‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 8 sur 57 · NÉVRALGIE ÉPILEPTIFORME · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE ÉPILEPTIFORME

comprises sous la dénomination commune de névralgies faciales; mais il ra*a (alla peu d'années de pratique pour en reconnaître la nature. Tandis que celles-d n*a¥aient en général aucune gravité, et cédaient, les unes spontanément, après quelques heures, quelques jours, les autres obéissant à un traitement général ou topique convenablement dirigé, j'ai bien vite appris que celles-là ré&istaient avec une opiniâtreté désespérante à tous les efforts de la thérapeutique; à ce point qu'aujourd'hui encore, depuis plus de trente-six ans que j'ai commencé ma pratique médicale, je ne rai pas encore vue guérir une seule fois sans retour.

Je n'ai pas tardé à m'apercevoir que cette forme, rebelle à toute médication, avait les allures du vertige ou de l'aura épilcptiquef qu'elle en avait la soudaineté, la durée, qu'elle eu avait surtout la presque incurabilité. En la comparant aux vertiges épileptiques accompagnés ou non d'une aura douloureuse, aux attaques du mal caduc, commençant par un membre et y restant bornées, en la comparant à l'angine de poitrine, je ne pouvais ne pas être frappé de l'analogie, de la ressemblance de toutes ces névroses.

Le premier individu que j'ai vu, ou plutôt le premier sur lequel j'ai étudié cette névralgie bizarre dont nous nous occupons ici, était placé, en 1831, dans notre môme salle Saint-Bernard, occupée à cette époque par les hommes, DÛ, comme médecin du Bureau central des hôpitaux, je remplaçais alors mon illustre maître, le professeur Récamier; j'avais l'honneur d'avoir pour interne A. Bonnet (de Lyon), dont la science déplore aujourd'hui la mort prématurée. Le pauvre malade, qui avait été employé subalterne à l'hôpital Samt- Antoine de Paris, était atteint de la névralgie convulsive depuis longues années. Ses accès doraient tantôt quelques secondes seulement, tantôt jusqu'à une minute ; ils se reproduisaient dès que le patient parlait, buvait, mangeait, dès que l'on touchait avec le bout du doigt les quelques dents qui lui restaient; la douleur siégeait dans loutes les branches du nerf trifacial d'un côté, mais surtoutdans la branche sousorbitaire. Déjà il avait subila section de plusieurs cordons nerveux avec un soulagement temporaire, et le mal était toujours opiniâtrement revenu après quelques semaines, quelques mois de répit. L'avulsion de ce qui lui restait de dents ne donna aucun soulagement; les applications longtemps continuées d'une solution de cyanure de potassium ûrent du bien; mais le mal restait toujours là, horrible, insupportable, et je résolus de faire faire la section de la branche sous-orbitaire au point d'émergence. Bonnet pratiqua très-habilement cette opération ; le malade, à l'instant soulagé, fut guéri pendant quelques mois. L'année suivante, je le revis, souffrant de la même façon dans un autre rameau nerveux de la face, avec les mêmes convulsions. Le professeur Roux, autant que je puis m'en souvenir, ût encore la section de quelques nerfs. Enfin, en 18/il, mon collègue dans les hôpitaux, le docteur Piédagnel, retrouvait, dans son service de la Pitié, ce malade qu'il avait connu à trente ans de là, lorsqu'il était interne de l'hôpital Saint- Antoine. Il le retrouvait le visage balafré de blessures chirurgicales ; car le pauvre diable, à bout de souffrances, implorait

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le fecoors da bistouri, qui du moins lai doonait mois de soalagement

Presque à la même époque, je voyais, dans le quartier do de cinquante ans à peu près, qui, depuis Tingt ans. était attôie de h nêmifgie épUeptiforme de la face. Elle avait, chaque joor, dii, TÎBgl, cHt attaques ; quelquefois elle restait un jour, une semaine, m mois, sas fkroxysme. La conTulsion ne durait guère plus d'une minute, cfB*ooca|nitqie le côté gauche du visage ; la douleur éuit atroce. Cette dame n'arait m peu de soulagement qu'en pressant le côté affecté arec ses deux mains, ce de celte pression, continuée |)endant une si kmgne série d'années, était résoilé unaplatissementdu côté droit du visage. Le maxillaire inférieur, l'os de b pommelle, avaient été en quelque sorte écrasés. M. le docteur Lehaudy pratiqua b tion de la portion temporale du nerf trijumeau; il y eut un soulagement tané, mais tout revint cnsnite avec une violence nouvelle dans les aniro branches qui étaient naguère moins douloureuses. Cette triste maladie accompagna celte dame jusqu'à la mort.

En 18/!i6, je voyais entrer dans mon cabinet un homme de dnqiunte-diiq ans environ, semblant appartenir à la classe la plus élevée de la société, fl s'était à peine anis auprès de moi, que tout à coup il se dressa comme sll eAt été mû par un ressort, en portant rapidement les mains sur le côté droit di visage, qui grimaçait convubivement; il se mit à se promener en frappant da pied avec une sorte de rage, gémissant, blasphémant comme un insensé. Cette scène étrange dura une minute, et mon homme se rassit « Monsieur, loi dis-je, avant qu'il eût lui-même dit un mot, je sais ce que vous a?ei; je vous soulagerai peut-être, je ne vous guérirai pas. • Quoique mon entrée es matière ne fût pas de nature à lui inspirer beaucoup de con6ance, il me remercia d'une franchise qu'il n'avait encore trouvée, dit-il, chei personne, et dont il me savait gré : il me conta que depuis plus de vingt ans il était sujet I celte odieuse 'névralgie, qui toujours avait occcupé le même ordre de nerfe, et qui, disparaissant pendant quelques jours, quelques mois, revoiait avec une opiniâtreté désespérante, défiant les traitements les plus divers et les pins énergiques. Six ans après je le revoyais ; il éuit encore dans l'éUt où je l'avab vu p\x ans auparavant; il n'avait pas voulu se soumettre à la médication palliative dont Jn vous parlerai plus tard.

KnOn, nicsMieurs, vous avez actuellement encore sous vos yeux, au n* 8 de noiri* %Mi\ Snintc-Agnès, le malade auquel je faisais allusion tout à l'heure.

Votii nv<'/. M. frnpp^s do l'air de souffrance empreint sur sa physionomie. h\»^u qiril w)\i A^é seulement de quarante-huit ans, son visage est sillonné de i\iU'% |ff ofondf'M, cpii mo sont creusées par le fait des contractions dont les mus* il'« tU'U fff<'f* wMil piTsqiio continuellement agités.

i/- fnsIlM'tiK'iix iioiiN raconte qu'il a toujours souffert des dents, mais que Att\m\n i|iitiif<* m% i*nvlron, HCs.douleurs ont pris une intensité telle, qu*il aété é^à^^ iU* fm trM9(lr<! oiUix* les mains d'un médecin. Des v^çatoires foknts,

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une médicitioii intérieure composée de pilules dont il ne connaît pas la eompositîon, calmèrent momentanément ces névralgies ; toutefois Tamélioratkm ne fat pas de longue durée : un an après, il venait à Paris, où il fut idmis à Tbospice de Bicêtre. Là on le soumit pendant deux mois I un traitement qui consista encore en des applications de vésicatoires volants, saupoudrés de chlorhydrate de morphine. Sorti de Bicêtre, il fut obligé de rentrer à rb6|ùtal de la Pitié ; indépendamment de ses douleurs habituelles, il avait été pris de fièvres intermittentes qui furent coupées par l'emploi du sulfate de quinine, sans que la névralgie fût en rien modifiée. Huit mois plus tard il se fiùsait admettre, pour la seconde fois, dans le même établissement, où il fut soigné par mon collègue M . Marrotte. Le sulfate de quinine, Tiodure de potassium donnés à hautes doses, les vésicatoires avec le chlorhydrate de morphine, les bains sulfureux, la faradisation, les cautérisations au fer rouge sur U joue et le front, ne produisirent aucun résultat

Aussi, à deux mois de là, le vîmes-nous arriver ici. Sa maladie était nettement caractérisée ; j'essayai tout de suite les préparations narcotiques à haute dose qui, dans des cas analogues, m'avaient paru avoir une grande utilité. Je lui prescrivis l'extrait gommeux d'opium, en commençant presque d'emblée par 08^50 (10 grains) que je portai progressivement et rapidement jusqu'à 45 grammes, qui étaient pris dans les vingt-quatre heures. Peu de jours suflBrent pour le soulager. Quatre à cinq mois après, il se trouvait si notable- . ment mieux, qu'il demanda sa sortie.

Cette amélioration ne se maintint pas longtemps. Pendant trob mois le malade n'éprouva plus que quelques attaques modérées de son mal, il put boire, manger, dormir et se remettre à ses occupations de tourneur en cuivre; mais bientôt les accès reprirent leur intensité première. Rentré de nouveau dans nos salles, de nouveau soumis au traitement qui lui avait si bien réussi, il nous quittait encore notablement soulagé.

Cependant, l'année dernière, il revenait à l'Hôtel-Dieu, et était placé dans un autre service, où il fut traité par les mômes moyens que nous avions employés. Toutefois, les douleurs étant moins vives que précédemment, on n'eut pas besoin de porter les doses d'opium aussi loin que nous avions été obligé de le faire. Depuis cette époque il était resté presque un an sans grandes douleurs, lorsqu'au mois d'avril 1860, ces douleurs ayant repris leur intensité première^ le malade entra pour la troisième fois à la salle Sainte-Agnès, d'où il demande de sortir, se trouvant en bon état

Au point de vue de ses antécédents personnels, il a£Brme que jamais il n'a eu d'accidents vénériens; la seule maladie grave dont il ait été atteint est une attaque de colique de cuivre qui le força de cesser momen« tanément son métier : cette attaque fut d'ailleurs très-courte. Vous savez qu'en outre il eut des fièvres intermittentes , mais elles ne durèrent pas longtemps. Quant à ses antécédents héréditaires, il dit ne connaître, dans sa famille, aucim exemple d'affection nerveuse.

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Rdathrement à l'aflcction qui le tourmente depuis de si kmgnes iDnées, i raconte qu'indépendamment de ces accès de douleurs, il éprouve constammeat dans le côté affecté une sensation pénible (|u'il compare aux bauemenis oadl- ^ latoires du balancier d'une pendule, puis dans l'espace de cinq minâtes surviennent sept, huit, dix, quinze crises d'une douleur excessivement aigoS. Partant indifféremment de trois points constants qu'il indique parfaitement, c'crtà-dire des points d'émergence du nerf trijumeau, cette douleur est accompagnée d'une contraction convulsive des muscles de la face; elle est atroce et porte le malade à saisir violemment la partie affectée, à la frotter avec one sorte de rage. Cela le. soulage un peu. Ainhi que je vous le disais tout à l'heoit, ces frictions sont si énergiques, elles ont été si fréquemment répétées, queœ côté du visage est devenu complètement glabre. Les acd*s se répètent noitct jour : une émotion morale, la transition du chaud ou du froid, les éveillait, et ils ne sont jamais plus fréquents ni plus violents que par les temps hunùdei ou par les variations atmosphériques. Ils sont généralement accompagnes d'oie sécrétion plus abondante d'urine. Ces douleurs presque continuelles ont jeté €e malheureux dans un état de crainte perpétuelle ; ses (acuités iatellcctncliesK paraissent d'ailleurs troublées en aucune façon, sa mémoire est parfaitemeol conservée.

Chose remarquable ! lorsque l'usage prolongé de l'opium a calmé souffrances et l'a parfaitement guéri, le malade est averti du retour de crises par des douleurs lombaires, par l'exagération de la sécrétion de la salife (principalement en hiver), enûn par l'apparition d'une éruption prurigineose siégeant surtout dans le dos et lui causant des démangeaisons insupportables

Ses douleurs névralgiques ont toujours occupé la même région, et jamais fl n'a rien éprouvé du côté droit Ses sens fonctionnent régulièrement; cependant toute lecture un peu prolongée lui est interdite, sous peine de voir ses accès se reproduire. Illui su£Bt aussi de mâcher quelquechose dedurpouren provoquer le retour. Sa parole est embarrassée, mais cet embarras provient de ce que, de peur de réveiller ses douleurs, il n ose faire mouvoir sa bouche et faire contracter les muscles de la face. Sou appétit est toujours resté bon ; ses digestions n'ont jamais été dérangées.

Cette fois, comme précédemment, je l'ai soumis au traitement par l'opioni à haute dose, et, sous l'influence de cette médication, la même amélioration s'est fait sentir.

Chez quelques malades, les douleurs névralgiques cèdent peu k peu, et finissent par disparaître pendant deux, trois, quatre mois; puis, lorsque les pauvres patients se croient guéris, la maladie revient avec nue fureur nouvelle , pendant deux, trois et jusqu'à six mois et un an. Tout récemmoit je voyais dans mon c«ibinet un cabaretier de Meaux qui m'était adressé par mon honorable confrère M. le docteur Charpentier : il avait, quand je le vis, des attaqua qui duraient de quinze ù vingt secondes, et qui revenaient à des intervalles de deux ou trois minutes au plus. Lorsqu'elles cessaient, et elles cessaient

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^ttdqiiefois pendant deax et trois mois, la guérison était absolue, en ce sens que le nerf maxillaire inférieur, qui était le siège de la douleur, était tout à fdt insensible.

Mais dans les cas malheureusement les plus nombreux, le soulagement est tDOomplet, lors mêmequ*il n'y a pas d'accès depuis plusieurs mois, le malade conservant toujours un intiment un peu douloureux au point d'émergence do nerf affecté.

Quelque analogie que l'on observe entre la névralgie épileptiforme dont je suis cfibrcé de tracer le tableau, et l'épilcpsie véritable, je ne puis pourtant dissimuler qu*il n'y a entre ces maladies qu'une grande analogie et non lioint identité. En effet, quand on voit survenir chez un individu des vertiges oo des aura épileptiques, il est rare que la grande attaque ne s'observe pas quelqodois, il est rare surtout que l'intelligence ne soit pas légèrement troublée pendant et après le vertige. Or jamais encore» dans les attaques de névralgie épUeptiforme , je n'ai constaté la moindre altération de l'intelligence.

Cependant, messieurs, quelques faits recueillis dans ma pratique sembleraient doDoer à penser que, dans quelques cas, la névralgie épileptiforme est une des manifestations de l'épilepsie véritable.

Je donnais des conseils à un confrère de province atteint de tic douloureux ; pendant bien des années, nous luttâmes avec énergie contre cette terrible aflection, et, dans les derniers temps de la vie du pauvre malade, il y eut de fèritables accès d'épilepsie.

Encore maintenant, AJ. le docteur Beyiard , mon ancien chef de clinique , et moi, traitons nn Américain qni, depuis plus de trois ans, a des accès de névralgie épileptiforme borriblemenl douloureux, et des attaques cgmitiales très-bien caractérisées.

Peut-être dans ces deux exemples n'y a-t-il que simple coïncidence; mab, si la véritable épilepsie se rencontrait plus souvent liée à la névralgie dont nous nous occupons, il faudrait sé|>arer moins que je ne l'ai fait les deux affections, et voir entre elles une sorte de parenté.

J'avoue que j'ai négligé, dans l'histoire des malades, la recherche des antécédents héréditaires ; mais si,, comme pour l'épilepsie, on trouvait dans les funilles, des aliénés, des ataxiques, des hypochondriaques, il faudrait peut-être nnger la névralgie épileptiforme à côté du mal comitial, et considérer ces deux maladies comme l'expression de la même cause.

Bien qu'en raison même de sa nature, la névralgie épileptiforme doive être considérée comme presque incurable, je me suis toujours fait un devoir d'employer, ponr la combattre, les moyens thérapeutiques les moins inefficaces et les plus énergiques dont je pouvais disposer. J'y étais d'ailleurs encouragé par les exemples très-authentiques, quelque rares qu'ils fussent, de gnérison do mal comitial.

Les moyens chirurgicaux dont je contestais tout à l'heure et dont je conteste encore Tutilité quand il s'agit de \aura epileptica^ les moyens cbirurgi-

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eaux rendent quelquefois ici de réck senices. Vous comprenes font d« ni la raison de cette diiTércncc. Dans l'aura, rien ne nous dit que la sensaïkii passe dans un nerf plutôt que dans un autre, tandis que dans la néTralgî épileptiforme la localisation du mal est facile à saisir. Aussi la section desneil affectés, dans les points où ils peuvent être atteints sans péril, donne proqji certainement un soulagement immédiat. Mais je me hâte de le dire, m\ n'hésite pas à conseiller cette section des branches douloureuses du ncif tri facial, je ne compte pourtant pas sur un succès durable ; et lors m&ne qw pendant un temps assez long, je Terrais le malade en meilleur état, je craii drais toujours les retours de son affection. J*ai cru autrefois, comnae beracooi d'autres, à l'entière efficacité de ce moyen thérapeutique; en vieillissant, j*! malheureusement perdu mes illusions à cet égard.

En 1836, un M. N...., employé au ministère des finances, vint mecot sulter pour une névralgie épileptiforme dont le point de départ était dansi langue. L'aura se manifestait d'abord dans la moitié gauche de cet organe, c de 15 gagnait les lèvres, tout le côté correspondant de la face, accompagnée d douleurs horribles et de légères convulsions. Je mis en œuvre tous les agent stupéfiants les plus énergiques. Les applications directes d'extrait de beDadon et de datura stramonium, les vésicatoires recouverts de sels de morphine l'usage interne des stupéfiants à doses très-élevées, amenèrent un soulagerocn temporaire; mais le mal revenait avec une opiniâtreté désespérante. Je résoloi de faire la section du nerf lingual. Cette opération n'était pas sans périls d sans difficultés ; je résolus d'éviter au moins le danger, et je procédai de la manière suivante :

Une «aiguille ronde et recourbée fut armée d'un fil d'argent, je saisis b langue par le bout, en interposant du linge entre mes doigts et Torgane douloureux, puis j'introduisis l'aiguille par la partie inférieure et je la fis ressortir par la face supérieure ; réunissant alors les deux fils, de manière à ooo prendre dans l'anse le côté gauche de la langue , je plaçai ces deux fils dans un petit serre-nœud à écrou, que le malade, de cinq minutes en cinq minniei, serrait un peu.

Le premier temps de cette petite opération ne fut pas très-douloureox, et la pression successivement augmentée, produite par le serre-nœud, le fut beaucoup moins que je ne l'avais supposé. Cinq heures suffirent pour couper complètement la partie considérable de la langue qui était comprise dans Panse du fil ; cela se fit sans la moindre hémorrhagie.

Dès que la compression commença à être un peu énergique, tonte owiti douloureuse cessa de se faire sentir; il n'y eut plus que la douleur inséparable de la section progressive de l'organe. Quand tout fut terminé, il n'y avait plus de douleur, et le malade se croyait guéri. Les choses allèrent au mieux pendant près d'un mois. Je me félicitais d'un succès sur lequel^ à vrai dire, j'avais un peu compté ; mais bientôt de petits éclairs de douleors se roani* festèrent à la lèvre supérieure, du même côté, conservant toujours le cinctère

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épifeplifonne : !k étalent accompagnés de petites grimaces saccadées, durant noiiis d'ane minate.

Peu de jours s'étaient à peine écoulés, que le mal commença à s'étendre à h lèrre inférieure, aux deux arcades dentaires, aux nerfs sous-orbitaire etmeutonnier; quoique l'attaque fût en définitive infiniment moins douloureuse, die n'en existait pas moins, et elle se reproduisit pendant plusieurs années; après quoi le malade ayant quitté Paris, je le perdis de vue.

Mon excellent collègue M. le professeur Nélaton ne fait plus seulement la lection du nerf, il en enlève une partie, dans une étendue d'un demi-centimètre. n m'a souvent affirmé que, par la névroiomie ainsi pratiquée, il avait obtenu deox guérisons solides. Il est vrai que deux années ne s'étaient pas encore écoulées lorsqu'il m'entretenait du succès de ses deux opérations.

Est-ce donc à dire, messieurs, qu'il ne nous soit jamais donné de soulager, de telle manière que ce soulagement puisse équivaloir à une sorte de guérison? Je vous confesse ici tout baut que je n'ai jamais guéri un seul malade, un de ceux du moins que j'ai pu suivre pendant quelques années; mais j'ai rendu h Tie tolérablc à quelques-uns, ainsi que vous avez pu le constater vousmêmes cbez l'individu qui est encore dans notre salle, et dont je vous racontais tout à l'heure l'histoire.

Voici par quels moyens. Je dirai tout de suite que la belladone, qui, dans les grandes formes convulsives de l'épilepsic, nous rend quelques services, la belladone ne peut presque rien dans la névralgie épileptiforme, tandis que ropinm procure incontestablement du soulagement.

Une vieille dame d'Anvers mefitl'honueurdeseconfieràmes soins, en 1865; elle était atteinte d'une névralgie épileptiforme de la face depuis plus de dix ans. Elle avait d'abord des douleurs assez légères, mais toujours passagèi*es, dans le trajet de l'un des rameaux du trifacial ; plus tard, ces douleurs avaient prb une intensité considérable, et des traitements divers étaient restés inutiles. Les accès névralgiques duraient depuis quelques secondes jusqu'à trois minutes ; ils commençaient tantôt par le nerf sous-orbitaire, tantôt par le mentonnier, tantôt par le sus-orbitaire. Le mal irradiait rapidement dans les ^toÊB rameaux, et, lorsque le paroxysme était à son summum de violence, les BMscles du visage grimaçaient convulsivement. La pauvre dame avait quel- ▼iogC accès par heure, qui revenaient à l'occasion du moindre mouve- Me ne pouvait parler, tousser, manger, boire, sans être prise d'un atrocement douloureux. Pour modérer la douleur, elle portait fa main au visage, qu'elle pressait avec violence, faisant mouvoir itÊûB. Quand la douleur était plus aiguë, elle se dressait avec une parcourait son appartement en frappant du pied et en '^•teements ; c'en était arrivé au point qu'elle était de- < Tfrisins, qu'elle réveillait la nuit.

ndant huit, quinze, trente jours, et même me nouvelle fureur.

108 NÊVB ALGIE ÊPILEPTIIOIME.

Ce qui! y avait de remarquable, c*est que la douleur disparusBiit OQin|ilètement après chaque paroxysme, à cela près d'un sentiment d'engourdi»ment qui n';ivait d'ailleurs rien de pénible.

Je ne veux pas dire tout ce qui avait été essayé. MédicatkiDS dîtes rifMinellns, médications empiriques, avaient eu tontes le même résaltat M. le dateur Sommé, d*Anvers, avait fait la section du nerf sous-orbiuire. Cette opération avait amené une guérison apparente; mais peu de mois s'étaient éonKi^ que le mal revenait comme auparavant.

Après avoir repris avec méthode et persévérance plusieurs médicalioiB qn me semblaient n'avoir pas dit leur dernier mot, je restais désanné dévasta mal si violent, si opiniâtre. Je résolus cependant de tenter un remède pal&tit qui devait donner des résultats plus notables, s*il était supporté. Je choiÉ l'opium; j'y étais invité par le soulagement très-évident que j'avais oblao, chez cette dame et chez d'autres, de l'application des sels de morphine sork derme dénudé.

Je donnai d'abord la morphine à l'intérieur, en commençant par des dont assez élevées, 15 à 20 centigrammes par jour, bien résolu d'éleTer ces doaa, si les premières étaient bien supportées. J'arrivai ainsi, en moins deqoiae jours, à donner chaque jour jusqu'à quatre grammes {un gros) de sulfate de morphine. L'amélioration était immense ; c'est à peine si dans le ooaraBt de la journée il y avait de petits éclairs de douleur obtuse dans les oordoM nerveux du trifacial. Les fonctions digestives étaient peu troublées, lesfonctîosi intellectuelles restaient en bon étau Mais il se présenta une grande difficollé: la malade avait une fortune bornée, le prix énorme de la morphine la mettait presque dans la misère; j'eus recours à l'opium ; dans l'espace d'un an, de en consomma pour douze cents francs. C'était encore trop. Elle recommençait à souffrir dès que, pendant huit ou dix jours, elle cessait d'employer le médicament, et de nouveau elle se voyait dans la nécessité de réduire une dépense à laquelle elle ne pouvaitplus faire face. J'obtins alors d'un phannades qu'il consentit à lui céder de l'opium brut au prix du commerce de la droguerie, et ainsi elle ))ut acquérir à la fois, au prix de hO ou 50 francs, lu kilogramme (2 livres) d'opium brut. Elle en faisait elle-même des bols d'in gramme, et elle en prenait, suivant la nécessité, cinq^ dix, vingt par jour.

Il est assez remarquable que ces doses énormes d'opium ne troublaient pas notablement la digestion ; il n'y avait pas de somnolence, et, pendant la màij le sommeil venait comme à l'ordinaire. Pendant plus de six ans, j'ai tu cette dame de temps en temps, et j'ai pu constater les effets thérapeutiques suivants. Elle restait quelquefois un, deux, trois mois, sans attaques; elle suspendait alors l'opium, après eu avoir graduellement diminué la quantité i mesure que les douleurs diminuaient elles-mêmes et s'éloignaient; puis la névralgie épileptiformc revenait tout à coup avec une violence noQYelle; alors d'emblée elle prenait, dès le premier jour, jusqu'à 15 et même 20 grammes d'opium brul, et se maintenait à cette dose jusqu'à ce que les accidentsse fussent

NÉVRALGIE ÊPILEPTtPORHiK. i09

; dès que les accès s^étaient éloignés et atténués, elle diminuait encore HqBantité de l'opiam, parce qu'elle ne pouvait plus le supporter à cette dose éprouver des nausées et beaucoup de malaise. Peu de jours suffisaient amener la malade à un état fort supportable, je dirais presque à une si de petites douleurs n'étaient venues de temps en temps Tavertir n'était pas guérie; on continuait l'opium, et enûn elle arrivait à ne plus da tout pendant un temps plus on moins long. 'iSi'opiinn donnait donc un soulagement immense, mais non une complète

Eison, et, je le répète, depuis que mon attention est fixée d'une manière expresse sur cette espèce de névralgie, je n'ai jamais vu un cas de guédnrable.

Cést donc à l'opium que j'ai toujours recours maintenant; c'est à lui ^fw je me suis immédiatement adressé chez notre homme du n*" 3 de la salle flrinte-Agnès; et, en peu de jours, comme vous l'avez vu, je suis monté |ttqpi*à 10 et 15 grammes d'extrait tbébaîque. Mais je trouve souvent des ■Éhdes qui s'effrayent d'un remède aussi énergique, d'autres qui n'en peuvent niiporter, sans vomir, des doses suffisantes.

An commencement de l'été 1852, le même jour, par un hasard singulier, Ji recevais dans mon cabinet deux vieux officiers, tous deux atteints depuis es années d'une névralgie épileptiforme : l'un m'était adressé par M. le nr Ç^llon (je vous raconterai son histoire tout à l'heure) ; l'auire venait moi de la part d'une personne que j'avais guérie d'une névralgie simple et par un traitement fort simple aussi. Les accès revenaient à peu près toutes ha dix minutes, et duraient quarante ou cinquante secondes; ils occupaient le nerf mentonnier et le nerf sous-orbitaire, accompagnés de petites secousses convulsives dans tout le côté du visage aff^ecté. Je proposai l'opium ; le malade ùat^ dès le premier jour en prendre à peu près 20 centigrammes (quatre grains) dMaés en quatre pilules, dont le nombre serait augmenté chaque jour, jusqn*à ce que les douleurs fussent notablement réduites en durée et en violence.

Il fallut à peine 20 centigrammes pour produire beaucoup de somnolence, des nausées, de l'inappétence; mais les accès diminuèrent immédiatement et devinrent très-supportables. J'augmentai la quantité de l'opium, que je portai à 50 et même «i 75 centigrammes par jour. La névralgie fut merveilleusement modifiée; mais le médicament troublait tellement les digestions, et jetait le malade dans un état d'engourdissement si pénible, que je ne pus en augmenter lea doses de manière à faire complètement disparaître la névralgie.

Ainsi que je vous le disais tout à l'heure, je voyais le même jour un officier en retraite qui m'était adressé par M. le docteur Pillon.

J*extrais les détails suivants de l'observation que M. le docteur Pillon fils a eo la bonté de me remettre.

M. M..., âgé de cinquante-quatre ans, avait fait la plupart des campagnes d'Afrique, et avait eu des fièvres intermittentes rebelles et des accidents gastriques assez sérieux ; à cela près, sa santé avait toujours été bonne,

110 NÊTEALGIE ÉriLEPTIFOnUE.

En iSUSf il ressentit pour la pn niièrc fois, dans la joticdroitc, des donkns d*abord peu accuHées, avec une sensation alternative de cbaleor el de {mvmillements ; leur siège était variable : tantôt leur maximum d*icaité élait ven la région de la dent canine, tantôt vers la région mentonnière; leur durée varkl de quelques secondes à deux ou trois minutes.

Peu à peu ces douleurs prirent les caractères qu'elles avaient lonque b malade me fut adressé : les accès étaient plus ou moins fréquents, makapfi* raissaient toujours avec la même instantanéité, arrachant des phintes m malheureux patient, le solliciuint à se cramponner aux objetsqui rentouraîaii tous les muscles de la face du côté affecté se contractaient avec viuliafl^ entraînant tous les traits à droite ; puis, après douze à quarante secondes, h douleur, qui avait été horriblement violente, cessait aussi brusquement qa'dk était apparue; le malade reprenait son sourire interrompu et le fil desaeoa* vcrsation, puis il jouissait de la plus parfaite tranquillité pendant nn temps qri variait depuis un quart d'heure jusqu'à plusieurs heures.

Quelquefois la maladie prenait une forme un peu différente; presque oas cesse, durant plusieurs heures, plusieurs jours, il n'y avait pas d'accès véri* tables, mais seulement de petits avertissements, de petits élancements, d'aotaat plus fréquents, qu'ils étaient moins nettement dessinés.

M. le docteur Pillon, en souvenir d'une ûèvre palustre peut-être contradés en Afrique, donna le sulfate de quinine à haute dose sans aucun avantigsi puis l'électricité fut employée par M. Ducbennc (de Boulogne), le galvanisaM par If. Delacroix ; mon honorable collègue, le professeur Chomel, prescrivit de la poudre de Dover, et d'autres médecins conseillèrent les pilules de MégGBt la valériane, la belladone, le cyanure de potassium.

Rien ne réussit

C'est dans ces circonstances que je vis le malade. A cette époque, ses accès avaient pris une fréquence et une acuité qui rendai^t son existence woÊà horrible que possible ; son appétit se perdait, et chaque fois qu'il essayait de prendre quelque nourriture, les mouvements nécessaires I la mastication déterminaient les douleurs les plus atroces; l'intervalle de ses accès était tout an plus de quelques minutes: M. Pillon en put compter dix-sept pendant ans heure qu'il passa auprès de IuL La vie lui était insupportable, et des idées de suicide traversaient quelquefois son esprit

Je résolus d'employer l'opium I haute dose. Dans hi première quinxalneds Juin, le malade prit chaque jour &0 à 50 centigrammes d'opium brut ; il en prit 60 dans la seconde quinzaine; do 1" au 15 août, il arriva k 80 centigrammes. Pendant tout le mois d'août que les doses furent continuées, les accès devinrent très-rares, surtout très- faibles; la vie était devenue supportable; mais uœ diarrhée violente, une céphalalgie opiniâtre, des nausées continuelles, foroèrcnt à interrompre le traitement

Nonobstant cette interruption, l'amélioration produite par ces doses tui modérées d'opium se continua jusqu'à la Gn du mois d'octobre. A celte époque,

NÉTRAL6IB fPlLEimPORl». 111

il B*y avait plus que dix ou quinze accès par jour au lieu de quinze ou dix-hait pir heure, et dans la nuit il u*y en avait plus que trois ou quatre.

Ce ne sont pas là de beaux résultats, mais cnGn ce sont des résultats coinfendTenoeot heureux. De tous les agents thérapeutiques que j'ai employés, et f en ai employé un bien grand nombre avec une extrême persévérance, repinm est donc celui qui m*a donné le moins de mécomptes.

Hab, rappelez-vous bien ceci, messieurs, Topium, dans le traitement de la ■êfn^e épîleptiforme, doit être administré à hautes doses, et ces doses n'ont liîpide nettement déterminé ; elles doivent être telles que les douleurs soient I, et elles peuvent être augmentées tant qu'elles n'amdnent pas d'acci-

On p^ut dire comme règle générale, que les mêmes doses qui, dans l'état Mnnal, donnent lieu à des troubles fonctionnels fort notables, sont au con- Mire d'autant plus facilement supportées, que les douleurs sont plus vives. By a ensuite des dispositions individuelles qu'il est impossible de connaître à rt?ance et qui peuvent empêcher absolument d'administrer l'opium à doses idBsantcs.

L'excitation électrique superGcielle a, entre les mains AI. Duchenne (de Boulogne), rendu de grands services dans le traitement de cette névrose si lebdle(l). On obtient quelquefois un soulagement presque immédiat; mais «albeareusement cette importante médication est le plus souvent impuissante I joalager la névralgie et à en prévenir le retour.

(1) De Véleclrisation localisée et de son application à la pathologie et à la tkéra* pewtique, 2« édit. Paris, 1861, p. 959.

112 CO^TTLSin^fS DE L'ENFAHCt.

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