‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 39 sur 57 · IX — INCONTINENCE NOCTURNE DE L'URINE · texte numérisé non relu

IX — INCONTINENCE NOCTURNE DE L'URINE

BiTerses espèces.— Inoootilnenoe nootome ne oonstitiiant pas on état morbide chei les enfante paressenz, peureux. — L'incontiiienoe noetnme proprement dite est une névrose qui se traduit spécialement par un excès d'excitabilité et de tonicité du plan musculaire de la ▼essie. — L'incontinence à la fois diurne et nocturne dépend d"Qne atonie du sphincter vésioaL— Traitement : la belladone dans llnoontinence nocturne ; les préparations de strychnine dans linoontinennt nocturne et diurne, — Compresseur de la prostate.

Messieurs ,

Yoos in*avez bien souvent entendu interroger une jeune fille qui aide Icb infirmières de notre salle Saint-Bernard, et lui demander depuis combien de temps elle n'avait pas pissé au lit. Cette jeune fille, sur laquelle j'ai plus d'une fois appelé votre attention, est en effet entrée dans le service de la clinique depuis près de dix-huit mois, pour une incontinence nocturne dt l'urine. Sous l'influence du traitement auquel je l'ai soumise, et ce traitement, je dois vous le rappeler tout de suite, a consisté dans l'administration de la belladone, les accidents se sont graduellement amendés, à ce point que la guérison peut être à présent regardée comme certaine (1).

Avec toutes les apparences d'une vigoureuse constitution, cette malade, qui a aujourd'hui dix-neuf ans, est d'un tempérament éminemment lymphatique. Pendant son séjour ici, nous avons eu plusieurs fois à combattre des ophtbalniies scrofuieuses qui ont laissé sur les deux cornées de légers nuages à celte heure à peu près complètement dissipés. En dehors de ces ophthalmies, en dehors de l'infirmité qui l'amenait à Thôpital, sa santé est habituellement bonne. Il y a quelques mois, elle a contracté une diphthérie pharyngienne, en soignant des malades de la crèche qui en étaient atteints ; mais cette diphthérie, qui cependant nous a donné quelques inquiétudes, n'a eu aucune suite fâcheuse, et sa bonne santé habituelle a rapidement repris le dessus.

Cette jeune fille vous a raconté que son incontinence d'urine avait débuté quand elle avait huit ans. Jusque-là, depuis qu'elle avait passé sa première enfance, elle n'était pas plus sujette qu'aucune autre à ces accidents, et elle ajoute, en le répétant d'ailleurs d'après le dire de ses parents, qu'une peur violente a été l'occasion des premiers qu'elle a éprouvés. Nous aurons à voir la part qui revient à cette influence. Toujours est-il que, à partir de ce moment, elle n'est plus restée une seule nuit sans uriner au lit, au moins une,

(i) 11 y a maintenant deux ans qu'cUe est parfaitement guérie (octobre 1861).

UtOOlITlNUfCI NOCTUINI DB L*l»Ilim 651

quelquefois deax ou quatre foif . Chose remarquable, et qu'il importe de bien meotioDDer, dans la journée, et lorsqu'elle est éveillée, elle peut autant que qui que ce soit, retenir ses urines, et c'est seulement quand elle dort qu'elle n'en est plus maîtresse. Un point encore k noter, c'est que c'est vers le matin, dans les dernières heures de son sommeil, qu'elle est prise du besoin auquel elle ne peut résister. Quelques mots suffiront pour nous rendre compte de ce dernier fait La malade nous dit que c'est vers le matin aussi que son som* meil est le plus profond. Il l'est à ce point que l'on a toutes les peines du monde à la réveiller. On a beau l'appeler, on a beau la secouer, elle n'entend et ne sent rien, et lorsqu'on la fait lever de force, elle semble encore dormir debout Dans les premières heures du sommeil, il loi arrivait assez souvent de sortir de son lit pour satislaire au besoin qu'elle ressentait; mais qu'elle ait ou non uriné dans le courant de la nuit (et plusieurs fois la veilleuse est venue l'éveiller pour prévenir les accidents), elle n'en pissait pas moins au lit vers le matin, alors même que deux heures à peine s'étaient passées depuis que, pour la dernière fois, elle avait volontairement exonéré sa vessie.

Ces détails ont leur intérêt, et j'aurai k y revenir. Pour en finir avec l'histoire de cette malade, dès son arrivée ici je l'ai mise à l'usage de la belladone. Tout de suite les effets du médicament se sont manifestement prononcés, et d'abord nous avons obtenu que les accidents ne se produisissent plus qu'une fois seulement par nuit; puis, k mesure que nous avons augmenté les doses, la jeune fille est restée plusieurs jours sans pisser au lit ; en définitive, voici maintenant plus de deux mois que cela ne lui est arrivé.

A la même époque, nous avions au n* 3 de la même salle une autre jeune fille âgée de seize ans, également affectée d'incontinence d'urine. Chez elle, cette infirmité datait de sa naissance. Elle nous racontait que se couchant d'ordinaire k sept heures et demie du soir, c'était entre onze heures et minuit qu'elle pissait an lit Elle disait que lorsqu'elle s'endormait pendant la journée* nia ne lui arrivait pas, parce qu'alors elle se sentait éveillée par le besoin ; mais elle ajoutait que le besoin était pressant k ce point que quand il la prenait, soit qu'elle dormtt, soit qu'elle ne dormtt pas^ elle n'avait que le temps de courir an cabinet

ici encore nous avons en recours k la belladone, et la belladone nous a rendu le même service. Mais ce médicament a complètement échoué, et nous n'avons pas été plus heureux avec l'opium associé k la belladone, avec la strychnine, dont les t>rêparations sont indiquées dans certtins cas, nous n'avons pas été plus heureux avec la résine de mastic, récemment préconisée contre l'incontinence nocturne d'urine, chez un jeune homme de notre salle Sainte-Agnès ; chez lui cette incontinence a complètement cédé à la suite d'one petite opération cbirorgicale.

Ge jeune homme, âgé de dix-sept ans, pissait an lit depuis son enhnoe ; cet accident se produisait deux ou trois fois chaque nuit L'âge de la puberté n'avait amené atcone noditoatios i ead kilraiM; bien plust quoique ses

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facultés génésiqoes ne parussent que fort peu développées, riocoDtÛMQoe d'urine s'était compliquée de pollutions nocturnes. Un instant je cms que II belladone nous donnerait ce que j'en attendais; l'incontinence semblait, en effet, avoir cédé ; mais cette cessation coïncidant avec un flux diarrfaéiqoe abondant occasionné par le médicament, il nous fut facile de voir que si le malade n'urinait plus au lit, c'est qu'il se levait plus souvent la nuit pour aller à la garderobe. Après avoir essayé le sirop de sulfate de strychnine, après avoir eu recours aussi inutilement à la résine de mastic, il me vint à l'idée que soi infirmité que j'essayais en vain de combattre par ces moyens pouTaii être so« la dépendance d'un phimosis congénital dont il était atteint Je priai mon collègue M. le professeur Jobert, de pratiquer la drconcisioD. A partir de ce moment, treixe nuits se passèrent sans accidents, pais ils repanirent pendant trois nuits de suite; enfin, les neuf dernières noiis qu'il resta ï l'hôpital , ce jeune homme n'urina pas une seule fois au lit, et quand il demanda à retourner chez loi, il nous était permis d'espérer que la goérisoa serait définitive.

Enfin,' au n* 1 de la même salle, vons voyiez demièremeni encore on homme dans la force de l'âge, qui était également affiecté d'incootiiieiice d'arine, mais d'incontinence tout à la fois diurne et noctnme. C'était on indiridn ig6 de cinquante et on ans, exerçant la profession de peintre en hitimeotSL II racontait qu'il avait eu cinq attaques de colique de plomb, oiais ipie JQsqoe il y a deux ans, il n'avait en de paralysie.

Il y a deux ans, il ressentit dans les jambes une diminotioo de forai, que cette faiblesse fût accompagnée de diminution de la seosibilité cotanée. Cependant cette demi-parahsie s était généralisée; les bras commençaieai à et être affectés, la langue à perdre sa liberté d'action, et il en recollait on certain embarras de la parole, la vue elle-mênie était affùhlie. Mais ce qoi tnarroentait le plus cet individu, ce qui Tarait surtout décidé à entrer à rhôpitti, c'était son incontinence d'urine. Pendant la jonmée et dans fespooe de dooae heures, il était obligé de quitter quatre ou cinq fois son travail poor satc£we au besoin de pisser sans qu'il lui fût possible de retenir ses orioes. La noie i mouillait plusieurs fois son lit, n'étant plus alors averti, comme pendant h veille, de la nécessité de vider sa vessie. Ce malade a succombé pios tarddaK notre service à une encêphalopathie satoniine.

L'espèce d'incontinence d'urine dont était aiecté cet individo o^a aocn rapport avec celle doot je voos ai parlé toot à l'heore. Je'ne voolab pas cepcsdant laisser ce lait de d>té« d'autant moins qu'il est important d'apfvlcr votre attention sur ks moyens que no» avons empfoycs pour armer à b gouji dans ce cas.

Messâours, st l'incontinence nocturne de l'urine ne saurait être f liiifiù en nralité comme une maladie sérievse, du moins coosiitoe-t-ele ooe trtiie in6miiiê« que voïKi observerez assez communéuMM dans le cmvs de veut carrière Médink, et à prapui de hqoele i ■*«« pus un d

mCOMTINENCE NOCTURNE DE L'ORINB. 65$

ne poisse être consulté dès le début de sa praiiqoe. Je ne dois donc pas laisser passer inaperçus les faits qui se sont présentés à votre observation, et je dois surtout insister sur le mode de traitement qui nous a si merveiileusemeni réussi chez la première de nos malades, comme il me réussit dans la majorité des cas. Mais avant de formuler cette médication, il importe de bien spécifier les circonstances où elle est indiquée, et d*établir par conséquent les conditions dans lesquelles l'incontinence nocturne de Turine se produit.

Il est, vous le savez, des individus, et cela est surtout fréquent dans la pre* mière jeunesse, il est des individus auxquels il arrive de pisser au lit parce qu*ils rêvent pisser contre un mur ou dans leur pot, ces rêves étant sollicités par un besoin d*uriner qui les tourmente et qu'ils satisfont en dormant II en est d'autres, ce sont toujours des enfants, qui pissent au lit par paresse, parce que, ne voulant pas se lever aux premiers avertissements qu'ils éprouvent, ib se rendorment, et ne sont bientôt plus maîtres de retenir leurs urines. A cette catégorie appartiennent ceux qui, d'un naturel poltron, ont peur des ténèbres, et n'osant pas sortir du lit, ou appeler les personnes qui pourraient leur venir en aide, aiment mieux souiller leur couche que de se déranger. Dans ce genre d'incontinence nocturne de l'urine, beaucoup plus rare d*ailleurs qu'on ne le croit généralement, les accidents se répètent à des intervalles très- éloignés; pour y mettre un terme, il suffit le plus ordinairement d'exercer sur ces enfants une influence morale, de les menacer de châtiments quand ils sont petits, de leur faire honte lorsqu'ils sont plus avancés en âge, et la médecine n*a ici aucun besoin d'intervenir. Il n'en est plus de même pour l'incontinence noctorne d'urine, de laquelle seule nous devons nous occuper, et qui est sous la dépendance d'un état vraiment pathologique.

Celle-ci, bien qu'elle puisse quelquefois dater de la naissance, ainsi que cela avait lieu chez notre jeune ûUe du n° 3 de la salle Saint-Bernard, ne survient ordinairement que lorsque le malade est arrivé à un certain âge. Comme presque tous les enfants, il avait pissé au lit jusqu'à l'âge de quinze à dixhuit mois, et comme tous les enfants aussi, à partir de cette époque, il avait cessé d'y pisser, lorsque tout d'un coup il recommence à le faire. C'est habituellement vers sept à huit ans que cette incontinence nocturne de l'urine se déclare. Les accidents surviennent alors presque toutes les nuits, et quelquefois plusieurs fois dans le courant de la même nuit

Quelles en sont les causes? Vous entendez souvent dire par ceux qui en sont affectés, et par leurs parents eux-mêmes, qu'une peur qu'ils ont éprouvée en a été le point de départ. Je ne saurais trop vous mettre en garde contre ces interprétations. Les émotions morales, la peur en particulier, sont mises trop facilement en avant pour expliquer l'origine de certaines névroses, bien qu'en réalité il s'en faille de beaucoup qu'il existe la moindre relation entre celles-ci et leurs prétendues causes. Lu enfant a des attaques de mal coroitial, ses parents ne manqueront pas de raconter que la première est sur- Tenue à la suite d'une grande frayeur. Gela peut être, je ne le conteste pas.

%Sk mœHTIHElICE flOCTUlHB M L'UIUI.

et diof DOB conférences sor l'épilepsie j*ai en eoîn de vont rigpuler U perl qoi revient aux émotions morales dans la prodncUon de cette redoutable maladits mais cette part est, en vérité, relativement très*faible, et sur plus de ceat fois qu'on invoquera cette influence morbide, à peine existera- t«elle une ftiii réellement En interrogeant les antécédents héréditaires du sujet, vous trtNH verez des raisons plus que suffisantes pour vous rendre compte de l'eiiscciiet do mal.

Ce que nous savons toutefois, c*est que, pour l'incontinence d'urine eomme pour beaucoup d'autres névroses, V hérédité joue, dans certains eu, un rte incontestable.

Je voyais, il y a quelque temps, dans mon cabinet, une demoiselle d'oM vingtaine d'années qui en était atteinte; ses accidents, qui revenaient preiqM chaque nuit, se montraient dans la première heure du sommeil, et ne se r»* nouvelaient pas jusqu'au réveil. Dans le jour elle avait la faculté de retenir très-longtemps ses urines. Elle m'était amenée par sa mère, et cdle-d bm disait qu'elle-même avait été sujette à cette incontinence d'urine jusqu'au moment de sa puberté où elle avait été guérie spontanément ; elle ajoutait qut son fils avait eu jusqu'à douze ans la même infirmité.

Au mois de juillet 1B60, une dame de quarante ans me conduisait son qui allait subir ses examens pour l'école militaire de Saint-Cyr; ce j homme avait une incontinence nocturne de l'urine depuis sa seconde enfance. Les accidents étaient d'ailleurs assez rares et ne se reproduisaient qu'une oq deux fois par mois. C'en était assez pour rendre le séjour dans une école militaire impossible. Cette dame me disait qu'elle-même avait été sujette à It même infirmité jusqu'à l'âge de douze ans. Elle me racontait qu'elle était d^ pubère et très-grande depuis une année, lorsque sa mère, qui avait compté que la puberté amènerait la cessation des attaques, trompée dans son attentée! persuadée qu'elle y mettait de la mauvaise volonté, lui infligea un matin» eu présence de la femme de chambre, une de ces corrections qui ne sont guère employées que pour les petits enfants ; elle en fut profondément émue, et dès lors elle cessa d'uriner au lit.

Des exemples analogues ont été rapportés. C'est ici, messieurs, que l'inooD* tinence nocturne de l'urine et l'épilepsie présentent un certain point de oou» tact II n'est pas absolument rare, en eflet, de rencontrer dans les antécédeuii héréditaires, des individus épileptiques, et, dans ces cas, ce n*est pas foroer l'induction que de voir dans les acddeots dont nous parlons un nouvel exemple de ces mutations des névroses les unes dans les autres, muutions sur lesqueUsi j'ai plus d'une fois appelé votre auention. Ma manière de voir est d'autaaC plus accepuMe, qu'il peut arriver, ainsi que j'en ai cité une observation, que cette muutioo ait lieu chez le même individu. Dans le cas auquel je fais allusion, il s'agissait d'un enfant qui, ayant pissé au lit jusqu'à l'âge de neuf ans, fut sujet à des accès de mal oomitial, quand il eut été guéri de sa premièra ininnité. L'épilepsie* du rastu* ue jooenit pas seule ki le iMeque boubW

IMORTUIBIICE ROCTUmiB M L'OBIHB. 655

attriboons; rhystérie poorrail 6tre également mise en cause dans nn grand nombre de circonstances.

J*aî dit qn*il nous fallait confesser notre ignorance des causes de i*tncontineoce d'urine; j'entends les causes occasionnelles. Dans quelques cas, ainsi que cela est arrivé cbes notre jeune garçon de la salle Sainte-Agnès, un pbimosis a été le point de départ des accidents : ce fait pourrait être intcr* prêté en disant que la présence de concrétions sébacées interposées entre le prépuce et le gland provoque une irritation qui se propage sympatbiqoeroent à la vessie, qui est dès lors plus vivement sollicitée à se contracter lorsque l'urine vient à s'accumuler dans sa cavité ; mais c'est là un fait tout exception* nel, et pour la grande majorité des cas, toute explication nous lait absolument défaut.

Peut-être connaissons-nous mieux la cause prochaine, la cause organique de l'incontinence.

On a longtemps émis cette opinion, encore aujourd'hui professée par quelques médecins, que cette inûrmité dépendait d'une faiblesse de la constitution; qu'elle affectait des enfants débiles, d'un tempérament lymphatique, les individus à chairs flasques, à teint pâle, aux cheveux blonds. Il a suflB d'observer plus attentivement les faits pour voir tout ce que cette opinion avait de trop exdusiL L'incontinence noaume de l'urine s'observe, en effet, chez des sujets d'une constitution délicate, sans aucune énergie physique ou morale, mais il est presque aussi fréquent de l'observer chez des individus présentant tous les attributs de la force et de la plus parfaite santé.

Sans vouloir aller plus loin , nous répéterons que l'incontinence nocturne de l'urine est une névrose, et nous ajouterons que cette névrose se traduit par une irriubilité excessive de h vessie. En définitive, c'est cet excès d'irritabilité des fibres musculaires de la vessie, qui est la cause inmiédiate de l'incontinence. Voilà les conclusions auxquelles nous sommes arrivé «i cherchant I nous rendre compte des succès obtenus avec la belladone dans le traitement de cette affection, constatant une fob de plus la vérité de l'afriiorisme d'Hip* pocrale : Naturam morbomm curatianes astenduni.

Vous savez, messieurs, ce qui se passe dans l'acte de la miction. L'urine sécréiée par les reins s'écoule par les uretères dans la vessie, où elle s*accumule, retenue par l'obstacle qu'oppose à sa sortie le sphincter vésical habituellement fermé. Lorsqu'il s'en est ainsi accumulé une quantité plus ou moins considé* rable, le besoin d'uriner se lait sentir, et il est dû à la contraction des fibres musculaires de la vessie luttant contre la résistance du sphincter. Bien que celui-ci, comme tous les muscles de la vie organique, soit placé en dehors àd l'action de la volonté, il en dépend cependant de telle sorte que sa contraction, sous l'influence de cette volonté, devient assex énei^ue, et que l'on peut retenir ses urines pendant un temps plus ou moins long; la oonstrictîon exercée sur le col de la vessie par les fibres propres de son sphincter est alors augmentée par 11 contraction des muscles bulbo-caveroeoi; et releveur d« l'anui. Mais il acrift

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un moment où le besoin devenant plus pressant par suite de raccamnhâoo plus grande de Turine, les forces qui s'opposent à sa sortie sont vaincues par celles qui tendent à Texpuiser, et alors la miction a lieu. Elle a lien d*abord par le seul fait de la contraction des fibres musculaires de la vessie, et celte action est suffisante pour que ia vessie se vide complètement, quand surtout le sphincter offre peu de résistance, comme chez les petits enfants ; chez ht enfants plus avancés en âge et chez les adultes , elle ne suffit pas toojoars, et les muscles abdominaux, y compris le diaphragme, interviennent pour aider Taccoinplissement de Tacte.

Il est donc nécessaire, pour que la miction s*opère volontairement, que b résistance du sphincter vésical soit assez forte pour contre-balancer TactioB des muscles qui tendent à expulser Turine hors de sou réservoir naturel

Dès que cette résistance du sphincter ne sera plus assez puissante, les urines 8*échappcront involontairement, il y aura incontinence.

Ce dèiiaut de résistance peut être absolu ou relatif. Il peut être abaolo, comme dans les cas de paraplégie, de paralysie, et c'est ce qui arrive chez notre malade du n*^ 1 de la salle Sainte-Agnès, qui, je vous le rappelle, a été affecté d'accidents saturnins et qui a gardé une paralysie de vessie. Mais alon il n'y aura plus seulement incontinence nocturne, les urines t'échapperont indépendamment de la volonté de l'individu, aussi bien dans la journée qoe pendant la nuit, et comme la vessie participera elle-même à cette paralysie, l'écoulement se fera d'une manière passive, non par un jet vigoureux, comme cela a lieu dans les cas dont il est ici spécialement question.

Dans l'incontinence nocturne de l'urine, le défaut de résistance n'est qne relatif, en ce sens que, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, c'est l'irrita* bilité des fibres musculaires de h vessie elle-même qui est augmentée.

Cette irritabilité, et, j'ajouterai, cette tonicité exagérées de la vessie sont démontrées par ce fait que, ainsi que l'a constaté Bretonnean , ainsi que je l'ai constaté moi-même, la plupart des malades atteints d'incontinence nocturne d'urine pissent pendant le jour avec une roideur extrême. Elle me parafe aussi démontrée par ce fait encore, que les malades sont, quand ils dorment, presque toujours en érection : or ne pent-on pas admettre que la vessie participe à cet état d'éréthisme des organes génitaux externes.

Il se peut qu'avec cette augmentation de la tonicité des fibres musculaires de la vessie, il y ait un ceruin degré d'atonie du sphincter, et alors les malades, comme cela arrivait chez la jeune fille du n"" 3 de la salle Saint-Bernard» ont beaucoup de peine, même pendant le jour, à retenir leurs urines. Mais le plus souvent, hâtons-nous de le dire, il n'en est point ainsi ; le sphincter vésical, alors du moins que la volonté peut lui commander, conserve tonte son énergie. Ce qui démontre qu'il ne s'agit point ici, bien qu'on l'ait prêtendu, d'une atonie du sphincter vésical, c'est que ces individus peuvent retenir très-longtemps leurs urines lorsqu'ils sont éveillés. La jeune fille qui fait le sujet de notre première obaervatioa nous a souvent i^pété qu'il en était

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ainsi chez elle. Or comment expliquer cette faculté, en admettant un affaiblissement dans la contractilité du sphincter ?

L'incontinence est nocturne ; c*cst pendant le sommeil que les accidents surviennent et au moment où le sommeil est le plus profond. Interrogez les malades, ou plutôt interrogez les personnes qui peuvent nous donner des renseignemenis sur eux, et vous apprendrez que ceux qui pissent au lit ont en général le sommeil très-dur. On comprend facilement dès lors comment les choses se passent

Pendant le sommeil , la contractilité volontaire du sphincter vésical étant complètement anéantie, sa contractilité organique n*est plus sufiBsante pour lutter contre celle des fibres propres du corps de la vessie, et dès lors la miction se fait involontairement II n*est pas besoin pour cela qu'il y ait une quantité considérable d*urine accumulée.

Je reviens encore à notre malade de la salle Saint-Bernard. Bien que plusieurs fois dans la nuit elle se levât pour uriner, soit qu'elle se réveillât d'ellemême, soit qu'on la réveillât ponr éviter les accidents, ceux-ci n'en survenaient pas moins vers le matin, dans les dernières heures de son sommeil. Il en est de même chez beaucoup de ceux qui sont atteints de cette infirmité. Il n'y a donc pas lieu d'admettre, comme l'ont écrit certains auteurs, que l'incontinence nocturne est due à une plénitude excessive de la vessie, que l'écoulement des urines se fait par regorgement, ainsi que cela arrive dans la rétention en général.

Messieurs, dans la question qui nous occupe, il est un point important à élucider.

Dès les premiers temps qu'elle fut soumise au traitement que je lai avais prescrit, notre jeune fille de la salle Saint-Bernard éprouva une amélioration sensible. Il y avait une quinzaine de jours qu'elle prenait de la belladone, lorsqu'elle resta dix à douze jours sans pisser au lit, tandis qu'auparavant elle y pissait non pas seulement toutes les nuits, mais même souvent deux fois par nuit Sur ces entrefaites, ses règles ayant apparu pour la première fois, la religieuse hospitalière, jugeant que ce serait une crise qui amènerait la guérison radicale de la maladie, cessa de donner le médicament L'incontinence ne tarda pas à reparaître.

Cette influence de l'établissement des règles, et, d'une manière plus générale, l'influence de la puberté sur la guérison de l'incontinence nocturoe d'urine, est une opinion assez généralement répandue, non-seulement parmi les gens 'du monde, mais encore parmi les médecias ; de même que l'on croit que, lorsqu'elle date de la naissance, cette infirmité cédera tout naturellement, soit à l'époque de la première dentition, soit tout au moins à l'époque de la seconde ; comme aussi, lorsque Tâge de la puberté est passé sans avoir rien modifié, on espère que le mariage, qu'un premier enfant amèneront le changement désiré. Gardez-vous, messieurs, de ces illusions ! Les faire partager aux parents qui vous demanderaient votre avis sur ce point serait tous

TROissKAr, 2* «Mlit — II. 4*2

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exposer à de fâcheux mécomptes. Sans doute Tincontinence d'urine qui guérit le plus souvent, pour ne pas dire toujours, d'elle-même, à un moment donné, peut guérir à Tépoque de la dentition, à l'époque de la puberté, à l'époque du mariage ou d*un premier accouchement. Mais ce sont là de simples coïncidences, si j'en juge par les faits nombreux que je vois chaque jour, dans lesquels les accidents ont persisté sans que les diverses révolutions éprouvées par l'organisme aient jamais eu aucune influence sur eux.

Une fois, cependant, il m'a semblé voir dans la guérison d'une incontinence nocturne et une première grossesse une relation évidente. C'était chez une jeune Qlle de dix-huit ans qui, depuis sa naissance, urinait au lit. Chez elle aussi on avait compté, mais en vain, sur la dentition ; à quatorze ans, la mens< iruation s'était établie sans plus d'avantage; on avait alors dit à la famille que le mariage la guérirait. Cette demoiselle avait tous les agréments de la beauté et de la richesse; mais comment la donner à un homme sans prévenir celui-ci de l'infirmité de sa future femme? Et quel homme consciencieux aurait accepté de courir les chances qu'on lui présentait? Un individu sans fortune ne recula pas devant la situation ; il ré|)ousa. Sa femme devint immédiatement enceinte, et, à partir de cette époque, elle cessa de pisser au lit.

Cet exemple est le seul que je connaisse ; je ne saurais trop vous le répéter, les cas analogues doivent être très- exceptionnels. Quant aux maladies intercurrentes dont peuvent être pris les individus aiïectés d'incontinence, elles ont une influence réelle sur celle-ci. Ainsi les maladies aiguës, fébriles, notamment les fièvres éruptives, suspendent les accidents [lendant leur durée, et quelquefois même ce bénéfice se prolonge pendant quelque temps apKi» la cessation de la fièvre. Vous vous rappelez certainement cette jeune fille couchée au n*^ 22 de la salle Saint- Bernard. Je la traitais infructueusement depuis dix- huit mois. Elle prit une doihiénentérie dans le courant de l'été 1861, et durant sa convalescence elle resta vingt*quatre nuits sans uriner au lit Les accidents reparurent plus tard. Ne loyez-vous pas ici une nouvelle analogie entre l'incontinence nocturne do l'urine et les autres névroses?

Messieurs, un grand nombre de moyens ont été employés pour combattre l'incontinence nocturne de l'urine, qui, bien qu'étant toujours une aiïectioii sans aucune gravité vi guérissant ti peu près toujours d'elle-même k un moment donné, n'en constitue pas moins une déplorable infirmité, contre laquelle lea médecins sont chaque jour appelés à intervenir. Entre toutes ce» médications, celle par la belladone ou par l'atropine oçcu|>e le premier rang. Administré daiii certaines conditions, et ces conditions sont celles qui se préHenient le plus ordinairement, donné suivant certaines règles, ce médirauient constitue un remède miiou infailible, du moins éminemment utile. PreMjuc tonjours il amène un amendement notable dans la fréquence des accidents, et en un grand nombre de cas, il les fait cesser complètement.

Celte médication que j'ai empruntée à la pratique de Bretonneau me rend dtpuis longtemps d'incontcstaMes services, comme elle en a rendu k M. filache

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et k d'autrei médecins encore. Vous avez vu vous-mêmes le succès que naos en avons obtenu chez la première de nos deoi jeunes fillfs de la salie Sainl^ Bernard, el je vais vous raconier sommairement ce qui s'est passé cbez elle* en vous rappelant ainsi les règles que nous avons suivies.

A son arrivée à l'hôpital, je lui ai fait prendre chaque soir une pilule conte* nant un ceniigramtne d'extrait de belladone^ et tout de suite ramélioration a été sensible. Les accidents qui jusque*là survenaient deux Tois chaque nuit, ne se répétaient plus qu'une ; à mesure que nous avancions, le niédicanieat étant toujours donné à la même dose, ces accidents n'avaient plus lieu toutei les nuits comme auparavant. Oeui, trois, quatre nuits se passaient sans que ta malade urinât dans son lit; puis elle y pissait de nouveau pendant deuKi quatre, cinq, uix nuits de suite. Cela dura plusieurs semaines. Sans me laisser décourager par la ténacité du mal, j'augmentai les doses de belladone, que Je portai progressivement à 6, 7, 8, 0 et luême jusqu'à 10 centigrammes, qgi étaient pris du même coup, et toujours le soir. A cette dose de 10 centir grammes, râmendement fut tel, que vingt-deux nuits se passèrent sans qu'il y eût d'accidents. ïa malade en fut reprise alors deui nuits de suite, et resta après huit ou dix nuits sans en avoir; de nouveau elle pissa au lit dcui on trois nuits, et de nouveau encore elle resta une dizaine de nuits sans y pisser.

Assurément nous avions gagné du terrain, mais notre but était loin d*ôllt atteint. J'insistai sur la médication, et toujours graduellement je portai jusqu'à 15 cenligrammc'S la dose de la belladone. Il y a aujourd'hui cinquante juura, près de deux mois, que bi malade est maintenue à cette dose de 15 centi* granmies, et depuis cinquante nuits elle n'a pas uriné une seule fois au lit (1).

Ce fait, messieurs, vous inonii e la persévérance qu'un médecin convaincN doit nielire dans un traitement dont son expérience lui a démontré l'otiltl^. Or, je vous le répète, c'eèt pour moi uue conviction pnifonde. que la bulla^ doue est l'aime thérapeutique la plus puishanle que nous ayons à opposer I l'incontinence nocturne de l'urine chez les individus des deux sexes. W jt n'ai pas la certitude absolue que, grftce à cet héroïque moyen, je guérirai invariablement mes malades, du moins suis je certain de les soulager presqat toujours. Fort de cette conviction, je meis dans le traitement une patience que je réclame de ceux confiés à mes soins, et dans le cas dont vous venez d'^rt témoins, vous avez vu si le succès a répondu à notre attente. Malheureusement il n'est pas toujours possible d'obtenir des malades cette persévérance qui leur est si nécessaire : dès qu'une amélioration notable s'est prononcée, ils se croient désormais k l'abri du mal, et, ne tenant plus compte de vos recommandations, ils abandonnent l'usage du remède ; les accidents ne tardant pas I

(1) La p^érison ne t'est pas démentie depuis le jour que cette leçon était faite à l'ampbithé&tre de l'Hôtel*Diea^ et nous avons pu nous assurer que cette guérison était radicale puisque la malade resta dans nos salles en qualité d'infirmière Jusque Ten là !!■ d9 l'année ISSS.

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