‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · ANGINE DB POITRINE. &S · texte numérisé non relu

ANGINE DB POITRINE. &S

d'anomal ni dans les bronches, ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux ; le pouls était normal. La pression exercée sur tous les points de la poitrine n'occasionnait aucune sensation douloureuse.

• Alors j'engageai le malade à provoquer un accès d'angine ; il lui suffit, pour cela, de se baisser comme pour ramasser un objet. Voici la série de phénomènes qui se développèrent simultanément : Douleur très-vive, profonde, brûlante, avec sentiment de resserrement, au niveau de la partie supérieure du sternum, irradiant dans le membre supérieur gauche, en suivant la partie postérieure du bras, la face externe de l'avant-bras, et se terminant dans l'index ; engourdissement et fourmillement dans tout le membre. Le malade tient constamment les deux mains croisées sur la partie supérieure de la poitrine, qu'il comprime, comme pour soulager ses souffrances. Sa tête est fléchie en avant, ses épaules sont portées en haut et en avant par la contraction du grand pectoral et d'une portion du trapèze ; lorsqu'il veut se redresser oa effacer ses épaules, la douleur s'accroÎL Je l'engage à marcher ; mais il n'a pas fait deux pas, qu'il se voit forcé de s'arrêter et de s'asseoir, à l'augmentation de sa douleur stemale. Sa respiration est courte, agitée, les battements de son cœur sont violents; son pouls est fréquent, sa face rouge, injectée; ses yeux sont largement ouverts; son corps est couvert d'une sueur abondante et visqueuse; sa physionomie exprime une anxiété extrême. Cependant les bruits respiratoires sont parfaitement purs et les claquements vasculaires bien frappés ; le cœur a un volume normal, et la percussion, pratiquée sur les parois thoraciques, ne décèle aucune matité anomale.

» Quand le malade veut parler, les mots sont entrecoupés, et la phonation» difficile et affaiblie, augmente la douleur.

') Il existe un isochronisme parfait entre les mouvements des parois thoraciques et abdominales pendant les mouvements respiratoires ; point de douleurs à la base du thorax ; enfin point de paralysie des mouvements volontaires ; seulement engourdissement du bras et de la main gauches, dont les mouvements sont affaiblis.

a Après huit ou dix minutes de repos, tout était rentré dans l'ordre, mais la douleur et le resserrement de la poitrine n'avaient disparu que graduellement. »

» Relation des expérience et de leurs résultats, — Je provoquai an second accès en faisant marcher Péroné , et j'appliquai sur son mamelon l'extrémité de deux fils métalliques excitateurs qui communiquaient avec les conducteurs de mon appareil d'induction gradué au maximum et marchant avec des intermittences très- rapides. A l'instant où l'excitation du mamelon fut produite, il jeta un si grand cri, que je dus interrompre le courant. La douleur avait été atroce, mais seulement instantanée, et à ma grande surprise, avec la douleur artificielle que j'avais provoquée, avait aussi disparu complètement la douleur de l'angine, ainsi que l'engourdissement et les fourmillements du membre supérieur gauche qui l'accompagnaient ; la respiration était

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devenue calme; en un mot, le malade se trouvait tout à coup dans sod état normal.

» Celte transition subite était-elle le résultat d*une simple coïncidence, oo devais-je plutôt la rapporter à la perturbation énorme et instantanée produite par l'excitation électrique du mamelon? Pour juger défînitivement cette que^* tion importante, je recommençai mou expérience, c'est-à-dire que je fis naîtra un nouvel accès d'angine. Mais ce ne fut plus chose aussi facile qu'auparavant* car le malade dut se livrer à toutes sortes de mouvements pendant quatre ou cinq minutes pour obtenir le retour de son accès, tandis qu'avant ropératîoo il lui suffisait, pour cela, de se baisser.

» La seconde expérience réussit tout aussi rapidement que la première; mais au lieu d'exciter le mamelon, je m'étais contenté de provoquer rexcitatîoii électro-cutanée loco dolenti (au niveau de la partie supérieure du sternum). Prenant une sorte de plaisir à dominer ainsi ce mal réputé indomptable pendant l'accès, je renouvelai plusieurs fois de suite cette expérience avec le même succès, et j'observai que plus je l'avais répétée, plus le malade avait de peine à rappeler son accès d'angine; à ce point que la dernière fois il lui fallut monter rapidement les deux étages de la maison que j'habite, pour y panenir.

» I.e lendemain. Péroné m'apprit qu'il avait pu retourner à Belleville, où il habite, sans éprouver la moindre gêne et sans devoir s'arrêter ; que pour la première fois, depuis le début de sa maladie, il avait pu dormir; que dans la matinée seulement, il avait éprouvé un serrement, sans douleur, limité à la partie supérieure de la poitrine ; qu'il arrivait de fielleville à pied , qu'il avait pu monter mon escalier sans s'arrêter ni éprouver de gêne; enfin cet liomme se croyait guéri.

» Je lui proposai encore de rappeler son angine, afin d'agir comme l^a veille au moment de l'accès. 11 se mit donc à l'œuvre, et ce ne fut qu'après un quart dlieure à peu près do grands efforts, semblables à ceux qu'il fait habituellement quand il prépare ses peaux, qu'il réussit à provoquer un accès presque aussi violent que les premiers. Maîtriser complètement ce nouvel accès par l'excitation électro-cutanée du thorax fut l'affaire de deux ou trois secondes.

B A dater de ce jour, la douleur sous-stemale, les fourmillements et l'engour* dissement du membre supérieur gauche ne revinrent plus, quoi qu'on fit pour les rappeler. Il restait seulement, quand il était provoqué, un sentiment d'oppression, une sorte de compression dans le point de la poitrine où jadis siégeait la douleur. Quatre ou cinq excitatioDS électro-cutanées, pratiquées à des intervalles assez éloignés, enlevèrent le reste de l'angine, et quinze jours après le commencement du traitement, j'ai pu permettre à Péroné de reprendre son état de corroveur.

n Depuis plus d'un an qu'il se livre à ses rudes travaux habituels, son angine n'a plus reparu. «

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Un autre fait, qui vient donner plus de valeur aux considérations précédentes, m'avait été communiqué par Aran. Je n*en relaterai que les traits principaux :

Madame X..., trente-deux ans, d'une constitution moyenne, dit être tombée, il y a dix ans, dans une sorte de léthargie' qui dura sept jours, à la suite d'un vif chagrin qu'elle éprouva de la perte d'un de ses enfants. (Pendant le temps qu'elle resta dans cet état, on dut s'assurer qu'elle respirait cn« core eu lui plaçant une glace devant la bouche.}

Cette crise se termina par des larmes abondantes; mais elle fut suivie pendant sept mois de palpitations de cœur avec angoisse extrême, essoufflement et troubles de l'intelligence.

L'état de la malade s'était amélioré malgré la persistance des palpitations de cœur, lorsqu'il y a deux ans (en 1851), un profond chagrin, causé par un revers de fortune, produisit une nouvelle série de phénomènes morbides, différents des précédents par leur caractère, par leur marche et par leur intensité. Ainsi l'affection se présentait sous forme d'accès plus ou moins fré* quents et ne laissait rien d'apparent dans l'intervalle de ces derniers.

Voici les principaux symptômes qu'on observait pendant citacun de ces accès : douleur précordiale vive, comparée par la malade à une chaleur brûlante ; constriction très-grande sous le sternum, avec douleur irradiant dans le bras gauche et y produisant un engourdissement qui persistait quelque temps après l'accès et le paralysait complètement; anxiété extrême avec expression de terreur pendant l'accès. Les muscles pectoraux et les fléchisseurs de la tête en avant sont contractés; tout mouvement pour redresser la tête et porter les épaules en arrière exaspère les douleurs; pas d'étouiïement comme dans Tasthme, seulement la respiration est courte et fréquente. Ces accès ne sont pas accompagnés de phénomènes hystériques : ainsi, pas de constriction à la gorge ; pas de larmes, seulement il est facile de les provoquer en lui parlant de l'enfant qu'elle a perdu, et alors sa raison s'égare. J'ajouterai entin que Fanscultation et la percussion ne décèlent aucune lésion ni dans les poumons, ni dans les bronches , ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux artériels.

Tel était l'état de la malade, état contre lequel Aran luttait vainement depuis longtemps, lorsque M. Duchenne l'entretint du fait thérapeutique important que j'ai précédemment exposé. On comprend qu'un médecin aussi distingué que Tétait Aran n'ait pas dû laisser échapper l'occasion de contrôler la valeur d'une médication qui avait si bien réussi dans un cas analogue, surtout alors que la vie de sa malade était dans un danger croissant. Elle fut, en effet, soumise à l'excitation électro-cutanée au moment des accès^ et Ton obtint un résultat aussi heureux et non moins immédiat que chez le sujet de Tobser^ation précédente. Si bien qu'elle se trouva presque entièrement délivrée de son angine de poitrine et qu'elle put reprendre ses occupations ordinaires.

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