‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 37 sur 57 · DU GOITRE £X0PHTH\LI11QUE · texte numérisé non relu

DU GOITRE £X0PHTH\LI11QUE

A la coupe, le tissu glandulaire est cnlrecoupé et comme étranglé par des trabécules d'un tissu fibreux extrêmement épais, de couleur nacrée, et qui crie sous le scalpd.

Les artères du corps thyroïde sont peu volumineuses, nullement flexuenses, et ne présentent aucune altération calcaire ni athéromateuse.

Les yeux sont repoussés bors de Torbite par le tissu cellulo-adipeux ; celui-d remplit presque entièrement la cavité orbitaire ; il est un peu plus rouge que de coutume et contient une grande quantité de graisse. L'artère ophlhalmique n*est pas flexueuse ni manifestement plus volumineuse qu'à Tétat normal ; les globes oculaires, dégagés de ce coussinet graisseux, ne sont pas plus volumineux qu*à Tétat physiologique. Ils ne présentent aucune altération dans leurs parties constituantes.

Les parois du crâne, extrêmement vasculaircs, ont plus que doublé de volume; il y a une véritable hypertrophie de tous les os de la boîte crânienne.

Les ganglions cervicaux du grand sympathique sont disséqués avec soin et examinés des deux côlés par les docteurs Peter et Lancereaux, chefs de clinique de THôtel-Dieu : les supérieui^ et les moyens sont normaux d'aspect et de grosseur. Il n'en est pas de même du ganglion cervical inférieur, surtout du côté droit. Non-seulement il est notablement plus gros qu'il n'est habituellement, mais encore il est beaucoup plus rouge ; des vaisseaux nombreux rampent à sa surface et dans son intérieur (grossissement de 50 diamèti^es). Au microscope, on trouve de nombreux vaisseaux dans l'intérieur du parenchyme, un abondant feutrage du tissu conjonctif, au milieu des fibres duquel se voient des noyaux et des cellules fusiformes. Il y a de nombreux globules dégraisse; les cellules ganglionnaires sont très-rares, petites, mûriformes; quelques-unes sont réduites à de simples granulations; les lubes nerveux sont peu nombreux. Ces détails se voient bien à une coupe transversale (grossisse^ ment de 300 diamètres), où l'on découvre un entrecroisement très-serré de fibre, de tissu conjonctif, interceptant des espaces assez étroits dans lesquels se montrent des tubes nerveux petits^ serrés et comme étranglés par le tissu conjonctif ambiant. Ainsi prédominance de rélcment conjonctif, diminution de l'élément nerveux : voilà ce que montre cet examen, sur lequel j'appelle toute votre attention.

Le plexus cardiaque ne présentait aucune altération apparente, sinon un peu de rougeur peut-être de ses rameaux constituants ; le ganglion de AVrisberg a été malheureusement détruit dans une incision faite à l'aorte par un aide.

Cette observation nous semble intéressante au plus haut degré, par son début comme par sa marche, par les lésions organiques trouvées à l'autopsîet comme par l'enchaînement probable de ces lésions. Elle fait voir d'abord l'énorme influence des émotions violentes sur la production du goître exophtbalmique. En une seule nuit, les trois principaux symptômes de la maladie

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de Graves apparaissent : palpitations, gonflement de la glande thyroïde avec battements, et exophthalmie. De tous les accidents morbides, la congestion seule est capable de se produire avec une aussi grande rapidité ; et comme pour prouver que c'était bien, en effet, une congestion multiple qui avait lieu, au moment même la malade saignait abondamment du nez ; c'est-à-dire qu'il y avait en môme temps congestion hémorrhagique de la membrane pituîtaire.

Au bout d*un an, le gonflement de la glande thyroïde disparaît ; Texoph* thalmie et les palpitations persistant seules : la maladie est devenue fruste. Le fait est loin d*être rare, mais il est intéressant de voir chez une même malade Tafiection présenter ces diverses formes symplomatiques.

Je viens de dire que Taffection avait commencé par des congestions rapides et multiples; toute congestion, si elle ne cesse pas bientôt, aboutit à une hémorrhagie, à un flux, à une phlegmasie ou à ce qu'on appelle une hypertrophie. Or cette femme a eu des épistaxis et des diarrhées fréquentes. Les congestions chroniques ont le plus souvent pour résultat une exsudation plastique interstitielle, et, à Tœil nu, l'organe ayant augmenté de volume, on croit que son parenchyme s'est hypertrophié ; c'est le contraire qui est vrai» le plus souvent il y a une véritable atrophie de la substance propre. En effet» la lymphe plastique s'organise, passe à l'état de tissu fibreux et devient un élément parasite qui se développe en étranglant le tissu propre des oi^^nes, ou bien qui, doué d'une moindre force de vitalité, s'arrête dans son évolution et passe à l'état graisseux ; c'est-à-dire que, pour parler le langage de l'école allemande, l'hypérémie peut entraîner l'exsudation d'un plasma dans lequel se développent les éléments du tissu cellulaire, noyaux, cellules f usiformes et fibres : il y a prolifération du tissu conjonctif, et alors, de deux choses l'une : ou cette prolifération se continue, le tissu conjonctif devient du tissu fibreux, et par son exubérance autant que par la force de rétraction dont il est doué, il produit l'étranglement des parenchymes ; ou bien il subit une évolution rétrograde, il régresse, s'infiltre de globules de graisse et devient finalement du tissu graisseux. Dans le premier cas, il y a cirrhose, dans le second, dégénérescence graisseuse.

Eh bien ! dans le cas particulier de notre malade, c'est le processus cirrhotique qui a prédominé ; qu'on se rappelle l'état du corps thyroïde et celui du foie. Le tissu de la glande thyroïde était entrecoupé de cloisons fibreuses extrêmement épaisses, qui comprimaient les lobules ; il y avait cirrhose du corps thyroïde. Dans le foie, on trouvait également un grand développement du tissu fibreux, et un commencement d'atrophie des lobules.

Dans les reins, il existait ce qu'on appelle une inflammation interstitielle, c'està-dire qu*il y avait une exsudation de fibrine entre les tubes contournés de la substance corticale, et peut-être que si l'affection eût duré plus longtemps, il y aurait eu maladie de Bright. Le cœur était manifestement hypertrophié, les fibres musculaires étaient plus abondantes, et le tissu graisseux n'y prédominait pas.

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