se reproduisaient trois fois par jour, même quand il était au repos, et ils avaient pris une grande intensité. Ils consistaient alors en des douleurs violentes, occupant d'abord la partie antérieure du côté droit de la poitrine, formant comme une sorte de plastron ; puis au bout d'une minute elles irradiaient dans le bras correspondant, qui était engourdi, très-douloureux, et dont la température était plus élevée que celle du bras gauche. Cet accès durait presque un quart d'heure, puis tout absolument cessait.

Au début il y avait une abondante sécrétion de gaz intestinaux.

La santé générale de cet individu paraissait d'ailleurs parfaite. Son appétit était bon, ses digestions étaient régulières ; il ne se plaignait de rien eu dehors des accidents pour lesquels il venait me consulter, et je ne constatai aucun symptôme, aucun signe de lésions organiques, soit du poumon, soit de l'appareil circulatoire.

Je conseillai le traitement par la belladone et par le bicarbonate de sonde, que j'aurai à vous indiquer

Indépendamment de la brusquerie de son invasion, de la rapidité de sa marche, de la soudaineté de sa cessation, l'angine de poitrine présente encore, eu égard aux phénomènes qui l'accompagnent, une grande similitude avec la névralgie epileptiforme. En vous parlant de cette dernière affection , je vans

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ai montré que la douleur qui en constitue Télément capital est fréquemment accompagnée â*un moufement congestif vers les parties que cette douleur occupe. Il en est de même de Tangine de poitrine , comme je vous en ai dté deux cas, et comme j*aurai soin de tous le dire en vous exposant les symptômes.

Il ne m*est pas démontré que les hommes soient plus sujets que les femmes à cette singulière aiïection ; mais il est certain aussi que Vangor pectoris, attaque presque uniquement les individus qui ont passé Tâge de quarante ou cinquante ans. Toutefois on en a observé des cas chez de jeunes sujets. Le, malade de Fotbei^gill avait environ trente ans, et Desportes a rapporté Thistoir^ d*un individu de vingt-cinq ans, à l*autopsie duquel, pour le dire en passant, « les poumons, le cœur, |es artères coronaires, les gros vaisseaux thoraciqucs, leurs valvules à leur origine au cœur, n'offrirent aucune espèce d'altération, ni induration, ni ossification. » Heberden avait dit aussi qqe Tangine de , poitrine pouvait survenir dans la jeunesse, et -Robert Hamilton qu'elle ne paraissait pas même épargner Tenfance.

Du moment que cette affection névralgique peut être l'expression d'une diathèse, nous ne devons plus nous étonner que Ton ait admis sa transmission po)^ hérédité. Hamilton raconte qu'un soldat qui eu était atteint, lui assura que c'était une maladie de famille dont son père, ses deux frères et sa sœur avaient été affectés.

Comme pour toutes névroses, les causes occasionnelles de Yangor pectoris sont excessivement multiples et variables.

Souvent les malades sont pris plus ou moins violemment de leurs accès, sans qu'il leur soit possible d'en déterminer la raison ; ils en sont pris mémfi. pendant le sommeil. Cela a lieu surtout quand Yangor pectoris n'est qu'une, aura épileplique.

Les uns vous diront que les variations brusques de l'atmosphère provoquent les crises ; ou bien qu'ils ne peuvent marcher ou courir^ soit à pied, soit k cheval, à contre vent, sans qu'aussitôt ils soient forcés de s'arrêter par une attaque de leur mal.

Les causes les plus générales, surtout lorsque Yangor pectoris se lie à l'existence d'une affection organique du cœur ou des gros vaisseaux, sont des mouvements brusques, un exercice plus violent que d'habitude, comme une marche plus rapide, l'action de monter; ou bien encore ce sont des accès û» toux. l'exercice longtemps prolongé de la parole, les efforts pour aller à la selle. 11 n'est même pas nécessaire quelquefois que ces efforts ou les mouve* rocnts musculaires soient très-violents, puisque nous avons vu qu'il suffisait pour l'intendant militaire dont je vous parlais en commençant, qu'il eûtdonné beaucoup de signatures dans son cabinet pour que les douleurs revinssent

Il est des personnes chez lesquelles les premières attaques se sont déclarées à la suite d'un excès de table ou de boisson ; chez beaucoup, les paroxysmes ne reviennent jamais si violents qu*après le repasi même lorsque ce repas a

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Généralement les facultés intellectuelles restent inlaclcs au milieu de cet orage; on a néanmoins cité des faits, très-exceptionnels il est vrai, dans lesquels les malades avaient un air égaré, une sorte d'extase, et balbutiaient des parol«4 inintelligibles ; enGn il y a quelquefois perte de connaissance, au monient où la douleur cesse, ce qui s*obsenre surtout quand Vangoj' pectoris n*est qu'une aura épilcptique ; cependant Texcès de la douleur cl peut-ôtre un grand trouble des mouvements du cœur peuvent causer la syncope, très-diiïérente do la perte de connaissance qui accompagne Tangine de poitrine épilcptique.

Lorsque Tangine de poitrine se déclare pour les premières fois, ses attaques Sont passagères et durent à peine une ou deux minutes ; mais lorsque la maladie est ancienne, les crises peuvent durer plusieurs heures, et inênic plusieurs jours avec des exacerbaiions.

I/accès se termine soudainement comme il a commencé ; toutefois le malade conserve quelque temps encore un sentiment d'engourdissement dans les parties qui ont été le siège de la douleur. Si les accès ont été violents et répétés, alors que la maladie est arrivée à un haut degré d'inteusité, il reste, pendant uo temps plus ou moins long, un tremblement et une faiblesse soit de tout le corps, soit seulement du membre affecté, et ce sentiment peut persister jasqu'aa retour d'un autre accès.

Un individu peut n'avoir qu'une attaque d*angor pecioris et en être quitte pour toujours. Ces cas sont fort rares, et il est douteux que le diagnostic ait été alors bien exact. Le plus souvent plusieurs accès se succèdent et à des intervalles plus ou moins éloignés, des années, un an, six mois, trois mois, des sennaîoes, se rapprochant ainsi à mesure que la maladie de laquelle l'affection relève fait elle-même des progrès. Nous avons vu que ces accès pouvaient avoir un retour périodique. Dans Tlntervalie, le sujet parait jouir d'une santé parfaite, h moins, bien entendu, que l'angine de poitrine ne se lie à l'existence d'une affection organique, comme une maladie du cœur ou des gros vaisseaux, à laquelle l'état général reste subordonné.

De ce que je vous ai dit de sa coexistence avec les maladies organiqueSt coexistence qui, ai-je ajouté, se présente peut-être le plus souvent, de ce que je vous ai dit encore qu'elle était une des manières d'être de la forme vertigineuse de l'épilepsie, il ressort évidemment que l'angine de poitrine est une affection des plus graves, en tant qu'elle est le symptôme de maladies qui tôt ou tard ont une terminaison fatalement funeste. Si, eu égard à sa nature, l'angine de poitrine, idiopathique, rhumatismale, goutteuse, comporte ua pronostic moins sévère, il ne faut pas se dissimuler que ce pronostic doit être fort réservé. En effet , les exemples d'individus qui ont été emportés dans un accès, ces exemples, quoique rares, se rencontrent encore quelquefois, et parmi ceux qu'on pourrait citer, je vous rappellerai celui de John Hunter, mourant subitement à la suite d'un mouvement de colère qui occasionna le retour d'une attaque d'angine de poitrine à laquelle il était sujet depus huit ans.

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Cette terminaisoti funeste peut arriver peu de temps après Tapparition des premiers accès, comme aussi des malades peuvent vivre pendant de longues années, soit que leurs attaques se rapprochent en augmentant d'intensité, ce cjui est le plus ordinaire lorsque l'angine de poitrine est symptomatique d'une affection cardiaque ou lorsqu'elle est l'expression du morbus comittalù, soit qu'elles s'éloignent eu s'aiïaiblissant ou en persistant à un moindre degré.

Lorsque la maladie ne relève d'aucune cause appréciable, ou bien lorsqu'elle dépend de la diatbèse rbumalismale ou goutteuse, elle est susceptible de guérir, et l'on a surtout lieu d'espérer cet heureux résultat dans le cas ou l'angine de poitrine s'est montrée chez de jeunes sujets, et plus encore , si ses attaques ont été modérées. La maladie est presque inévitablement mortelle lorsqu'elle est héréditaire.

La violence des attaques, la facilité avec laquelle elles reviennent sous l'influence des causes occasionnelles, augmentent nécessairement la gravité du pronostic, et de là découlera cette règle capitale dans le traitement, d'éviter l'action de ces causes^ et par-dessus tout d'éviter les émotions morales, qui de toutes sont peut-être les plus puissantes.

On conçoit que l'extrême variabilité des phénomènes caractéristiques de l'angine de poitrine rendent souvent son diagnostic fort incertain, et l'on ne s'étonnera pas que l'on ait confondu avec elle des affections très-différentes. Comme le faisait déjà observer Wichmann, vingt-cinq ans après Heberden, il suffit qu'un individu se plaigne d'une gêne, d'une sensation de constriction de la poitrine, même de gêne de la respiration, pour qu'immédiatement on prononce le mot d'angine de poitrine.

Ainsi, on a pris pour des accès d'angor pecioris certaines pleurodynies survenues tout à coup à la région précordiale, gênant momentanément la respiration, mais cédant avec une grande rapidité. Ces douleurs, beaucoup plus superficielles que celles de l'angine de poitrine, n'irradient pas comme elles au delà des parties qu'elles ont primitivement occupées ; elles siègent dans les muscles pectoraux ; une forte inspiration quelque temps soutenue , une compression exercée sur la région affectée les calment et les font disparaître; enfm, elles n'ont pas le caractère lancinant, elles ne sont pas accompagnées du sentiment d'angoisse, elles ne sont pas suivies de la sensation d'engourdissement que présente Vungor pectoris.

Les névralgies thoraciques et cervico-brachiales se distinguent de celle-ci par le siège de la douleur limité au trajet des nerfs malades. De plus, cette douleur, qui revient par élancements, reste continue, persistant opiniâtrement pendant plus ou moins longtemps, et n'a pas, par conséquent, dans son invasion et dans sa cessation cette soudaineté qui caractérise l'angine de poitrine.

Il est un cas dans lequel le diagnostic est difficile à établir : c'est lorsque , chez un individu affecté d'anévrysme de l'aorte, il survient des douleurs sternales se propageant vers l'épaule et accompagnées d'un sentiment de suffocation, qui, s'exaspérant par moments, pourraient en imposer. Mais dans ce cas en-

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core, ces douleurs n'ont pas de caractères paroxystiqaes parfaitement Iranchés; elles sont continues, ou du moins ne cessent jamais complètement. J'en dirai autant des douleurs pongitives, lancinantes, atroces, accompagnées d*oppr€S« sion, qui surviennent quelquefois dans les péricardites.

En défmilive, malgré leur extrême diversité, les caractères de Fangine de poitrine ont une physionomie telle qu'il me semble dilFicile de les méconnaître.

En général, je ne connais rien de plus difficile que le traitement des affections nerveuses. Nous Tavons vu pour Tasihme ; les névroses ont noo-seale* ment leurs fantaisies étiologiques, leurs fantaisies symptomatiques, mais elles ont encore leurs fantaisies thérapeutiques : tels individus guérissent par des moyens qui, employés chez d'autres , auraient complètement échoué ; et cha ces mêmes individus la maladie cède quelquefois à des remèdes qui. dans des circonstances semblables en apparence, n'avaient été d'aucune efficacité. La nriabilité même de leurs manifestations, la brusquerie de leur invasion sans cause appréciable, de leur disparition quelquefois inattendue, permettent aon- Tent aussi de douter du degré d'utilité de notre intervention. Il en est particulièrement ainsi pour Tangine de poitrine.

Les accès ont souvent une si courte durée, ils cessent ordinairement d'une manière si soudaine, qu'il serait difficile d'attribuer leur cessation à racUoa de la médecine. S'ils sont survenus h l'occasion d'un exercice un peu violenti comme une marche accélérée, une course, etc. , il suffira que le malade s*arrête pour que les accidents se calment, et ce|)endaut on a rapporté des exemples d'individus qui, bravant leur douleur, l'avaient fait céder en continuant la course qu'ils avalent commencée. D'autres suspendaient leurs accès en retenant fortement leur respiration. Je vous ai cité le malade de Jurine, dont les crises n'étaient jamais plus fortes que lorsqu'il était à jeun, et qui ne se renouvelaient jamais plus promptcment que lorsqu'il ne mangeait pas à l'instant.

S'il est difficile d'apprécier à sa juste mesure l'efficacité de tel ou tel remède, il est cependant possible, en se plaçant au point de vue de la nature des accidents qu'on veut combattre, d'apprécier le plus ou moins d'opporianilé de telle ou telle médication. Or, et avant toutes choses, il est 4es moyens thérapeutiques pour lesquels j'avoue sans hésiter ma répugnance lorsqu'il s'agit de les appliquer à l'angine de poitrine dans laquelle l'état syncopal parait aussi menaçant : ce sont les émissions sanguines. Bien qu'elles aient été conseillées par les médecins les plus recommanda blés, par Laennec lui-même, les saignées du bras, les applications de sangsues à l'épigastre ou à la région précordialc me semblent tout au moins irrationnelles.

Les vomitifs, l'émétique en particulier, qui ont été aussi préconisés daoi les accès violents, me paraissent également contre- indiqués, en raison même de l'action hyposlhénisante qu'ils exercent sur l'économie.

Les stimulants di /fusibles, les préparations d'éiher, l'ammoniaque donnée à petites doses, l'alcoolat de méliase, trouvent beaucoup mieux leur indication

ANGINE DE POITRINE. tôi

pendant l'accès que Topium et les autres narcotiques dont on a vanté les ben*renx eiïets.

Lorsque Taccès se prolonge et qn'il y a une tendance marquée à la syncope, on peut aider l'action de ces remèdes adminùitrés à rintérieur par celle des stimulants appliqués à Textérieur, par des frictions excitantes, alcooliques, ammoniacales, par des mannluves ou des pédiluves sinapisés.

Mais il ne s'agit pas seulement de lutter contre les attaques du mal, il faut chercher surtout à les prévenir.

Une foule de moyens, les uns tout à fait empiriques, les autres imaginés d'après les différentes opinions qu'on s'était faites sur la nature de l'angine de poitrine^ ont été tour à tour adoptés et abandonnés. Les stupéfiants, Vopium ou ses principes actifs, les soianées viveuses, la laitue viveuse, préconisée par Schelinger (de Francfort), occupaient entre tous le premier rang.

Je me rappelle un malade qui, atteint d'une angine de poitrine des plus graves et dont les paroxysmes revenaient plusieurs fois par jour avec une violence inquiétante , vit son état s'améliorer avec une grande rapidité, et qui obtint ce qu'<7 appelait de la guérison par des frictions faites plusieurs fois par jour, sur la région du sternum, avec de la mixture de datura stramonium.

Chez d'autres, les injections sous-cutanées d'atropine , faites au niveau du point d'origine des douleurs et dans les régions cervicale et axillaire , retardent le retour des attaques, en diminuent la violence, et finissent par guérir, surtout si la névralgie n'est pas liée à une affection organique du cœur ou de l'aorte.

Dans l'hypothèse, admise comme je vous l'ai dit, que l'angine de poitrine dépendait d'une ossification des artères coronaires du cœur, on a recommandé l'emploi de V acide phosphorique, afin de s'opposer aux progrès de ces ossifications et même pour les détruire. Je n'ai pas besoin de dire que cette idée absurde n'a pu naître que dans l'esprit d'un chimiste qui, avant de faire de la thérapeutique, aurait bien fait d'étudier la physiologie et la médecine.

firetonneau, chez qui les connaissances chimiques les plus étendues n'avaient pas étouffé le sens pratique, et qui, à mesure qu'il vieillissait dans l'exercice de son art, confessait hautement les déplorables fautes que la chimie lui avait fait faire, et le peu de |)arti qu'il en avait tiré pour la thérapeutique, firetonneau fut pourtant conduit au traitement et à un traitement utile de l'angine de poitrine par une théorie chimique.

Le succès obtenu, je l'ai souvent entendu railler lui-même la théorie qu'il avait imaginée, et s'étonner qu'une fois dans sa vie, la chimie, la science favorite de ses premières années, l'eût mené à quelque chose de bon en thérapeutique.

Voici comment l'illustre médecin de Tours raconte de quelle façon il a été conduit au traitement de Vangor pectoris. Il supposait , bien entendu , que Vangor pectoris était dû à des concrétions calcaires de l'origine de l'aorte, c Consulté par une personne atteinte d'angine de poitrine, je me demandai si ce pauvre malade ne recueillerait pas quelque allégement de l'usage long-

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temps contiODé du bicarbonate de soude, dont les calculeux obtieaûeot 8oa« vent de si merveilleux effets. Il existait toutefois tant de différence entre la concrétions propres à Vangor pectoris et les calculs urinaires , qu*il était fort douteux qu*aucun résultat bienfaisant pût être acquis, même avec la plus docile et la plus patiente pervérance dans ce traitement si vaguement motivé. Aussi me trouvai-je plus affligé que surpris, lorsque après deux mois de œ traitement, je constatai qu'il n'avait procuré aucun changement favorable.

B Cependant, à partir de ce moment, il devint évident que si le mal n*aTait pas cédé, il ne s'était pas aggravé, puis que manifestement il s'allégeait, et an seizième mois de l'usage presque habituel de l'eau de Vichy factice, il ne restait plus trace à'angor pectoris. »

Le hasard l'ayant heureusement servi, Bretonneau a souvent, depuis lors, répété l'expérience^ et il eut à enregistrer un bon nombre de succès. Le bicarbonate de soude est donné suivant une certaine méthode. D'abord à la dose de 2 grammes : 1 gramme avant chacun des deux principaux repas ; el cette dose doit être graduellement portée, si la tolérance le permet, à 8 et même iO grammes par jour : une dose de /i à 5 grammes matin et soir, ces dernières doses étant divisées eu deux , dont l'une est prise une heure ou au moins une demi-heure avant le repas, la seconde immédiatement avant ce repas. Bretonneau recommandait de suivre pendant dix jours une progression croissante, et pendant dix autres jours une progression décroissante. Alors on suspend temporairement la médication pendant quinze à vingt jours, pour la reprendre ensuite, la continuer ainsi pendant plus d'une année, et y revenir encore après une interruption de plusieurs mois.

Au bicarbonate de soude, Bretonneau associait la belladone, administrée également suivant certaines règles. On fait faire des pilules contenant un demicentigramme d'extrait et un demi-centigramme de poudre de racine de belladone.

Le malade en prend d'abord une le matin, un quart d'heure avant le premier repas, et ainsi trois jours de suite. Pendant dix autres jours, il en prend deux, au même moment et à la fuis. Pendant vingt jours, trois, et toujours à la fois. Si aucune amélioration progressive n'est obtenue, on porte la dose à quatre pilules, et si les accès n'ont rien perdu de leur fréquence et de leur intensité, de dix en dix jours on augmente d'un centigramme la dose du médicament, sous condition qu'une sécheresse pénible du gosier, un trouble notable de la vue, accompagnés d'une dilatation très-prononcée de la pupille, ne viendront pas indiquer qu'on atteint^ par un accroissement de doses trop rapide, des effets qui doivent être évités. Aussi, dans le cas où une amélioration progressive serait obtenue avant d'arriver à cette rapide progression ascensionnelle, faudrait-il bien se garder d'élever la dose à laquelle ce bon résultat serait dû, et ce ne serait que dans le cas où l'on verrait faiblir des avantages acquis qu'il conviendrait d'élever d'un centigramme la dose quotidienne.

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L'usage de la belladone doit être continué pendant le temps où Ton interrompt celui du bicarbonate de soude.

Il est bien entendu que celte médication est utile dans les cas où il n'existe aucune lésion vasculaire, précisément à l'inverse de ce que la théorie chimique de Bretonneau lui avait fait supposer.

Ce traitement de l'angine de poitrine par la belladone, vous le voyez, mes* sieurs, ne diffère en rien de celui que je conseille dans le mal comitial. Gela n'a rien qui doive vous surprendre, puisque, je vous l'ai dit, l'an^or pectoris n'est rien autre chose, dans bien des cas, qu'une névralgie épileptiforme, ou qu'une forme de Vaura epileptica.

Par cette même raison» vous comprendrez que l'on ait cité des faits dans lesquels l'angine de poitrine avait été avantageusement modifiée par l'emploi du nitrate d'argent^ qui lui aussi a été préconisé contre l'épilepsie.

Sans vouloir passer en revue tous les remèdes vantés contre cette affectiont je vous dirai pourtant qu'Alexander, cité dans la monographie de Harles, sur l'emploi de l'arsenic en médecine, a rapporté l'histoire d'un homme de cinquante-sept ans, qui fut débarrassé d'une angine de poitrine parvenue au plus haut degré par la liqueur de Fowler, dont il prenait six gouttes trois fois par jour.

Je n'insiste pas sur ce qui a trait aux soins hygiéniques, car il va de soi qu'avant toutes choses le malade doit éviter les causes susceptibles de provoquer ses accès : un exercice modéré, un repos complet d'esprit, fuir les émotions morales vives, sont des préceptes dont la nécessité n'a pas besoin d'être indiquée.

Je ne terminerai pas, messieurs, sans vous parler de l'emploi de l'électricité, qui occupe, dans le traitement de l'angine de poitrine, une place très-importante; c'est à M. Ouchenne (de Boulogne) que l'on doit d'avoir méthodiquement employé cet agent thérapeutique quelquefois si puissant (1).

Je vous demanderai la permission de lire textuellement ici l'observation publiée par ce médecin. Elle est une preuve de plus que les formes les plus violentes de l'angine de poitrine peuvent n'être liées à aucune lésion organique du cœur ou des gros vaisseaux ; car si une lésion organique avait existé, l'électricité aurait pu soulager les douleurs, mais certes elle n'eût jamais amené In guérison, et surtout une guérison aussi rapide.

« Péroné, cinquante ans, corroyeur, demeurant à Belleville, rue de Tourlil, n** 25, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin, d'un certain embonpoint, et ayant le cou court, n'a jamais eu de maladie grave. Il a seulement éprouvé, il y a deux ans, une douleur rhumatismale dans l'épaule droite, qui l'a forcé d'interrompre son travail pendant un mois, bien qu'il n'ait pas eu de fièvre. Il n'a pas habituellement l'haleine courte; il n'est pas

(1) Df! Véhctrifiation locnliséa ri de son application à la pathologie et à la thérapeutique, 2« édition. Paris, 4861.

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sajet aux palpitations; son habitation est saine ; il n'est pas exposé à l'hamidité.

» Le 29 novembre 1852, à nenf heures da matin, étant à jean, il éproova tout à coup, sans cause connue, un sentiment de brûlure profonde au niveau de la partie supérieure et moyenne de la poitrine, et une douleur qui s'éteii* dait dans le membre supérieur gauche.

» Il se joignait à ces symptômes des fourmillements et des picotements qui allaient en augmentant du coude à Teitrémité des doigts. Pendant Taccès, le cœur battait avec force et rapidité ; la tête était lourde, un peu douloureuse ; la phonation était difficile par défaut de respiration suffisante, et augmentait la douleur. Le malade était forcé de se courber en avant, de s'arrêter oa de s'asseoir, la douleur augmentant par Textension du tronc ; son anxiété était extrême, il était frappé de terreur, et croyait à sa fin prochaine. Ce premier accès n'a commencé à diminuer un peu que dix- huit heures après le début, après une saignée copieuse. Des bains de pieds sinapisés, des potions calmantei et un bain entier avaient été employés antérieurement sans aucun résultat Cette amélioration n'était pas très-grande, car le malade ne conservait ce faible soulagement qu'à la condition de rester dans le repos le plus absolu, dans la station assise, la position horizontale provoquant toujours une nouvelle crise. Les accès revenaient sous l'influence de la cause la plus légère» un éternument , un bâillement, une émotion quelque légère qu'elle fût , suffisaient pour les provoquer. Dans la journée, le calme parfait arrivait, mais il était interrompu par des accès toujours aussi forts, qui duraient huit à dix minutes, cl étaient toujours provoqués par un mouvement ou une impression. Le sommeil n'était pas possible. Peu à peu les accès devinrent moins fréquents, quoique toujours aussi forts et terrifiant chaque fois le malade et les personnes qui l'entouraient. L'appétit et les digestions n'ont pas été troublés; pas un seul instant de fièvre pendant tout le cours de la maladiei Quinze jours après l'invasion du mal , frictions stibiées sur la partie antérieure du thorax ; purgations tous les quatre jours, vingt sangsues à l'anus. Malgré ce traitement , les accidents n'ont pas cessé de revenir sous l'influence du moindre exercice, de telle sorte que le malade était condamné à un repos absolu. M. le docteur xMongenl, son médecin, voyant cet état se prolonger, se décida à m'adresser ce malade, croyant que la contracture du diaphragme pouvait n'être pas étrangère à sou afl^eclion, qu'il diagnostiquait justement angine de poitrine^ dans la lettre qu'il m'écrivait à ce sujet

» Voici les phénomènes que je constatai chez Péroné, le 28 avril 1853, jour où il se présenta à ma colisultalion :

» Pour venir de fielleville à mon cabinet. Péroné a dû prendre une voiture; il n'a pu monter les deux étages qui conduisent à mon appartement, sani s'arrêter à chaque marche, éprouvant un serrement de la poitrine et les troubles que j'ai exposés plus haut Après un quart d'heure de repos, il était rentré dans un calme parfait ; l'auscultation et la percussion ne décelaient

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