‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 4 sur 57 · ET DANS L* APOPLEXIE · texte numérisé non relu

ET DANS L* APOPLEXIE

Si maintenant, messieurs, vous me demandez pourquoi nous devons en général porter un pronostic grave quand le bras récupère plus rapidement et plus complètement ses mouvements que la jambe, j*avouerai mou ignorance, me bornant à constater un fait qui s'est présenté assez souvent à mon observation pour qu'il ait fixé mon attention.

Se passe-t-il, autour du foyer hémorrhagique, un travail morbide amenant un ramollissement chronique ou des cicatrices vicieuses, je ne saurais le dire; mais, quelle que soit la cause, le fait reste et il me parait avoir quelque valeur.

Je ne veux pas abandonner ce sujet, messieurs, sans vous parler d'un autre signe qui, comme le précédent, a une grande signification pronostique. Vous vous rappelez deux femmes, l'une encore jeune, couchée au n** 34 de la salle Saint-Bernard, l'autre âgée de soixante-quatre ans, couchée au n* 28. L'une et l'autre avaient été frappées par une hémorrhagie cérébrale qui avait paralysé le côlé gauche du corps. L'intelligence n'avait pas été troublée, et l'une et Tautrc marchaient avant qu'un mois se fût écoulé depuis le début des accidents ; je vous ai iait alors remarquer que ces deux femmes avaient les doigts fléchis dans la paume de la main, par la contracture permanente des fléchisseurs, et je vous disais alors, ce qui s'est tristement vérifié, que jamais elles ne pourraient se servir de leur main; que jamais les extenseurs ne reprendraient l'empire qu'ils semblaient avoir perdu, que toujours la main serait crochue « et que le aiouvement du membre supérieur resterait presque complètement aboli. C'esl encore h un fait que révèle la clinique et que vous ne devez pas ignorer, parce qu'il ne fiut pas promettre une guérison ou même une aroélîoraiioo, alors que le» choses, loin de s'amender, iront au coulraire, chaque année, en empirant

Taoi.aéKJii, 2*c«lit. —II.

18 DE LA CONGESTIOll CÉBÊBRAU APOPLEGTIFORME.

XXXVII. — DE LA CONGESTION CÉRËBRÀI^ APOPLECTIFORME DANS SES RAPPORTS AVEC L'ÉPILEPSIE ET L'ÉCLAMPSIE.

§ 1. — Personne ne oonteste l'existence de la congestion cérébrale, mais il faut reconnaître qu'on a singulièrement abusé d'elle pour expliquer des accidents cérébraux dans la production desquels cette congestion ne jouait absolument |aucun rôle. — Les accidents apoplectiques subits et transitoires sont de ce nombre ; et les prétendues oongestions cérébrales apopleotiformes sont, beaucoup plus souvent qu'on ne le croit en général, liées à Tépilepsie. — Quelques considérations sur les impulsions soudaines et irrésistibles chei les épileptiques principalement, et des conséquences à en tirer au point de vue médico-légal.

Messieues,

Ou désigne ordinairement sous le nom de congestion cérébrale apoplectiforme, un ensemble de phénomènes transitoires survenant subitement^ et ressemblant à ceux de Tapoplexie proprement dite.

Les phénomènes propres de l*apoplexie se trouvent parfaitement indiqués dans cet aphorisme de Boerbaave que j*ai déjà eu Toccasîon de vous citer : 1 Apoplexia dicitur adcsse, quandà reperde actio quinque sensuum exter^ noruïïty tùm intemorvm^ omnesque motus voluntarii abolentur, superstite pulsu plerhmque forli^ et respiratione difficfU, magna, stertentCy unà cum imagine profundi perpetiiique somni. »

Lorsf|uc ces phénomènes apoplectiques sont transitoires, on dit qu'il y a eu congestion cérébrale apoplecti forme ; quand ils persistent, on suppose, le plus souvent, qu'il cxislc une grande hémorrhagie cérébrale.

Il y a, vous le savez, une opinion qui a cours dans la science : c'est que la congestion cérébrale apoplecti forme est une maladie commune. C'est une chose si bien établie, si bien acceptée, que l'on a mauvaise grâce à paraître en douter. Pendant les premières années de ma pratique, j'ai vu ou cru voir un assez grand nombre de congeslions apopicctiformes, mais depuis longtemps je n'en vois plus. Pourtant mes confrères en voient tout autant qu'auparavant. Cherchons donc de quel côté est l'erreur.

Un homme, avec ou sans phénomènes prémonitoires, tombe subitement frappé d'apoplexie ; on le relève hébété, et pendant un quart d'heure, une heure, plus longtemps peut-être, il restc^ la tête lourde, l'intelligence confuse, la démarche mal assurée. Le lendemain tout est fini.

On dit que le malade a eu une congestion cérébrale apoplectiforme.

.le l'ai dit comme les autres, aujourd'hui je ne le dis plus.

Lu autre, tout à coup, en marchant, a un élourdissement ; il cesse de voir.

DE LA CONGESTION CÉRÉBBAIE APOPLECTl FORME. iff

déparier, il marmotte quelques mots iniotelligibles; il chancelle, il tombe quelquefois, pour se relever incontinent Gela a duré quelques secondes : il ne reste plus qu'un peu de pesanteur de tête, quelquefois une obnul)ilatioo intellectuelle momentanée, et trois ou quatre minutes suflSsent pour que toot rentre dans l'ordre.

On dit que ce malades eu une congestion cérébrale légère; je l'ai dit comme les autres, aujourd'hui je ne le dis plus.

Pourquoi donc ai-je changé d'idée, messieurs? Ce n'est certes pas par amour du paradoxe ; c'est que des faits ont fait entrer forcément dans moo esprit une couTiction nouvelle.

Un de mes amis, en 1865, fut trouvé dans sou lit, sans connaissance. Le visage était turgescent, violacé ; rintelligcnce, les mouvements, la sensifaililé* étaient abolis, il y avait de la sterteur. C'était un homme vigoureux, de qua« rante-deux ans. Depuis quand était-il dans cet état, c'est ce que sa femme ne pouvait dire ; elle avait été réveillée par un ronflement étrange, et elle m'avait envoyé quérir.

Déjà, k cette époque, j'avais renoncé aux saignées dans l'apoplexie. Je fis mettre le malade dans la position demi-assise ; je fouettai le visage avec ub mouchoir mouillé d'eau froide, j'appliquai deux ligatures au haut des cuisses, |K)ur retenir momentanément une grande quantité de sang veineux dans Jei» vaisseaux des membres abdominaux, bien qu'en vérité je comptasse peu sur ce moyen d'action, et j'attendis. Une heure s'était à peine écoulée, que les mou* vemoits étaient revenus, h sensibilité se rétablissait, et le malade répondait asseï pertinemment aux questions qui lui étaient faites. Le lendemain, à cela prés d'une forte courbature, il ne restait rien de tout cet orage.

 quelque temps de là, on me vint chercher en toute hâte, pour un de mes voisins âgé de soixante et dix ans, qui, sur le boulevard, avait été frappé d'apoplexie. Il était resté un grand quart d'heure sans connaissance. J'arrivai au moment où il revenait à lui. Il ne me reconnaissait pas encore, promenait autour de lui des regards hébétés, et agitait ses bras et ses jambes lan» avoir conscience de ce qu'il faisait. Les lèvres et le nez étaient gonflés, les yeux injectés. Peu à peu tout se rétablit, sans que j'eusse fait aucuue médecine active : ce fut l'afiaire de quelques heures.

Le valet de chambre me* raconta alors que son maître avait eu déjà plusieurs fois des attaques de ce genre, depuis deux ou trois ans, et que ces accidenU s'étaient dissipés de la même manière, une fois à la suite d'une saignée, les autres fois après un bain de pieds sinapisé.

I^ même année, je voyais en consultation, dans mon cabinet, un avoué de province, ftgé de trente-cinq ans, qui, depuis six mois, avait eu trois attaques d'apoplexie. Il avait été saigné les trois fois, et il s'en félicitait beaucoup; on l'avait purgé, on lui mettait chaque mois quelques sangsues au siège. La dernière attaque avait eu lieu comme il remontait chez lui, après une iinpor-^ tante plaidoirie. La tête avait frappé sur les marches de l'escalier, et le malade

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