‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 57 · DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE APOPLEGTIFORMB · texte numérisé non relu

DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE APOPLEGTIFORMB

Il fl*y a peut-être pas de semaine qiie je ne sois consulté par des gens adultes, vieiUard$ ou enfants, atteints de vertiges comitiaux, et qui me sont adressés comme ayant des' congestions cérébrales faibles. Quoique Tépi* lepsie, dans toutes ses formes, soit aujourd'hui mieux connue qu'elle ne Tétait il y a vingt- cinq ou trente ans, cependant bien des médecins se refusent à croire à une aussi terrible maladie ; s'ils la reconnaissent, ils ne yeulent pas dire àla famille ce qu'ils en pensent, et préfèrent nous laisser cette triste mission.

Bien souvent le vertige comitial se révèle par des accidents toujours attribués à la congestion cérébrale, et sur lesquels les médecins qui s'occupent du traitement des aliénés ont déjà, depuis longtemps, appelé l'attention de leur? confrères.

Après l'attaque vertigineuse, il est assez commun de voir les malades délirer pendant quelques minutes ; le délire peut même durer un temps assez long.

Les annales judiciaires, les archives de la préfecture de police, sont remplies de suicides et de meurtres attribués trop souvent par les médecins à ce qu'ib appellent des congestions cérébrales, tandis qu'il les faut imputer à Tépilepsie.

On peut dire, pi'esque sans crainte de se tromper, que si un homme oom« met subitement un meurtre sans aucun trouble intellectuel préalable, sans avoir jusqu'ici donné signe de folie et en dehors de tout acte passionnel, sans être empoisonné par l'alcool ou par toute autre substance qui exerce une action énergique sur le système nerveux, on peut dire que cet homme est un é|Hleptique, et qu'il a eu une grande attaque, ou bien, ce qui est plus ordinaire, un vertige comitial.

Ces actes étranges sont, je le répète, attribués, par la plupart des médecins, par les magistrats, à des congestions cérébrales passagères, par cela même que la grande attaque est quelquefois méconnue, et que le vertige l'est presque toujours.

Je n'ai jamais prétendu, messieurs, qu'il suffit de constater l'épilepne chez un accusé pour l'exonérer de toute culpabilité. Qu'un avocat se serve de cet argument ; qu'il prétende que son client a bien pu n'être pas libre dans le moment où l'acte incriminé a été commis, je le veux bien ; mais jamais devant un tribunal je n'oserais soutenir une pareille doctrine. Je suis parfaitement .convaincu que beaucoup d'épileptiques sont de grands criminels dans le sens moral de ce mot, et que les actes dont ils se sont rendus coupaUes ont été prémédités et accomplis en pleine liberté.

Mais dans ce cas, rien, dans la préparation, dans la perpétration du crime, ne diffère de ce qui se passe ordinairement ; l'épileplique, s'il n'est pas fou en dehors de ses attaques, rentre dans la règle commune, et doit ressortir àla juridiction commune. Sur ce point, tout le monde est d'accord.

Mais si ce même épile))tique a commis un meurtre sans but, sans motif possible, sans profit pour lui ni pour personne, sans préméditation, sans passion, au \u et au su de tous, par conséquent en dehoi*s de toutes les conditions oà

3Z Dl Ll GOHGESnON CESltBEALE APOPLEGTIFORME.

kf meortres se commettent, j'ai le droit d*aflBrmer, detaot le magistrat, que rimpabion aa crime a été pre»que cei^tainement le résultat du choc épileptiqae. Je dis presque certainement, si je n'ai pas vu Tattaque; mais si j'ai tu, ai des témoins ont vu le grand accès on le vertige comitial précéder immédiatement Facte incriminé, j'affirme alors d'une manière absolue que le prévenu a été poussé an crime par une force à laquelle il n'a pu résister, ce qui l'absout aux termes de l'article 6& du Gode pénal.

On se tromperait si l'on croyait que les déterminations subites et irrésistibles arrivent chez les épileptiques en dehors et dans l'intervalle des accès. Quand Vépilepsie a conduit le malade Si la folie, ce qui malheureusement est fort commun, quand la manie aiguë suit durant quelques jours la grande attaque oomitiale, il ne peut y avoir de doutes dans l'esprit de personne ; et rarement ces malades, s'ils ont commis quelques crimes ou quelques délits, sont renvoyés devant les tribunaux. Là où la démence est évidente, la loi ne punit pas ; le magistrat ordonne la séquestration, parce qu'il doit protection à la société menacée et au pauvre fou lui-même, qui devient légalement incapable.

Mais a le choc épileptique peut frapper la volonté ». I^ parfaite intelligence de l'épileptique immédiatement avant et peu après l'attaque, la liberté morale iblolue dont il jouit en dehors de ses accès, peuvent seules lui donner l'apparence d'un coupable. Ce senties conditions qu'il faut étudier.

Ordinairement la question de culpabilité ne se pose pas quand le crime on le délit a été commis immédiatement après la grande attaque, lorsque les témoins du crime ont été en même temps témoins de la convulsion épilq[>tique, pas plus que la question de culpabilité ne se pose pour un maniaque enfermé dans une maison d'aliénés, pour un malade atteint de délire dans une salle d'hôpital, qui se livrent à des actes de violence.

Mais il arrive que l'attaque comitiale se passe sans témoins, ou bien que les actes de violence qui lui succèdent ne s'accomplissent pas devant ceui qui ont assisté à la convulsion, et déjà l'embarras peut naître. Mon honorable confrère M. le docteur Jozat me racontait le fait suivant :

Un jeune homme va, avec quelques amis, dîner dans un restaurant du Palais-RoyaL Arrivé place Louvois^ il tombe tout d'un coup parterre, se relève bientôt et se précipite sur les passants, qu'il frappe avec violence. On le conduit au poste, et pendant quelque temps il accable d'injures les soldats qui le contenaient, leur crache au visage, et s'il n'y avait pas eu des témoins de l'attaque épileptique qui avait été le début de cette scène étrange, si le malade eût été seul quand l'accident est arrivé, si le médecin auquel je dois ces détails ne fût intervenu, ce jeune homme aurait eu à répondre devant les tribunaux tout au moins du délit de rébellion.

On comprendra aisément combien il sera difficile d'arriver à la vérité si l'épileptique et sa victime se sont trouvés seuls.

Je vous demande la permission de mettre sous vos yeux un certain nombre de faits que j'ai pu observer et de l'authenticité desquels je puis répondre.

DB Ih GONGBSTION CfiBÉBRALB APOPLKCTIFOiMB. 2t

Tout récemmemj'éuisconsaltépardeux jeuDesgensnouveliement ûitriéiL la diine me racontait que, peu de temps après son mariage, elle avait été subilement réveillée, la nuit, par des mouvements étranges que faisait son mari i pois tout à coup celui-ci Tavait frappée avec une horrible violence, et si une domestique, accourue au bruit delà sonnette, ne Tcût délivrée, elle aurait pu être grièvement blessée. Cette scène s*était encore renouvelée quelques jours avant que Ton vtnt chez moi ; cette fois, éveillée à temps, la dame avait pu allumer une bougie, voir les convulsions qui agitaient le malade, et se sous* traire parla fuite aux actes de fureur qui avaient Immédiatement suivi.

Ces tristes détails m'étaient donnés devant le pauvre malade, qui avait parfaitement conscience d'avoir éprouvé quelque chose dont il ne se rendait pas compte, et qui m'affirmait que souvent déjà avant son mariage il avait eu des vertiges, dont le caractère avait été méconnu par les médecins.

J'ai encore à l'Hôtel^Dieu, dans mon service, une jeune fille, d'un carac* tère doux et facile, et qui a quelquefois, en vingt^atre heures, jusqu'à cent attaques de petit mal. La première nuit qu'elle passa à l'Hôtel^Dieu, on la coucha dans une chambre à part, avec une infirmière fort intelligente et fort dévouée. Vers le milieu delà nuit, l'infirmièrefut réveillée eu sursaut; la mabde s'était levée après une de ses attaques et l'accablait de coups. A peino une demi-minute s'était-elle écoulée, que l'épileptiqne, revenue à elle, rega» goait son lit, ne sachant ce qu'elle avait fait.

Tout le monde, dans celte encemte, a entendu parler d'une dame de la société qoi, dans le monde, au théâtre, à l'église, à la promenade, profère' tout à coup, ou les injures les plus graves, ou les mots les plus obscènes, dont elle n'a pas conscience, ditH)n. C'est d'ailleurs une femme respectable à tous égards et d'une intelligence fort élevée.

J'ai eu parmi mes amis un magistrat très-intelligent^ dont j'aurai à vous parler, et qui avait souvent des vertiges épileptiques ; sa sœur avait été enfer* méeà Charenton, où je l'avais connue. Il présidait un tribunal de province. Un jour il se lève subitement, marmottant quelques mots inintelligibles, et va dans la salle des délibérations : l'huissier le suit, le voit pisser dans un coin ; quelques minutes après, il revenait occuper son siège et écouter avec intelligence et attention les plaidoiries un instant interrompues. Il n'avait aucun souvenir de l'incroyable incongruité qu'il avait commise.

Je pourrais multiplier à l'infini des faits de ce genre en les empruntant à nui propre pratique et à celle des auti^es.

Nais je tiens à arriver à l'une des plus graves objections que font les médecins, et plus encore les magistrats, à la théorie des impulsions soudaines et irrésistibles de certains épileptiques.

Le trouble de la raison qui suit une grande attaque, et surtout le vertige, n'est pas toujours aussi facile à constater qu'on le pourrait supposer au pre« roier abord. Il nous est arrivé à tous d'élre mandés auprès d'un épileptique immédiatement après l'attaque. Le malade nous répondait assez pertinemment,

34 DB LA GOMGESnOlf CÉnftBAAtE APOPtVCTlFORIIB.

obéissait aux prescriptions médicales qu'on lui faisait, prenait un bain de pieds, se laissait saigner ou appliquer dos sangsues, indiquait assez bien ses souffrantes; quelques heures plus lard, non-seulement il avait oublié toutes les circonstances de son attaque, ce qui est ordinaire, mais il avait oublié tous les faits que je viens d'indiquer et auxquels il avait semblé participer avec tant de présence d'esprit. Il fallait donc que son intelligence fût restée bien profondément troublée. Or, qui peut calculer le degré de liberté d'un homme dans cet état de transition enure le moment de l'attaque et celui du retour complet à l'intelligence? Est-il un médecin assez sûr de lui pour prononcer dans cette question, pour affirmer qu'un crime commis après l'attaque doit entraîner la responsabilité?

Non-seulement, messieurs, la raison peut rester troublée pendant quelque temps après l'accès, bien qu'aux yeux d'un observateur superficiel ce trouble n'existe pas, mais il arrive que pendant l'attaque elle-même i'épileptique semble conserver assez de sa raison pour paraltro libre. Permettez-moi de vous en citer quelques exemples. La même jeune fille épileptique dont je vous pariais tout à l'heure, et qui est encore dans mes salies à l'Hôtel-Dieu, exécute durant ses vertiges des actes qui requièrent, dans une certaine mesure, la liberté et l'intelligence. Si, quand le vertige commence, on lui ôte des mains l'objet qu'elle tient, elle se précipite sur vous pour s'en emparer, elle vous poursuit sans chanceler, sans trébucher, sans se heurter aux obstacles qu'elle sait éviter, se porte même à quelques actes de violence si vous lui résistez; puis tout à coup, avant qu'une minute soit écoulée, elle s'écrie : « Cest finit » Elle s'arrête et tombe dans une sorte d'anéantissement Interrogée immédiatement, elle ne conserve aucun souvenir de la scène qui vient de se passer.

Lorsque nous nous occuperons plus spécialement de Tépilepsie, je vous raconterai rhistoirc d'un jeune homme épileptique, grand amateur de musique et violoniste très-habile. Sa passion pour l'art musical est telle qu'il va dans certains théâtres faire gratuitement la partie de second violon. Plusieurs fois il a été pris de vertige comilial pendant qu'il exécutait un morceau. Durant l'attaque, qui ne va guère au delà de dix à quinze secondes, il continue à jouer en mesure, avec une pariaite justesse; puis il reprend connaissance, s'aperçoit à merveille qu'il vient d'avoir une absence, et continue sans trouble.

I^ dame du monde dont j'ai parié tout à l'heure, et qui, sous l'empire de ces impulsions irrésistibles, singulières, se met à proférer les paroles les plus étranges, dont elle n'a pas conscience, dit-on, exprime tout haut pendant son vertige, l'idée souvent pleine d'esprit et d*à-propos que la convenance l'empêcherait de manifester. Bien qu'ici l'impulsion soit irrésistible, cependant l'extrême justesse de la réplique ou de l'à-propos doit faire croire, à des hommes peu habitut's aux phénomènes de l'épilepsie, que ces paroles ont été prononcées intentionnellement. Au lieu d'une injure, d'une obscénité, d'une épi-

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gramme, supposez an meurtre, et dites-moi s'il 31 a crime, si ce D*ost pas le Ûeu de faire l'application de l'article 6/i du Code pénal ?

Le magistrat sur le compte duquel je tous ai raconté tout à l'heure une sin* galière anecdote restait quelquefois assez longtemps l'esprit troublé après ses vertiges; mais ce trouble de l'esprit n'était évident que pour sa femme, qui l'entourait d'une extrême sollicitude et qui jugeait son état à merveille. Hélait membre d'une société littéraire qui s'assemblait à l'hôtel de ville de Paris. Un jour, au milieu d'une discussion sur un point d'histoire fort important, il est pris d'un vertige. Il descend rapidement sur la place de l'Hôtel-de- Ville et marche pendant quelques minutes sur le quai, évitant à merveille les voitures, les passants. Il revient alors à lui, s'aperçoit qu'il était sorti sans paletot, sans chapeau, rentre en séance, et se remet, avec une parfaite lucidité d'esprit, à la discussion historique à laquelle il avait déjà pris une part fort active. 11 n'avait aucun souvenir, aucune conscience de ce qui s'était passé entre le dé* but de l'attaque et le moment où il était revenu à lui.

Je demande à tout homme de bonne foi, si ce pauvre malade, sur la place de l'Hôtel-de- Ville, eût eu une rixe avec un passant et l'eût tué, quel magistrat eût voulu «dmettre qu'un homme qui, cinq minutes auparavant, qui, cinq minutes plus tard, jouissait d'une intelligence supérieure, et qui durant cette prétendue névrose semblait être en possession de son libre arbitre, avait pu commettre un meurtre, contraint par une force à laquelle il n'aurait po résister.

Il n'y a pas un médecin ayant étudié pratiquement le vertige épileptique qui n'ait vu des malades parlant, répondant pendant l'attaque ; parlant, il est vrai, d'un ton singulier, d'une voix étrange^ saccadée, mais répondant pourtant juste f aux questions qui leur sont adressées. Le paroxysme fini, ils n'ont aucun souvenir de ce qui vient d'avoir lieu.

Ce n'est pas sans motifs, messieurs, que je viens d'entrer dans tous ces détails. Vous allez tout de suite comprendre que là est le nœud de la question.

Je TOUS ai lait voir, par de nombreux exemples, que les impulsions soudaines et iri*ésistibles étaient un fait ordinaire dans le petit mal et assez commun apK's la grande attaque comitiale ; que les malades devaient être considérés comme irresponsables de leurs actes , soit que ces actes n'aient eu aucune conséquence sérieuse, soient qu'ils aient eu les plus graves et les plus déplorables résultats, car la gravité de l'acte en lui-même ne fait rien à la question. L'individu n'est pas libre, et cette perte de liberté passagère l'exonère de tonte culpabilité pour les faits qui se sont passés durant cette période si courte.

C'est là le premier point.

Le second, c'est que Tacte de l'épileptique est accompli sans conscience, sans qu'il lui reste jamais le souvenir de cet acte.

Ainsi non-seulement l'épileptique n'est pas libre, mais encore il ne sait pas ce qu'il a fait.

Il en est tout autrement de l'insensé, qui est déterminé dans ses actes par

M M lA OOMimOlf GftlâSBALB âPOFUGTIFOilIB.

dei hallocioationf oa pir des inotifii inhérents à son délire, mais qoi agit en vertu d*une volonté bien arrêtée, souvent après mûre et longue prénôéditatioOt qui sait toujours ce qu*ii a fait, qui par conséquent a consdeuce de son action ; car si l'acte criminel est soudain et quelquefois irrésistible, c'est, le plus souvent, en vertu d'une hallucination qui le l^itime aux yeux de l'aliéné qui le commet.

Que le délire vienne dans le cours d'une maladie aiguë, qu'il constitue ce que l'on est convenu d'appeler la folie, qu'il vienne à la suite de l'empoisonnement chronique par les alcooliques, qu'il vienne même à la suite d'accès répétés d'épilepsie qui mènent souvent à la démence, les faits qui en sont la conséquence sont volontaires, raisonnes, et les malades en ont toujours le souvenir.

Je conviens que chez un individu empoisonné par l'alcool, par la belladone, par le hachisch, les actes pourront être irrésistibles, sans préméditation, et que le souvenir pourra s'effacer complètement comme chez l'épileptique. Je conviens que l'idiot, dont l'intelligence et le sens moral ne s'élèvent pas à la hauteur de ceux d'un animal, tuera un homme comme il brise un morceau de bois, sans conscience, sans souvenir de ce qu'il fait ; mais je n'ai jamais entendu parler de ces faiis particuliers dans la proposition que j'ai émise, puisque j'ai supposé l'intégrité complète de la raison immédiatement avant et peu après la perpétration de l'acte incriminé.

Aussi, celte proposition, je la maintiens, et je ne vois pas que les arguments qui lui ont été opposés dans hi discussion qui a eu lien à TAcadémie, l'aient jusqu'ici infirmée.

Je n'oserais ici, je l'avoue, aborder la question des actes irrésistibles chez les hystériques et chez les femmes enceintes. A cet égard, je ne nie, je n'af* firme rien, mais je reste fort incrédule.

§ <• — Indépendamment de l'épilepsie, un grand nombre de cas de prétendue congestion cérébrale, de ce qu'on appelle vulgairement le coup de sang, doivent être rapportés à ces accidents éclamptiques que l'on désigne sous le nom de convulsions internes, aux vertiges liés à une affection de l'oreille interne, aux vertiges dyspeptiques. — Ce qui se passe du côté du cerveau dans ces affections vertigineuses se rapproche bien plus de la syncope que de la congestion. — La stupeur apoplectique, dans lliémorrhagie cérébrale, comme dans Tépilepsie et dans réclampsie, dépend de ce que j'ai nommé l'étonnement oéré'bral. — L'épilepsie et l'éclampaie ont entre elles une remarquable analogie. — La modalité encéphalo-rachidienne dont l'une et l'autre sont l'expression, modalité inconnue dans son essence, suffit pour produire la stupeur. — La congestion cérébrale, qui dans les attaques d'épilepsie et d'éclampsie peut arriver jusqu'à l'hémorrhagie, est un phénomène secondaire, deutéropathique.

Mais revenons à la congestion cérébrale. Il est une cause qui fait le plus souvent méconnaître l'épilepsie : c'est la répugnance qu'ont les familles à révéler même aux médecins cette triste maladie. Lors même qu'une mère

M LA O0MI8TION OftitWIArR APOKBGTirOIMB. SI

a été témoin d*ane grande attaque, elle refuse de croire à Tépilepsie ; et ai le médecin Tinterroge, elle pariera du coma, de la perte de connaiaaaucet mail die diaaiuiulera le plus souvent les convulsions. Elle demandera secours contre lea accidents qui suivent l'attaque, mais elle ne voudra pas laisser soupçonner la vérité. J*ai été souvent consulté par des personnes qui savaient à merveille qu'elles étaient atteintes d'épilepsie, mais .qui ne me parlaient que de congestion ; des femmes dissimulaient TéUt de leurs maris, des maris l'état de leurs femmes, et le plus souvent les parents, les symptômes éprouvés par leurs enbnts.

Le médecin est donc sans cesse trompé quand il s'agit d'épilepsie. Il l'est par le malade luhméme, qui ne sait rien de son attaque, sinon qu'il a perdu connaissance et qu'il est resté plusieurs heures dans un état de demi-stupidité. Il est trompé par les parents, qui se résolvent malaisément à avouer, à s'avouer à eux-mêmes qu'ils ont parmi les leurs un épileptique. il est trompé par les souvenirs de sa première éducation médicale, pendant laquelle on lui a dit et répété que la congeslion cérébrale apoplectiforme était une maladie commune.^ Ne soyons donc pas étonnés si la congeslion est encore si généralement acceptée.

Nous-mêmes, messieun, sommes souvent les auteurs ou les complices do ces erreurs. J'avais, parmi mes meilleun amis, un épileptique. Ches lui, la maladie étant héréditaire, sa femme redoniait pour son fils unique ce tristo héritage, et le mot épileptie loi inspirait une terreur profonde. Lorsque, pour la première fois, je reconnus la triste vérité, j'avoue que je n'eus pas le courage de la lui révéler ; je parlai de congestion cérébrale , et je parvins à lui persuader, à persuader à son fils, aux personnes de son intimité, que le mal caduc n'était pour, rien dans les terribles accidents que ce malade éprouvait.

Il y a quelques années, dans des circonstances analogues, je commettais volontairement la même erreur. Une jeune demoiselle appartenant à une famille que je connaissais intimement avait été mariée avec un jeune homme recoromandable à beaucoup de titres. Un an plus tard, elle me raconta que pendant la nuit, elle s'était évanouie, qu'elle avait rendu involonlairement ses urines, et qa*elle s'était mordu la langue. Le matin elle s'était éveillée avec de la courbature et un mal de tête violent. Heureusement elle ne couchait pas dans la même chambre que son mari. J'avoue que je n'eus pas le courage de faire connaître à la malade, non plus qu'à sa famille, l'affreuse vérité. Pendant pinsieun années les grandes attaques se répétèrent^ mais seulement la nuit ; pendant le jour, il y avait souvent des vertiges comiliaux. Elle alla aux bains de mer; elle était sur la plage, baignant un de ses enfants ; à peine y avait-il 50 centimètres d'eau. Elle fut prise d'un accès, et mourut noyée en moins de deux minutes. Dans les journaux on parla d'une congestion cérébrale, et je na fis rien pour rectifier cette erreur.

Il est, j'en conviendrai, une forme convubive qui peut en imposer pour une

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oongestloQ cérébrale. Il arrive, quoique bien rarement, qu'au début d'une attaque d'épilepeie, la période tonique, c'est-à-dire celle pendant laquelle les muscles de la poitrine conservent une rigidité absolue, il arrive, dis-je, que cette période tonique dure deux, trois minutes, au Heu de durer seulement quinze à trente secondes, et les individus meurent par asphyxie, comme meurent les tétaniques dans un paroxysme, comme meurent les animaux empoisonnés par les strychnées, ainsi que Ta si bien démontré M. Ségalas. Gomme, dans ce cas, il n'y a pas eu de convulsions cloniques, celles que les gens étrangers à notre art connaissent le mieux; comme, pcudant toute la durée de la convulsion tonique, le visage a été turgescent, que les vaisseaux du cou ont été distendus et comm^ noueux ; comme, de fait, il y a eu une énorme congestion, mais une congestion toute passive, analogue à celle que produit l'effort, on croit avoir eu affaire à une congestion active, lorsque, en fin de compte, il ne s'est agi que d'une attaque d'éclampsie ou d'épUepsie. — Que les médecins qui s'occupent le plus des maladies des femmes en couches et des enfants recueillent leurs souvenirs, et probablement partageront-ils mon opinion.

Mon regrettable ami le docteur Menière avait observé depuis longtemps un grand nombre de malades qui sont pris subitement de vertiges, de nausées, de vomissements même, qui tombent par terre, après avoir marché comme des gens ivres, se relèvent difficilement, restent pâles, couverts d'une sueur froide, presque lipothymiques, et voient se renouveler ces accidents un grand nombre de fois. Les premières attaques sont considérées comme une congestion cérébrale, on les traite vigoureusement par des saignées, des sangsues, des purgatifs ; les rechutes fréquentes modifient peu k peu le diagnostic, mais les malades s'en inquiètent énormément.

Dans l'immense majorité des cas, les individus affectés de ces troubles cérébraux s'aperçoivent bientôt de bruits dans les oreilles, souvent même l'ouïe devient faible^ et ces bourdonnements conduisent chez le médecin de rinstitulion des sourds-muets de Paris les personnes qui veulent se débarrasser de cette incommodité. Il est facile de constater alors qu'une oreille, souvent même les deux, sont singulièrement affaiblies, et Menière avait recueilli par centaines des observations établissant que ces prétendues lésions cérébrales sont bien véritablement des lésions de l'appareil auditif. Il avait poursuivi cette recherche avec un soin extrême, et était parvenu à établir que le point de départ de ces phénomènes est dans l'oreille interne. La plupart de ces accidents, si mal à propos désignés sous le nom de congestion cérébrale apoplectifofnne^ ont leur siège dans les canaux demi-circulaires, et les lésions de ces organes déterminent les vertiges, les vomissements sympathiques, provoquent la résolution des membres, la perte subite de connaissance ; en un mot, beaucoup de prétendues lésions cérébrales appartiennent exclusivement à Torgane de Taudition.

Il est encore une autre maladie qui sans cesse est décorée du nom de con-

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gestion cérébrale, je veux parler du vertige lié à des désordres gastriques. Celte forme bizarre de névrose est caractérisée par les phénomènes suivants. Si le malade fait dans son lit un mouvement brusque, il sent aussitôt le lit tourner et Tentrainer dans son mouvement ; s'il se lève, et surtout si, levé, il regarde en l'air, le vertige prend des proportions plus grandes. Les objets tournant autour de lui , il chancelle , quelquefois il est impuissant à se tenir debout. En même temps, il éprouve un mal de cœur insupportable et bien souvent des vomissements.

Ces accidents singuliers sont appelés des coups de sang, et, disons- le, la plupart des médecins partagent cette idée. Ils saignent, ils appliquent des ventouses et des sangsues, donnent des pédiluves sinapisés; ils font tout, en un mot, pour faire disparaître cette prétendue congestion, qu'ils augmentent par leur étrange médication.

Les maladies vertigineuses dont je viens de parler sont plutôt voisines de la syncope, et par conséquent sont ju.ste le contraire de la congestion. Si prodigieux que cela paraisse, il est pourtant vrai que beaucoup trop encore d'entre nous méconnaissent la tendance syncopale et la confondent avec la congestion cérébrale.

Pourtant, messieurs, comme je ne veux rien exagérer, je supposerai que les deux états que je viens de décrire sont rarement méconnus par les cliniciens, et je supposerai que jamais ils ne sont pris pour des congestions cérébrales.

Mais il est un accident qui accompagne souvent les hémorrhagies du cerveau, et qui, pour l'universalité des médecins, est considéré conmie une congestion. Je m'explique.

Lorsqu'un malade est frappé par une hémorrhagie cérébrale, il y a quelque*

fois une perte de connaissance subite, et l'obtusion de l'intelligence et du

mouvement dure plusieurs heures, plusieurs jours, puis tout rentre dans

Tordre, à cela près d'une hémiplégie légère qui diminue lentement, et Gnit

par disparaître après quelques semaines, quelques mois. Comme les premier^

accidents ont été presque foudroyants; comme, entre la gravité de ces premiers

phénomènes et les troubles ultérieurs de l'intelligence, de la sensibilité et du

"•^venient, il ne paraît pas y avoir de relation sufûsante, on dit que l'hémor-

""^S"© cérébrale a été accompagnée de congestion; que la congestion, phé-

2^™^*>e essentiellement transitoire, a produit les accidents apoplectiques

^J^^V^^meat dits; que, dissipée, elle a laissé l'hémorrhagie peu copieuse avec

t^f '^jwfe» « peu grave d'ailleurs, qui a succédé à ces grands accidents

f#^ rénz pas nier absolument cette congestion, et j'avoue même que je

ieTadmettre dans une certaine mesure; mais il e^ un autre phé-

a pas assez tenu compte, que je sache du moins : je veux

^.«topeur, analogue à celle qui suit la commotion, et

ilirébral. Lorsque l'encéphale subit soudainement

M M Là GORGBSTION CÈliBBALE ArOHICTlPOBMB.

me déchhure et une compression, il sopporte cette grave léskm avec ooe impatience qui varie suivant les individu», roaiscpii peut être portée fort loin chez certaines personnes. J*en veux chercher un exemple dans les lésîoos traumatiques du cerveau. Qu'un soldat reçoive une balle dans la tête; que dans une rixe un individu reçoive un coup de couteau qui pénètre dans le eerveau, ib sont jetés ï terre comme s'ib étaient frappés d'un coup de massue; mais, peu ï peu, malgré les épanchements sanguins intracrâniens qui sont h conséquence de U blessure, et même malgré la congestion phl^masique inséparable de la déchirure des tissus, rinieliigence, la sensibilité, les roouTements, reviennent quelquefois avec une rapidité étrange, et donnent ainsi ao chirurgien inexpérimenté des espérances qui ne se réalisent malheureusement pas. Cette stupeur immédiate est ce que j*ai appelé Vétonnemeni cérébrd. Quelque incorrecte que puisse Otre cette appellation, à laquelle je renoncerais Irien volontiers, toujours est* il que le fait existe et ne peut être contesté par personne.

Les expériences sur les aninuux donnent des résultats plus positife encore. Si Ton trépane le crâne d'un chien ou d*un lapin, et que par une încbion faite à la dure -mère, on introduise entre le crànc et la surface du cerveau une petite h^e de plomb, on obsene tout d'abord des phénomènes de stupeur qui se dissipent rapidement, pour être remplacés par une hémiplégie proportionnée il la compression.

Dans cette expérience on ne peut invoquer la commotion cérébrale ; il Jbot iûen accepter que l'encéphale est en quelque sorte surpris par un acddeotqoi se traduit par des troubles transitoires. Ne sois-je donc pas en droit de supposer que, lorsqu'il se fait un épancbement de sang subit dans le corps strié ou dans la couche optique, la stupeur immédiate que l'on attribue d'ordinaire \ la congestion simultanée peut, en partie tout au moins, être imputée ï Vétonnemeni cérébral ?

Est-ce à dire, messieurs, que je nie d'une manière absolue la congestioa cérébrale? Non certes. J'admets la congestion, l'hypérémie du cerveau; il faudrait être insensé pour en contester l'existence ; mais je dis que ce que l'on a appelé la congestion cérébrale apoplectifomie est, dans le plus grand nombre des cas, un accident épileptiqnc ou éclamptique, quelquefois une syncope ; je dis que bien souvent les simples vertiges épileptiques, que ks vertiges liés à un mauvais état de l'estomac ou à des maladies de l'oreille, sont considérés à tort comme des congestions de l'encéphale.

Que si les propositions que j'ai cherché à défendre sont vraies, on m'accordera que la thérapeutique devra moins souvent recourir aux médications révulsives et antiphlogistiques, mises sans cesse en œuvre pour combattre ces prétendues congestions cérébrales, et qu'il faudra chercher d'autres indications plus conformes à l'idée que l'on doit se former des étals divers que Ton a confondus trop souvent sous la môme dénomination.

Vous vous rappelez, messieurs, à quels orages, au commencement de 1861,

DE LA CÙMWnOJH GÊftABRALB APOPLECnVOIME. Si

oDt donné lien ks opinions qne Je sontiens ici de? ant yoos et qne j'étais Yenn commoniqner à l'Académie de médecine (1 ).

Je n'avais nnllement la prétention d*aToir inventé quelque chose, et surtont d'apprendre k mes collègoes que les attaques d'épilepsie et d'éciampsie étaient snifies de phénomènes apoplectiques : ceia avait été dit de toqt temps et par tons. Je ne venais pas annoncer une découverte quelconque, mais seulement dire et essayer de prouver qu'une chose vue et acceptée par quelques médecins^ k savoir, que les accidents apoplectiques subits étaient beaucoup plus souvent qn*on ne le croit, en général, liés à la convulsion épileptique ou Mampiique.

J'avais parlée en effet, des phénomènes apoplectiques transitoires prenant un homme au milieu de la plus florissante santé, avec ou sans ces quelques phénomènes prémonitoires qui précèdent la grande attaque épileptique, et le laissant, peu après, dans i*état où ils l'avaient pris.

Je ne vous dirais pas toute ma pensée, messieurs, si tout d'abord je ne déclarais que l'épilepsie et l'éclampsie sont pour moi deux névroses identiques dans leur expression phénoménale et dans leur cause prochaine. Quand nous parlerons de l'épilepsie, je vous dirai que l'attaque édamptique ne diffère en rien de l'attaque épileptique ; que jamais un médecin ne distingaera la convulsion d'une femme enceinte épileptique depuis longtemps, de la convulsion d'une femme qui est prise d'éciampsie au début du travail. Voilà pour l'expression phénoménale. Quant à la cause prochaine, je la crois encore identique dans les deux cas. lorsque l'épilepsie se manifeste par accès mensuels chei un individu qui a un tubercule cérébral, il n'y a pas, du côté du cerveau et de la moelle épinière, en dehors du tubercule, d'autres lésions appréciables que celles qui existent dans le mal caduc réputé essentiel.

Si Fautopsie est faite et si nous trouvons un tubercule, un cancer ou une tumeur osseuse, le reste de l'encéphale pourra ne présenter rien autre chose que l'état de turgescence vascnlaire que l'on trouve dans le cadavre d'un YéritaUe épOeptique mort en état de mal^ pour me servir de l'expression généralement «ioptée.

Que devons-nous en conclure? C'est que si la tumeur cérébrale est la cause des phénomènes convulsifs, elle n'en est pas la cause immédiate; cette cause prochaine nous échappe et nous échappera probablement toujours.

L'éclampsie survenue chex un enfant qui fait des dents ou qui a des vers, réchmpsie éclatant chez un enfant atteint d'anasarque scarlatineuse, ne diffère en rien, quant ft la forme oonvubive, de l'attaque épileptique ; ce qui n'empêdie pas que ces maladies ne soient profondément différentes par leur nature.

Ce que je veux dire, c'est que la modalité moléculaire de l'encéphale et de la moelle est peut-être la même dans les deux cas. Permettez-moi de développer ma pensée.

Quand nous voyons un individu rester pendant vingt ans avec des attaques

(1) Buitetm de f Académie de ntédeeine. Paris, iSSi^ t. \XV1.

32 DE LA CONGESTION GÉRÊBIALE AR0PLECTlF0ailB4

presque périodiqoes, sans avoir d'ailleurs des pbéoomèoes d'aliénatioa mentale on de paralysie générale, nous disons ((u*il a une épileptie essentielle.

Si entre les attaques il y a de Théniiplégie^ des douleurs de lêle violentes, ou des douleurs exclusivement nocturnes, nous supposons qu'il y a une épilepsit symptomatique d*une tumeur cérébrale ou d*une vérole à accidents tertiaires.

S'il s*agit d'une femme enceinte et albuminurique, ou d'un individu ayant uncanasarque scarlatineusc, ou d'un homme empoisonné par le plomb, nous disons qu'il y a éclampgie.

Nous appelons du même nom les convulsions qui, chez les enfants, anuon* cent si fréquemment le début des pyrexies exanthémateuses, de la variole, par exemple ; celles qui surviennent à la un d'une encéphalo-méningite, de ce que l'on appelle une fièvre cérébrale.

Si la convulsion épileptiforme a lieu chez un ifidividu dont nous venons d'ouvrir la veine, chez un animal que nous faisons mourir d'hémorrh^ie; si, comme dans l'expérience si curieuse de M. Brown-Séquard, nous coupons un des faisceaux de la moelle d'un animal, celui-ci prend une attaque convulsive épileptiforme, sous l'influence de certaines excitations extérieures. Nous disons encore qu'il y a éclarnpsie.

Qu'est donc l'éclampsie relativement à l'épilepsie?

Qu'est l'épilepsie relativement à l'éclampsie 7

En ne tenant compte que de la forme œnvulsive^ Tépilepsie symptomatique ou essentielle, pour me servir des mauvaises divisions de l'école, n'est que de Véclampsie à retours, et l'éclampsie n'est que l'épilepsie accidentelle et tran* sitoire.

On a prétendu que l'éclampsie différait de l'épilepsie par la continuité et la persistance quelquefois fort longue des convulsions ; mais on voit desédampsics à attaque unique, et de véritables épilepsies à attaques continues, bien qu'il y ait quelque chose de vrai dans cette distinction dont je viens de parler.

Or, pour un organicien, et j'avoue que je le suis dans ce sens que je ne comprends pas une lésion fonctionnelle sans une modalité de l'organe qoi préside à la fonction, toute épilepsie, toute éclampsieest nécessairement symptomatique^ tantôt d'une tumeur, tantôt d'un empoisonnement, tantôt d'un état particulier du sang, tantôt d'un état organique absolument inappréciable, comme cela a lieu dans l'épilepsie proprement dite, dans l'éclampsie dite vermineuse, dans celle qui succède à une saignée ou à une grande hémorrhagie.

Nous acceptons, messieurs, dans le langage médical, que je ne défends pas ici, mais dont je me sers faute de mieux, et pour être mieux compris, nous acceptons, dis-je, la désignation d'éclampsie pour les convulsions de la fièvre cérébrale de l'enfant, et nous la refuserions aux convulsions de l'encéphalo-méningite chronique, qui cause, suivant Roycr-Collard, Calmeil (i) et beaucoup d'autres, la paralysie générale des aliénés !

(1) De la paralysie considérée chez les aliènes. Paris, 1826. — Traité t/cs maladies tii/fammatoireJt du cerveau, Paris^ 1859, 2 vol. in-8.

DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE APOPLBCnFORMIÙ 3$

Noos acceptons Ja désignation à'épilepsie symptomatique pour les convulsions ve mineuses, pour celles qui s'observent chez les individus atteints de tubercules ou de cancers cérébraux, et nous refuserions cette appellation aux mêmes formes convulsives signalant le début d*une méningite tuberculeuse !

Soyons donc conséquents, acceptons que toutes les convulsions épileptiformes, bien que tenant à des causes éloignées très-diverses, sont, suivant toute apparence, Texpression de la même modalité intime.

Si nous nous plaçons à ce point de vue, nous comprendrons mieux les relations de Téclampsie et deTépilepsie avec ce que Ton est convenu d'appeler la congestion cérébrale apoplectifmme.

Ainsi que je vous le dirai, au moment de la période tonique de la convul* sîon épileptiforme, la glotte se ferme, et il se fait un eObrt suprême pendant lequel le visage, les vaisseaux du cou et nécessairement les vaisseaux de l'en* céphale^ deviennent turgescents. On peut donc considérer ici la congestion cérébrale comme passive et secondaire.

Mais, messieurs, la profonde hébétude qui succède à une attaque d'éclampsie ou d'épilepsie n'est-elle que Teffet de cette congestion passive? J'avoue que je ne le crois pas, car la perte de connaissance subite qui signale le début de l'épilepsie, perte de connaissance accompagnée dès l'abord d'une pâleur mortelle, comme l'a fait si bien observer Galmeil dans son exceUente thèse sur Tépilepsie, est le signe d'une modiCcation si profonde dans les fonctions du cerveau et probablement dans sa texture intime, que la stupeur consécutive à l'attaque est plus probablement la suite de cette modification que celle de la congestion passive secondaire.

Remarquez, en effet, que l'on ne peut admettre, comme le veulent un grand nombre de médecins, que l'attaque éclaraptique soit le résultat d'une congestion primitive, lorsque, d'une part, on voit l'intensité de l'attaque d'épilepsie n'être nullement proportionnée à l'état pléthorique préalable, et que, d'autre part, pendant une hémorrhagie terrible, on voit survenir des accidents épileptiformes tout aussi violents que ceux qui s'observent dans des conditions diamétralement opposées. J'ajoute que, ainsi que vous pourrez le lire dans le Journal de physiologie de M. Brown-Séquard, au début de l'attaque épilcptique, les parties centrales et le bulbe rachidien d'un animal en expérience, au lieu de présenter des signes de congestion, semblent au contraire devenir plus pâles.

D'où résulte que ce que nous appelons tous la congestion cérébrale apo' plecti forme, que les phénomènes apoplectiques qui succèdent à l'épilepsie ou à l'éclampsie, pourraient bien n'être rien autre chose qu'un état analogue à la stupeur apoplectique qui succède immédiatement à une grande commotion du cerveau, stupeur apoplectique certainement étrangère à la congestion.

Un trouve tout simple que la stase du sang dans le cerveau cause ces phénomènes si graves : or, voyons ce qui se passe chez la femme enceinte et en mal d'enlant. Au moment où la tète va franchir le détroit inférieur et les par-

TIOCSSEAV, 2« cdit. — 11. ^

Bk DE LA OOMBSTIOfI CÊftÊBRALB APO^LECTIFOME.

lies extérieures de la gétténiioii, la femme s'épuise souvent en effiorts époatantables; tous là Toyez la face t iolette, les lèvres et les paupières gonflées, la peau chaude et couverte de sueur, et vous ne doutez pas que les sinus de la dure-mère^la pie-mère, la substance cérébrale tout entière, ne participent I cette turgescence.

Est-ce dans ces circonstances que les femmes sont frappées d'édampsiet Demandez-le aux accnucbcurs. Ils vous répondront que Féclampsie qui les Bttrpi'end et les épouvante se manifeste chez les femmes avant tout travail quel- (|UéMs, le plus souvent quand à peine l'utérus a éprouvé tes légères contnctions qui n'éveillent pas même l'attention de la malade.

Il y avait, il est vrai, des urines albumineuses ; mais qu'ont à faire les nrines llbnmlnetises avec tes convubions, quand on cherche une explication raisonnable ?

Il semble que la convulsion vienne, dans ce cas, sousPinfluence d*ane eaose sympathique aussi légère que la sensation Si peine perçue de la présence des vers intestinaut.

Les enfants, an milieu d'accès répétés de coqueluche, arriveront I un td état de congestion, que le sang Jaillira de leur nez, que le visage restera con* stammenl bouffi, que. dans quelques cas, il se formera des ecchymoses Mus les paupières. Tons ne doutez pas que leur cerveau ne participe h cette congestion. Après l'accès ils resteront un instant comme hébétés ; mais comparerez-votts cela au coup de tonnerre d'une attaque éclamptique et aux phénomènes apoplectiques qui la suivent ?

On ne voit pas que les bateleurs, qui marchent la tète en bas, aient qiielque chose qui ressemble à la stupeur apoplectique \ on ne volt pas que lea finis de la halle, qui toute la journée portent d'énormes fiirdeaux, et qui, sans cesse BOUS la puissance de l'effort, ont la face presque violette et les vaisseaux du cou tendus comme des cordes noueuses, aient l'esprit bien troublé et leurs puissances musculaires anéanties dans le moment même où ils déploient le phn de force.

Comprenons donc enfin que le sang, tant qu'il n'est pas altéré dans sa comporition intime et qu'il ne s'est pas extravasé, n'est pas si ennemi de nos tissus qu'on se plaît à le dire, et qu'il faut autre chose qu'une congestion purement physique pour produhtî ces phénomènes apoplectiques qui succèdent I réclampsieou à l'épilepsic : tandis que je comprends mieux les désordnas qui accompagnent cet état moléculaire spécial essentiellement vital que Ton appelle ta fluxion ou l'inflammation.

Il y a donc, et j^nslste beaucoup sur ce point, deux choses très-distinctei dans l'attaque i^éclampsie, à^épilepsie dite essentielle, Xépilepsit symptomaiique *

1* La mûdalité entephah-rachidienne^ inconnue dans son essence, dam sa nature, qui anéantit en une seconde toutes les manifestations de la vie animale, et celle-là est de beaucoup la plus importante.

DM ta WmifnON C:taÊBlALE APOPLBCTIFOIOIB. H

V La eongeUim téribrale secondaire^ qui, bien qae moins importante» pent èire portée, dans quelques cas eitrémement rares, jusqu'à l'ecchymose soQSKntnée, jusqu'à rhémorrhagie cérébrale cspillaîre, et jusqu'à i'héinorrhagie roéningée.

On a appelé à tort, suivant moi, congestion cérébrale apoplectifbrme^ cet état de stupeur qui succède aux troubles complexes dont je vi»» de pari»*, et cette appellation a eu une influence fâcheuse sur le traitement et sur Tidée que la plupart des médecins se font de la maladie.

Ne discutons pas sur les mots, sur ces modifications intimes qui earactéri^ sent ce que les médecins appellent la congestion cérébrale apoplectiforme ; entendons-nous sur le phénomène : il ne peut y avoir de dissidences à cet ^ard*

C'est cette stupeur profonde, analogue à celle qui s'obsenre chez les indi- Tîdus frappés d'apoplexie foudroyante, que l'on a appelée congestion cérébrale apoplectiforme ; c'est cette stupeur, ce sont ces phénomèoes apoplectiques que je considère comme étant, dans la grande généralité des cas, liés àl'épilepsic dite emefUielie ou symptomatique^ ou bien à Véclampsie.

J'afais beamn de tous donner ces explications pour établir la proposition suifante : La même modalité eneéphalo^rachidienne gui cause Pattaque épilepHfue ou éelampUqwef Vinsultus, Pictus epitepticus, suffUpour produire lu shipeur epoplectique q%n suit C attaque.

Un entait est atteint de fièvre cérébrale, il a sans doute de h stupeur, nuAi oetie stupeur existe dans des limites assez restreintes ; qu'il survienne une attaque d'édampsie, et en une minute, d'une stupeur peu notable, l'enfant tombe dans l'état apoplectique.

Ce que je viens de dire de l'encéphalo-méDingite aiguë des enfants, je vais le dire de la paralysie générale des aliénés, qui n'est, probaUement, en fin de compte, que le sympt(yme d'une encéphalo^roéningite chronique. Ce malade, à cda près des idées déMranles qui l'occupent, à cela près d'une certaine inoertinide dans le bngage et dans la marche, qui ne trompent guère cetix qui connaissent les aliénés, ce malade, dis-je, jouit d'une santé apparente; H prend «ne attaque épHeptiiorme, et à l'instant il est foudroyé et tombe dans l'état apoplectique.

Pomr ce malade, pas plus que pour l'enfant dont je vous ai tout à l'heure cUé l'exemple, la phiegmasie enoéphalo-méningée n'est la cause prochaine de l'alUfue convulsive et apoplectique; mais je suis en droit de dire que si, oonune je le pense, cette |Âlegmasie est la cause éloignée de la convulsion éclamptique, la modalité cérébrale, la modification moléculaire intime qui prodirit l'attaque est la cause des phénomènes apoplectiques.

ffoù il suit que l'état opople^ique qui s'observe si souvent ckex les aliénés pareiytUjmes serait sous la dépendance de Védampsie^ comme tétai apoplectique qsd succède à ^attaque comitiale est sous la dépendance de fépilepsie.

Arrêlona*aoos un faMiant, massieura, et voyons où noua en «Ni«ae& iK^tite

36 DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE APOPLECTlFORME. •

de la discussion. J*ai démontré que les accidents apoplectiques transitoires qui survenaient chez un homme en honne santé, et qui laissaient ensuite le maUidte dans la condition où ils Tavaient pris, étaient, dans la presque universalité des cas» liés à Tépilepsie ou à Téclampsie.

Je viens de faire voir que dans une phlegmasie aiguë ou chronique du cerveau* et même lor sque les troubles nerveux ne sont que sympathiques comme dans une dothiénentérie, dans une pneumonie par exemple, les accidents apoplectiques et soudains étaient presque toujours précédés de phénomènes convulsifs épileptifornies. Je suis donc en droit de dire ici ce que je disais tout à Theure, que la même modalité des centres nerveux qui s'exprimait par l'attaque convulsive suffisait pour rendre compte de la stupeur apoplectique, et que la congestion inflammatoire préexistante n'impliquait nullement que maintenant cette congestion fût la cause des troubles nouveaux et subitement survenus.

On me reproche de faire bon marché de la congestion cérébrale, de la faire assez légèrement disparaître du cadre nosologiqoe. A Dieu ne plaise* messieurs. Je ne nie pas la congestion cérébrale, je nie la congestion produisant des phénomènes apoplectiques subits et transitoires. J'accepte la fluxion irritative du côté de l'encéphale, la fluxion inflammatoire, comme dans tous les autres organes; et cette fluxion est évidemment accompagnée de congestion; cette fluxion même peut aller jusqu'aux symptômes de l'apoplexie, mais ces symptômes ne sont ni subits ni transitoires. Je n'ai parlé, encore une fois, que des accidents apoplectiques subits et momentanés, et pour ceux-lft je persiste dans ma première opinion.

Si je fais bon marché de la congestion cérébrale, messieurs, si je refuse de la voir là où bien des gens la voient ; d'un autre côté, vous conviendrez, avec moi, qu'on l'admettait naguère, et qu'on l'admet encore bien légèrement.

La migraine, un simple mal de tête sont des congestions cérébrales. La stupeur de la dothiéneqtérie, du typhus, de la pneumonie, de la peste, de la variole, de la scarlatine : congestion.

Le délire de la pneumonie, de l'hystérie, de la danse de Saint-Guy, de l'éry* sipèle, etc. : congestion.

Il n'est pas jusqu'au sommeil dont quelques physiologistes et quelques médecins n'aient voulu faire une congestion cérébrale; et partant de U, partout où il y avait stupeur et somnolence ; partout où il y avait délire, rêvasseries, on a accepté la congestion cérébrale avec une aisance, une facilité qui aujourd'hui paraît bien étrange à la majorité des médecins. Personne ne sait ce que c'est que le sommeil, et probablement la ressemblance que présentent deux hommes, l'un profondément endormi après une grande fatigue, l'autre après une attaque d'apoplexie, a pu conduire les médecins à attribuer à la même cause des états qui n'ont qu'une ressemblance mensongère.

Mais cette opinion singulière, qui n'était établie sur rien d'expérimental, a eu une étrange influence sur l'idée que l'on se formait de l'action des poisons.

DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE APOPLECTIFORlfE. 37

L*opiam faisait dormir, c'est qu'il causait une coDgestioo da cerveau ; les soUnées vireuses, les colchicacées, les renonculacécs, la digitale, Tacide c^nohydrique, etc., etc., causaient de la stupeur, c'est qu'ils provoquaient une congestion cérébrale. Il en était de même des venins; il en était de même des poisons animaux, soit qu'ils fussent formés de toutes pièces dans l'économie vivante, dans le cours des maladies septiques, soit qu'ils nous vinssent du deiiors. Du moment qu'il y avait stupeur profonde, c'était de la congestion. J*ai déjà dit ce que je pensais de la congestion sanguine et de son innocuité» et il n'est nullement besoin d'invoquer la congestion pour expliquer l'action des poisons, car, puisqu'ils sont absorbés et qu'ils circulent avec le sang» ib se mettent en contact avec toutes nos parties, qu'ils troublent plus ou moins profondément, indépendamment du liquide qui leur sert de véhicule, et souvent, comme le démontrent les expériences de Magendie, en raison inverse de la masse de sang qui est accumulée dans l'encéphale, par exemple.

Pardonnex»moi, messieurs, d'avoir si longtemps insisté. L'opinion que j'avais émise devant vous au début de cette conférence avait semblé d'abord étrange; je suis persuadé qu'elle ne l'est plus autant à vos yeux, et que maintenant, comme moi, vous demeurez convaincus que les phénomènes apoplectiques subits et transitoires sont le plus souvent liés à l'épilepsie ou à l'éclampsie.

J8 og vtmMnn.

XXXVin. — DE L'ÉPaEPSIE.

4. — Obterratioiui.— La grande attaque d'épilepiie.— Qaraetèpee ansqueU on peut reconnaître la maladie aimulée* —Trois périodes x oon- ▼olflions toniques, conyoUdons cloniques, stupeur. — Synonymie:

mortui major, morhtu eomitiaUt, morbui herculeui, mal caduc, haut mal, etc., etc. — Accidents conséeutifli : ecchymoses sous-cutanées, hémorrhagies eèrébrales, ete. — Les lésions encéphaliques et médullaires sont les effets et non la oause de l'épilepsie. — Causes occasionnelles* — Btat de mal {itatm efiUpikui)* — Petites attaques.

Messieurs,

Nous svons eo, dans ces derniers temps, dans le senrice de la clinique, plusieurs indi? idus atteints d'épilepsie.

L'un d'eux était ce jeune homme de dix-huit ans qui était couché au n* 18 de la salle Sainte- Agnès, et qui nous a présenté cette forme particulière de la maladie que Ton a désignée sous le nom d'épilepsie partielle. Elle était caractérisée, chez lui, par des convulsions des muscles du visage exclusivement limitées au côté gauche, sans être accompagnées d'aucun phénomène semblable à ce qu'on observe dans la grande aitaque, sans qu*il y eût aucun trouble des facultés intellectuelles. En interrogeant ce jeune homme sur ses antécédents, nous apprenions que la maladie s'était manifestée il y a six ans pour la première fois. Ce fut d'abord la grande attaque qui, d'après ce que le malade nous raconta, se produisit avec tous les caractères que chacun connaît et que je vous rappellerai. Puis ces attaques, d'abord d'une grande violence, changèrent de nature, elles devinrent plus faibles, et bien que de temps à autre il survînt des convulsions^ tout consistait généralement en des vertiges épileptiques.

Messieurs, avant d'aller plus loin, j'appelle déjà votre attention sur cette transformation de l'épilepsie, fait depuis longtemps signalé par les médecins qui se sont occupés de la question, par Gahneil entre autres. Je dois vous faire observer toutefois que ces médecins ont spécialement indiqué la transformation du petit mal en grand mal^ tandis que chez notre jeune homme c'est l'inverse qui a eu lieu, la grande forme convulsive ayant précédé la forme vertigineuse.

Je vous rappellerai encore un autre malade, cet Américain qui a parcouru pendant assez longtemps les différents senices des hôpitaux de Paris, après avoir épuisé bien des juridictions médicales dans son pays, et qui, en définitive, est allé, m'a-t-on dit, mourir à Londres. C'était ce grand et vigoureux garçon que l'on appelait V homme bleu^ parce que sa peau avait pris une coloration d'un bleu ardoisé sous l'influence du traitement par le nitrate d'argent auquel, pendant de longues années, il avait été soumis aux États-Unis.

INI itmims. S9

VoiM avtt été pliiaieurs fm témoina de »et accès. Tout à coup il pouiiaitdaa cria, il se débattait eu tournoyant sur lui^-même, s'accrochaut, quand il le pou? ait« aux montants des lits de la salle, perdant complètement conscience de ses actes. Cela durait quelques secondes, puis le nialbeureux revenait k lui pour rester pendant plusieurs heure» dans un état d*bébétude et comme d'abru* tissement.

Vous vous souvenez quelle était son idée fixe. On Iwi avait parlé de la casirS'* tion comme d'un moyen employé pour guérir Tépilepsie, et il ne se passait pas un seul Jour qu*il ne réclamflt de nous celte opération. C'est lorsqu'il a compris que nous étions parfaitement décidé k ne pas céder à ses instances qu'il a quitté l'hôpital et bientôt la France.

Presque k la même époque que les deux malades précédents, nous en avions un troisième au n*" 20 de notre salle Sainte* Agnès, Son histoire mérite d*étre rapportée dans d'assex longs détails.

Cet homme igé de trente-six ans, était tenu tout exprès de Boncon? ille (dans le département des Ardennes], pour se faire traiter à Paris.

Il présentait toutes les apparences d'une constitution robuste, et il nous disait que jamais, en effet, il n'avait été malade. iMéme pendant un séjour de quatre ans et demi qu'il avait lait k la Guadeloupe, où il servait dans un régiment d'infanterie de marine, sa santé était restée parfaite. La seule petite indisposition dont il eût été affecté était un rhume de cerveau habituel, qui durait depuis longues années, et qui cessa brusquement à l'époque où il éprouva les pre<^ mières atteintes du haut mal ; cette coïncidence lui faisait rapporter l'origine de cette dernière maladie à la suppression brusque de son coqza, II affirmait ne s'être jamais adonné aux liqueurs alcooliques.

Aucune personne de sa famille, dans les ascendants directs ou collatéraux, n'avait, affirmait-il encore, jamais été affectée de troubles nerveux ; son enfant, qui était alors igé de quatre ans, jouissait d'une santé parfaite et n'avait jamais eu le moindre phénomène convulsif,

Ig. Il faisait remonter à cinq ans le début de sa maladie, A cette époque, il avait été brusquement éveillé, une nuit, par des cris épouvantables que jetait sa femme et qui lui causèrent une frayeur extrême. A quelques jours de Ik il eut ses premières attaques.

D'abord elles furent caractérisées par un sentiment de froid intérieur, di frissonnement, pour employer ses propres expressions, de grelottement occupant tantôt les bras, tantôt les jambes, les cuisses, tantôt le creux de l'estomac, tantôt enfin divers points du corps. Celte sensalion, qui s'étendait à tout son être, durait quelques minutes, sans qu'il perdît conscience de lui-même. Ces attaques se renouvelèrent à des intervalles irréguliers, lui laissant rarement plus de quatre ou cinq jours de répit La plus petite émotion pénible, la moindre variation de température, un courant d'air froid, comme un coup de soleil trop chaud, suffisaient pour en provoquer le retour.

Elles apgraeutèreqt progressivement d'intensité, et k ces accès légers s'en

AO DK L*imBPftIE.

ajoutèrent bientôt d'autres dont le nombre, la fréquence et h îMenoe s'étaient nngoKèrement accrus depuis quelques mois; ce lurent de grandes attaques oonTukÎTes, semblables à celles dont le malade a été pris à son entrée dans nos salles, et dont nous afons été différentes fois témoins pendant la fisite.

Le jour de son arrivée^ comme il venait de se coucber, il se leva tout k coup pour se cramponner aux tringles qui traversent le ciel des lits, puis, agitant ses bras de tous côtés, il se mit à pousser d'effroyables vociférations. Son visage était d*un rouge poupre, ses yeux étaient hagards, sa voix forte et sa parole brève ; il avait tout l'aspect d'un maniaque en délire. L'accès avait débuté par un de ces frémissements dont il nous avait parlée les jambes en avaient été le siège, et ce fut aussi par elles que commencèrent les convulsions. Son agitation délirante était telle que les malades de la salle en furent épouvantés. Il s'était précipité hors de son lit, et lorsqu'on l'y eut remis, on fut obligé de Ty maintenir avec la camisole de force dont on eut beaucoup de peine à le revêtir, tant ses mouvements étaient violents. Dans son délire furieux, ayant perdu complètement conscience de ses actes, il accablait d'invectives les personnes qui lui donnaient leurs soins. Cet accès dura à peu près vingt minutes ; sans transitton sensible le calme revint. Il parlait nettement, et, se voyant attaché, il demanda tranquillement qu'on le débarrassât de ces liens désormais inutiles, car il sentait que sa crise était passée. Tout à l'heure, messieurs, je vous rappellerai ces phénomènes de foreur en revenant sur ce que je vous ai déjà dit dans notre dernière conférence, je vous ferai voir quelle valeur ces phénomènes ont au point de vue de la médecine légale, quand il s'agit d'apprécier la liberté morale de certaines personnes qui, sans motif, se sont portées tout à coup à des actes violents, et quelquefois même ont commis des meurtres. Le lendemain, notre homme nous racontait l'histoire de sa maladie, entrant dans les détails que je vous ai rapportés ; ajoutant, ainsi que je vous le disais, que, depuis quelques mois seulement, ses attaques avaient pris ce caraaère de violence et étaient accompagnées de perte absolue de connaissance. Une fois, entre autres, sa femme, en rentrant chez elle, fat étonnée de voir du sang sur le parquet de leur chambre ; il en était surpris lui-même, lorsqu'en portant sa ' main à sa tête, il constata l'existence d'une plaie qu'il s'était faite dans une phute, au moment d'une attaque dont il avait perdu le souvenir.

Généralement ses accès étaient annoncés par les sensations dont je vous ai parié ; puis sa connaissance l'abandonnait, les convulsions commençaient, et immédiatement survenait le délire. La crise durait vingt, trente, quarante, cinquante minutes , jusqu'à une heure. Le calme renaissait ensuite , mais laissait le malade dans un état de lassitude, de courbature générale^ accompagné ordinairement d'une douleur de tête qu'il comparait à celle que produirait une pression exercée par un cercle de fer.

Ses accidents survenaient plus habituellement la nuit que le jour. Enfin, depuis quelque temps, sa mémoire semblait l'abandonner, et, dans quelques cas, ses idées s'embarrassaient ; il avait plus de peine à les rassciii-

Mer, plus de difficnlté à les eiprimer. Ses facoltés finies étaient épuisées. Pendant son séjoardans nos salles, noas fûmes à même de fiiire scrnimleHsèment observer et d'observer nous-même ce qui se passait durant ses attaques. Elles ne se produisaient jamais de la môme façon.

Une fois il fut pris dans le promenoir, et Tun de ses camarades qui l'accompagnait nous raconta ainsi ce qui élait arrivé :

Tout à coup, au milieu delà conversation, il l'avait vu pâlir, ses yeux étaient hagards, ses dents claquaient les unes contre les autres, ses bras étaient agités de roonvemenis désordonnés. On le fit asseoir sur un banc du jardin : son visage devint rouge ; il parlait encore, et même, au moment où il portait ses mains sur la capote de son compagnon, comme pour l'en dépouiller, celui-ci lui ayant demandé ce qu'il prétendait faire, il lui répondit qu'il fallait retirer ce vêtement. Sa parole était nette, cependant l'agitation était telle qu'on avait beaucoup de peine à le maintenir assis. Son accès dura dix minutes et fut suivi d'un état d'hébétude, d'un abrutissement complet Quand on le fit remonter dans la salle, il n'opposa aucune résistance ; sa démarche était celle d'un homme pris de vin ; revenu à lui, il ne se rappelait rien de ce qui s'était passé.

Une antre fois nous venions de causer avec lui ; il était assis sur une chaise au pied de son lit, lorsque subitement nous le vîmes trépigner ; son visage était d'une excessive pâleur, ses traits bouleversés, son air hagard. Il cherchait convulsivement de côté et d'autre, sous ses couvertures, sous ses vête^

ments, en disant : a Où est-elle..... ma cuiller! » Nous essayâmes en

vain de l'interroger, il ne répondait pas et semblait insensible à ce qui se pas^ sait autour de lui. Il repoussait néanmoins les mains qui le touchaient. Cette fois il n'eut pas de mouvements convulsiis. L'accès dura deux ou trois minutes et le laissa dans une sorte d'abrutissement.

Ces dits, messieurs, ont pu paraître très-singuliers et très- exceptionnels à quelques-uns d'entre vous. Ils se rencontrent cependant assez communément. Aussi dois-je aujourd'hui appeler particulièrement votre attention sur eux. Chez ces trois malades, comme chez d'autres que vous avez également vus dans nos salles, nous avions affaire à de l'épilepsie.

Je tiens à entrer dans quelques considérations sur ce sujet qui a une importance si grande. Je vais, en vous signalant les différentes formes qu'elle revêt, essayer de vous apprendre à reconnaître jusque dans ses éléments les plus simples, les moins significatifs en apparence, cette maladie, l'une des plus redoutables qui affligent l'espèce humaine.

Le moi épiiepsie entraîne dans l'esprit du public, et, il faut le dire, dans l'esprit d'un grand nombre de médecins, l'idée d'une maladie caractérisée par des attaques convulsives, en général de courte durée, avec perte subite et complète de connaissance, avec turgescence du visage, distorsion de la bouche et des yeux, immobilité des pupilles, excrétion abondante d'écume sanglante par la bouche. Telle est, en effet, la définition, définition très-imparfaite de la

grmidê altofitf. Hak cettt praïKlfl atuque ne oomiiu» qu'une àm kmm de TépUeptie; à côté de ceUe-oi il eu eit d'autres qui se rencootreot plus commuDéinent peut-être, et qui, toutes différentes qu'elles partissent être au premier abord, ont entre elles la plus grande analogie. J'espère vous démontrer que, malgré leurs variétés* elles sont en définitive l'expression d'une seule et même maladie.

Cette grande attaque elle-même est souvent méconnue, ou plutôt on confond avec elle d'autres affections convuisives, telles que les convukiona hystériques et surtout les diverses espèces d'éclampsie. Les convulsions édamp* tiques, quant i leur forme« rappellent, il est vrai, de façon à s'y méprendre, les attaques d'épilepsie ; mais édampsie et épilepsie n'en sont pas moins deux maladies essentiellement différentes,

U importe donc, messieurs, que je m'efforce de vous fidre bien connaître cette première iorme de i'épilepsie, de telle sorte que vous puissies, d'une part, éviter ces erreurs de diagnostic que je vous signale ; que, d'autre part, dans quelque condition que votre carrière vous place, médecins civils ou méde* cios militaires, vous soyeic en mesure de vous prononcer catégoriquement lorsqu'il s'agira de distinguer uue attaque simulée d'avec une attaque vraie. Nos confrères des armées vous diront, eu effet, combien il est fréquent de voir des individus qui, pour se faire exempter du service de l'armée, se prér tendent épilepiiques et simulent des attaques ; mais l'attaque vraie se reoonnalt à ceruins pbéoomènes qui n'échappent pas à l'observation attentive du clinicien, et que pourraient simuler ceux-lk seuls qui les connaîtraient parfaitement Esquirol croyait même que ceux»là encore n'y parviendraient pas complètement. Il y fut cependant trompé, et voici dans quelles circonstances. Un jour après sa visite à la maison de Cbareiiton, nous nous entretenions de ce sujet avec M. Galmeil et lui. Tout ti coup M. Calmeil tombe sur le tapis dans de violentes convulsions. Esquirol, après un instant d'examen, se tourne de mon côté et me dit : « Le pauvre garçon, il est épileptique! » A peine avait-il achevé sa phrase, que M. Galmeil était debout, lui demandant s'il croyait encore qu'il fût impossible de simuler I'épilepsie. Bien qu'Ësqnirol s'y fût mépris dans ce cas, je maintiens sa proposition, et je répète que même un médecin parfaitement au courant de ce qui se passe dans une attaque ne pourra la feindre qu'imparfaitement, car il est des phénomènes qu'on ne saurait produire à volonté ; je vous les indiquerai chemin faisant.

Voyons ce qui arrive le plus ordinairement dans une grande attaque.

Tout à coup, sans aucun signe prémonitoire, le malade pousse un grand cri et tombe ordinairement la face en avant : c'est là déjà un fait capiul, un fait caractéristique, car le faux épileptique se gai*de bien de se jeter ainsi, ou s*i| ie fait, il a bien soin de porter ses mains devant lui de manière à se protéger dans sa chute. L'épileptique n'a pas le temps de prendre de semblables précautions ; il est précipité avec une telle violence, que, sans que rien puisse le garantir, sa tête va frapper sur les obstacles qu'il rencontre. Quelquefois U

m «rriènitd'aiitrai fois lur le oOté, mah, je le répète, c*cik le piaieiNih vent m mut ; «mi eel-ce principeletnent sur le nei, le front, le mealoii, lee joues, en un mot rar les parties saillantes da visage, qoe tous troovereK.les plaies ou les cicatrices des blessures que se ibnt si habituellement ces malheu* ren malades* Au mmuentoù ils tombent ainsi, complètement prifés de con«naissance, ils peuvent éprouver les accidents les pins graves, fractures du crftne, des membres, luiations. £st«il besoin de tous rappeler ces histoires dont tous avei tous entendu parier, d'individus précipités dans le foyer de leur cheminée et se faisant d'borriUes blessures ; d'autres même que l'on a trouvés morts dans leur feu, et dont le visage k moitié calciné était méconnaissable.

Sans anticiper davantage sur ce que j'aurai à vous mentionner ces accidents que l'épilepsie entraine à sa suite, revenons à la description de l'attaque.

Le malade a été pour ainsi dire foudroyé, il est à terre, et là nous assistons à une première scène qu'il est nécessaire d'étudier et de bien connaître : quelque de très-courte durée, elle n'en est pas moins très-caractéristique. Au moment de sa chute, Tépileptique est non pas rouge, comme on l'a dit et répété à tort, mais d'une pftieur cadavéreuse. C'est là encore un phénomène qui manque nécessairement, vous le comprenez, dans l'épilepsie simulée. Immédiatement commencent les convulsions. Revotant alors la forme tonique, elles consistent dans une contraction très-énergique des muscles, qui sont violemment tendus sans alternatives de relâchement. Elles prédominent d'un côté du corps, caractère d'une grande valeur dans l'attaque d'épilepsie, car il ne manque presque jamais; quelquefois même ces convulsions toniques sont non-seulement prédominantes, mais encore elles restent exclusivement bornées aux muscles d'un seul côté. Vous verrez, par exemple, soit le bras droit, soit le pucbe, tordu sur lui-même, la main renversée, le pouce, dans une addue** tîon forcée, fléchi sous les doigts qui le recouvrent en se pliant eux-mêmes violemment I de plus, le bras est porté en arrière. Le membre inférieur est égale» ment convulsé ; le pied, tendu, se cambre avec uneexcessive énergie ; la jambe, dans une extension forcée, se tord sur elle-même. La roideor musculaire est impossible à vaincra ; tout en se contractant convulsivement avec une certaine lenteur, les muscles sont animés de frémissements fibrillaires que Ton peut fa* cilement sentir; lorsqu'on lestâto pour les examiner, ils ressemblent, eu égard à leur dureté, à des cordes de fer. La torsion, la pronation forcée des membres est tellement énergique, que des lésions traumatiques peuvent en être la consé» quence, etque j'ai vu récemment encore se produire une luxation spontanée de l'épaule, sans que cette luxation ait eu lieu au moment même de la chute.

Ces accidents peuvent même survenir dans le sommeil pendant les attaques nocturnes, et j'aurai à insister plus tard sur leur signification au point de vue du diagnostic. En voici un exemple :

A la Cn de 1862, j'étais consulté par un monsieur, âgé de cinquante ans, qui me racontait le fait suivant : Un matin, il s'était réveillé avec de la courbature et avec une douleur à l'épaule droite, douleur tellement violente, qu'il

A& DE L*ÊPn.BPSIB.

lai était abBolament impossible de remuer le bras. Il avait eu aatrefoit un rhumatisme articulaire aigu, et le médecin qu'il mandait dans la drconstann présente, ayant examiné la partie douloureuse, crut, comme loi* que cette fois encore il s'agissait d'un rhumatisme. Cependant, la douleur* la roideor extrême de Tarticulation persistèrent opiniâtrement, etlorsque, plusieurs dmhs après, le malade^ revenu à Paris, consulta M. le docteur MaisonneuTC, ce chirurgien constata Texistence d'une luxation dont, en raison de son andeih neté, la réduction présenta de grandes difficultés. A quelque temps de là, le même accident se renouvela dans des circonstances identiques. Celte fois, h réduction de la luxation put être faite immédiatement

Certes, messieurs, l'épaule ne se démet jamais pendant le sommeil» et quand mon malade m'eut raconté ce qui lui était ainsi par deux fois arrivé, je n'hésitai pas un instant à attribuer cette luxation survenue dans d'aussi singulières conditions à des attaques nocturnes d'épilepsie. Les renseignements qui m'étaient communiqués par ce monsieur lui-même confirmaient inon diagnostic. Il avait eu, en effet, à plusieurs reprises, depuis les accidents nocturnes dont je viens de vous entretenir, des évanouissements subits, des phénomènes vertigineux, sur la nature desquels il n'était possible de conserver aucun doute.

Messieurs, je reviens un instant sur cette particularité que les convulsions toniques, dans la grande attaque d'épilepsie, sont généralement prédominant» d'un côté du corps, et quelquefois exclusivement limitées à ce côté. C'est A un fait qu'ignorent et que sauraient d'ailleurs imiter ceux qui simulent des attaques : ils croient toujours devoir être pris également des deux côtés. Ces convulsions toniques occupent non-seulement les membres, mais encore les muscles du tronc Le muscle sterno-cléido-mastoldien, par exemple» se contraae de la même façon que ceux des membres, et cette contraction a pour résultat de fléchir la tête du malade sur l'épaule correspondante an côté le plus affecté, en dirigeant la face du '.côté opposé. C'est là encore un fait ignoré de celui qui simule une attaque. Les muscles du thorax, ceux de l'abdomen, égalemeut pris de convulsions, présentent la même rigidité tétanique; les mouvements respiratoires, l'inspiration et l'expiration sont absolument suspendus. On n'ob^rve plus que les frémissements fibrillaires que je signalais tout à l'heure, et que l'on perçoit en appliquant la main sur la poitrine de l'épileptique. C'est alors, après que les contractions toniques on duré quelques secondes, après que la cage thoracique est restée maintenue dans cette complète immobilité, que la face commence à se colorer, que la rougeur succède à la pâleur cadavéreuse; c'est alors, mais alors seulement, et non au moment où l'individu tombe par terre, que l'on observe la turgescence des vaisseaux du cou, que Ton voit le visage devenir d'un rouge livide, lividité effrayante qui persistera pendant un assez long temps.

Cependant, au moment où se produisaient les convulsions toniques des membres et du tronc, la face était grimaçante , ses muscles éunt convulsés comme les autres; à ce moment aussi la langue, violemment portée en avant

DE L'ÉPILEPSIE. k5

par la conlraction involontaire des moscles génio-glosses, sortait turgescente, Tîobcée» entre les mâctioircs entrouvertes, mais elle n*étail point encore coupée, blessée par les dents, comme fréquemment elle le sera plus tard. Toutefois, assez souvent, déjà dans ce premier stade de l'épilepsie, lorsque la bouche, distendue et hideusement entr'ouverte, vient à se fermer lentement, la langue, prise entre les arcades dentaires, est profondément mordue.

Voilà ce qu'on pourrait appeler la première période d*une grande attaque d*épilepsie, période de convulsions toniques. Lorsque celles-ci ont duré dix, vingt, trente, quarante secondes au plus, la seconde période commence : c'est h période de convulsions cloniques. Tous les muscles, les membres consé* quemment, sont agités de grands mouvements alternatifs de flexion et d'extension. C'est cette période de convulsions cloniques qui caractérise l'attaque d'épilepsîe que chacun connaît, et que l'on peut simuler plus aisément. Elle dore une demi-minute, une minute, une minute et demie, deux minutes tout au plus; de telle sorte que la durée totale de l'attaque est de deux minutes à trob minutes, le plus souvent moins encore. Cette limite du temps que je fixe paraîtra probablement très-courte à ceux d'entre vous qui ont assisté à ces accès ; c'est que trois minutes d'un spectacle aussi horrible que celui d'un individu tombé du haut mal sont bien longues en effet, et semblent durer encore trois ou quatre fois plus qu'elles ne durent en réalité. L'observation, prise la montre à la main, permet cependant de vérifier l'exactitude du fait que j'avance, fait que M. Galmeil avait lui-môme signalé, en le posant comme une loi générale.

C'est du côté où tout à l'heure les convulsions toniques prédominaient que les convulsions cloniques sont maintenant les plus violentes. Elles se succèdent d'abord de seconde en seconde, quelquefois plus rapidement encore; les muscles du visage en sont affectés, comme ceux des membres et du tronc ; la contraction exagérée des muscles de la poitrine, modifiant les mouvements respiratoires, rend la respiration bruyante et saccadée.

Ces convulsions des muscles deviennent de plus en plus larges; elles prennent une amplitude graduellement croissante jusqu'au moment où tout à coup se fait une grande extension, une grande détente ; le malade pousse un profond soupir; l'attaque est terminée; l'attaque convulsive, du moins, car alors commence une troisième période.

C'est le plus souvent pendant cette période de convulsion clonique que l'épi'» leptique se blesse la langue. Portée violemment, ainsi que je vous l'ai dit, hors de la bouche, entre les mâchoires entr'ouvertcs par la contraction de ses muscles extrinsèques, elle va se trouver serrée, mâchée, coupée par les dents, lorsque les muscles élévateurs et abaisseurs de l'os maxillaire inférieur vont être pris de convulsions cloniques. Les blessures qui en résultent rendent compte des bémorrhagies plus ou moins abondantes, de l'écume sanglante que nous voyons chez un grand nombre de malades. Ces bémorrhagies, ce sang mélangé à la salive, qui se sécrète en grande abondance, ont encore pour source soit

46 DB LtnUPSIË.

I« foiwfl nanlet, nk let geacÎTn meurtries par nite de h rnptnre d'niie w piuMeun deuu que le maiheureus s'est farisécs dans u cbntc oa pendiDt II convuliioD el)«-inèiiM.

Ln coiivubions cbMiiqnes, qui ont soccMé anx connlnons loniqoes, ter* iniarut l'alUque convulsive proprement dite : mais le malade, alors jeté daa un (^al apopleclifarme. remnible k du animal qu'on Tiendrait d'assommer; il rappelle un indîTidu frappé d'hémorrtiagie cérébrale avec nu énonne épanchemeoi ou ptungë dans l'abnitissemeot de l'iTrene. Sa reapiratiou est stettoi«uar, et daas les mouvements d'expintion. ses lèvres eair'ouTenes donoeat paaaap k la bave écumeuse ensanKlanléc. Il reste ainsi pendant an temps pin on mains k>Dg. quelques minutes, un quart d'heure, nne demî-beure, dOH h stupeur la plos profoude. dans l'immobilité La jAus absolue. Ses facultés in- IfOecluellfs, aa sensibilité, sont romplctement éteintes pendant cf immédiaM- Ment après l'alUqup. Vous poava le pincer, le piquer, le brâler, il De s'ea ap(rt»i< pu- Quand, ce qui n'est malbenreuseoient pas rare, il tombe dans le In, il prul. sua en iêaKM{:ncr, sans en éprauver la moindrv dodenr, se fùn d'atnves brdium. EiisonlevanisespiniMôres. on voit ses papilles dilatées, M se rontranani plnt smit l'influence de la |ilus vive lumiérv. Il n'entend rien ; il M égah>BMiit indiiftreni aux excitants odoranis les ptns énef^iqacs, et tods hû mettrai impunément sous le na un Saoon d'amiuooiaqae. Ce aaal cbcor Si Aof cfananque ne ponmil irailer celui qni simule l'épilepaîe.

Ea&i, te malade ouvre )«» yeux. D'abord H promtee aoiour de hii sua !«• ' pidheWi^. tt^nfus. S'il (»t <>D<^>n- |>ar lorrv. i! essaxr de se rdeier; maiani ■ouvMsmls «MM cnu d'un homme ivre : il ïonUe h>.iatenx de sa sîiomïob et c^rech* i et îimr Its nattai des assûUMs, ) w dérober à leur cwiosité. Si M i'mten<i<t:e. U balbutte qutiqiKs mMs inîMriU^ibW ; r'nt k pemt s'A pent édwwr t» phiï suHpIes rmKtçmnaeats si:r <* qui le concrrae, Mb qae de en na nom, d'indtquef «m aàraar. ou ntétne d ne rêfK«d fws dn maL btrodir.: >i « ;iî!< ù:t, :. w 1m««. fi»r exemple, mnecine en vutor». et namdwrrctet'iiUMwniMKwce. ■ti»a—»av«y weparjmeMnWrfrr. mwaie s'ii n à^ t* Mtcnne OMK<'Kacc ^ <v qw s* paav.

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DE L*tntKKt«. kl

(le nul d'Bercote), parce que, dit-on^ ce héros en était atteint; le tnorhts meer^ le mùrhus dtmts^ le mal envoyé par les dieni ; le mal Saint- Jean^ le mai Saint'Gtlles, ainsi qu'on rappelait au moyen âge, ainsi qu'on l'appelle encore dans certains départements du midi de la France ; c'est enfin le morbus dœmoniacus (le mal démoniaque], quand on regardait ceux qui en étaûent atteints comme des possédés du démon. Toutes ces dénominations s'appliquent an haut mal, la forme la plus saisissante, la plus vulgairement connue de Tépileprie.

Ce que tout le monde ne sait pas, ce qu'il importe par conséquent de dire, c*cst que très-souvent les attaques (Tépilepsie, surtout au début, se produis sent la nut'f, et un individu peut en éprouver ainsi pendant huit ou dix ans, sans que personne, pas même lui, soupçonne l'existence de cette redoutable maladie.

Certains phénomènes, certains accidents permettent, cependant, de reconnaître une attaque passée. Il en est ainsi des contusions, des blessures plus DU moins graves que le malade a pu se faire en tombant ou dans ses mouvements convnbifs exagérés, et dont il porte tout au moins les traces sur quelque partie du corps ; il en est ainsi des luxations de la mâchoire dont on a cité des exemples, et dont vous comprenez le mécanisme, des luxations de Tépaule, comme dans les cas que je vous rapportais tout à l'heure, accident rare à la vérité. Mais, indépendamment de ces accidents, il en est d'autres que vous observerez beaucoup plus communément, et qui ont, dans Pespèce, une haute feignîfication.

Âu commencement de Tannée 186S, MM. les docteurs Tardieu, Legrand dti Sanlle et Cafle étaient commis par le tribunal pour se prononcer sur l'état menul d'une dame qu'il s*agissait d'interdire. Pendant longtemps leurs investigations étaient restées stériles, et bien qu*ils constatassent un certain atbi- Idissement de la mémoire, cependant ce n'était pas de la démence, et ils étaient tett embarrassés pour donner un avis catégorique, quand il leur fut dit que Celte dame perdait quelquefois ses urines la nuit et le jour. Ce fut pour ces tneMeurs un trait de lumière ; en pressant leurs questions, il devint évident V^^ U malade avait souvent des attaques nocturnes d*épilcpsie pendant lesy^fe» elle laissait échapper ses urines ; souvent aussi, dans la journée, elle *l*WTaîi nn étourdissement qui durait quelques secondes, et pendant lequel Î^^Wines s*échappaient également à son insu. L'épilepsie reconnue de cette *^> 00 comprit mieux comment, sous l'influence d'attaques qui restaient ^T^ûnoes, la raison se troublait quelquefois d*unc manière fort grave. "*• tcj^râind du Saulle, qui racontait ce fait ë la Société de médecine pra-

/■9t»c, /s^ppelait, en même temps, que, à Contrexéville, il avait observé l'épi-

^^9oii avait eu lieu l'émission involontaire de l'urine.

uj^^cfteg nne jeune femme qui urinait assez fréquemment au lit, et chez «"■•«*» ^^id einment de morsures qu'elle s'était faites, et cela précisément

il ji vait pu constater l'existence de quelques éraillures de la langue,

M DB L'ÊPILEPSiE.

L*iacoDtineiice nocturne de l'urine, incontinence qui peut se produire d'ailleurs, et cela se conçoit, aussi bien dans les attaques de jour ; j'ajouterai l'incontinence des matières fécales, les sujets se trouvant au matin moaillés et souillés dans leur lit, sans avoir le moins du monde conscience de ce qui leur est arrivé pendant leur sommeil : voilà donc des accidents qoi, se produisant, non-seulement chez des individus dont Tépilepsie est reconnue, mais encore chez d'autres qui semblent jouir de la plus parfaite santé, de la plénitude de leurs facultés, doivent mettre un médecin en garde contre la possibilité d'attaques nocturnes.

J'appelle maintenant toute votre attention sur d'autres phénomènes que les auteurs modernes ont laissés passer inaperçus.

Si vous examinez attentivement un épileptique au sortir de ses attaques, et mieux encore, plusieurs heures après, le lendemain, par exemple, vous trouverez assez souvent sur son front, sur son cou, sur sa poitrine, de petites taches rouges, ressemblant à des piqûres de puces, ne disparaissant pas sous la pression du doigt et présentant tous les caractères des taches ecchymotiqws. C'est là un accident d'une très- grande valeur; si les auteurs modernes en ont fait trop peu mention, il n'avait point échappé à l'observation des anciens. « Yidemus, post validos paroxysmos epilepticos (dit Van Swieten), vasa enta- • nea minora quandocumque rumpi, eipunctaruberrimapertotàTû superfi- » ciem corporis dispersa manerc, qus sensim posteà cvanescunt, ubi verô « rupta vasa, vel dilatata eorumdem extrema, sanguinem rubrum eructaveriot » in tunicam cellulosam, lune latiores maculs et ecchymoses apparent Medid » in praxi versati fréquenter hsc symptomata observaverunt. » Ainsi, non* seulement on trouve le petit pointillé rouge dont nous parlons, mais encore de larges ecchymoses qui se sont produites par le même mécanisme que le premier, et indépendamment de toute contusion. Ceci, je le répète, a une trèsgrande importance. D'abord, l'existence de ces taches ecchymotiques est un signe certain d'une attaque d'épilepsie. Un individu vous raconte que le matin il s'est éveillé avec de la céphalalgie, une certaine pesanteur de tête; il vous dit que pendant la nuit il a eu de rincoutinence d'urine ou des garderobes involontaires ; il a un certain embarras de la parole, et cet embarras de la parole est dû, non à de la paralysie, mais au gonflement douloureux de la langue, qui a été déchirée, mordue, quelquefois coupée en plusieurs points; enCn, vous apercevez sur la peau du front et du cou des taches ecchymotiques : vous pouvez alors, non pas présumer, mais affirmer que le malade a eu, pendant li nuit, une attaque d'épilepsie.

Ces taches ecchymotiques vont nous donner, en outre, l'explication des accidents apoplectiformes qui caractérisent la troisième période de l'attaque.

Je vous ai dit, en effet, que la plupart des individus tombés du haut mal restaient, pendant un temps plus ou moins long, plongés dans le carus, d'où ils sortaient en conservant une céphalalgie assez semblable à la pesanteur de tête qui suit les excès de table ou de boisson. Chez d'autres, — nous revien-

DE L'ÊPILEPSIE. 69

droDs sur ce sujet qoi mérite que nous y insistions, — chez d'autres à la stupeur succèdent des accidents nerveux d'un autre genre. Ils sont pris d'hallucinations, de délire furieux, maniaque, quelquefois porté jusque-là que les malheureux feulent attenter à leur existence ou à celles des personnes qui les entourent Quelques-uns, pendant un, deux, trois jours, gardent des troubles cérébraux, de la perle ou de Tobtusion de la mémoire, de l'incohérence des idées, de la perversion des facultés intellectuelles. Or, en considérant ces ecchymoses du tissu cellulaire sous-cutané, on peut se demander s'il ne s'est pas produit quelque lésion analogue dans la substance cérébrale, dans les méninges, dans le cordon rachidien, et si ces lésions ne pourraient pas rendre compte, jusqu'à un certain point, des symptômes cérébraux qui se sont manifestés ; si elles ne pourraient pas expliquer la paralysie qui, se montrant en quelques circonstances, dure pendant quatre, six, huit, dix jours après les attaques, pour céder, en général, complètement jusqu'à ce qu'elle se reproduise sous l'influence d'un nouvel accès, mais pouvant aussi persister jusqu'à la mort.

Ces lésions encéphaliques ou médullaires ont été constatées dans plusieurs autopsies. Galmeil et d'autres, qui ont écrit sur l'épilepsie, les ont indiquées. Non-seulement on a trouvé à la surface du cerveau un piqueté semblable aux ecchymoses sous- cutanées , mais encore on a vu des épanchements sanguins dans les méninges, dans la substance cérébrale ou médullaire; on a vu enfin du ramollissement de l'encéphale et de la moelle.

Nous en avions nouç-même un exemple chez une jeune fille qui mourait au n® 30 de la salle Saint-Bernard, quatre jours après son entrée à l'Hôtel-Dieu.

Cette petite malade, âgée de seize ans, d'un aspect extérieur annonçant une chétive constitution, était sujette depuis trois mois à des attaques d'épilepsie. Dans sa famille , un de ses parents assez proche était atteint de la même maladie.

Chez notre jeune Glle les attaques avaient une excessive violence et se renouvelaient quatre ou cinq fois par vingt-quatre heures. Nous assistâmes à une de ces crises, et le diagnostic ne put être douteux pour personne. Les convulsions duraient une minute au plus; elles étaient accompagnées de contractions des mains et des pieds, des muscles du cou, deroideur du côté de la poitrine vers sa base, roideur qui rendait la respiration anxieuse et difficile.

Le quatrième jour de son arrivée dans nos salles, la malade succombait dans un état de profonde stupeur, après avoir eu des attaques presque coup sur coup, et gardant de la contracture des membres, dans les courts intervalles que ces attaques laissaient entre elles.

A l'autopsie, nous trouvâmes, vous vous le rappelez, un ramollissement considérable de la moelle, dont la substance s'écoulait en quelque sorte au travers de l'incision que nous avions pratiquée à ses enveloppes. La dissection, l'ouierture du canal rachidien avaient été faites avec le plus grand soin, de manière à n'altérer en aucune façon les tissus, et à nous préserver de toute

TMOUMEAl'^ 2* cdit. — 11. à

50 DE L'ÊPILEPSIE.

chance d'crrear. Le cerveau présentait à la coupe, vers le centre du lobe postérieur gauche, un petit foyer hémorrhagique, dont les parois étaient en Toie de ramollissement. Partout ailleurs la substance cérébrale avait sa consistance normale, et était médiocrement injectée.

Les princi|iaux viscères ne présentaient aucune altération anatomiqoe appréciable.

Les symptômes apoplectiformes persistants, les paralj'sies plus ou moins permanentes, sont donc bien probablement, jusqu'à un certain point, sous la dépendance d'altérations matérielles appréciables des centres neneux. Je me hâte d'ajouter que ces altérations matérielles, congestions, hémorrhagies, ramollissement, ce sauraient être considérées comme les causes de l'épilepsic elle-même ; nous en dirons autant des épanchements séreux qui se rencontrent quelquefois dans la cavité crânienne ou dans les ventricules cérëbrani des individus qui ont succombé à la suite des attaqties. Ces lésions anatomiques sont les effets de la maladie et rien de plus ; c'est là un point qui a depuis longtemps été parfaitement mis en lumière par les médecins qui se sont occupés de la question. Bien entendu, je parle seulement ici de l'épilepsie proprement dite, car nous verrons que dans ce qu'on a appelé l'épilepsie symptomatique, les accidents épileptiformes sont liés, plus ou moins directement, à l'existence de lésions encéphaliques, tumeurs osseuses, tumeurs cérébrales cancéreuses, syphilitiques, tuberculeuses, etc. , qu'il est ordinairement possible de diagnostiquer pendant la vie, et de retrouver après la mort.

Pour l'épilepsie idiopathique, la seule dont nous nouf occupons pour le moment, quelques auteurs, MM. Bouchot et Gazauvielh par exemple, ont prétendu avoir toujours trouvé les lésions caractéristiques : ce serait, suivant eux, une induration phlegmasique de la substance blanche ; mais cela ne ressort en aucune façon des faits exposés par ces anatomo-pathologistes, et la généralité, pour ne pas dire la totalité des médecins, admet aujourd'hui que les recherches nécroscopiques les plus délicates ne nous donnent que des rensc^cments négatifs sur les conditions organiques du développement de la maladie. Je ne nie pas, entcndez-lc bien, messieurs, je ne nie pas que les troubles cérébraux qui constituent l'épilepsie soient subordonnés à une affection matérielle des centres nerveux ; en parlant de la congestion cérébrale apoplectiforme, je me suis déjà expliqué à cet égard ; je vous ai dit et je vous répète ici que je comprends peu une lésion fonctionnelle sans une modalité de l'organe qui préside à la fonction ; mais, ce que je soutiens, c'est que cette modalité nous ne pouvons en saisir la nature, c'est que les lésions anatomiqnes que nous rencontrons à l'autopsie des épileptiques sont les effets de la maladie et non ses causes.

Nous passerons rapidement sur ce qui a trait aux causes déiermtnanteêit l'épilepsie. L'influence du plus grand nombre de celles qui ont été rignaiées n'est rien moins que positivement démontrée, et ce serait tourner dans k cmde des banalités que dé les rappeler toutes. Ainsi, on a dit que répOefirié

DE L'ËPILBPSiE. 51

sG déclarait le plus fréquemment chez les femmes à Tépoque de la puberté, ao moment de la première apparition des règles, que, plus tard , Tâge de la ménopause devenait à son tour l'occasion de sa manifestation. Le rôle de la menstruation est fort contestable. L'épilepsie s'observe chez des individus de tout âge ; il faut reconnaître toutefois qu'elle se montre le plus ordinairement dans Tadolescencc, chez les jeunes filles comme chez les jeunes garçons. Si elle est plus commune qu*on ne le croit généralement dans les premières années de la vie, — je vous en citerai plus loin des exemples, — elle n'épargne pas non phisles individus avancés en âge. Le 16 mai 1857, M. le docteur Pantin (de Seineport) m'amenait dans mon cabinet un vieux agriculteur de soixantetreize ans, qui depuis quatre ans seulement avait des accidents épileptiques. Ils avaient commencé par de grandes atta(|ues survenant pendant la nuit; le matin « le malade se réveillait tout hébété, la langue mordue et douloureuse. Sous rinfluence d'un traitement par la belladone exactement suivi pendant trois ans, les grandes attaques avaient entièrement cessé, et cet individu n'avait plus que ce qu'il appelait des bêtises. Tous les mois, quelquefois à des intervalles un peu plus rapprochés, il avait une absence qui durait jusqu'à quinze â vingt minutes et pendant laquelle il disait des paroles incohérentes. Puis il revenait â lui sans ressentir aucune fatigue, mais aussi n'ayant aucun souvenir de ce qui s'était passé depuis le début de l'attaque.

Une des plus grandes célébrités militaires de notre époque, eut à l'âge de quatre-vingts ans, les premières attaques de l'épilepsie, dans l'une desquelles il succomba trois ans après.

Les écarts de régime, les excès de boissons, l'abus des plaisirs vénériens, la masturbation, la continence prolongée, un travail intellectuel forcé, une contention d'esprit trop longtemps soutenue, les émotions morales vives, ont été souvent mis en jeu ; reste à savoir la part qui leur revient en réalité. Mais parmi ces causes occasionnelles, Vinfluetice de la peur ne saurait être niée par per-» M)nne ; tous les médecins l'ont notée ; pour ma part, j'ai été plus d'une fois h même de vérifier le fait que j'admets, tout en me gardant d'en exagérer la fréquence et de le croire aussi commun qu'il paraîtrait l'être en s'en tenant au dire des malades ou de leur entourage.

Dernièrement encore, je voyais chez moi un Brésilien dont les premières attaques semblaient s'être manifestement développées sous l'empire de cette cause occasionnelle.

Il me racontait ainsi son aventure. Pendant un grand voyage qu'il avait entrepris dans l'intérieur de son pays, il était entré pour se reposer dans une auberge isolée ; là, tandis qu'il attendait qu'on lui préparât son repas, vinrent à passer un certain nombre d'individus armés qui s'étaient pris de querelle. I>es paroles, ils en arrivèrent aux coups, et l'un de ces hommes, blessé mortellement d'un coup de fusil et de coups de couteau, tomba expirant sous ses yeux. Cet événement lui fil une impression terrible; à quelques jours de là, étant à ubie cbei un de ses amia^ il fat pris d'un vertige épileptique. Depuis

52 DE l'épilepsie

. celle époqac jusque cinq aus après, ces acckleots se répétaieui presque chaque jour. Ib étaient caractérisés par une sensation de forte chaleur, qui partait de FouiIhIîc, montait dans le dos et se terminait par une perte absolue de connaissance durant environ deux minutes. Ces vertiges étaient quelquefois si rapides, si passagers, que les assistants ne s'aperceraient de rien. Cinq ans plus tard survinrent de grandes attaques, que Ton prit d*abonl pour de Tapo* plexie, et qui revenaient tous les vii^t ou trente jours. Les vertiges n'avaient pas reparu.

Un médecin de Rio-Janetro conseilla un traitement dont le malade ne m'indiqua pas la nature; mais pendant quatre ans et onze mois, il n'eut aucune atteinte de son mal. Puis les grandes attaques se ounifestèrent de nouveau, apparaissant avec la même intensité et avec la même régularité qu'auparavant ; elles persistèrent ainsi pendant six ans. A cette époque, elles diminuèrent de violence, mais elles se renouvelèrent à des intervalles plus rapprochés, quelques-unes se produisant pendant la nuit. Jamais^ affirmait k malade, personne dans sa (amîUe n*avait présenté aucun accident analogue à ceux dont il était affecté.

Il ne parait pas difficile de rassembler des laits analogues à celui-ci. Ainsi, Leuret (1) rapporte que sur soixante-sept épileptiques observés par lui, trente» cinq fois les premières ounifestations de la ouladie s*éuient laites à la suite d*une vive frayeur.

Cependant, messieurs, je ne voudrais pas vous laisser sous Fimpression de lopiniun trop absolue de Leuret. J*ai grand soin, lorsque je vois un épiieptique, de m'enquérir des causes de sa maladie. Lui-même attribue le plus souvent à la frayeur les accidonts qu'il éprouve: niab quand j examine de plus près, je ne tarde pas à me convaincre que dans la presque universalité des cas, les attaques ne sont survenues que plusieurs semaiiu^^s plusieurs mois, plusieurs années après Paccès do lenreur. Je a>nslate que anto terreur n'a pas été en déthnti\e plus graiulo, plus souvent rv|X'lêe. qu on ne le \oit chez un trèsgrand nombre d'enfants qui nout jamais eu d'attaques. Les malades redisent ce qu'ils oui ontoiulu diio |>ar loui>i i^n'Uts ; or, le plus souvent, lorsque je puis întern>iser les i^irents ou\-mèuiesot obtenir d'eux la vérité, j'apprends que dau't U Uin\\W il y a ou di*s tous, dos ôpiloptiqui's. dos idiots, et que la prôtonduo tirreur a èlô iuv(H|uèo |Hiur dissîmulor la véritable catise qui existe daits une tache ori^iuollo.

Jo uo veux i^s davauugo nior riulluonco eiercoo par les êniotioDS de la tnèro sur Toufaut qu'elle |H)rto dans son s%nn; nuis jo cn>is que cette cause, auuuie tant d'autre», oomuio la i^ikotleuto, a été SiUguliorvmont exagérée.

I^.tudions maiiitenaiit kii ftw uh« «le la nuiUlie,

Je voua ai dll» nwmltttni, que la grande attaque d'ê|Mle(«ie durait rarement plu» dv émt m IlOb nlttûlfflil j/o reprethb cette {wp^tùtion. en raffinouni

(DU A-w^ctii^. t»13

DE L'ÉPILBPSIE. 53

encore, en ajoutant qu'une attaque même de quatre à six minutes est chose tellement rare, qu'un médecin pourrait Tivre plusieurs années au milieu d'épileptiques sans, en observer jamais une aussi longue.

Vous avez cependant entendu parler de faits dans lesquels des attaques ont duré deux, trois jours, et se sont terminées par la mort C'est là ce qu'on a appelé, à la Salpêtrière et à fiicétre, Véiat de mal.

Il semble qu'entre ces faits et la proposition que j'ai émise et que je soutiens toujours, il y ait contradiction. Cette contradiction n'est qu'apparente. L'état de mal, le status epilepticus, est constitué non par une seule attaque, mais par une série d'attaques, ce qui est bien différent ; voici ce qui arrive alors.

L'épileptique tombe du haut mal, absolument comme une femme eu couche est prise d'édampsie ; dans l'un et l'autre cas, la stupeur consécutive aux convulsions dure dix minutes, une demi-heure, trois quarts d'heure et plus. Mais avant que la stupeur ait cessé, survient une nouvelle attaque en tout semblable à celle qui l'avait précédée ; elle est, pour ainsi dire^ subintrante et se confond avec la première. Or, comme on n'a pas l'habitude de regarder la troisième période de l'attaque d'épilep»e comme distincte de la période convulsive, Tindividu semble être encore en plein accès, alors que, plongé dans le carus, il ne subit que les conséquences de cet accès. Il n'est donc pas remis du trouble que lui a fait éprouver son attaque, qu'une seconde survient, bientôt suivie d'une troisième, d'une quatrième, d'une cinquième; puis, à mesure que celles-ci se répètent, la congestion encéphalique augmente, le carus apoplectique se prolonge, persistant deux, trois, quatre, huit, douze, quelquefois vingt-quatre heures ; bientôt le malade ne sort plus de cet état de maL £n définitive, il a eu, en réalité, une série d'attaques, et non point une seule et même attaque, ainsi qu'on est porté à le croire.

Toutefois dans certains cas, mais dans des cas excessivement rares, les convulsions elles-mêmes dorent au delà du temps que nous avons fixé. Ces faits sont tellement exceptionnels, qu'alors qu'on étudie l'épilcpsie sur un vaste théâtre, à la Salpêtrière, à Bicêtre par exemple, où les malades se trouvent réunis en grand nombre, où par conséquent on peut, comme l'a fait M. Calmeil, passer des journées entières à les observer, et être témoin de quarante à cinquante attaques d'épilepsie chaque jour, ces faits, dis-je, sont tellement exceptionnels, qu'on reste deux, trois mois et plus sans en rencontrer.

Dans l'état de mal, où l'état convulsif est presque continu, il se passe quelque chose de particulier qui demande explication. L'individu est dans ses grandes attaques ; puis, de deux en deux secondes, il a dans le visage, dans le cou, dans les membres, une petite convulsion, convulsion très-passagère, à peine visible, mais se répétant ainsi pendant deux, trois, quatre ou cinq heures. Assurément, c'est là une attaque convulsive continue; mais il importe de faire observer que ce n'est plus là la grande attaque d'épilepsie; c'est

quelque chose de très-différent, quelque chose de spédal» dépendant de Tétat particulier d'irritation dans lequel se trouvent le cerveau et h mode épinière.

Yoilà ce qu'on doit entendre par l'attaque continue. Ces accidents oonfnlsifs continus s'observent d'ailleurs beaucoup plus fréquemment dans l*éclamprie (|ue dans l'épilepsie.

Je vous ai décrit l'épilepsie dans sa manière d'être la plus vulgairement connue, il me reste à vous dire que ce haut mal varie en intensité, en violence, en soudaineté. Il est des individus qui sont foudroyés, abattus comme des animaux qu'on assomme, sans aucun phénomène précurseur, sans jeter on cri. Il en est d'autres qui, tandis que vous leur parlez, fléchissent sur euxmêmes, et tombent sans connaissance, sans avoir le plus petit moavement convulsif. Bien que rare, le fait s'observe cependant

Il y a quelque temps, on m'amenait un enbnt qui présentait cette singo- Hère forme de l'épilepsie. On me racontait qu'il avait des attaques quatre, cinq et six fois par heure; au moment où ses parents me rendaient compte de ce dont ils avaient été témoins, le petit malade tomba devant moL Tout à coup il glissa du fauteuil où il était assis et roula sur le tapis. Je l'examinai attentivement et je n'aperçus rien qui ressemblât à une convulsion.

Un autre individu |>our lequel j'étais également consulté, avait des attaques analogues deux ou trois fois par semaine. Les accidents avaient débuté par des hallucinations qui duraient une demi-minute ; pendant ce court espace de temps il restait le regard fixe et les bras pendants. Gela se renouvelait deux on trois fois par semaine. Les symptômes se modifièrent. Il eut des attaques avec perte de connaissance qui persistait pendant dix minutes ; on crut à une ooo* gestion cérébrale, on lui appliqua des sangsues, mais après cette saignée il eut une seconde crise, accompagnée, cette fois, de convulsions de la &ce et des yeux.

Cette fonnc de l'épilepsie consiste donc dans un simple étourdksement et semble ne laisser après elle presque pas de suites, de suites immédiates du moins; l'individu^ lorsqu'il se relève, parait un peu étonné, puis bientôt il peut reprendre la conversation interrompue, comme si de rien n'était €e n'a été qu'un commencement d'attaque assez forte pour prostrer celui qu'elle a frappé, mais qui n'est pas arrivée jusqu'aux phénomènes convulsib. Un élément a fait défaut, la première période s'est seule produite.

Dans d'autres cas, an contraire, celte première période manque. L'épileptiqne tombe : ses membres supérieurs, quelquefois les yeux seulement, sont agités de quelques mouvements convulsifs ; puis il se relève presque immédiatement, ayant à peine un peu de stupeur, un léger trouble des facultés intellectuelles qui ne dure que quelques instants.

D'autres fois, c'est l'attaque dans sa forme habituelle, mais à un degré excessivement faible. La convulsion tétanique a lieu, elle dure un temps inappi^ ciable ; la convulsion clonique lui succède, et après quelques secimdea arrive

Dfi L'ÊPUEPSU. 55

la période de stupeur, aussi passagère, aussi peu prononcée que les précé* dentés. Enfin le malade se relève, son attaque est terminée; elle a duré une minute tout au plus.

Ce sont là déjà des formes bien différentes de celle que nous étudiions tout à rheure; elles font, pour ainsi dire, nous senrir de transition entre la grande attaque et les autres manifestations de l'épilepsie, sur lesquelles je voulais plus spécialement appeler votre attention.

Retenez bien ces faits. Il n*est pas d*épilepsie plus réelle que celle dans la« qudle les choses se passent silencieusement, sans grands mouvements, sans grand fracas. Si le haut mal peut être quelquefois simulé, au point de tromper ceuK qui ne le connaissent pas parfaitement, il n'en est déjà plus ainsi de ces petites attaques, il n'en est plus ainsi des accidents vertigineux dont je vais maintenant vous entretenir,

fi 2.— Vertige épileptdque. ^ Aura epUeptiea. — Épilepsie partielle* Angine de poitrine. — Tic douloureux de la fiace.

Messieurs, les accidents vertigineux sont une eipression de l'épilepsie la plus ignorée des médecins ; à son sujet, on commet chaque jour des eiTeurs de diagnostic qui peuvent avoir de fâcheuses conséquences, en faisant prendre pour une afiéciion bénigne la maladie la plus grave dont on puisse être atteint.

Je Tais, en vous citant un certain nombre d'exemples, essayer de vous montrer la multiplicité de formes que ce vertige peut revêtir. Mais je dois encore vous répéter que sous cette multiplicité de formes, c'est toujours la même maladie; que ces phénomènes bizarres, passagers, consistant uniquement, parfois, en un étourdissement, en un simple étonnement, en une extase, en ce qu'on appelle des abseneeit sont identiques, quant à leur nature, avec les violentes convulsions qui constituent la grande attaque.

Bien plus, ces accidents vertigineux caractérisent l'épilepsie beaucoup mieux, en quelque sorte, que ne le fait h forme coovulsive. Les convulsions, en effet, peuvent être l'expression d'autres maladies qui, si différentes qu'elles soient de celle que nous étudions, sont fréquemment confondues avec elle. Ainsi chez les femmes, les accès d'hystérie ressemblent quelquefois, à s'y méprendre, aux accès d'épilepsie ; et les personnes qui ont eu l'occasion d'observer un grand nombre d'hystériques, comme on en voit à la Salpêtrière, savent combien chez quelques-unes la distinction est difficile à établir.

Les vertiges épiieptiques, au contraire, aussi bien que les vertiges éclamptiques, ont leur physionomie propre; une fois qu'on les a étudiés, une fois qu'on se tient sur ses gardes, on ne sayrait les confondre avec aucune autre affection.

Interrogez avec soin un individu atteint de cette forme de l'épilepsie, et, alors surtout que vous aurez affaire à un adolescent ou à un enfant , vous reconnaîtrez dans les accidents qu'il voas présentera, dans ceux qu'il vous dira avoir éprouvés, la maladie plus ou moins nettement accusée.

Enfin, messieurs, je vous ai déjà signalé la transformation des symptômes

56 DE L'ÊPILEPSIE.

les uns dans les autres : ordinairement c'est la forme veniginease qui a précédé la grande forme couvulsive ; quelquefois c'est l'invene qui se produiL Le haut mal qui avait été la première manifestation de la maladie se modifie, les attaques perdent de leur intensité, de leur violence, et l'individa Gnit pir ne plus avoir que des accès de petit mal (c'est le nom qu'on a encore donné aux vertiges épileptiques). Le jeune homme du n^ 18 de la salle Sainte-Agnès nous en présentait, vous vous en souvenez, un exemple. J'ajouterai qu'il n'est pas rare de voir les attaques convulsives et les accidents vertigineux se développer simultanément, de Toir du moins ceux-ci se déclarer fréqaenuneiit dans l'intervalle de celles-là, ou même en annoncer le début.

J'ai été appelé à donner mon avis pour un jeune garçon épileptique qui venait du Berry pour me consulter à Paris. Dans le court espace de temps qn'3 resta dans mon cabinet, il fut pris de vertiges caractérisés par des éclats de rire saccadés; l'accès dura à peine quelques secondes, et le malade reprenant Immédiatement sa connaissance, parut très-étonné quand je lui demandai poorquoi il avait ri ainsi ; il n'avait aucune conscience de ce qu'il venait de faire. Les grandes attaques dont il était affecté débutaient presque toujours par ces accidents vertigineux.

Cette simultanéité, cette concomitance, et, permettez-moi une expression qui n'est pas française, cette alternance dans la production de ces divers phénomènes morbides, démontrent clairement les rapports qui les unissent entre eux et ne permettent pas de méconnaître l'identité de leur nature.

Passons donc rapidement en revue quelques-uns des types que revêt le vertige épileptique, mais n'oublions pas que ces types varient à l'infini, et qu'on prétendrait en vain les décrire tous.

Chez une jeune fille de seize ans qui est restée longtemps au n* 32 de notre salle Saint-Bernard et sur laquelle j'ai déjà appelé votre attention dans une précédente conférence, vous avez été témoins des accidents qui se répétaient plusieurs fois dans le courant de vingt-quatre heures, et dont la malade fut, ï différentes reprises, affectée au moment de la visite.

Tout à coup elle perdait conscience de ce qu'elle faisait, lâchant, et plos souvent lançant loin d'elle les objets qu'elle tenait à la main ; tantôt elle se mettait à sauter sur ses pieds, tournant autour de son lit comme pour chercher quelque chose ; tantôt elle tombait par terre ; son visage se couvrait d'une pâleur très-passagère, ses yeux se renversaient convulsivement sous la paupière supérieure en gardant une fixité extraordinaire; ou bien elle se mettait à battre rapidement des mains. Si elle était dans son lit^ elle s'asseyait et prenait ses couvertures comme pour les ramener sur ellf : l'attaque durait à peine une demi-minute; alors la malade s'écriait : « C'est fini ! » A peine gardait-elle une légère stupeur très-passagère. Il y avait, chez elle, quelque chose de trèsremarquable. Si l'on essayait de lui enlever les objets qu'elle tenait quelquefob dans ses mains, elle se précipitait avec une sorte de fureur pour les reprendre, et luttait jusqu'au moment ou l'attaque se tenninait.

DE l'êpilepsie. 57

Sa maladie, disait-die, avait débuté seulement depuis un an, et avait commencé par des Terliges, par ce qu'elle appelait des étonnements; elle avait josqa'à cent accès par jour; quelquefois eUe avait de grandes attaques. Ses accidents arriraient sans aucun symptôme précurseur.

Née de parents qui assuraient n'avoir jamais eu rien d'analogue, elle avait pefdo une sceur qui était morte épileptîque.

Ainsi, le plus souvent, d'une manière soudaine, sans aucun phénomène prémonitoire, conune dans la grande attaque, l'individu atteint de vertige épileptîque éprouve une sorte d'étonnement, une sorte d'absence. S'il parlait, font à coup il interrompt sa conversation, il n'achève pas la phrase commencée; il reste, l'air étonné, les yeux fixes; il ne voit, n'entend, ne sent rien : c'est une sorte d'extase, cependant 11 ne tombe pas. S'il tenait un objet à la main, il le lâche ou il le jette convulsivement loin de lui. Tout cela dure deux, trois, quatre secondes, quelquefois davantage; puis l'attaque est terminée; le malade revient complètement à lui, va se remettre à ses occupations, reprend la conversation au point où il l'avait laissée, et ne se doute pas de ce qui vient de se passer.

M. le docteur Taupin me mandait, un jour, en consultation auprès d'une petite fille de six ans qui, malade depuis cinq semaines, m'avait déjà été amenée par ses parents. Il me racontait qu'il avait été témoin de deux attaques dont elle avait été prise pendant le dîner, et la mère, de son côté, me rendait parfaitement compte de ce qui arrivait habituellement. Au milieu de ses jeux, pendant les repas, l'enfant s'arrêtait tout à coup, puis tournait lentement sa tête à droite, les yeux ouverts, le regard fixe, sans qu'on pût saisir le plus petit mouvement convulsif, la moindre grimace du visage. Sa sensibilité générale était abolie à ce point qu'on pouvait, dans ces moments, lui pincer impunément la peau, la traverser avec une aiguille sans qu'elle en eût conscience. Elle restait dans cet état pendant quatre ou cinq secondes tout au plus, puis elle revenait à elle, conservant encore un certain air d'étonnement et de mauvaise humeur. Généralement aussi elle témoignait alors le désir de changer de lieu, disant à sa mère de la conduire dans une autre pièce de l'appartement ; mais un quart de minute ne s'était pas écoulé qu'elle était complètement remise, et que, après avoir poussé un grand soupir, elle reprenait le jeu qu'elle avait abandonné ; si elle était à table, elle se remettait à manger.

L'attaque vertigineuse peut être de plus longue durée; elle peut être accompagnée ou constituée par un délire plus ou moins violent de paroles et d'actions.

J'ai été consulté encore pour une petite fille de quatre ans qui, depuis quinze jours, avait, de deux jours l'un, des accidents de cette nature. Parfaitement portante d'ailleurs, d'une intelligence précoce, elle racontait très-bien ce qu'elle éprouvait. Elle ressentait comme une commotion générale, puis elle perdait connaissance et ne savait plus ce qui lui arrivait Mais sa mère me disait que tantôt son visage prenait alors une singulière expression de gaieté

S8 DE l'Apilepsie.

ot (1g vJTuil^, fiiic laniat, au coalriire, un cnranl avait l'air bébétv ; aprfo une iiiintiic i |)ejiie, die se mettait il crier qu'elle avait peur et se lifrait i dca aclci déKoi'donnéii en prononçaut des pIiraEes incohérentes. Ces hallucinaliuns so pniliiii);eaii'iit quelquefois pendant sept, huit, dii heures. Depuiident jours les attaques s'étaient répétées deux fois en vingt-quaire heures. La mère ajoutait qu'il lui semblait que l'intelligence de sa fille s'affaissait uDUblement.

lu de uicshiHiorables cuofrères de Versailles m'adressait, en décembre 1 860, une jeune fille duut la mère et ta grand'mérc étaient bien portantes, mais dunt la tante et la Brand'tauie tnaieriielles étaient épilepLiques. Elle avait des Terliges tellement fréquents, que je pus en voir quatre ou cinq pendant le coutv da luaronsullaliou. — L't-nfant inussait un cri plaintif en portant bruwinemeitl la main au creux de l'estomac, et en lournint lentement la tête d'nn dite ; il y avait, en même temps, de h fixité du regard et quehiues grimaces. Avant qu'uitc minute so filt écoulée tout paraissait fini; ia malade se levait alors avec un air hébété, en chancelaîil, et quelquefois elle tombait. Quand ou s'approchait d'elle, elle éprouvait une sorte de terreur. Je l'interrogeai vivement ; elle ouvrit la bouche, fais^ut i-igno qu'elle ne pouvait parier; je lui entonnai de tin>r la langue, di- faire e\éruEer dck moutemeuts à cet organe, Hle ne put obéir li mon injonction. Quelques instants plus tard, elle profén quelques Ukols inarlicult-s; j'insisui, et peu à |)eu la parole devint moins emtuiTasSiv, puis tout i fait libre. — Sm attaque avait duré en tout qiulre i cmq mlunu*». — l)'uni> îniolligeuce trt-s-avaucée, celte enfant rendait très-bien cumple de m sensations: elle disait qu'au début de l'accès, elle éprouvait une vive douleur au creux de l'oïtoinac; que presque austilùt cette douleur gagnait la langue et devenait trt>s-iuleuse : elle |vnlait alor> coanaiiîsaiice p«>ndaiit une ou deux minutes, puis quand elle commençait â revenir à elle, etlo éiaii eni|>Ochôi' de pailor par une sorU' de |>aralvsie douloureuse de la langue, qui se diï»i|\iii ):radut<lleiiH'iit.

t n iiklitidu Mijei jux u'riit^<s cpilepliques joue aux canes; il tient celle qu'il Si- di>]».>M' j Jt'iiT >ur le tapis ; tout 1 coup il >'irnile imuHibile. *».■> yeux se ferment i>u n->:ent iKes: pui« il Uit un ^nml s<.)upir. et. contiouant son jeu, jette euli» sa CJrte. qu'il i i\oiiniit (>jr:'.iilemeni. bien qu'uu instant a'J(>araTan( il ne la tîi pa". j!oin qu'il l'jtjit diuni lui.

te st'iii ii. iitewcuiîi. dvs ti^vMlou-rtitn-siviU-imques. it je fK-umis mulli)4ior les cveiiipKs du iiivun- j^eiuv. Il en est d juirï». de îoniK» diitéreotes, que je iU>is enam' t>.>us ludiqucr.

l\iii* !i-* ijits qui l'iwidftit.le iiuljnle, isole du iihuide extf-neur. ne voyani. n'euteitdaui. iiOM-utaul neu. ivMf dans l'iminobiiiié Lit>liE>AM*.>ui;: il parait. >> vo»N l'ai dit. |Ui«n|é du» HWMtU d'exta>r. 11 eu ï»t che: iesqurls tout nuouteeti WH tHM^tnM^MW'» *<*>^' *'*'■ ^^' iCuUufAl uulugae k itiw que |

os Ii'&nLBPSU. 59

Enfin, diot quelques cas, Tépileptique peut continuer d'exécuter les moi^f enients qu'il a commencés ; il eu fait d'autres, et les accomplit avec une certaine régularité, bien qu'il n'ait absolument aucune notion de ses actes.

J'ai rapporté, en plusieurs occasions, l'histoire de cet ecclésiastique qui, ao moment où il remplissait les fonctions de diacre et encensait l'évéque officiant, fut pris d'un accès d'épilepsie et continua d'encenser, tout en tournant b tête d'une façon bizarre, tout en grimaçant de telle sorte que l'accident n*échappa à personne. Sujet à ces vertiges, il les avait eus souveut, alors qu'il était en chaire ou alors qu'il célébrait la messe. Ces troubles nerveux étaient ai paangers, que jamais le malade n'avait été forcé d'interrompre son sermon oo de quitter l'autel; mais comme alors il chantait d'une façon étrange^ que qudquefois il avait laissé échapper des paroles incohérentes, que ces actes étaient fort peu en harmonie avec la dignité du sacerdoce, on fui obUgé de lui interdire l'exercice de son ministère. Il vint me consulter, et c'est de luimême que je tenais tous ces détails.

Je connais un jeune homme de bonne famille, passionné pour la musique, à ce point que, pour ne perdre aucune occasion de faire sa partie dans un concert, il va jouer dans les orchestres de théâtre. Ce jeune homme est affecté de Yertigesépilepliques. Quelquefois ses accès se déclarent pendant qu'il joue du violon, au milieu dn morceau qu'il exécute. Cependant il continue de jouer, et, chose remarquable, quoique restant absolument étranger à ce qui l'entoure, quoiqu'il ne voie et n'entende plus ceux qu'il accompagne, il suit la mesure. On dirait que, bien que sa conscience fasse défaut, sa volonté reste aasex puissante pour diriger les mouvements pendant uu temps donné, trôsooart il est vrai. On dirait que ces mouvements sont guidés par le souvenir, le malade exécutant sans se tromper la ligne de musique qu'il vient do lire au moment où son esprit s'est troublé.

Beaucoup d'entre vous se rappelleront le fait suivant, pour me l'avoir entendu raconter : Un architecte de Paris, épileptique depuis longtemps, ne craint pas de mouler sur les échafaudages les plus élevés des maisons en construction. II n'ignore point pourtant que ses accès se sont déclarés souvent alors qu'il marchait ainsi sur des planches étroites, situées à une assez grande hauteur. Jamais il ne lui est arrivé d'accident. Au moment de sa crise, on le voit courir précipitamment sur les échafaudages, prononçant, ou plutôt criant son nom d'une voix haute et brève. Un quart de minute après, il reprend son travail, se remet à parler à ses ouvriers, à leur donner ses ordres; mais si on ne le lui disait, il n'aurait aucune idée de l'acte singulier auquel il s'est livré.

J'avais pour ami le président d'un tribunal de province : c'était un homme d'une intelligence supérieure, mais il y avait eu des aliénés parmi ses parents, et sa sœur, entre autres, était folle. Lui-même était affecté d'accidents nerveux épileptiques, sans être jamais tombé du haut mal. Un jour, au milieu d'une audience qu'il tenait, il se lève, en marmotuint entre ses dents quelques mots inintelligibles ; il passe dans la salle du conseil, puis rentre en séance quel-

KO 01 L'ÈPILEKIS.

qms seoondeB après, nos m? oir ce qu'il fient de faire, si Uen que ses ooHègnes Ini ayant demandé où il était ailé, il ne comprend pas ce qu'ils veulent lui dire et n'a nul soufenir de s'être absenté. A quelque temps de là, la mtae chose lui étant arrivée, l'huissier fut chargé de le suivre ; il le vit pisser dans la chambre du conseil, puis reboutonner sa culotte et rentrer dans la sdie des séances, ne se doutant pas plus que la première fois de son incongruité. Cependant il s'apercevait bien que, pendant quelques minutes après ces accès, ses facultés était un peu troidriées.

J'eus connaissance de ces accidents et par lui et par son beau-père; I cdul-ci je n'en dissimuhi pas la gravité et je fis engager le malade à se demeure de ses fonctions ; il eut quelque peine à s'y décider. Mais, un jour qu'il occupait son siège, il se lève, bit quelques pas dans la salle et tient aux assistants un langage incohérent Presque immédiatement après il avait repris sa place, et, sans trouble appréciable de la pensée, il continuait à diriger les débats. Toutefois le scandale avait été asseï grand pour que les juges qid l'assistaient dussent le prévenir de la scène à hquelle il avait donné lieu. Il comprit que, dans sa situation, il courait tout au moins le risque de voir invalider ses jugements, les parties condamnées pouvant invoquer comme motif de cassation les absences c|e celui qui les avait prononcés, et prétendre, à tort ou à raison, qu'il n'avait pas son entière lucidité d'esprit. Il dkmna donc sa démission.

Étant venu habiter Paris, il s'y livrait avec ardeur à des travaux historiques et était membre d'une société qui s'assemblait à Thôtel de ville. Un jour, au milieu d'une discussion, il se lève, sort et descend sur le quai de Gèvres, où il reste exposé, nu-tête et sans manteau, au vent et an froid. Revenu à lui, il est fort surpris de se trouver là ; il rentre auprès de ses collègues, prend part de nouveau à la discussion, où il soutient ses opinions, combat celles de ses adversaires, avec son intelligence, sa verve et son savoir habituels. Ainsi, tout en perdant, pendant ses attaques, la conscience de ses actes, il marchait et se dirigeait assez pour éviter les obstacles, les voitures, les passants qu'il avait dû rencontrer sur son chemin. Jusqu'à un certain point, c'était quelque chose d'analogue au somnambulisme naturel.

Lisait-il, il suspendait tout à coup sa lecture, répétant avec volubilité le dernier vers, le dernier membre de phrase sur lequel il s'était arrêté. Sa physionomie offrait alors une expression qui ne lui était pas ordinaire, mais presque tout de suite il reprenait son livre et continuait de lire.

Non-seulement vous rencontrerez des malades agissant pendant les accès de vertige épileptique, mais encore vous en rencontrerez qui peuvent parler quand on les interpelle, sans savoir toutefois ce qu'ils répondent, parce qu'ib ont perdu connaissance comme les autres. C'est, ainsi que je le faisais observer tout à l'heure à propos du magistrat, quelque chose de comparable au somnambulisme, ou pour mieux dire, c'est quelque chose de comparable à ce qui arrive à certains individus qui, dans l'tHat de sommeil, répondent aux ques-

DE L*ÊPILEPSIE. 61

tions qu'on leur adresse, et une fois éveillés, ont perdu tout souvenir de ce qui s*est passé.

Je donnais naguère des soins à une jeune fille atteinte de cette forme vertiginensede l'épiiepsie. Au moment de ses crises, tantôt une expression de terreur, tantôt nne expression de colère était empreinte sur son visage. Lorsqu'on lui parlait, elle ne répondait pas; mais quand on Tintcrpellait d'une manière brusque, avec le ton du commandement, elle répondait à vos questions d'une voix brève et en criant. Pois tout à coup elle s'arrêtait ; si l'on continuait de l'interpeller, elle restait abasourdie pendant quelques instants. Son attaque durait quinze, vingt, trente secondes. L'accès fini^ et une fois la mahde revenue à elle, elle ne se souvenait en aucune façon ni de ce qu'on lui avait dit, ni de ce qu'elle avait répondu.

Un antre enfant, quand on voulait lui faire respirer, pendant ses accès, de Téther ou de l'ammoniaque dont l'odeur lui était insupportable, se mettait à crier avec une sorte de rage : « Va-t'en ! va-t'en ! va-t'en ! » et l'accès terminé, il ignorait qu'il l'eût eu.

Ici, messieurs, je dois insister sur les troubles inteUectuels qui, se liant le plus habituellement aux phénomènes convulsifs ou vertigineux de l'épiiepsie, semblent quelquefois aussi la seule manifestation de la maladie. Cei)endaiil, avant d'aborder ce sujet, dont j'ai d'ailleurs eu déjà l'occasion de vous dire quelques mois dans notre conférence sur la jcongestion cérébrale apoplectiforme (L II, p. 21 et suivantes), il me reste à vous signaler d'autres troubles de l'innervation du môme ordre que ceux que nous venons d'étudier : je veux parler de ce que l'on désigne souâ le nom d'at/ra epileptica.

Ces troubles singuliers du système nerveux, qui quelquefois annoncent le début des attaques d'épilepsie, plus ordinairement peut-être le grand mal que le petit mal^ constituent en quelques circonstances, à eux seuls, toute l'attaque elle-même, et en cela ils appartiendraient bien plus à la forme vertigineuse qu'à la forme convulsive.

Une sensation particulière, que celui qui l'éprouve compare à une vapeur, à un vent, à un fourn^illement, part d'un point du corps, monte vers la tête, et tout à coup l'individu entre dans son attaque. Si c'est le haut mal, il tombe frappé et les convulsions se produisent ; si c'est le petit mal, il a ses accidents vertigineux.

Lorsque cette aura part de la main, du bras par exemple, le malade accuse cette sensation bizarre courant le long du membre, qui est parfois agile de mouvements couvulsifis à peine appréciables. Elle gagne rapidement les parties supérieures, envahit la tête, et l'attaque se prononce. Vous observerez ce phénomène chez un grand nombre d'épilepliques. Plus ou moins passager, il dure une, vingt, trente secondes, quelquefois une minute.

En certains cas, ce n'est plus seulement une sensation bizarre, c'est une douleur aiguë occupant la main, le pied, se propageant comme celle-là ,et avec la même rapidité, dans le bras, dans la jambe, dans la cuisse, gagnant le tronc,

62 DB L*ÊP1LEPS1E«

le coD, la tête, et, arrivée là, étant suivie des symptômes ordinaires de la crise.

D'autres fois, Vaura est accompagnée de troubles matériels appréciables, dont les organes qui ont été le point de départ de cette sensation morbide peuvent être le siège. C'est un mouvement congestif : le doigt, par exemple, se gonfle ; la peau rougit et passe successivement^ mais dans nn temps trèscourt, du rouge à la teinte violette plus ou moins foncée; ou bien, au contraire, vous verrez les téguments, d'abord colorés, devenir d*Qne excessive ])âleur. Le gonflement est aussi réel qu'ap|)arent, car les doigts ainsi tuméfiés, sont serrés subitement par les bagues qui les entonrcnt.

Vaura epiieptica est encore caractérisée d'emblée par des phénomènes convulsifs.

C'est ce qui avait lieu chez un petit malade, dans le service de l'hôpital des Enfants que je dirigeais en I8Z18. Plusieurs fois, ce jeune garçon fut pris de ces attaques an moment de notre visite ; nous l'entendions alors s'écrier : « Cela me prend ! » et nous voyions ses mains agitées de mouvements involontaires, puis, après quelques secondes, les muscles de sa face l'étaient h leur tour; le malade tombait alors dans les grandes convulsions de Tépilepsie.

Cet enfant succomba. L'autopsie nous démontra l'existence de tubercules cérébraux, auxquels il fallait rattacher les accidents épileptiformes observés pendant la vie.

Il y a un an, un fait analogue se reproduisait devant vous, chez an jeune homme couché au n® 9 de la salle Sainte-Agnès, et chez lequel aussi les accidents épileptiformes se liaient incontestablement à la présence d'nne tumeur encéphalique. Cet individu resta un mois soumis à notre observation. Dorant ce temps, nous fûmes témoins de huit à dix de ses accès : ils se déclaraient tout à coup par une vive douleur que le malade accusait dans le pied; lorsque nous le découvrions, nous constations que ce pied était agité de mouvements convulsifs et qu'il se cambrait; les convulsions gagnaient la jambe, puis le malade s'écriait : « Ça me monte au bras ! • Son bras, en effet, s'agitait convulsivement; ses convulsions duraient quinze à vingt secondes, pendant ïes^ quelles son intelligence conservait toute sa lucidité; il continuait k parler avec une parfaite netteté d'esprit. Vaura gagnait ainsi progressivement, mais très* rapidement, la tête, et alors le malheureux tombait sans connaissance.

Dans ces deux circonstances, il s'agissait d*épilepsie symptomatique; mab, je Vous l'ai dit déjà, je vous le répéterai encore plus loin, lépilepsie symptomatique et l'épilepsie vraie ont entre elles la plus grande analogie, je dirai même une ressemblance absolue quant aux manifestations qui oonstîtnent les

attaques.

Relativeinenl à son siège, Vaura |)eut être viscérale. Quand elle occupe, quand elle a pour point de départ un organe intérieur, elle est souvent méconnue, et donne lieu à des méprises, à des erreurs de diagnostic, dont il est essentiel d'être prévenu, afin de les éviter.

Une jeune fille éprouvait, au début des grandes attaques, une douleur ttgui

DE L'ÊMLEPSIE. 68

an cœur, bientôt snivie de violentes palpitations, puis d'étonrriissemenls et d'un malaise syncopal.

Il y a sept on hnit ans, on m*amenait en consultation an enfant d*one dizaine d'années qui, quatre ou cinq fois par jour, après comme avant le repas, toujours sans cause appréciable, se plaignait d'éprouver tout h coup un sentiment de pression au creuv de l'estomac, bientôt suivi de vomissements : aussitôt après avoir vomi, il avait un violent étourdissement et son visage était d'une l^eur cadavéreuse ; les accidents duraient en tout à peu près une minute. I^ confrère qui me l'avait adressé, croyant à une dyspepsie, avait inutilement essayé tous les moyens propres à la combattre. La soudaineté des accidents, la violence de la douleur dont l'enfant rendait parfaitement compte, le sentiment de suffocation qui l'accompagnait^ le trouble momentané de l'intelligence, la pâleur des téguments, la rapidité enfin avec laquelle ces phénomènes disparaissaient, me firent écrire que, suivant moi, il n'était pas seulement probable, il était certain que nous avions affaire au morbus comùialis. J'invitai, en conséquence, mon honorable confrère h surveiller de près le petit malade, car j'étais convaincu que, tard ou tôt, cette névrose prendrait un caractère plus net qui ne laisserait aucun doute sur sa nature. Le père, alarmé de mon diagnostic, après avoir cherché la signification de celte expression morbus arniitialisj refusa d'abord d'y croire, et entraîna à son avis le médecin qui, pour sa part, n'était pas non plus très-porté à se rendre à mon opinion. Mais l'année suivante on revenait me trouver : cette fois, mes prévisions s'étaient réalisées; de grandes attaques d'épilepsie, qui s'étaient répétées, n'avaient que trop démontré l'exactitude de ma manière de voir.

Cette aura viscérale échappe d'autant plus à l'observation du médecin, que dans un grand nombre de circonstances elle simule d'autres affections. Si elle est stomacale, utérine, si elle est accompagnée de ce sentiment de constriction du côté de la gorge, assigné comme un des caractères des symptômes de Thystérie, alors surtout qu'elle se manifeste chez une jeune fille, elle peut être confondue avec Vaura kysierica. Mais une observation attentive, une analyse rigoureuse des phénomènes, permettront de distinguer l'une de l'autre. Bien qu'elle semble avoir le même siège, bien qu'elle occupe les mêmes parties du corps, et qu'elle ait les mêmes points de départ, l'aura hysterica met, en général, un assez long temps à parcourir le chemin qu'elle doit suivre ; elle ne marche pas avec la rapidité, elle n'a pas la soudaineté de l'aura epileptica. Les spasmes hystériques, lorsqu'ils frappent la gorge, par exemple, persistent plus longtemps que les accidents épileptiques. Ceux-ci, vertiges ou convulsions, durent à peine quelques secondes, une ou deux minutes au plus, sauf à laisser après eux la stupeur apoplectique dont il a été question : dans l'hystérie, les troubles nerveux ont une durée tout autre ; une fois qu'ils sont passés, le malade n'éprouve plus rien de comparable à cet étourdissement de l'individu atteint du mal caduc; et il n'est personne qui, en y réfléchissant, n'ait été à même de constater cette différence entre les deux maladies.

6& I>£ L*£PlLEPSiE.

Généraleineot les sensations, les phénomènes qui consltUient l'aura epilep" tica suivent une marche ascendante ; c*est4i-dire que, partant soit des eAïkmités des membres, soit d*un point du corps, elles remontent et gagnent la tête. 11 est des cas cependant où, suivant une marche inverse, Vaura est ifescaidante. C'est d'ahord une sensation soit vertigineuse, soit douloareose, qui, partant de la tête, et descendant toujours avec la même rapidité que lorsqu'elle est ascendante, gagne les exlrémités.

£lle peut au^i, mais le cas est rare, ôlrc à la foLs ascendante et descendanlCi CIl Bonct (1 ) raconte avoir vu un homme de cinquante ans chez lequel se produisait d'abord un gonflement de la région inguinale gauclie, puis le malade éprouvait une sensation ou fourmillement qui descendait graduellement le long de la cuisse, en gagnant le pied ; arrivée là, elle remontait avec une extrême rapidité vers les parties supérieures, et le cerveau était pris.

Ces singuliers phénomènes avaient été depuis longtemps signales par tooi les observateurs. Morgagni, en rapporUnt des laits qui lui sont personnels, d'autres empruntés aux médecins ses contemporains ou à ses devanciers, lear consacre une longue scholic (2) et rappelle une observation de Tulpius : on provoquait l'épilepsic en pressant avec un seul doigt la région de la rate.

Je vous ai dit que l'aura epileptica était quelquefois la seule manifestatioa de l'épilepsie. Quelquefois, en effet, partie d'un point du corps, ou de Tune des extrémités, ou même de la face, elle reste à peu près limitée au ùèga qu'elle occupe, ou du moins elle ne s'étend pas loin ; die ne gagne pas le cerveau, et n'amène aucun des accidents plus essentiellement caractéristiques de h maladie : c'est là ce qu'on pourrait appeler Vépileptie partielle.

Lorsque je dirigeais un des senices de l'hôpital Necker, j'avais dans mes salles une femme qui jusqu'à quatre, cinq, et même jusqu'à sept fois par heure avait de ces sortes d*accès d'aura convulsive. Cette atim restait limitée à un coté du corps et commençait par la jambe ; les convulsions étaient violentes, douloureuses, s'étendant au tronc^ au bras, à la face. Pendant ce temps la malade jetait des cris qui lui étaient arrachés par les horribles souffrances qu'elle accusait. Elle gardait la parfaite lucidité de son esprit, tout en ayant une certaine difficulté de la parole qui dépendait de la convulsion des muscles du visage et probablement aussi de ceux de la langue. Une minute, une minute et demie après leur début, les accidents cessaient complétement,et la malheareuse femme revenait dans son état normal. Elle fut rapidement guérie par l'emploi de la belladone.

Un grand nombre de faits A' angine de poitrine ne sont assurément qu'une espèce de cette épilepsie partielle. Je me propose de revenir sur ce sujet en traitant de Vangor pectoris. Je vous dirai que, si généralement l'atroce douleur qui caractérise cette affection part de la région précordialc pour irradier daos

.1; SppuhTftnm fiuatotninim^ liv. I, section xii, p. 291.

'2) De scdibus et anuis morborutn, truisiciiic lettre tie m^u Inre.

I)E L'ÉPiLEFbilù G5

foule la poilrine, dans le cou, dans les deux bras, de préférence dans le bras gauche, accompagnée d'engourdissement dans le membre où cette douleur a été la phis vive, d'une anxiété, d'une terreur indicible, l'accès peut, dans quelques circonstances, suivre une marche inverse, partir du bras, irradier au cou, au troue, pour gagner la région précordiale et amener l'angoisse. .

Le jeune homme du n® 18 de notre salle Sainte-Agnès nous oiïre encore un exemple d'épilepsie partielle, et, chez lui, l'enchaînement des phénomènes ne peut échapper à personne. La maladie, vous le savez, a commencé autrefois par des attaques convulsives, qui diminuèrent graduellement d'intensité ; aujourd'hui tout se borne à des convulsions de la face, exclusivement limitées au côté gauche, sans troubles des facultés intellectuelles. Le malade éprouve au sommet de la poitrine une sensation pénible, douloureuse, qui, tout à coup, du tronc s'étend au visage dont les muscles sont agités de frémissements. Comme chez la femme de l'hôpital Necker, il y a de l'embarras de la parole dépendant aussi de la contraction involontaire des muscles de la langue et des joues.

Peut-être devrait-on ranger à côté de ces épilepsies partielles une affection des plus intéressantes à étudier, dont j'aurai plus tard à vous entretenir. C'est celle que j'ai appelée la net^r^/^tV épileptifonne^ et dont il est permis, jusqu'à un certain point, de saisir la liaison avec les différentes formes d'<<e//'a, etconséf]ueroment avec les autres formes de l'épilcpsie que je vous ai indiquées.

Messieurs, je me suis longuement étendu sur les vertiges épileptiques, sur les Qurat qui, vous ai-je dit, appartiennent bien plus encore peut-être à cette forme de la maladie qu'à la grande forme convulsive ; je suis entré dans d*assez nombreux détails sur l'épilepsie partielle. Il me semblait, en effet, très-important de vous parler ainsi de ces formes si particulières et si spéciales de l'épilepsie; cela importait d'autant plus, que d'une manière générale, les accidents vertigineux sont ceux que l'on observe le plus fréquemment. Pour ma part, il n'est i)as de mois, je dirais presque de semaine, où je ne sois appelé à voir dans mon cabinet un assez gi*and nombre d'épileptiques qui me sont adressés de différents points de la France et même des pays étrangers. J'ai donc été en demeure, autant que qui que ce soit peut-être, d'étudier les faits que j'avance; je suis à même aussi de constater combien les médecins, et des médecins les |)lus instruits, les plus éclairés, méconnaissent souvent ces formes si nettement tranchées cependant, et tout à la fois si graves, de la maladie dont j'ai voulu vous entretenir. ,

Ce qui caractérise encore le vertige épileplique, c'est la grande fréquence des accès. Un malade peut en avoir jusqu'à cinquante et cent dans le courant des vingt-quatre heures ; jamais nous n'observons rien de semblable dans la grande attaque.

Hien, du reste, n'est plus irrégulier que l'épilepsie relativement à ses allures, à sa marche, à la fréquence de î^es attaques, soit chez des malades différents, soit chez un même malade.

îRocssEAi-j 2* édil. — n. 5

.le De reviendrai pas sur ce que je vous ai suffisammeut dit de la prédomi nance exclusive de la grande forme coiivulsive chez certains épileptiqnes, d la Torine vertigineuse chez d*aulres, de la transformation de ces deux fonnei de leur combiuaisoti chez d*autres encore. Je vous rappellerai, sans m'y arrêu davantage, que vous rencontrerez des individus ayant des attaques le jom ou alternaiivement le jour et la nuit, tandis que d*autres, et cela |)lus commi nément peut-être qn*on ne le croit généralement, n'auront leurs accès qi pendant la nuit

Mais relativement à la fréquence de ces attaques, il est des malades qu dans le conrs de leur existence, n'en auront qu'un très-petit nombre, pluso moins éloignées les unes des autres, ou même qu'une neule; il en est chc lesquels ces accidents, aiïectant une sorte de périodicité, reviendront à di intervalles à peu près égaux, plus ou moins rapprochés, ou qui se reprodoi ront coup sur coup, comme par série, pour cesser de se manifester peodai

' un assez long temps; d'autres en auront tous les deux mois, tons les moî! tous les quinze jours, toutes les semaines, tous les jours; les attaques eoGo

, j'ai insisté sur ce fait en vous parlant de Vétat de inal, peuvent se multiplie de telle sorte, que, se confondant les unes dans les autres, elles simulent ui accès continu qui va durer jusqu'à deux ou trois jours.

Cette fréquence des attaques n'est jamais plus considérable que dans la ionn \crtigineuse. On comprend diïs lors comment \e petit mal conduit, non pi plus souvent, ainsi qu'on l'a prétendu à tort, mais plus vite que le haut mal à la démence, puisque les troubles cérébraux qui précèdent, suivent ou accompagnent les accès d'épilcpsie se répétant à des intervalles plus rapprochai amènent plus promplement TalTaiblissement des facultés intellectuelles, qui ci est la conséquence presque fatale.

M- -- Rapports de Tépilepsie avec raliénation mentale.

Ici, messieurs, j'arrive à celte grande et intéressante question des rapporti de Ccpilepsic avec l'aliénation mentale,

« L'épilepsie, dit Ësquirol (1), n'est pas seulement une maladie épouvantable par la violence de ses symptômes j (alors qu'elle se présente sous b forme de ces horribles convulsions dont la vue inspire à ceux qui en sont témoins autant de terreur que de pitié), • ce n'est pas seulement une maUdic désespérante par son incurabilité, elle Test encore par ses funestes effets sur le physique et le moral de ceux qui en sont atteints.... Les fonctions de la vie organique s'altèrent, languissent. Les épileptiques sont sujets à de lacardialgie, aux flatuosités, aux lassitudes spontanées, au tremblement; ils font peu d'exercice ; ils tombent dans l'obcsiié ou dans ramaigrisscinent; ils sont enclins aux plaisirs de ramoiir, à l'onanisme. Peul-Olrc les excès auxquels ils se livrent produisent-ils les lésions organiques et les désordres qui se manifestent lorsque

i KM]uirol. De^ mahrffcs ftientnlrs, i. I. url. biMLEr»iE^ p. 282 et 283.

DE LÈPILEPSIE. 57

l'épilepsic a duré {leiidanl lougienips. £n général, les épiiepUques ne parviennent pas à une longue vieillesse. Les fonctions cérébrales, les facultés intellectuelles se dégradent de plus en plus. »

Je ne vous apprendrai rien, messieurs, en \ous rappelant que celte funeste influence du mal comitial sur les facultés intellectuelles, dont la démence, ridiotisme et la paralysie générale sont le dernier terme, est un lait avéré et de tout temps signalé par les observateurs.

S*ii est des épilepliques qui, eu dépit de la maladie dont ils ont eu de plus on moins fréquentes attaques, conservent jusqu'à la lin d'une carrière même mez longue, non*seulement la plénitude de leur raisou, mais encore rintégrité de leur intelligence, et, comme ces grands génies dont l'histoire nous a trans» mis les noms», d'une intelligence supérieure qui leur permet de s'élever audessus du niveau ordinaire des hommes, les exemples qu'on en peut citer sont trop exceptionnels pour infirmer en rien la règle générale. Le plus habituellement, bien qu'au début, et alors que leurs accès sont rares, les malades poissent jouir de toutes leurs facultés, bien que « une merveilleuse aptitude à concevoir vivement les choses, à les envisager sous leurs aspects les plus brillants et les plus poétiques puisse être, ainsi que le fait obser\er M. le docteur Mord (1), l'apanage de quelques-uns d'entre eux, » à mesure que les accidents se répètent et se multiplient, à mesure que la maladie mardie, les facultés s'afTalblissent, se perdent et finissent par s'éteindre pour arriver à l'aliénation mentale.

Souvent déjà, chez ces individus dont Taclivité intellectuelle est entière, une singulière variabilité de sentiments, d'humeur et de caractère, de violentes pas-* sions qu'ils ne peuvent maîtriser, témoigne d'un état mental particulier qui, ctaex le plus grand nombre des épileptiques, se traduira par des phénomènes physiques plus caraaérlsés, mais toujours du même ordre, par des troubles cérébraux plus sérieux, tels que des accès de délire, tantôt passagers, tantôt prolongés, et méritant spécialement alors le nom de folie épilpptigve.

Le plus ordinairement, en relation avec ce qu'on appelle les symptônM» physiques de la maladie, c'est-à-dire avec les accidents convulsifs ou verti-> gineux, qu'ils se montrent dans l'intervalle, au début des attaques, ou, ce qui est le plus commun, plus ou moins immédiatement après elles, ces phénomènes psychiques, ces troubles cérébraux semblent quelquefois être la seule manifestation de l'épilepsie. Dans tous les cas, ils présentent dans leurs allures quelque chose de très-caractéristique et d'une très^rande signification au point de vue surtout de la médecine légale.

Ce chapitre de l'histoire de l'épilepsie a été, dans ces dernières années, l'objet d'études toutes spéciales et a fourni matière à de nombreux travaux, parmi lesquels je citerai le mémoire de M. le docteur Jules Falret (2).

.1^ B.A. Morel ttcSainl-Voii), Trmti- cks maUkdifs nw/tta/fis Paris, 1860, p. 696. »2) Jules Fnlrct, De tétat tndutal de-i épi/f'ptiffttct [Aixhirrs yénêralet de rtf'dwi»^, •leceiiibrc 1860; a\ril cl octobre 1861 )

68 DE L'El'lLËPblE.

« Li'S imables iulcUecluels que l*ou observe cbez les épilqiliqiies», dii l'auteur auquel je vais emprunter la majeure partie de ce que j*ai maintenant ï \ous exposer, les troubles intellectuels doivent être divisés en trois catégories princi|)ales : i" ceux qui, se manifestant chez les malades dans Tinierf aile de leurs accès, sont indépendants de ces accès cl constituent l'état mental bdiituel des épileptiques ; 2*" ceux qui, survenant passagèrement avant, peodaot ou après Tatlaque, peuvent être considérés comme de simples épipbénomèBCS de celte attaque elle-même; 3° enûii des troubles intellectuels d*une phs longue durée, qui, survenant sous forme d*accès, soit en relation direcle avec les accidents convnisifs ou vertigineux, soit d'une manière indépendante, mériteui spécialement (ainsi que je vous le disais tout à l'beure) le nom de Iblie

épileptique. »

Messieurs, ainsi que je vous le disais aussi, bien que quelques individu puissent jouir pendant toute la durée de leur existence de Tintégrité absolue de leurs facultés et n'offrir dans leur manière d*étre rien de sensiblement appréciable, du moins au début de la maladie ou lorsque celle-ci se borne à quelques crises rares, cependant très-fréqueunncnt, le plus souvent, les épileptiques, ceux surtout qui sont sujets à des attaques plus ou moins répétées» présentent, dans C inttt'vallc de ces aitaqtieSy certains phénomènes qui se rattachent évidetnmeut à un état mental particulier' que l'on ne saurait encore qualifier du nom ^'aliénation.

Ce qui domine chez ces malades, c'est l'extrême variabilité de leur humeur cl de leurs dispositions mentales au moment où ou les observe : c'est une véritable intermittence de ces phénomènes psychiques, soit dans Tordre des sentiments et du caractère, soit dans celui des facultés intellectuelles.

R Tantôt, en effet, ou les voit tristes, maussades, découragés et comme sous le coup de la douleur ou de la honte que leur fait ressentir leur affreuse maladie; taniôt, au contraire, ils ont un sentiment intérieur de bien-être et de satisfaction qui les porte à nourrir de vastes projets ou à conceToir les plus irréalisables dans leur triste situation. Tantôt ils sont taquins, disposés à la controverse, à la discussion, aux querelles et même aux actes de violence; tantôt, au contraire, ils monirent une douceur, une bienveillance, une afflectuosité, et des sentiments religieux, de soumission et d'humiUté aussi exagérés et aussi |)eu motivés que l'étaient précédemment les manifestations opposées.

» Les mêmes contrastes que l'on observe dans leurs sentiments, on les constate dans le degré de leur intelligence et dans la nature des idées qui ks préoccupent. Rien n'est mobile comme leurs dispositions d'esprit et le niveau de leur intelligence : tantôt les épileptiques ont riiuelligencc confuse, la mémoire affaiblie, l'attention et la compréhension difficiles. Ils éprouvent une grande difficulté à réunir leurs pensées, et ont eux-mêmes conscience del'obtusion de leur intelligence et de la confusion de leurs idées; tantôt, au contraire, ils présentent une véritable activité intellectuelle, une circulatioo rapide des idées qui correspond à un certain degré d'excitation cérébrale. Ik

DK r/ÊPILEPSIE. 69

peuTent alors se. livrer h un IraYail suivi dont ils seraient incapables dans d'autres roomeuts, et se rappeler certains faits et certaines idées que, dans d'autres instants, ils semblaient avoir complètement oubliés.

» Cette irrégularité qui existe dans leurs sentiments et dans le degré de leur intelligence se reflète nécessairement dans leurs paroles et dans leurs actes. Aussi leur conduite et leur manière d*être envers les personnes qui les eu-* loareot sont-elles essentiellement variables. Pendant certaines périodes de leur existence, ils se montrent laborieux, exacts, attentifs aux travaux de leur profeasion, soumis et dociles, et ceux qui vivent avec eux ou qui les emploient ■'oot qu'à se louer de leurs relations ou de leurs services. Mais, dans d'autres moments, leur conduite se modifie tout à coup et présente les plus grandes irrégularités : ils sont alors incapables de remplir les fonctions qui leur avaient été conûées ; ils deviennent négligents, paresseux, indolents. Ils oublient les choses les plus élémentaires, liassent leur tenips dans l'inaction ou errent çà et k sans but et sans direction, et il^ constatent eux-mêmes le vague et la confusion qui existent dans leurs idées. On voit en même temps se développer chez eux les plus fâcheuses tendances et les plus mauvais penchants : ils deviennent taquins, menteurs, voleurs ; ils cherchent querelle à tous ceux qui les entourent, se plaignent de tout et de tous, s'irritent avec une grande facilité pour les plus légers prétextes, et se portent même fréquemment à des actes violents instantanés, le plus souvent sans provocation aucune de la part de ceux qui en sont les victimes (!}. »

Nous avons vu, messieurs, que le plus généralement, sinon toujours, les épileptiques, pendant levrs attaques^ perdaient complètement connaissance, et que cette perte de connaissance était même un des caractères de la maladie. (Cependant nous avons vu aussi, et je vous en ai rapporté des exemples^ que, dans quelques cas, les malades, sans rapport d'ailleurs avec le monde extérieur, proféraient c«*taines paroles, accomplissaient certains actes comme cela arrive dans le somnambulisme naturel. J'ajouterai que, tandis que les uns ne conservent aucun souvenir de ce qui s'est passé, d'autres ont une souvenance plus ou moins vague des idées qui les préoccupaient, se rappelant confusément qu'ils étaient alors comme « sous le coup d'un rêve pénible, d'un état de profonde souffrance, comme sous l'impression d'un violent remords de conscience 00 d'un malheur insurmontable dont ils ne pouvaient parvenir à découvrir le jiiotif. « Ces singulières perturbations intellectuelles se manifestent principalement dans les attaques d'épilepsie, qui, suivant la remarque de M. J. Falret, tiendraient le milieu entre le simple vertige et les grandes attaques convuUives, attaques incomplèles sous le rap|)ort des troubles de mouvement comme sous celui de la perte de connaissance.

Mais les phénomènes psychiques qui |)euvent se produire avant ou après les accès sont bien plus intéressants h étudier, bien plus importants à connaître. A

l Jiili's Falrol. hn\ ril.^ ilcronilirr 1800. p. 06î> »M sniv.

c6té (le malades dont les attaques surviennent brusquement, sans aucun symptôme prémonitoire, vous en obsenerez chez lesquels des modifications appif> ciables d'humeur et de caractère annonceront, comme les nuages précnraenn de Torage, une crise plus ou moins prochaine : • Ainsi, par exemple, certains épilepliques deviennent tristes, maussades, irritables, querelleurs, soutom plusieurs heures avant leurs accès ; d'autres éprouvent de la lenteur dans leurs conceptions, de raiïaiblissementdansla mémoire, de Tobtusion dans les idées, une sorte d'hébétude ou de prostration physique et morale qui, pour les personnes habituées à vivre avec eux ou pour ces malades eux-mêmes, sont na présage certain de l'approche de l'accès. D'autres, au contraire, nnaniiestoit une gaieté insolite, un sentiment do bien-Olre physique et moral exagéré, uflf confiance extrême dans h'urs forces, quelquefois même un état de niobiJilé H de loquacité qui peut aller jusqu'ù l'excitation maniaque ou à des emportements violents.

•* Indépendamment de ces symptômes précurseurs qui peuvent aurrenir ï une distance plus ou moins éloignée de l'accès épileptique, il est d'autres pradromes du même ordre, sorte (ïaura inteliectuelle, qui ne devancent l'accès convulsif que de quelques minutes et qui en constituent, en quelque aorte, le premier symptôme (1 ). » Ce sont des hallucinations, des sensations fausws, variables à l'infini chez les différents mal<ides, mais se reproduisant ayec une singulière uniformité chez le même malade.

Ainsi une jeune fille épileptique me disait qu'au moment de ses accès ellf entendait des voix, des sons, qui formaient une harmonie, une mélodie incomparables.

D'autres malades vous disent qu'ils entendent des bruits de cloche, on Uen une voix déterminée qui prononce un même mot; d'autres, qn'ih sentent toujours l'odeur d'une même substance; d'antres encore, qu'ils volent na spectre, un fantôme, dos flammes, dos cercles de feu, fréquemment la couleur rouge ou pourpre; que, ainsi que cela arrivait au Brésilien dont je vom pariais dans notre demi ère conférence, ce qui les entoure prend un éclat înatcontumé, leur semble l)oau et forme devant leurs yeux un spectacle magique. Ces sensations bizarres ot oxcossivoment variables sont comparables à celles qvi naissent chez certains individus sous l'influence enivrante du haschisch.

CJiez d'autres enfin l'aura intellectuelle consistera dans le souvenir d'un fait, dans la reproduction d'une idée qui, s'étant produite lors d'une première auaque, en auront été la cause on tout au moins l'occasion. « Beaucoup de malades, dit M. J. Falnt, devenus épiloptiquos ù In suite d'une violente émotion morale ou d'une profonde terreur, voient apparaître dans leur esprit ou sous leurs yeux, à chaque nouvel accôs, les circonstances pénibles ou la scène effrayante qui ont déterminé chez eux la maladie pour la première fbia. ■ Un jeune homme de dix-sopt ans, qui était dans les salles de mon honorable

1 Jules Kairot. /ne. n'f., p. (»64

DE L*ÈPILEPSIE. 71

eollègae M. le docteur Cari Potdn, offrait an exemple de ces singuliers phénomènes. Né d'un père qui, à différentes reprises, avait manifesté de la tendance an suicide; d'une mère qui, d'après les renseignements recueillis sur die, éuU sojeUe à des accidents conTulsifs, peut-être épileptiques, mais tout an moins hystériques, ce jeune homme avait eu sa première attaque d'épilep* sîe è rsge de onze ans : il l'avait eue ï l'occasion de la mort de sa mère, dont il avait été vivement impressionné. Au début de ses accès, dont il était maintenant fréquemment tourmenté, ce cruel événement lui revenait invariablement à l'esprit : « Cela, disait-il, me prend par pensée ; » et il expliquait que eette pensée était toujours la même, se rapportant constamment au malheur qoi l'avait frappé.

Mesneurs, habituellement les épileptiques, au sortir de leurs attaques, restent pendant un temps variable, de quelques minutes à plusieurs heures, dans nn état d'engourdissement, de demi- hébétude plus ou moins prononcé. Ib ont de h p^ne à coordonner leurs idées, à se rendre compte des personnes et des choses qui les entourent ; quelquefois ils gardent, pendant un 00 plusieurs jours, delà confusion d'esprit et surtout de la mémoire. Mais, si c'est Ui le fait le fdus ordinaire, il n'est pas rare que cette perturbation de l'intelligence, après s'être traduite par une stupeur et un abattement qui ont doré plus ou moins longtemps, se manifeste tout ï coup par une excitation cérébrale, par un délire furieux qui pousse les malheureux individus à commettre des actes d'une violence extrême, si bien que, chacun le sait, il n'est pas de sorte d'aliénés plus méchants et plus dangereux.

« On ne peut sans en avoir été témoin, écrit l'auteur de l'excellent travail dont je recommande la lecture, on ne peut se faire une idée exacte de l'espèce de rage qui s'empare alors subitement de ces malades et qui les porte à frap< per on à briser indistinctement tous les objets qui tombent sous leurs mains. Dans ces accès de fureur passagère, ils deviennent tellement redoutables pour oen qoi les entourent et pour eux-mêmes, qu'on ne saurait trop attirer l'attention de l'autorité et des médecins sur ces états de violence instinctive et aveugle que tous les auteurs ont signalés comme succédant fréquemment aux accès d'épilaptie. Ils peuvent entraîner ï leur suite les blessures les plus graves, le soicide, l'homicide et l'incendie, sans que Tindividn qui en est atteint poisM être considéré comme responsable, à un degré quelconque, des actes violents commis par lui au milieu de ce délire tout à fait automatique, quoique de courte durée (1). »

Dans notre conférence sur la congestion cérébrale apoplectiforme, je vous ai rapporté un certain nombre de faits de ce genre. Je n'ai pas à y revenir; j'ajouterai ici le suivant, que quelques-uns d'entre vous se rappelleront sans doute :

A la fin de décembre 1860, nous recevions dans noire salle Saint-Bernard

1) Joies Falret, /or. cit., p. 967.

72 l>E l/ÉPILEPStE.

une jeune femme en proie depui» quelques heures h un acci^ de fnreiu nerveux, nous disait-on. Je vous déclarai en la voyant que celte malade éiaii épileptique, et le lendemain son mari venait me donner de précieux renseignements justifiant en tous points ce diagnostic^ Il nous racontait, eo effet, que sa femme était épileptique depuis plus d'un an ; que la veille du jour de son entrée à Thôpital elle avait eu, pendant son dîner» un vertige passager suivi de quelques minutes d'égarement ; pendant la nuit elle avait été prise d'une attaque terrible d'épilepsie à la suite de laquelle avait éclaté l'arcès de fureur dont nous étions témoins. Cet accès dura cinq i six jours.

Dans certains cas, ces accès de délire, dont la durée peut n*étre que de quelques heures, se prolongent pendant douze ou quinze jours, mais d'ordinaire ils ne persistent pas au delà de deux ou trois fois vingt-quatre heures.

Chez quelques individus » le trouble intellectuel temporaire, qui succède aux attaques d'épilepsie, ne se manifeste pas sous sa forme de violence instinrtive et aveugle, mais sous celle d'une excitation maniaque simple» plus ou moins prononcée. Le malade parle alors constamment et d'une manière incohérente Il s'agite en tous sens et se livre à des mouvements plus désordonnés encore que violents. Il est même quelquefois dominé par des idées délirantes empreintes de satisfaction , qui alternent rapidement chez lui avec des ci)nceptions de nature triste et avec des hallucinations terrifiantes» sortout de la vue. Mais ce délire maniaque temporaire consiste plutôt dans la succession rapide de pensées incohérentes, et dans un grand désordre des actes, que dans leur extrCmc violence, qui se rencontre au contraire chez les malades dont nous |)arlions précédemment (1). »

J'aborde maintenant, messieurs, l'étude des phénomènes |>sychiques morbides qui, dans la division que j'ai empruntée à Al. le docteur Falretsont rangés dans la tmisième catégorie. Ils comprennent, je vous le rappelle, les troubles intellectuels qui, survenant, soit en relation directe avec les accidents convulsifs et vertigineux, soit d'une manière indépendante, sons forme d'accès de plus longue durée, méritent plus spécialement le nom de folie épileptique.

Une description détaillée de ces phénomènes eut d'une trop grande importance pour le praticien, pour que je ne craigne pas d'emprunter à peu |)rt*s textuellement au mémoire de M, J. Falret, le paragraphe que je vous demande la |Mîrmission de vous lire en entier (2).

« Deux espèces de trouble intellectnei bien caractérisé, constituant de véritables accès de folie, peuvent survenir chez lesépileptiques, h divers intervalles, d'une manière irréguJière, comme les attaques rx)nvulsives elles-mêmes. Ilsaonl tantôt en rapport direct avec ces attaques, tantôt, au contraire, ils peuvent se

I) J. Kairct, A>r. n'L, p. (i07 2 l«l., //iiV/.,|i. G71.

DE L*ÈPILEPSIR. 73

produire en dehors de leur influence, fies deux genres d'accès, trop souvent confondus dans une description commune, méritent d'être décrits séparément, malgré les ressemblances qu'ils présentent. Pour les distinguer nettement les uns des autres, nous leur donnerons un nom qui aura surtout l'avantage de rappeler l'analogie frappante qui existe entre ces deux formes du délire épikpdque, et les deux espèces d'attaques que les auteurs ont distinguées chez ks malades. Nous appellerons l'un le petit mal et l'autre \e grand mal, voubnt indiquer par là la parenté étroite que l'on observe entre les manifestations pliysiqnes et la manifestation psychique de i'épilepsie.

• Petit mai, — Les épileptiques éprouvent de temps en temps des troubles intellectuels plus prononcés, qui tiennent le milieu entre les maladies légères qui caractérisent l'état mental habituel de ces individus et les accès de fnreor maniaque dont nous parlerons tout à l'heure. Ces troubles intellectuels, dont la durée varie de quekjues heures i plusieurs jours, se produisent sons forme d'accès. Ils consistent principalement dans une grande confusion des idées, accompagnée le plus souvent d'impulsions instinctives instantanées et d*actes violents, phénomènes tout à fait spéciaux aux épileptiques, et intermédiaires entre la lucidité d'esprit des délires partiels et ce trouble complet des délires généraux.

» Les épileptiques atteints de cette forme particulière de délire commencent habituellement par devenir tristes et moroses sans motif, puis tombent tout h coup dans un profond découragement accompagné d'obtusion dans les idées et d'irritation contre tout cequi les entoure. lisse sentent alors comme étourdis, disent-ils, ils ont une demi-conscience de l'état de vague dans lequel se trouve leur esprit, de TafTaiblissement de leur mémoire, de la difficulté qu'ils éprouvent à réunir leurs idées et à fixer leur attention, ainsi que des impulsions violentes qui surgissent en eux involontairement. La plupart d'entre eux ont de pins, dès le début de leur accès, un sentiment profond de l'impuissance où ils se trouvent de résistera une force supérieure qui domine leur volonté et les pousse malgré eux à des actes violents. Ils expriment ce sentiment d'une manière diflérente, selon le degré de leur éducation ou selon leur position sociale ; mais, dans presque toutes les observations de ce genre, on retrouve des expressions analogues pour rendre compte de ce même sentiment intérieur. Os malades disent, par exemple, qu'ils ne sont plus eux-mêmes, que le mal les pousse, qu'ils ont en eux un mauvais esprit qni lés domine» etc., etc. Mais tons, sous une forme ou sous une autre, constatent cet entraînement de leur volonté, qui parait être un trait caractéristique de ce genre de délire, et qni persiste à divers degrés pendant toute sa durée.

« Sous l'influence de cet état mental, ces malades quittent brusquement Ipurs occupations ou leur domicile pour errer à l'aventure dans les rues ou dans la campagne. Ce besoin de marcher au hasard, de vagabonder en un mot, est presque constant dans cette situation d'esprit et mérite au plus haut degré d'être signalé. En proie h une anxiété vague, à un profond dégoût de la

76 DE L*ÉP1LEPSIE.

vie, k une lerreur instinctive et non motivée, à un besoin de mouvement antomatique et indéterminé, ces pauvres malades marchent sans but et sans direction. Au milieu de la confusion de leurs idées, ils récapitulent en euxmêmes toutes les idées pénibles qu'ils ont conçues à diverses époques de kor existence et qui leur reviennent spontanément, et toujours les mêmes, i chaque nouvel accès. Ils se sentent horriblement malheureux. Ils se croient victimes et persécutés par les membres de leurs fiamilles ou par leurs amis. Ils accusent tous ceux avec lesquels ils ont été en rapport d'être la cause de leurs anxiétés ou de leurs tourments. S'ils ont nourri précédemoient des sentiments de haine et de vengeance contre un individu, ces sentiments se trouvent ranimés par la maladie et élevés tout à coup à un degré extrême de vivacité qui les fait passer immédiatement à l'action. Le caractère euentiellc' ment impulsif et iVistan/ane du délire épileptique est vraiment trè»-reinarquable. Dans cet état de trouble très-élcndu des idées, d'anxiété générale et d'impulsions instinctives, ces malades se livrent alors, de la manière la plm inattendue et la plus subite, à tous les genres d'actes violents, tels que le suicide, le vol, l'incendie et l'homicide. Les uns, pour se soustraire à l'anxiété intérieure qui les dévore, ne songent qu'à se donner la mort, vont se jeter dans une rivière qui se trouve sur leur passage, ou bien ont recours à un autre mode de suicide. Les autres, poussés par le même désespoir et par le même besoin d'échapper à cette situation intérieure intolérable, se frappent la tête contre les murs, ou bien, saisissant le premier instrument qu'ils trouvent sous leurs mains, frappent ou brisent indistinctement tout ce qui les entoure, et épuisent ainsi leur rage contre les objets inanimés. D'autres enfin se précipitent avec une véritable fureur contre la première personne qu'ils rencontrent, la frappent à coups redoublés, et fout ensuite plusieurs victimes, si d'autres personnes arrivent au secours de celle qui a été attaquée en premier lieu. Cette circomtance de frapper à coups redoublés et de faire plusieurs blessures ou plusieurs victimes^ mérite, selon nous, d'être remarquée ; elle nous paraît caractéristique de cet état de fureur épileptique, et peut avoir une véritable importance au point de vue de la médecine légale.

> Aussitôt après l'accomplissement d'un acte violent, les épileptiques, atteints du genre de délire que nous décrivons, peuvent se trouver dans deux situations morales très-différentes : ou bien l'acte accompli devient pour eux comme une sorte de soulagement ou de détente, et fait cesser tout à coup l'anxiété indéfinissable et l'obtusion des idées qui existaient chez les malades Ils sont alors comme dégrisés instantanément ; ils recouvrent en partie la connaissance, et c(»mmencent à se rendre compte, quoique d'une manière Irès-incomplète, de la gravité de leur acte ; ou bien, au contraire, ils continuent à courir devant eux dans un état de grande excitation et de trouble général, dans lequel ils n'ont qu'une conscience très-imparfaite de l'action qu'ils viennent de commettre ou même n'en conseneut aucun souvenir. La confusion trèsgrande des souvenirs, sinon l'oubli complet d'un grand nombre de faites est

m ii'iPiLiPSTi. 75

donc, dans les deux cas, un symptôme presque constant de ce genre de délire.

» Lorsque les malades reviennent à eux-mêmes, soit immédiatement après racle violent qui sert de crise à leur accès, soit au bout d*un certain temps, ib parviennent quelquefois, à iorce d'efforts, i retrouver dans leur mémoire phmeiirs détails des faits qui se sont produits pendant leur accès, surtout ceux qui ont eu lieu dans les derniers moments ; mais il reste toujours à cet égard une grande incertitude dans leurs souvenirs. Cette incertitude des ttovenirs a surtout été regardée à tort comme simulée, mais elle est bien réelle et caractérise cette situation mentale d'une manière tout à fait spéciale. Les épileptiques sont alors dans un état comparable à celui dans lequel on m trouve en sortant d'un rêve pénible. Les principales circonstances de l'accès leur ont d'abord échappé ; ils commencent par nier les faits qui leur sont imputés ; peu i peu ils se rappellent un certain nombre de détails qu'ils semblaient d'abord avoir oubliés ; mais, en somme, leurs souvenirs soni toujours trè8*incompleta.

» Grand mal, — Dans tous les asiles d'aliénés il existe un certain nombre d'épileptiques aiïectés de cette forme de délire, h laquelle nous donnerons le nom de grand mal intellectuel^ et qui est connu généralement sous le nom de nwnie avec fureur. Tous les auteurs ont noté l'extrême violence des indi* vidus atteints de cette forme particulière de maladie mentale. Plusieurs d'entre eux ont même signalé quelques-uns des caractères qui permettent de la distinguer des autres états maniaques analogues. Nous n'avons pas l'intention de la décrire ici dans ses détails ; nous voufons seulement indiquer ses prin* cîpanx caractères djstincli&

» Un premier caractère, propre i la manie épileptique, c'est son invagian beaucoup plus rapide que celle de$ autres variétés de la manie. Tantôt, en effet, elle débute brusquement, sans être précédée d'aucun symptôme précurseur. Dans d'autres circonstances, il existe quelques prodromes physiques, teb que la céphalalgie, les vomissements, la rougeur ou l'éclat brillant des yeux, l'altération de la voix, de légers mouvements convulsifsde la fece ou des membres, ou bien, au moral, une période prodromîque de tristesse, d'irritabilité on de légère excitation ; mais ces prodromes ne précèdent guère que de quelques heures an pins l'explosion de la manie épileptique, sous la forme la plos accusée.

> Un autre caractère, également très-important de la manie épileptique (caractère qui lui est du reste commun avec la plupart des manies intermittentes), c'est la ressemblance absolue de tous les accès chez le même maiadCy non-seulement dans leur ensemble, mats encore dans chacun de leurs détails. Lorsqu'on observe avec soin les diverses phases d'un premier accès de manie épileptique, on est vraiment frappé d'étonnement en constatant qdk^ le même malade exprime les mêmes idées, profère les mêmes paroles, se livre aux mêmes actes, éprouve, en un nrat, les mêmes phénomènes physiques et moraux, à chacune des périodes de chaque nouvel accès. Ses idées , ses pa-

7U DR f/ÊPirepsiF.

rôles et nés artes, soin comme emprciniH de falalili^ et se reprndniHeni avfc une surprenante uniformité à tous les accès.

» Pendant ces paroxysmes, les épileptiques présentent la plupart des phénomènes psychiques qui caractérisent l'état maniaque en général. Leurs idéa se succèdent avec une grande rapidité. Ils parlent sans cesse. Ils passent interruption par les séries d*idées les p\m> variées, et leurs actes sont désordonnés que leurs paroles. Vn trait particulier de leur agitation, noté par tous les auteurs, consiste dans Tcxcessive violence de leurs actes, qui les parle à frapper et à briser avec une sorte de rage tous les objets qui les entourent, à mordre, à déchirer, h crier sans interruption, et à se frapper eux- ménNi avec un véritable acharnement la tête contre les murailles. Cet état d'agitation poussée jusqu'à la fureur est quelquefois porté si loin, que ces malades deviennent les plus dangereux de tous les aliénés, sont redoutés de tous daai les asiles , et ne peuvent être contenus et protégés qu'à l'aide <les moyeas restrictifs les plus énergiques, tels que la camisole ou le séjour prolongé dam une cellule.

» Mais ce caractère d'extrême violence n'est \ïs& le seul qui distingue h manie épileptique des autres états maniaques. Un fait également très-remarquable, c'est la nature ierrifionte des idées qui dominent ces maniaques, et la fréquence des hallucinations de même nature qui se produisent chez cax, hallucinations de l'ouïe, de l'odorat et surtout de la vue. Ces malades ont des visions presque r4)niinuelles ; ils voient des objets effrayants, des spectres, des fantômes, des assassins, des hommes armés qui se précipitent sur eux pour les tuor ; ils aperçoivent sans cesse des objets lumineux, des flammes, des cercles de feu, et, chose digne de remarque, la couleur rouge et la vue du sang prédominent fréquemment dans leurs visions.

a Ces accès de manie présentent encore une autre particularité très-importante à signaler. Malgré le désordre et la violence de leurs actes, les paroiei prononcées par les malades épileptiques sont, en général, beaucoup mm'ns incohérentes que celles de beaucoup d'autres aliénés. On est étonné, au milieu d'une aussi forte agitation,, de pouvoir suivre assez facilement la série des idées exprimées par les malades. Leur délire est plus suivi et plus compréhensible qu'il ne l'est habituellement dans la manie. Ils comprennent miens les questions qui leur sont adressées; ils y réjK)ndci)t plus directement, d'une manière plus exacte, et s'aperçoivent plus souvent de ce qui se passe autour d'eux que la plupart des aliénés atteints de délire général avec excitation. L'incohérence moins grande du délire et la netteté plus prononcée des idées pendant les accès de délire épileptique, sont d'autant plus curieuses à signaler qu'elles contrastent singulièrement avec l'absence presque complète de tout éouvenir de l'accès après sa cessation, absence de souvenir qui est également un symptôme presque constant des accès de manie épileptique.

» Pour terminer Ténumération rapide des princi|>aux caractères qui pernieltenl de distinguer la manie épileptique de la manie ordinaire, disons que

1>£ LÉPILËPSIE. 77

les accès ne »e prolongeiU ordiiiairemeiu que peiidaut quelques» joui*», et ont ainsi une durée beaucoup moins longue que les autres accès de manie. £nGn, leur cessation est habituellement avssi brusque que Va été leur invasion. En fl«rif|ues heures, quelquefois même plus rapidement, ces maniaques reviennent presque sans transition à leur état normal. C'est à peine si, dans quelques cas, ils présentent une courte période de légère stupeur ou de torpeur physique et morale, avant le retour complet à la raison. Ils guérissent de leurs accès comme on sort d'nn rêve; ils se réveillent comme à la suite d'un cauchemar pénible, en ne conservant presque aucun souvenir des faits qui ont eu lieu pendant toute la durée de leur maladie. »

Ces deux formes du délire épilcptique, le petit mal et le grand mal inteU lecimlt tout en ayant des caractères différentiels aussi tranchés que ceux que l'on constate, chez les aliénés, entre les délires partiels et les délires généraux, présentent entre elles de nombreuses analogies qui dénotent leor communauté d'origine. Dans l'une et l'autre, le délire survient sous forme d'accès d'une dorée relativement courte, si on les compare à ceux qui caractérisent d'autres espèces de maladies mentales. Son explosion est rapide, sa cessation non moins brusque, et après sa cessation, le malade a perdu complètement ou à peu près complètement le souvenir des idées qui ont traversé son esprit , des actes auxquels il s'est livré; idées pénibles, hallucinations terrifiantes, actes instantanés remanjuables par leur extrême violence.

Ce qui démontre l'identité de nature de ces deux variétés de folie épileptique, c'est que l'une et Tautre se manifestent fréquemment cliez le même malade, en alternant entre elles; c'est que, soit chez un même individu, soit chez des individus différents, on peut ob^rver une foule d'états intermédiaires formant conmie une série non interrompue, depuis le simple obscurcissement passager de Tintelligence jusqu'à Tagitation maniaque la plus furieuse; c^est ipi'enfin, ces deux variétés de délire épileptiqiic sont l'une et l'autre en reljtîou directe plus ou moins immédiate : l'une, le petit mai^ avec les accidents vertigineux; l'autre, le grand mal intellectuel, avec les accidents convulsifs de l'épilepsie.

Les troubles des Taculiés intellectuelles marchent, pour ainsi dire, |)ro|)ortionuellement avec le nombre des attaques de mal comitial; la rapidité de leur apparition étant subordonnée à la fréquence de ceux-ci, la première période de la maladie tst presque toujours exempte de délire , qui se montre de préférence dans la |)ériode moyenne , c'est-à-dire alors que l'épilepsie s'est manifestée à intervalles plus ou moins rapprochés , déjà depuis quelques années.

Dans la dernière |)éi iode, lorsque les accès ont été fréquents cl renouvelés pendant longtemps, les malades arrivent peu à peu à un état continu de démence et même d'idiotisme, interrompu de temps en temps seulement par des phases d'agitation de courte durée.

Clette subordination des troubles de rinlelligence à rancicunetc delà inala-

(lie, k la fréf|aeoce des attaques, cipli(|tie comment l'aliénalioii mentale peut survenir à tout âge.

J'en voyais dernièrement uu remarciuable exemple chez uu enfaui dequalrr ans et demi. 11 était épileptique depuis Tâge de dix-huit mois; à cette époque, il avait eu ses premiers accidents vertigineux, consisianl en une sorte d*hébé* tude, d'abasourdissemcni dans lequel il lonibait tout à coup et qui darail quelques secondes. Uaus l'espace de deux mois, le petit malade eut cinq ou ui accès ; après être resté un an sans paraître rien éprouver d'analogue, il fot repris fcrsTàge de trois ans : cette fois, il eul de grandes attaques comolsivo, rn même tem|)s que les phénomènes \ertigineu\ se reproduisaient par intervalles. C^uand je fus appelé près de lui, il avait depuis trois semaines des crises fréquentes de convulsions, et les \ertiges étaient presque conlinuelSb Eotrc les accès, sa raison était troublée ; il poussait des cris sauvages, proférait de» paroles incohérentes et souvent il lui arrivait de mordre les personnes qui loi donnaient leurs soins sans épargner même sa mère.

En raison aussi de celte subordination sur laquelle nous insistons, on rx)mprend pourquoi, lorsque répi!e|)sie se montre tard dans la vie, la folie peut ne pas en être la conséquence. Cependant M. Calmeil a rapporté le fait d'une femn)e de soixante-treize ans, devenant aliénée au moment où die éprouva la première attaque du mal comilial.

(^'estque, messieurs, les phénomènes psychiques présentent dans cette terrible et singulière maladie, les mémos variétés d*allures, de fréquence, de mode de succession, que les phénomènes physiques.

Ainsi, tantôt, — c*est là à la vérité le cas le plus rare, — les grandes attaques ou les vertiges sont invariablement compliqués de délire; tantôt, — c*est lace qui se rencontre le plus habituellement,— les accidents convulsifsou vertigineux se manifestent seuls; tantôt enfm, ce sont les accès de manie qui seuls i leur tour attirent Tattention, que ces accès de manie suniennent dans rintervallc des grandes ou des petites attaques chez des individus connus comme cpilepti(iues ; qu'ils surviennent chez des individus dont Tépilepsie est méconnue, comme cela arrive par exeinpic chez des malades sujets seulement à des attaques nocturnes; qu'ils surviennent enfm chez des épileptiques qui, au moment où on les observe, n*ont plus depuis longtemps ni accidents convulsifs, ni veniges, la maladie ayant subi une véritable transformation.

Si^ en règle générale, les accès d'épilepsie fréquents et renouvelés pendant longtemps ont, ainsi que je vous l'ai dit, pour conséquence l'atraiblissement absolu de rintelligencc dont le dernier terme est la démence et ridiotisiue, vous rencontrerez des épileptiques qui, malgré l'intensité et la fréquente répétition de leurs alta(|ues, conserveront Tintégrilé de leurs facultés et ne présenteront tout au j)lus (jue ces légères perturbations de l'intelligence et du caractère qu'on ne saurait qualifier de folie. Puis, à côté des malades dont les accès de délire reviendront à intervalles très-rapprochés, vous en verrez d'autres dont la raison parfaitement saine ne sera troublée que par un très-petit

DE L'ÊPILEPSIE. 70

nombre d*accès irès-éloignés les ans des autres, ou bien, qui dans tout le cours de leur existence, n'auront qu'un seul accès.

Laissanl de côté les faits exceptionnels, je terminerai ce que j'avais à vous expooer relativement à la grande question qui nous a occupé par une dernière remarque que j'emprunterai encore font entière an noémoire qui a frit les frais de cette conférence.

« Les conditions qui, dans la marche de l'éptlepsie, dit M. J. Falret (1), fiivorisent le plus la production du délire, sont les suivantes : lorsque l'épilepsic est restée longtemps suspendue, elle fait souvent explosion avec une nouvelle intensité, en même temps sous la forme convulsive et sous la forme délirante.

» Lorsque les accès épîleptiques se reproduisent à inter^'alles très*rapprochés, par séries, et comme coup sur coup, on voit fréquemment, dans ces circonstances, apparaître le délire ; cela a lieu surtout lorsque ces attar|ues successives sont en quelque sorte avortées, ne se manifestent que d'une manière incomplète, et que le mal ne sort pas, pour me servir d'une expression sou-* vent employée par les malades eux-mêmes ou par ceux qui les entourent. Ainsi se trouvent conciliées, selon nous, les deux opinions en apparence opposées, exprimées à cet égard par plusieurs auteurs qui se sont spécialement occupés de cette question.

» M. Delasiauve, par exemple, pense « que les symptômes maniaques ont d'autant plus de chances de se produire, que les accès épileptiques sont plus rapprochés, plus multipliés, plus intenses, et qu'ils reconnaissent une origine pins ancienue. »

^ M. Morel, au contraire (2), s^exprime ainsi : « J'ai i*emarqué que les accès épileptiques étaient compliqués d'une exaltation d'autant plus grande que ces accès étaient plus éloignés et que les individus jouissaient, dans les intervalles, d'une raison plus parfaite. » A la page suivante, M. More! déclare adopter également l'opinion de M. le docteur Cavalier, relativement à l'influence plus grande des accès avortés d'épilepsic pour la production du délire.

» Ces opinions, qui paraissent contradictoires , nous semblent pouvoir se résumer dans la proposition suivante :

c( Le délire se produit^ surtout, A la suite d'attaques épileptiques répétées à intervalles rapprochés^ après une longue suspension de la maladie, »

1 4.— Rôle de l'hérédité, comme cause prédisposante de l'épilepsie*

— Lifluenoe des mariages oonsangxiins.

Messieurs, dans une de nos dernières conférences, je vous ai parlé de (|uelques-unes des causes réputées occasionnelles de l'épilcpsie, je veux aujourd'hui >ou8 entretenir de sa cause prédisposante la plus puissante.

Vhérédité a certainement une grande influence dans la production de

^1; J. Falret, A/t. cit., août 1861, p. M)0*491. .2) Étwtct c/iniqttes, t. 11, p. 319.

80 l)L L*ÊPiUFME.

ré|Mlepfi»ie, et j'ai peine à comprendre coinmeiit des auleiin» rcconiniaiidablc» ont mis en doute un fait accepté par la généralité des praticiens. Ce qui a pu tromper ces médecins, c*est que les perturbations du système nerveux qui se tra> duisent chez les uns par i'épilepsie^ se traduisent chez d'autres par des phénomènes d'un tout autre ordre eu apparence. Cette fraïu/brma^ion des affections mTvcuses les unes dans les autres est une immense question qui comporte des développements dans lesquels je ne puis entrer ici ; mais pour rester dans les Umites du sujet que nous traitons , interrogez scrupuleusement les nialadei, étudiez attentivement tout ce qui se rattache 5 leurs antécédents, et dans bien des circonstances vous retrouverez, soit dans leurs ascendants directs, soit chez leurs collatéraux, ou bien des accidents analogues h ceux qu*ils éprouvent eux-mêmes, ou bien l'aliénation mentale, sous une de ses formes divcrsci, ou bien seulement des singularités de caractère ou de manières, ou bien enfin des troubles de l'innervation caractérisés par des symptômes bizarres, par des phénomènes nerveux singuliers, qui témoignent d'une triste prédisposition transmise de génération en génération.

A l'appui de celte proposition, je veux vous citer quelques exemple. Ka voici d'abord un qui m'a singulièrement frappé, et que des relations de clientèle toutes spéciales m'ont |)ermis d'étudier avec soin.

Un monsieur, aciuellement âgé de quatre-vingt-huit ans, est tombé, à l'âge de soixante-quatre ans, dans un état de manie mélancolique dont il est parbitement guéri. Il a eu trois enfants, deux garçons et une fille. I^ ûls aîné est d'un caractère triste ; d'ailleurs il est parfaitement sensé. Le fils cadet a été atteint d'ataxie locomotrice et est mort fou. Le fils de celui-ci, âgé aujourd'hui de trente ans, est resté jusqu'à présent sain d'esprit ; mais il esi marié depuis quatre ans et il a un fils idiot. La (ille, dépourvue d'intelligence et d'aineurs assez bizarre , a eu deux fils : l'ainé est mort fou et paralytique, le second est |H*esque idiot.

Ce monsieur avait une sœur qui est devenue folle à trente ans, laissant un fils et une fille. Le fils a été héméralope dès son enfance ; il est épileplique maintenant ; la fille est morte amaurotique et folle, laissant aussi un fils qui déjà a eu des troubles notables du côté de l'intelligence.

J'étais mandé près d'un enfant aiïccté d'accidents vertigineux épilepliformes et né d'un père dont l'intelligence est plus bornée que chez le commun des hommes : cet état se liait incontestablement à un vice d'organisation cérébrale. Chose curieuse ! tandis que je donnais mon avis sur l'enfant pour le* quel on m'avait appelé, sa mère me racontait que le frère du petit malade avait été pris depuis deux mois d'une toux convulsive, bizarre, ressemblant jusqu'à un certain point à la coqueluche, mais en diiïérant essentiellement par certains autres caractères. Cette toux qui l'obsédait sans trêve ni repos, qui TempêchaK de dormir, avait tout à coup cédé après l'administration de deux granules de santonine qui avaient déterminé l'expulsion de quelques ascarides lorobricoîdes.

£n eux-mêmes, ces accidents nerveux, cette toux convulsive, ne présen-

taiciit rien de bien exlraordiuairo. Depuis longtemps ils avaient été signalés comme faisant partie du cortège des phénomènes morbides liés à Texistence des affections vermincuses ; et entre autres exemples, quelques-uns de ceux qui m'écoutent connaissent celui qui est consigné demies Leçons cliniques ie Graves.

Il s'agit d'une jeune fiUe qui, pendant plusieurs mois, fut tourmentée par une toux incessante, accompagnée de fièvre et d'un état général fâcheux ; la malade maigrissait considérablement ; elle présentait de tels troubles généraux, que Graves et sir 'William Crampton, qui la virent en consultation, l'avaient considérée comme phthisique, bien qu'ils n'eussent jamais pu trouver les ^ignes de la phtbisie. Cependant la toux persistait, la fièvre hectique et ramaigrissemeut se prononçaient davantage, lorsqu'un beau jour, après avoir pris pendant quelque temps de l'essence de térébenthine que lui donna une vieille garde-malade, cette jeune fille rendit un ténia et fut à tout jamais délivrée de ses accidents.

Chez le frère du petit malade dont je vous parlais, les accidents nerveux n'avaient donc rien de bien extraordinaire, mais ils témoignaient d'une sus« oeplibilité neneuse héréditaire, que l'on pouvait rattacher à l'imbécillité du |)ère, et qui chez l'autre enfant se traduisait par les phénomènes vertigineux épileptiques pour lesquels on me demandait mon avis.

Ces exemples de la prédisposition 5 des troubles nerveux divers transmise de père en fils abondent dans Tbistoirc de la science, et parmi ceux que j'ai moi-même obsci*vés je vous rapporterai encore le suivant.

J'ai connu le chef d'une nombreuse famille qui offre le type le plus accusé de la susceptibilité nerveuse héréditaire se manifestant sous des formes les plus varices. Dès son enfance^ il était atteint lui-même de cette singulière affection de l'appareil visuel qui rend incapable de juger les couleurs, affection signalée par les ophthalmologistes sous le nom de dalionisme^ et dont Mackenzie a rapporté plusieurs faits (1). Fils d'un peintre célèbre, M. X.. . dessinait dans la |)erfection ; placé dans l'atelier de Gros, il fut cependant oblige de renoncer à la peinture, ou du inoins il dut se bonier à faire de la sépia, |)arcc qu'il lui était impossible de distinguer le rouge du vert. Ainsi le^ fleurs, les fruits rouges de son jardin, lui paraissaient colorés absolument de la même manière que les feuilles des arbres ou l'herbe de ses gazons ; le ruban de la Légion d'honneur dont il est décoré ressemble en tout point, à ses yeux, au ruban vert d'un autre ordre. C'était assurément là déjà un fait aussi étrange c|u'inexplicable, car, d'ailleurs, la vue est |)arfaite. C^étaii un trouble dépendant d'un vice d'organisation du système nerveux, mais il n'y avait jamais eu d'autres désordres.

Kh bien! de sept enfant» qu'il eut, tous, un seul excepté, furent sujets aux convulsions dans leur bas âge ; et l'un d'eux, que j'ai longtemps soigné,

^1) fraiic dei maladies dts yeux > Puriti^ 1857.

TBUL'Si»EAr, 2« cilil. — 11. (i

82 DE L*ÊPJLEPS1£.

éprouva des accidents éclamptiques à l'occasion de toales les maladies dont il fut affecté : catarrhe aigu, pneumonie, rougeole, scarlatine, aussi bien qu'à Toccasion du travail un peu laborieux de sa dentition. Quelques années se passèrent ; Tenfant, arrivé à l'adolescence, fut pris d'attaques d'épilepsie franchcinent caractérisées, et à l'âge de vingt ans il fut emporté par celte terrible maladie.

Tout récemment encore, nous avions dans la salle Saint-Bernard une femme de quarante ans, atteinte, depuis trois ans, de vertige épileptique. Pendant l'accès, la malade court rapidement droit devant elle, puis tombe au bout de quelques secondes^ sans perdre complètement connaissance, se relève hébétée, et reste ainsi durant quelques heures. Une de ses sœurs a des attaques semblables aux siennes, et leur père avait un caractère tellement violent^ qu'il voulut un jour tuer sa lille à coups de hache, à propos d'un fait peu important, et cela huit jours avant sa mort qui survint au milieu d'accidents nerveux.

Ainsi les antécédents héréditaires d'un épileptique peuvent consister uniquement en des phénomènes nerveux bizarres très-différents de Tépilepsic elle-même ; ces mêmes perturbations i>cuvent aussi se retrouver seules dans sa descendance directe ou collatérale.

Messieurs, j'appelle toute votre attention sur ce fait que la transmission de génération en génération de l'épilcpsie et, d'une manière plus générale, de^ affections nerveuses sous leurs diverses formes, comme d'ailleurs de toutes les maladies héréditaires, i)eut s'opérer directement ou indirectement. Je m'explique : dans un grand nombre de circonstances, en interrogeant les antécédents d'un épileptique, vous rencontrerez chez son père ou chez sa mère, quelquefois, quoique cela soit assurément beaucoup plus rare, chez les deui à la fois, les traces originelles de la maladie, ou bien Tépiiepsie elle-même dans les variétés qu'elle comporte, ou bien une de ces affections dont elle peut être la transformation et dans lesquelles elle peut à son tour se transformer, ou bien des maladies cérébrales comme le ramollissement, rhémorrhagic, etc. Dans d'autres cas, plus communs peut-être, ces traces originelles du mal comitial ne se trouvant plus chez le père ou chez la mère, c'est chez les ascendants^ c'est chez les consanguins directs ou collatéraux, chez les aîeui, chez les oncles et tantes paternels ou maternels, chez les cousins de l'une ou l'autre branche, qu'il vous faudra les rechercher. La transmission héréditaire* dans ces cas, aura pu réellement sauter par-dessus une génération qu'elle aura complètement épargnée; mais aussi la maladie, d'abord latente chez les parents, pourra se déclarer plus lard chez eux, alors que les enfants en auront les premiers présenté les manifestations.

N'en serait-il pas, en outre, de l'épilepsie connue d'autres maladies ? Les auteurs les plus recommandablcs rapportent que des individus^ nés d'un second mariage contracte par une femme parfaitement saine avec unhotmne vyalcfnent sain, ont été affectés de la même maladie que les enfants issuf

d'une union luitérieuve, maladie dont était atteint le premiei* mari de la mère.

Sekiii le docteur Olgive, cité par i^J. le docteur Boudin, dans un travail (1 ) dont j'aurai tout à riieurc à tous présenter une sorte d'analyse, a selon le docteur Olgi? e, une femme d'Aberdeen, mariée deux fois, avait eu des enfants des deux lits. Tous ces enfants étaient scrofuleux comme l'avait été le premier mari de leur mère, quoique celle-ci ainsi que son second mari fussent tout à iiait exempts de cette maladie. »

Vidal (de Cassis), également cité par M. Boudin, raconte (2) qu'une femme dont le premier mari avait eu une vérole très-rebelle, eut un enfant qui mourat avec les signes les plus évidents de la syphilis; puis, après la mort de ce mari, cette femme, qui était parfaitement saine, ayant contracté un second mariage avec un homme complètement sain, mit au nM)nde, quatre ans après sa première union et après des rapports seulement avec son nouveau mari, an enCant syphilitique.

Quelque peu concluants que soient ces faits pris isolément, quelque singuliers qu'ib paraissent, ils perdent, ce me semble, une partie de leur singularité et donnent tout au moins i réfléchir, lorsque l'on considère qu'il peut arriver dans Tordre des faits pathologiques ce qui arrive dans l'ordre des faits biologiques, aussi bien d'ailleurs dans l'espèce humaine que dans les divers degrés de Téchelle animale.

Or, il e^t maintenant acquis à la science zoologique que des femelles, — l'expérience en a été souvent renouvelée chez les animaux domestiques, — sont susceptibles de produire, dans une seconde |)artnrition, des individus ayant des traits dé ressemblance marqués avec des mâles par lesquels leurs mères avaient été fécondées à une époque antérieure. Pour prendre un exemple vulgaire, beaucoup d'entre vous savent assurément qu'il n'est pas rare de voir des chiennes mettre bas des petits ressemblant, soit de forme, soit de couleur, à ceux d'une précédente portée, et ne ressemblant en rien à leur pèra

Relativement à l'espèce hutnaine, le docteur Noit (3) parle de négresses qui, après avoir eu des enfants d'un blanc, continuèrent de produire des enfants mulâtres avec un mari nègre. D'après le docteur Simpson (d'Edimbourg), une jeune femme, née de parents blancs et qui avait un frère mulâtre né avant le mariage, portait des marques incontestables de sang noir (4). Le docteur Dyce dit avoir connu une femme créole ayant eu des enfants blonds d'un Européen, et qui, mariée ensuite avec un créole, aurait eu de ce dernier

^I) J. Ch. M. U()U(iiu^ iMniyers drs unions ronini/iyuine.s ci ne*:eft.iitè ttu crtn'\innf;n t/tiftt teit^ix tiumninc H parmi les nnimaiw (Annules d'hi/yiène pnljlif/uc et de mcde^iine /e^jah-, r série, 1. XVIll, 1862i.

:2) Traité dex midndies vénériennes ^ 2*= cdit. Paris, 1855, p. 539.

i3j Tfjpeit of immkind^ 4*^ cdit., p. 806 (rilû dans le iiiciuoiro de M. Boudin!.

>4^ Gazette médicale de Paris ^ 10 u^ril 1859, p. 231 (cite par M. Boudiu).

8^1 DE L'ÊPlLEPSIlû

des eiifaiils resseiublaiil à son premier mari;, autant par les traits i|ue par b compicxion.

Qu*un les explique par Timpressioii qui, éprouvée par les organes de la génération de la femme dans une première fécondation, persiste jusque dans les fécondations suivantes; qu*on renonce à les expliquer, ces faits existent; ils ouvrent un large champ à Tétiologie des maladies diathésiques, et nous devons en tenir compte dans le sujet qui nous occupe.

Messieurs^ à cette question de la transmission héréditaire des maladies s*cn rattache une autre, qui, préoccupante bon droit les esprits sérieux, est aujourd'hui plus que jamais à Tordre du jour ; je veux parier des funestes influences des unions consanguines sur la propagation de l'espèce. Jl importe d'autant plus d*en dire ici quelques mots, que ces influences jouent un certain riAe dans l'histoire de i'épilepsie.

Vous n'êtes sans doute pas sans connaître quelques-ans des curieux et intéressants résultats fournis par les recherches statistiques faites en Amérique, en Angleterre, en Allemagne et en France. De ces recherches, de celles en particulier que mon savant confrère M. le docteur Boudin a consignées dans le travail auquel je faisais, il y a un instant, des emprunt, il ressort que les alliances consanguines peuvent avoir pour conséquence : soit Vinfécondité absolue, ces mariages restant stériles ; soit la fréquence plus grande des avortements; soit de donner naissance à des enfants <« qui meurent en bas âge dans une proportion plus forte que ceux nés sous d'autres conditions, ou qui, s'ils franchissent la première période de la vie, sont moins aptes à résister à la maladie; soit de produire des sujets lymphatiques et prédisposés aux affections qui relèvent de la diathèse scrofulo-tuberculeuse (1) > ; soit enfin de procréer des individus affectés de dégénérescences, d'infirmités physiques ou intellectuelles.

Ce sont des monstruosités telles que la polydaclylie, le spina bifida, le pied bot, le bec-de-lièvre, monstruosités dont M. le docteur Dcvay a rapporté des faits dans son Traité spécial d'hygiène des familles, en signalant encore le relard dans la dentition comme une des conséquences de la même cause.

C'est V albinisme que, chez les animaux, on crée presque à volonté par les unions successives entre proches parents , et cette singulière d^cnérescence chez l'homme, où Ton en trouve d'assez nombreux exemples, ne reconnaîtrait peut-être |)as d'autre origine que celle que nous indiquons.

Ce sont des maladies de l'appareil de la vision, consistant tantôt en des troubles bizarres de la vue, tantôt en la cécité complète, ou en cette affection décrite sous le nom de réùnite pigmentemc, « caracléristo, pendant l'enfance, par un affaiblissement de la vue au crépuscule et par le resserrement du champ visuel à une faible lumière; |>lus tard, vers l'âge de trente à quarante ans,

i) Rillict («le (iciicve), Sotc sur f'ififluenrr fh /n rotisonguinité sur hs ynutHits tltt marùnjp. (Journal fie chimie, nuideciHC et pharmacie, 20 juin 1856)^ cik* par M. Uoudiii,i p. 61.

DE L'ÊPILEPSIE. 85

par raholition de la vision, en ce sens que les malades ne peuvent pins se conduire seuls, bien que parfois ils réussissent encore à déchiffrer les plus uns caractères dans une étendue très-minime du champ visuel. L*ophthaimoscope révèle Texistence d'altérations graves de la choroïde et du nerf optique; la rétine, plus ou moins atrophiée, est recouverte de taches noires de pigment qui s'unissent pour former un réseau (1). »

Afin de vous montrer la relation évidente entre ces troubles de la vision et h consanguinité des unions d'oili sont issus les malheureux qui en sont atteints, permettez-moi de vous présenter quelques chiffres que je prends dans te mémoire de M. Boudin : a Vingt-sept mariages -consanguins féconds , observés en Amérique par M. le docteur Bemiss (de Louisville), ont produit 2 enfants aveugles et 6 autres avec des troubles divers de la vision. » De son côté, « M. le doaeur Liebreich (de Berlin) estime que près de la moitié (27 sur 59) des individus atteints de rétinite pigmenteuse sont issus de mariages consanguins. » Chez ces 59 malades, la rétinite coïncidait 18 fois avec la surdi-mutité, 2 fois avec Tidiotie; sur ces 18 sourds-muets, 9 étaient nés de mariages entre cousins, et il en était de même de Tun des 2 idiots. « Cette coïncidence entre la surdi-mutité et la pigmentation rétinienne est d'autant plus fréquente, suivant la remarque de i\l. Liebreich, que la rétiuile pigmenteuse est plus rare ; d'autant plus frappante que les deux affections atteignent ahmullanément les enfants appartenant à des familles dans lesquelles ces maladies apparaissent et ne se montrent pas isolément (2). »

De toutes ces funestes conséquences des unions consanguines, la plus fré- «fuente est sans contredit la surdi-mutité.

tt La proportion des sourds-muets de naissance, dit M. le docteur Boudin, croît avec le degré de consanguinité des parents. Si l'on représente par 1 le danger de procréer un enfant sourd-muet dans un mariage ordinaire, ce danger est représenté par 18 dans les mariages entre cousins germains, 37 dans les mariages entre oncles et nièces , 70 dans les mariages entre ueveq^ et tantes (3). »

L'hérédité morbide que l'on a voulu invoquer sans apporter de faits à l'appui de la théorie, l'hérMité morbide occupe une si |)etite place dans l'étiologie de la surdi-mutité, que les exemples de transmission héréditaire de la maladie sont exceptionnels. Bien plus, u habituellement, dans l'immense majorité des cas, les sourds-muets mariés h des sourdes-muettes ont des enfants qui entendent et qui parlent Cela est vrai, à plus forte raison, quand le mariage est mixte, c'est-à-dire quand un des époux seul est sourd-muet {li). » YoiU

(I j Aiiunhs (i'ocuiùitûfne, fnscicult» du mois d'aM'il 4801 (cité par M. Boudin, p. 55 (2) Boudin, lor, cit., p. 54, 55, 56, 57 et 58. Ci) Id.,ï^V/.,p. 80.

(4) Pr. Mi^nièro, Het'hPt*chpfi siiv In 'tui^iti^tnutiU' ilnzptio mMùah di» Vnyis,^* m^txw t. 1. p. 243).

86 DE r/È?ILCPSTE.

ce que professait Ménirre dont l'opinion est d*ane incontoslable antorité ea pareille matière.

« Jjà surdi-mutité^ dit encore M. Boudin (i), ne se produit pas toujoan directement par les parents consanguins ; on la voit se manifester parfois tnrftrectevient dans les mariages croisés, entre individus parfaitement sains et exempts do toute espèce d'infirmité, mais dont l'un était issu d*nn marîagr consanguin. »

A l'appui de cette proposition, l'auteur rapporte (2) l'obeervation suivante qu'il transcrit de la thèse de M. le docteur Ghazarain (S).

(( ftl. I^ .. , maire de G. .. (Dordogne) avait épousé la fille de son cousin. Il eut de cette union un garçon et une fille, non-seulement exempts d'infirmités, mais encore doués, comme leurs parents, de la meilleure santé. Mademoiselle L.«« mariée avec un jeune homme plus âgé qu'elle de quelques années, et avec lequel elle n'était |>arente à aucun degré, a donné le jour à une fille atteinte de surdi-mutité congénitale, f^ père et ta mère de cette enfant habitent un para élevé, très-salubre, leur habitation est h l'abri de l'humidité; lear position pécuniaire leur permet de vivre, sinon dans le luxe, du moins dans l'aisance. Aucun antre sourd-muet n'existe à C. .. Il n'y a jamais eu d'autre sourd-mnet dans la famille. .. Knfm, la gro.ssesse de la mère n'a été signalée par aucmi fait particulier. »

Ce qui, dans ce cas, s'applique à la surdi-mutité ne pourrait-il pas s'appliquer aussi à toutes les fAcheuses conséquences des alliances consanguines 7

Un négociant de Paris et sa sœur épousent, lui sa cousine gernuiine, elle un cousin germain d*unc antre branche. La sœur n'a pas d'enfants; le frère a trois filles parfaitenient constituées , parfaitement bien portantes. De ces trois filles, la plus jeune, moins âgée de sept ans que la seconde, a trois enfants très-bien conformes; la cadette n'en a qu'un, quel que soit son désir d'en avoir plusieurs ; Talnée, mariée depuis plus de dix ans, reste stérile i son grand désespoir.

Ces faits, le dernier surtout, ont, il faut en convenir, une signification (fèsrontestable, mais s'ils venaient à se multiplier, maintenant qu'on recherche attentivement tout ce qui touche à la question des unions consanguines^ ik acquerraient une certaine valeur, et, à ce titre, les plus insignifiants méritent d'être notés.

Pour en finir avec cette digression à laquelle je me laisse aller sans regrets, personne n*a prétendu que les alliances entre ()ioches parents eussent nécessairement, fatalement, des suites fâcheuses, (le que Ion a cherché à établir, ce que drinonlre d'une manim' incoiilostable l'observation médicale, d'accord

I, Boudin, loc. cit.. p. 31.

'2 1(1., ifntf., p. 10.

3 !.. I'. (]|i.-i7.aiMin. l)i' mnntnjrt'nfrp rnusmu/uin.^^ m/tsit/rrr rotntilt* ffuise dedégéit^ »vvr/>/^v' itrffftmqii^ft jwrtirHh'Ammpnf t/f s'tirf/i-wutitt'rmiff^nttfiio, tlirso tir MnntpeUicr, 18.59.

D£ L'ÉPITJEPSIB. 87

CD cela avec celle des législateurs qui, daus un grand nombre de pays, se sont, pour cette raison, opposés à ces sortes d'alliances , c'est que la proportion des accidents que nous avons indiqués est relativement beaucoup plus forte cbex les individus issus de noariages consanguins que chez ceux nés de mariages mixtes ; c'est que, en définitive, et cela aussi bien cbesThomme que chez les animaux sur lesquels Texpérimentation peut être faite et a été faite sur une grande échelle, <» ces mariages entre parents compromettent l'espèce parla stérilité, par les infirmités et les maladies qui peuvent atteindre les produits, lorsque ces unions sont fécondes ; c'est que, à ue considérer que l'espèce humaine, ces mariages, lorsqu'ils se répètent pendant plusieurs générations, amènent la dégénérescence physique, morale, intellectuelle et finalement l'extinction de la famille. • Telle est l'opinion de M. Chazarain (i), opinion que partagent avec lui un grand nombre de médecins.

Relativement au sujet qui nous occupe aujourd'hui, les influences fâcheuses des alliances consanguines se traduisent souvent par des affections mentales. C'est là un fait signalé par £squirol et après lui par tous les aliénistes, que l'idiotisme et l'aliénation mentale étaient, dans un grand nombre de cas, la conséquence de mariages entre proches parents.

11 en est de même de l'épilepsîe.

Entre autres exemples : J'étais mandé naguère dans une famille napolitaine. L'oncle avait épousé sa nièce ; il n'y avait dans la famille aucun antécédent Ûcbeux. Sur quatre enfants» la fille aînée est de nature fort bizarre, le second fils est épileptique, le troisième enfant est très-sensé, le quatrième est idiot et épileptique.

Je suis lié d'amitié avec une autre famille dont l'un des chefs a également épousé sa nièce. De cette union sont issus quatre enfants, l'un a été pris 5 sa naissance de convulsions éciamptiques graves, un autre fils est idiot et épilef^ tique.

Demièreinent encore je voyais avec MM. les docteurs Moynîer un jeune garçon épîlq^que né de cousins germains ; et à quelque temps de li j'ava» occasion d'observer deux faits analogues : l'un chez un jeune homme de trente-deux ans, l'antre chez un enfant idiot et épileptique.

Maintenant que je m'enquiers avec soin chez mes malades de ce qui a rapporta la consanguinité, alors que j'ai affaire à des sourds-muets, à des idiots, à des épileptiques, je ne saurais vous dire combien cette influence me parait active dans l'étiologie de ces affections.

ft s. —Diagnostic entre l'épilepsie et réclampsie. — Transformation de l'éclampsie en épilepsie. — Diagnostic différentiel avec l'hystérie. — Bpilepeie symptomatique. — Traitement de l'épilepsie.

Messieurs, dans la question du diagnostic différentiel entre l'épilepsie et les autres affections convulsives^ Véclampsie occupe la première place, an raison

ri) Thhe citée.

88 DE L'ftWLEPSIE.

même de IVitrêmo diffirnlté qno ce diagnostic prési^nto. Bien souvent, en effet, j*ai déjà signalé ce fait, Téclampsie et lï'pilc|)sie sont confondues Tnne avrc l*aotre ; et cette confusion, vous ai-je dit aussi, est presque inévitable, car, à ne tenir compte que des accidents convulsifs qui les caractérisent, rien ne distingue ces deux affections.

Considérez une femme atteinte d'éclampsie au huitième, an neuvR'nie mois de la'grossesse ou au moment de Tacconchement ; observez un enfant pris de convulsions, soit au début d'une fièvre éruptive, soit au moment de la dentition, et quelque prévenus que vous soyez, quelque attention qne voos y apportiez, vous ne saurez sabir aucune différence entre ces attaques et li forme convulsive du mal caduc.

Rappelez-vous ce qn'est Téclampsie chez la femme enceinte, par eiemple. Tout à coup les convulsions suniennent, quelquefois précédées d'un grand cri ponssé par la malade ; ses membres se tordent principalement d'un côté, sa tête est renversée sur l'épaule, la face dirigée du côté opposé; la langue, sortie de la bouche, peut être blessée, coupée, déchirée par les dents; une écume ensanglantée souille les lèvres et les joues, absolument comme nonsie voyons chez l'individu tombé du haut mal. Cette attaque convulsive dnrennc, deux minutes; ta stupeur apnplccti forme lui succède. Tout ressemble ici à l'épilepsie ; mais ce qui tout de suite nous permettra de reconnaître Téclampsie, c'est d'une part, le retour ordinaire des attaques qui se succèdent assez rapidement ; ce sont, d'antre part et surtout, les circonstances dans lesquelles elle est survenue ; ce sont certains phénomènes qui l'ont précédée et qui Tarromgnent .

Tandis qne l'épilepsie est une maladie qui, lorsqu'elle affecte la forme convulsive trés-prononcée, se reproduit à des intenalles assez éloignés, — je laisse de côté, bien entendu, Vétat de mal ; — tandis que les grandes attaques ne reviennent généralement qu'à un an, six mois, trois mois, deux mois, hait jours de distance, l'éciampsie a une marche plus continue, ses accès sont trèsrapprochés, ils restent imminents tant que la cause de laquelle ils dépendent persiste et est en pleine activité. Mais aussi, cette cause ayant disparu, les retours de l'afTection convulsive ne sont plus à craindre en général, tandis qu'une première atteinte du mal comitial donne toujours lieu d'en redouter d'autres et engage presque fatalement l'avenir.

Chez la femme en état do grossesse ou en couche, par exemple, les attaques d'éclampsie vont se répéter huit, dix, quinze, \ingt fois dans les vingt-quatre heures ; nous allons retrouver là quelque chose d'analogue à ce atatus epHeih ticit*, à cet état de mal, dont je vous al parlé, et auquel tout à l'heure encore je faisais allusion. I^ malade n'est pas encore quitte d'un accès qu'un autre commence, les accidents convulsifs se repn>duisant alors que dure encore la stupetir qui con^^titue la seconde période de l'attaque.

Il en est de même des convulsions de renfance. I-es attaques se pressent, et lorscpi Viles ne consistent |)as eu do grands mouvements musculaires, nous

DB L'ÊPILEPSIB. ^9

voyons soiiTcnt sr manifostor, <loux on trois jours de suite, ces phénomènes décrits sous le nom de convulsions internes , qui rappellent, e;i quelqnes points, les accidents vertigineux de l'épilepsie. Ou bien ce sont des mouvements singuliers des globes oculaires qui se renversent sous la paupière 8up6rieare; on bien le visage du petit malade prend une expression gnmaçante; on bien c'est un spasme de l'appareil respiratoire, la respiration étant momen* taoément interrompue pour reprendre, quelques secondes après, la régularité qu'elle présentait auparavant.

Cette fréquence dans la répétition, cette continuité dans la succession des attaques d'éclampsie a souvent pour résultat d'entraîner la mort. Celle-ci peut être occasionnée par la commotion des centres nerveux qui accomi)agnc les phénomènes convulsifs; elle peut arriver aussi par asphyxie, lorsque la con- ▼ulsion tonique persistant trop longtemps dans les muscles qui servent à la respiration, les fonctions de rhén^atosc ont été plus ou moins longtemps suspendues.

Vous comprenez dès lors comment, en ne considérant que la convulsion, Il terminaison fatale est bien plus souvent la conséquence immédiate de l'éclampsie que de l'épilepsie. 11 est rare, en effet, de voir un épilcptique enlevé dans une attaque, en dehors des cas oA il succombe accidentellement, comme lorsque, daas sa chute, il s'est fait des blessures graves et mortelles : il n'est que trop fréquent, au contrair(>, de voir mourir des femmes dans des attaques d'éclampsie; il est encore plus commun que des enfants soient emportés dans les convulsions.

Ce que je viens de dire de l'éclampsie des femmes enceintes, des convul* sions des enfants, s'applique 5 Véciampsie satvmine, à Véclampsie albuminuriqvp. Rien, quant à la forme des accidents convulsifs, ne saurait les faire distinguer de l'épilepsie. Ce qui les en distingue assez bien, c'est ce retour incessant des attaques, c'est leur continuité, qui est le fait habituel dans les unes, et qui, je le répète, ne se retrouve qu'exceptionnellement dans l'épilepsie.

Mais ce qui permet surtout d'établir le diagnostic entre l'éclampsie et le mal comitial, ce sont les circonstances dans lesquelles les accidents se sont manifestés, c'est l'existence ou l'absence de certains phénomènes précurseurs on concomitants dont il importe essentiellenient de tenir compte.

Dans la presque universalité des cas, l'épilepsie frappe l'individu au milieu de la plus |)arfaite santé. Rien n'annonce l'attaque; une minute avant qu'elle ait lieu, qu'elle commence par une aura, qu'elle survienne sans avoir été précédée de ce symptôme prémonitoire, l'individu qui va l'éprouver était aussi bien portant que huit jours auparavant. Telle est la règle, et les exceptions sont bien plus apparentes que réelles, car généralement elles ont trait seule* nient aux attaques de l'épilepsie symptomatiqne, laquelle, 5 vrai dire, ne devrait pas être séparée de l'éclampsie.

L'éclampsie, au contraire, ne survient que dans certaines conditions don-

92 HE l/ÉPILKPSIE.

accès au moment oi^ il est couché, il reste dans son lit; s*il est dehont, il tombe et quitte rarement la place où il est tombé. T/hyslérique, au contraire, s*agite dans tous les sens ; si elle était au lit, elle se lève, se jette à droite, ï gauche. Tandis que le premier, après avoir poussé le cri qui précède habituellement sa crise, demeure silencieux, la seconde continue de crier pendant l'attaque, de se plaindre, ou bien, vers la fin, elle se met à pleurer ou à rire sans motifs. Enfin, tandis que la grande attaque d'épîlepsie dore rarement trois minutes, les convulsions hystériques se prolongent pendant un temps beaucoup plus long.

Tels sont, d*une manière très-générale, les caractères distinctifs de b grande attaque du mal comitial et de Tattaque d'hystérie ; quant aux dii^ rences fondamentales entre ces deux maladies, je n'ai pas besoin d'y insister icL

Cependant, messieurs, il est certains cas dans lesquels les accidents qu*oo observe se trouvent réellement sur la limite des deux névroses. Yons fons rappelez une infirmière que nous avions dans noire salle de femmes, etqni maintenant est à la Salpêlriùre. Elle était bien certainement hystérique ; nuis ses attaques avaient quelquefois au début les caractères de l'acci^s épilepiiqoe. Dans la même salle vous pouviez voir en même temps celte jeune fille dont je vous ai déjà parlé, et qui, pendant ses attaques épileptiques, qui, à vn! dire, ne dui*aient qu'une minute, s'agitait assez souvent avec la Tiolenceet l'espère de jactitalion qui appartiennent à l'hystérie.

Disons encore (les exemples en sont assez nombreux à la 5>alpétrière) que certaines femmes sont en même temps hystériques etépileptiqnes; en vérité, on ne comprendrait pas pourcpioi Tépilepsie serait une cause d'immunité pnnr l'hystérie, et réciproquement.

J'arrive maintenant à un autre point de la question du diagnostic de l'épilepsie.

Un individu est affecté d'une tumeur cérébrale, production tuberculeuse, syphilitique, cancéreuse, etc. ; il a des accidents édaroptiques. Doit-on ap- ))elcr cela de Vépiiepsie ? Un grand nombre de médecins répondront alfinnativement, mais en ajoutant au nom de la maladie l'épithète de $i/mptomaiigue. Il est vrai de dire que ces convulsions épileptiformes ne diffèrent en rien, quant à leur manière d'être, des convulsions de la véritable épilepsie, mais l'attaque est quelquefois annoncée par des douleurs de tête plus ou moiiis violentes, et dont le malade précise souvent le siège; quelquefois aussi il existe une paralysie plus ou moins complète, limitée à l'un ou à l'autre côté du corps, aux muscles de la face, aux yeux, au voile dti palais; paralysie du mouvement i\ laquelle s'ajoute en quelques cas celle de la sensibifité: il peut y avoir, enfin, des désordres intellectuels, tous symptômes qui témoignent de l'existence d'une altération organique plus ou moins profonde de l'encéphale.

Voici un remarquable exemple, un des premiers que j*aieétéà mêmed'oh-

sierver et, bieu que plus de trente ans se soient écoulés depuis celte é|MK|uc, j'eu ai gardé le Qdèle souvenir.

Ud jeune bommc tombe un soir frappé d*épilepsie dans les salons de i*ambasBadc d'Angleterre : c'était sa première attaque, mais, à quelque temps de b, les accidents se reproduisent. Un jour, entre autres, il est précipité de cbeval au milieu d'une promenade aux Cbampii-Élysées et se fait à la tête une blessure assez grave; il renonce alors à aller dans le monde, puis, après avoir consulté Dupuytren qui lui conseilla les remèdes vantés contre l'épilepsie, et qui restentaussi inefficaces qu'ils le sont malheureusement le plus souvent, le malade se met entre les mains d'Alexandre Lebreton, praticien fort habile. Lebreton l'interroge avec soin ; en remontant dans ses antécédents par un scrupuleux examen^ il apprend que ce jeune homme a eu, à une certaine épo. que, de violentes céphalées revenant principalement la imit II m'adjoint alors à sa consultation; nous étudions attentivement les symptômes de la maladie, nous recoonaissons que les douleurs nocturnes occupent presque exclusivement un même côté du crâne. La périodicité des accidents, leur exacerbation nocturne, nous font penser à la vérole ; nous apprenons qu'en eflet ce jeune homme en a été affecté cinq à six ans auparavant, et qu'elle a passé pour lui inaperçue. Nous plaçant alors au point de vue d'une exostose intracrânienne , d'une tumeur de nature syphilitique, nous prescrivons un traitement dont la liqueur de Van Swicten fait la base. Les accidents cessent dès lors complètement, et le malade guérit radicalement

Nous avions donc affaire à des convulsions épileptiformes ou à de l'éclampsie, eu acceptant la dénomination qui a cours dans la science; mais à coup sûr ce n'était pas là de l'épilepsie dans le sens que l'on attache ordinairement 5 ce mot

Dans quelques cas la forme des attaques rappelle encore davantage l'épilepsie.

L'année dernière, je voyais dans mon cabinet une dame âgée de soixante et un ans, qui depuis l'âge de quarante ans était sujette 5 des accès se ré|)étant avec une fréquence de jour eu jour croissante, h ce point qu'elle était arrivée à eu avoir jusqu'il vingt et un dans les vingt-quatre heures.

Chez cette dame le diagnostic était inscrit en gros caractères sur sa figure. Elle portait, en effet, au front une cicatrice large, profonde, qui, placée audessus et en dehors de la région sourcilière droite, pénétrait jusqu'à l'os coronal qui avait été nécrosé ; il y avait eu en outre une nécrose des oi propres do nez, et celui-ci était écrasé, cassé.

Sous l'infloence d'un iraitementantisyphilitique, des mercuriaux, de Tiodurc de potassium, les accidents s'amendèrent rapidement, de telle sorte que dès le premier mois il n'y eut qu'une seule attaque et ce fut la dernière.

Dans quelques circonstances la lésion qui provoque l'attaque est si légère , qu*il est difficile d'en sou|)çonncr l'imiKirtancc. M. le docteur Foville voyait avec mon eicelleut collègue de Tiiôtel-Dieu, Alph. lloberi, un jeune clerc

9U DE L'ÊPILEPSIE.

de noCatrequî, depuis quelques années, avait, chaque mois, plusieurs attaques d*épile|)sie. Bien des moyens avaient été inutilement tentés, lorsque M. Fovitlc proposa Tavulsion des dents cariées qui faisaient hibîtuellenieni souffrir le malade. Les dents furent enlevées^ et depuis cette époque pis un accident n'est revenu.

Le 2 mars 1864, M. le docteur ^lonier, mt'decin à Saint-Paul (Pyrénées- Orientales), me comnmniquait nn fait non moins intéressant et qui rappelle, dans une certaine tnesurc, celui de Graves, que je vous citais dans notre dernière conférence. Un homme de quarante ans, d'une haute stature, d'ouc constitution robuste, éprouva h plusieurs reprises, et 5 des intcnalfes a5S€Z rapprochés, de violentes attaques épiieptiques. M. Monnier apprit de ce malade qu'il rejetait souvent, avec ses déjections, des fragments de ténia. De forte» doses d'huile de ricin furent administrées et firent rendre uo ténia entier. A |)artir de ce moment, les attaques convulsives ne se reproduisirent plus.

Que de fois, messieurs, alors (|u'ii nous est permis de croire à de semUablei causes, et lorsque nous parviendrons îi éloigner ces causes, que de fois, dis-je, la liévrose comitiale continue à affliger les malades ! Nous n'en devrons pis moins tenter ces médications quelquefois heureuses, et satisfaire à toutes le indications qui se présentent.

Le peu d'efficacité des traitements opposés à l'épilepsie avait, dans l'antiquité, valu à cette névrose le nom de morbm sacei\ de fléau envoyé par h colore des dieux. Celui qui en était frappé élait fatalement voué aux contaisions, et il ne fallait rien moins qu'une intervention ^péciale de la dîvinitc pour l'arracher au sort qui raitcndait. Les progrès des sciences ont peu changé la face des choses, et le mal comitial est généralement aujourd'hui tout aussi incurable qu'autrefois. Je dis généralement, et je fais cette restriction parce qu'il n'est pas de médecin ayant une longue expérience qui n'ait pu voir guérir quelques épilepliqiies. Vous aurez occasion aussi de voir vn certain nombre de malades rester sept, huit, dix ans et plus sans avoir de nouvelles attaques, après en avoir éprouvé jusque-là de fréquents retours. Or, dans une maladie de la nature de celle que nous étudions, une longue trêve ressemble beaucoup à la guérison.

Lorsqu'une maladie comporte un aussi fatal pronostic, le nombre des remèdes à l'aide desquels on prétend la guérir se multiplie avec un luxe infini. Kt comme en quelques rares circonstances, la guérison s'opère spontanément, on s'empresse d'attribuer au traitement l'honneur d'une cure dont la nature u fait tous les frais ; mais il arrive un jour, qui ne se fait pas attendre, oà de nou\eaux insuccès viennent démontrer l'ineflicacité de la médication.

L'épilepsie ne pouvait point échapper h la règle commune. Son incurabilitc devait nécessairement porter les médecins à user, pour la combattre, de toutes les ressources de l'arsenal thérapeutique. Substances tirées delà matière médicale connue ; moyens nouveaux,^ les uns rationnels en apparence, lo autres empiriques, quelquefois les plus étranges, tout a été essayé, et il serait

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difficile de dresser la liste des préteudus spécifiques lour à U)ur préconisés contre le mal caduc, et biostèt, à bon dit>it, abandounés, depuis ceux dont nous parlent les anciens auteurs, quelques-uns, t^mèdes abominables inventés par la superstition, quœdam saits ûbominanda, super stUiosa plurima^ jusqu'à ceox dont Tignorance et la mauvaise foi ne craignent pas aujourd'hui encore d*exalter les vertus.

La médecine est-elle donc complètement désarmée en présence de ce terrible niai 7 Au milieu de ce fatras de moyens thérapeutiques n*y a^t-il donc rien de bon ? Ce bon se résoiiK* malheureusement en peu de chose. Cependant il est uue médication qui, si elle ne guérit que très-rarement Tépilepsie, procure du moins, à nn assez grand nombre de malades, de réels soulagements : c'est la médication par la belladone.

Bien qu'on puisse faire à ce mode de traitement les reproches qili s'appliquent aux autres, eu arguant de la difficulté que Ton a d*en juger les effets, le scepticisme toutefois ne doit pas dépasser certaines bornes, et i on ne saurait se refuser à croire aux témoignages de médecins graves. Depuis longtemps, au dire de Murray, Greding avait plusieurs fois administré la belladone, soit en poudre, soit en extrait, à des malades atteints d'une épilepsie simple ou compliquée ; et s'il n'avait pas obtenu la guérison , il avait singulièrement amendé les accidents. Ces observations ont été conHrmées par celles de Leuret, à l'hospice de Bicétre, et par celles de M. Ricard ; mais c'est Brelonneau qui, de nos jours, a manié ce remède avec le plus de persévérance et de succès.

Presque en même temps que l'illnslrc médecin de Tours, le père Debreyne, médecin de la Trappe de iMortagne, et trappiste lui-même, obtenait les mêipes résultats. Pour ma part, depuis plus de trente ans que j'expérimente cette médication, elle m'a paru la moins inefficace que j'aie jamais tentée ou vu tenter. Aojoinrd'hui, en effet, je compte un certain nombre de goérisous solides, et dans beaucoup de cas j'ai obtenu une amélioration que je n'osais espérer.

Avant toutes choses, il est un point essentiel à établir : c'est que l'on ne doit compter sur le remède qu'autant qu'il sera administré suivant certaines règles dont il est impossible de se départir. Il est un grand principe de théra-> peotiqoe qu'ici, moins que jamais, il ne faut oublier, à savoir que lorsqu'une maladie est profondément entrée dans l'organisme, lorsqu'elle domine pour ainsi dire toute sa substance, on ne saurait avoir la prétention de faire taire aes manifestations, de la guérir en un court espace de temps. A maladie chronique il faut un traitement chronique. Ainsi quand la vérole remonte à cinq, six, boit, dix ans, vous ne pouvez espérer la guérir qu'à la condition de faire suivre au malade un traitement de très-longue durée ; qu'à la condition de l'y soumettre pendant cinq, six mois d'abord, pour le suspendre pendant quelque tempe, y revenir encore, et ainsi à diverses reprises. A cette conditMNi, mais à cette condition-là seulement, vous déracinerez le mal, vous en chasserez jusqu'au souvenir.

M Oë L'ÉP1L£PS1£.

Or, s'il faut une action thérapeutique aussi continue dans une maladie telle que la vérole, combien plus soutenue cette action doit-elle être quand on veut combattre Tépilepsic, maladie dont Forganisme porte généralement le germe en lui depuis sa formation ! Il est donc nécessaire que la médication soit continuée, non plus cette fois cinq, six, dix, vingt mois, mais plusieurs années de suite, avec une grande persévérance. Le mal doit être attaqué presque sans trêve, l'économie doit être sans cesse sous Tempire du médicament, si vous ne voulez pas qu'elle retombe sous le joug de la mabdie que vous forcez à se taire. Voilà, messieurs, ce dont vous devez être bien convaincus ; voilà ce dont vous devez, avant toutes choses, prévenir le malade qui se met entre vos mains et sa famille qui vous demande v« conseils.

Voyons par conséquent comment la belladone doit être administrée.

On fait préparer des pilules ainsi composées :

If Extrait de l>ellaiione 1 cciitifrrainuie (1/5* de gi'aiii).

Poudre de feuiUcs de i>eUadone. 1 t cnligrammc.

F. s. a. une pilule, et en préparer 100 semblables.

Pendant un mois, le malade prend chaque jour une de ces pilules : le matin, si les accès ont lieu surtout dans la journée; le soir, si les accidents surviennent particulièrement la nuit. Chaque mois, on donne une pilule de plus, et quelle que soit la dose, on Tadministre toujours au même moment. On arrive ainsi à faire prendre cinq, dix, quinze, vingt pilules et même davantage, sans qu'il soit possible de dire d'avance quelles sont les doses auxquelles on doit s'arrêter. Ces doses n'ont, en eiïet, d'autres limites que la tolérance du malade et Tinfluencc que le médicament eierce sur la maladie. La dilatation excessive des pupilles, la sécheresse trop incommode du gosier, indiquent un effet toxique qui ne doit pas être dépassé. Si la belladone est très-difiicilemenl supportée, on n'augmente la dose que tous les deux, trois, quatre mois.

Lorsque la névrose parait heureusement se modifier, on maintient d'abord la dose administrée en dentier lieu ; puis on descend suivant une progrès* sion inverse ; on essaye enfin de suspendre, |)endant quelque temps, la médication, pour la reprendre après cet intervalle de re|H>s dont la longueur est subordonnée elle-même à Tamélioration du mal.

Je ne saurais assez vous répéter que la patience de la part du médecin et de la part du malade est la condition capitale du succès. Une année, quelquefois, suffit à peine |)our connaître l'influence de la belladone; et si l'année d'après il y a quelque amendement, il faut insister encore deux, trois, quatre ans» suivant les règles c|ue je vous indiquées, de manière à maîtriser cooiplétemeat le système nerveux.

DE L*RPILEI»SÎE. 97

Depuis quelques années j'emploie Tatropine de préférence à la belladone. Je fais préparer la solution suivante au centième :

^ Sullatc neutre d'atropine 5 centigrummcs.

£au-de-Tie blanche 5 grammes.

Une goutte de cette solution, c'est-à-dire un centième de grain ou un demimilligramme de sel atropique, remplace la pilule d'extrait et de poudre de belladone dont j*ai tout à l'heure indiqué la formule, et j'augmente la dose d'une goutte de mois en mois, comme j'augmentais d'une pilule.

Bien que cette médication, je le dis encore, soit celle qui m'ait paru la moins inefficace, le plus souvent, je dois l'avouer aussi, je l'ai vue complètement échouer. La belladone n'est donc pas, il s'en faut de beaucoup, le spécifique de l'épilepsie ; mais elle rend plus de seniccs que les préparations d'argent, de enivre et de zinc : ce qui n'empêche pas que, lorsque la première est restée sans effet, nous ne recourions quelquefois à celles-ci avec un certain avantage.

Le plus souvent, il m'arrive de combiner ces diverses médications. Ainsi la belladone étant prise le matin, je donne du nitrate d'argent le soir, dix jours de suite chaque mois.

Je fais préparer des pilules selon la formule suivante :

^ Nitrate d'argent cristallisé. . 10 centigrammes (2 grains).

Gomme arabique ) r • i .. x. i

^ { aa q. s. pour faire aix ptiuies.

Eau distiUée )

Même à un enfant, entre quatre et dix ans, on administre, chaque jour» deux de ces pilules.

Les dix jours suivants, je remplace le sel (fargent par la limaille de cuivre.

y Limaille de cui?re 1 gramme (i/A de gros).

Sucre à grammes (un gros).

Mêlez et divisez en vingt paquets.

Le malade en prend d'abord deux chaque jour, et il en augmente la dosa qu'il porte progressivement jusqu'à six, en ayant toujours égard à la tolérance de l'estomac Si c'est un enfant^ chaque paquet ne contiendra qu'un ou 2 centigrammes de limaille, au lieu de cinq.

Les dix derniers jours du mois, je remplace encore te cuivre par \e&prépa* rations de zinc à doses un peu élevées. Je donne le lactate de zinc associé au sucre, comme dans la formule précédente, pour le faire prendre en poudre ; ou à la conserve de roses pour le faire prendre en pilules : la dose est de 10 à 60 centigrammes (deux à huit grains environ).

Enfin je reviens au nitrate d'argent, puis aux préparations de cuivre et de

zinc.

novMBAD, 2* édit. — il. 7

98 DE L'ÊPILEPSIE.

Tels sont, mcssicnni, les moyens auxquels j'ai habituellement reooofl Parmi tons ceux que j*ai employés ou tu employer, ils m'ont para le moins inefficaces, et modiGer, en quelques cas, très-avantageusement une maladie ï juste titre réputée presque incurable. Ces heureuses modiGcations, vous les obtiendrez bien plus dans la grande forme convulsive de Tépflepsie que dans la forme vertigineuse. Le petit mal, en effet, est bien aotrement rebelle que le grand mal.

Dernièrement, mon excellent ami le docteur Henry Guenean, de Mossy, m'affirmait avoir obtenu de remarquables succès dans le traitement de h maladie qui nous occupe, en administrant le bromure de potassium.

Considérant que les modifications de la circulation entraînent scNivent des modifications corrélatives de l'innervation, M. le docteur Dnclos (de Tours), a eu l'idée d'employer, dans le traitement de l'épilepsie, la digitale^ ce paissant modificateur des fonctions circulatoires. Dans un certain nombre de cas, il a vu des attaques hebdomadaires ou mensuelles diminuées dans leur intensité, éloignées même, au point de rester vingt-sept mois sans paraître. Il a vu encore des épileptiqucs traités par lui, n'avoir d'attaques nouvelles que cinq et même sept ans après la cessation du traitement. Celui-ci consiste dans l'administration de l'extrait hydro-alcoolique de digitale. Il en fait diviser 5 grammes en 100 pilules. Le premier jour, il ne donne qu'une pilule; le second jour, il en donne deux, une le matin et une le soir; le troisième jour, trois, une le matin et deux le soir; le quatrième jour, quatre, deux le matin et autant le soir; enfin le cinquième jour, cinq, deux le matin et trois le soir; et il continue ainsi jusqu'à ce qu'un effet sensible, notable, soit produit sur la circulation : ce qui a lieu ordinairement au bout d'une douzaine de jours. Il interrompt alors la médication pendant dix jours ; puis reprend à doses progressives pour cesser encore , en continuant longtemps ainsi. A mesure que le traitement se prolonge, il augmente la durée des intervalles de repos : de dix jours, il les porte à vingt, à trente, à quarante, et cesse enfin au boot d'une dizaine de mois. Je vous ai donné tous ces détails, messieurs, parce qu'il s'agit d'une médication où l'art d'administrer les médicaments entre pour une très-grande part dans le succès, et parce que le médecin qui a préconisé cette médication est Tun des plus habiles représentants de la grande école de Bretonneau.

Je TOUS ai dit que quelques individus étaient prévenus du retour delenn accès par une sensation particulière qui constituait ce qu'on appelle Vauros On a cité des cas dans lesquels la crise avait été empêchée par une forte compression exercée entre le point de départ de cette aura et les centres nerveux, lorsque l'aura occupait un membre; des faits de ce genre ont été rapportés par les auteurs les plus dignes de foi. On a même imaginé des appareils ingénieux pour faciliter aux malades le moyen d'exercer cette compression énergique* Ainsi un fabricant d'appareils orthopédiques avait inventé pour un jeune homme épileptique, chez lequel l'aura, partant du pono^

gagnait le bras et la tête, une sorte de bracelet de cuir muni de boucles, qui poQTait se passer rapidement au poignet et se serrer avec une excessive énergie. Je doute, messieurs, que ces moyens aient la puissance qu'on leur accorde ; il ne faudrait donc pas trop compter sur leur efficacité.

J*en dirai autant des moyens chirurgicaux mis en usage, et dont quelques* nos me semblent tout au moins inutiles. Ainsi on a proposé non-seulement la cantérisation avec le fer rouge sur le trajet des nerfs que l'aura était supposée soiTre, mais on a été jusqu'à proposer encore la castration dans des cas où l'aura semblait avoir son point de départ dans les testicules. Bien plus, les antenrs d'une singulière théorie, qu'ils ont appelée la théorie du laryngitmet saiyant laquelle l'épilepsie serait due à l'occlusion de la glotte par le spasme des muscles du larynx, de façon, disent-ils, qu'il suffirait d'ouvrir à l'air une voie que les muscles convulsés ne puissent fermer, pour que tous les accidents soient conjurés, ces auteurs ont proposé comme un reniède bien simple,,, h trachéotomie! S'ils n'ont pas la prétention de guérir l'épilepsie, et je m'étonne qu'ils n'aient pas cette prétention , du moins ils ont celle d*en prévenir les accès, d'en détourner les dangers.

J'aurais passé sous silence cette sauvage méthode, si, dans ces derniers temps, elle n'avait eu un certain retentissement. Mais en vous la rappelant ici pour la stigmatiser, ce serait vous faire injure que de croire qu'il est nécessaire d'entrer dans une discussion sérieuse pour vous démontrer l'absurdité d'une théorie aussi étrange, et la barbarie d'une pratique qu'aucun vrai médecin ne sera tenté de suivre.

100 NÉVRArGÎB ÊPÎLEWlPOtlME.

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