‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 13 sur 81 · VARIOLE CONFLUENTE · texte numérisé non relu

VARIOLE CONFLUENTE

avec la production d'autres hémorrliagies, h6mon*hagies nasales, buccales, bronchiques, intestinales, hémorrhagies sous-cutanées, dans ces formes terribles que les anciens ont décrites sous le nom de varioles noires {variolœ nigrœ) .

Plusieurs d'entre tous, messieurs, doivent avoir encore présents à Tesprit deux faits de cette nature que nous observions en 1860, dans le service de nos collègues MM. Legroux et Pelletan. Ceux qui en ont été témoins ont vu chez ces malades des hémorrhagies par le nez, par la bouche, par les yeux, par Fanus, par l'urèthre, par tous les émonctoires, en un mot, accompagner une éruption sous-cutanée, générale, d'une effroyable intensité, d'un rouge violacé, lie de vie, telle que les individus semblaient avoir été trempés dans des cuves remplies de marc de raisin.

Vous vous rappelez que quelques-unes des pustules étaient colorées en rouge noir par le sang qui les remplissait, et vous avez été surtout frappés du petit nombre de ces pustules, bien que la date de leur apparition^ dans les premières quarante-huit heures de l'invasion de la fièvre, ne laissa aucun doute sur Texistence d'une variole conflucnte.

Quelques années auparavant, en 185i!i, nous avions eu dans notre salle des exemples analogues. Mais tandis que dans ces cas, sur lesquels je reviendrai quand je vous parlerai des éruptions morbilliformes et scariatiniformes de la variole modifiée, tandis que dans ces cas les accidents, qui d'ailleurs furent loin d'avoir la même intensité, n'eurent pas de suites fâcheuses en raison de ce que nous avions affaire à des varioles modifiées par une vaccine antécédente, 0 n'en fut point ainsi chez les deux malades auxquels je fais allusion. Ces malheureux, pris de délire, d'agitation, de fièvre excessive, succombèi-ent rapidement dès le début de leur maladie.

Chez les petits enfants, la variole offre dans son début, dans sa marche et sa terminaison, des particularités importantes à noter.

La durée de l'incubation varioleuse est la môme que chez l'adulte, c'est-àdire de neuf à onze jours. Si les prodromes passent souvent inaperçus parce que le petit malade ne peut rendre compte de ce qu'il éprouve, le clinicien expérimenté devra cependant toujours redouter l'éruption de la variole, dans les cas où il verra survenir l'accélération du pouls, des vomissements, de la diarrhée, de l'agitation des convulsions ou du coma, chez un enfant non vacciné et dont l'état morbide antérieur ne donnera point une raison satisfaisante de ces symptômes nouveaux. Deux ou trois jours après avoir constaté ces épiphénomènes, on constate une éruption discrète ou confluente. Cette éruption varioleuse se fait par jetées successives sur la surface de la peau ; discrète en un point, elle se montre au contraire confluente là où il existe une cause d'irritation antérieure, ainsi aux fesses et sur toutes les parties qui sont irritées par le contact des nrines ou des langes. Le développement des pustules ne diffère guère du développement que nous avons étudié chez l'adulte, cependant l'anomalie dans la marche de la maladie est d'autant plus à craindre que le siyet est plus jeune. Ainsi, il n'est pas rare chez les eniants de nn, deux ou trois mois, de voh: l'érup-

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t» s'éteindre dès le pranicr joar de lapparitioa de» papales; la «irlaccdo carps est alors d'une grande pilenr, et les boutons lariolem ont une Icinle opaUne. D*aatres km^ et cela a lien sariout lers le drasîème, le troiaûèiDe et qnatrièoie joar de rémption, les boolons de la lariole ont une teiaie béonr* rfaa^iqae, présage d'one terminaisoo lonestc et prochaine ; alors les maladfs restent assoapb, leor poab devient petit, filiforme, irrcgolîer, et ils meureat sans ^onie. D'antres fois, aaaitût aprà le débat de Fémption, dis prennent le sein avec appétit, lear peaa reste chaude, leur pools encore on peo fréquent, mais régulier, et ils supportent bien la fièvre de matnratJOD. S*ib ont plus d'un an, ib peuvent guérir ; mais s'ib n*ont qne quelques mob. ils meurent presque toujours. La mort arrive le quatorxîéme, k quinzième jour, au moment où on les croyait en voie de guérison ; dans ces cas ils succombent encore sans agonie, ou après avoir en une ou deux attaques de convulsions.

Ces remarques prouvent combien il (aut être réservé dans le pronostic de la varifjle de Teniuice, Ion» même que tout autorise en apparence à ne point redouter une terminaison funeste. En général, la variofe conflnenic et même la f ariole discrète sont presque toujours mortelles chez les individus âgés de moins de deux ans ; ils peuvent être emportés sans avoir présenté aoconc do complications qui, chez Tadulle, sont d'un pronostic si Ôchenx. La moit arrivant dans les premiers jours parait être le lait de Tinloxicatiott produite par le fins varioleux. Arrivant plus tard, vers la troisième semaine, elle parait être la conséquence d'une lutte prolongée qui a épuisé toutes les iorccs du malade. Ai-je besoin de vous rappeler que dans la variole discrète, chez reniant, la diarrhée n*est point un symptôme grave, qu'elle semble être au contraire im phénomène lavorable au même titre que la transpiration chez Taduite; que, dans la variole confluente, elle remplace la salivation, et cesse spontanément lorsque apparaît la tuméfaction des pieds et des mains. Les petits eofrnts qui ne succombent point présentent souvent , de même que Tadahe , de nombreux abcès à la surface du corps.

Comme c'est dans les salles d'hôpiuux que Ton est exposé, plus qoe partout aiOeurs, à contracter la variole (vous on comprenez la raison), la première chose dont le médecin doit s'enquérir, est de 5a\oir si les enfants qui loi arrivent ont été vaccinés ; et lorsqu'ils ne l'ont pas été, son premier soin, à moins de contre-indications positives, doit être de les vacciner.

Après vous avoir eiposé ce que j'avais k votis dire de la variole Traie, discrète ou confluente, il me reste à vous parler de son traiiement. Je serai nécessairement bref sur ce point de la question, car, dans les fièvres éroptivcs, la médecine a rarement lieu d'intervenir énergiquement. Ces maladies ont ose marche naturelle^ fatale, déterminée, et ce qui est vrsi pour la rougeole, pour la scarlatine, l'est encore plus pour la variole dont les périodes sont aottenwnl tranchées, ponr ainsi dire mathématiquement limitées, suivant qa'elle est discrète ou cooduente;

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Gélicralonicnt bénigne, la variole discrète doit âtre généralement aussi abandounée à elle*niênie. On se contentera de presaire au malade des boissons rafraîchissantes, des lisanes légèrement acidulées, telles que des limonades, des orangeades, deTeau de groseille, etc.

La variole confluente ne réclame pas malheureusement un traitement bien différent. Si dans ces deniiers temps on avait vanté l'emploi de certaines médi* cations, les faits apportés à l*appui sont loin d*ôlre concluants. Quant à nous, à moins de complications comportant des indications spéciales, nous nous bornons h donner à nos varioicux les tisanes acidulées avec Tacide sulfurique quo ooDscillaieni Sydcnham et van Swietcn, à litre de médicaments antiseptiques.

Lorsque les accidents cérébraux sont considérables, ici comme dans la scarlatine, moins pourtant que dans la scarlatine, les bains, les aflusions froides, ont rendu de réels services. Ces bains, ces lotions, non plus froides, mais à une température modérée, peuvent jouer un certain rôle parmi les moyens hygiéniques auxquels on doit attacher une grande importance dans le traitement de la variole. — Déjà nous avons vu que quelques praticiens baignaient fréquemment leurs malades pour combattre Tinfection putride que peut occasionner Técoulement et la stagnation du pus varioleux sur la surface dti corps. Il est bon également de les changer fréquemment de linge, et sans aller, comme le prescrit van Swieten, jusqu'à avoir soin d'exposer ce linge aux vapeurs de substances aromatiques pour enlever Todeur du savon et de la lessive, on ne saurait cependant apporter trop de précautions dans cette opération. Toutefois c'est à tort que l'on s'exagérerait la crainte d'exposer au froid les vnrîolcux. Une erreur, contre laquelle s'élevait Sydenham, est de croire que les individus atteints de fièvres éruptives doivent être tenus dans une haute température; rien n'est aussi dangereux que ce préjuge vulgaire, suivant lequel CCS malheureux sont calfeutrés dans une chambre que l'on ose à peine aérer, et écrasés sous le poids de leurs couvertures. Le froid est moins à redouter que cette excessive chaleur; pour cette raison, Sydenham défendait de trop couvrir ses varioleux, et même, dans la variole discrète, pendant le temps chaud, en été, il ne les retenait pas au lit; bien plus, Cullen et StoU voulaient qu'ib fussent exposés à un air modérément frais.

La diarrhée, dans la variole confluente, est un phénomène terrible quand elle persiste vers le huitième, neuvième, dixième jour; elle doit être combattue par l'opium donné à petites doses, mais la constipation doit également être évitée. C'était l'opinion de Sydenham, de Freind, de Lobb, d'Huxham, de bien d*aatrcs. Morton lui-même, qui redoutait tant le flux de ventre, conseillait cependant l'emploi de lavements et même des cathartiques, lorsque te malade n'allait pas à la garderubc et que la réaction était trop considérable, lorsque aofsi il voulait exciter une crise salutaire, dans les cas où, la salivation cessant» le gonflement des extrémités ne se faisait pas.

Dans la variole, comme dans la fièvre typhoïde, nous nous Irouvom bien de ne pas tenir nos malades à une diète trop absolue; nous les aUmentoos à

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l'aide de bouillon de viande, de potages gras ou maigres, bien entendu, de potages légers et donnés en petite quantité, ^ diverses reprises, dans le coaraot de vingt-quatre heures.

§ 3. — Ne diffère pas de la variole dans son essence. •— Mais diffère de la varicelle. — Bien connue avant notre époque. — Identique avec la variole à la période d'invasion. — Éruptions scarlatinifonnea et pétéohiales au début. — Varioles noires. — Modes spéciaux de dessiccation. —Rarement dangereuse.

Occupons-nous maintenant, messieurs, de la variole modifiée.

Dans ces derniers temps on a avec raison désigné sous les noms de douleurs rhuroatoTdes, d*exsudations diphthéroîdcs, des douleurs et des exsudations qui ressemblaient aux douleurs rhumatismales et aux exsudats dlphthériques, voulant par ces dénominations nouvelles montrer qu'il existait seulement une analogie dans les manifestations et non une identité dans la nature des maladies; ainsi on a pu nommer rhumatoTdes les douleurs de la syphilis, diphthéroTdes les exsudats pultacés de certaines inflammations des membranes muqueuses de la bouche et des organes génitaux, qui ne sont point la conséquence de la maladie générale dite diphthéric.

Si Ton a eu raison de dénommer ainsi les accidents dont nous parlons, ce serait à tort que nous consen^erions à la variole modifiée la dénomination de varioloîde, car ce serait permettre de supposer, ce qui n*est pas, que la varioloîde est différente dans sa nature de la variole. Nous substituerons donc désormais au mot varioloîde Texpression de variole modifiée, La variole modifiée a été observée depuis longtemps; ceux de vous qui voudront lire les histoires des varioles anomales dans Sydenham, le long et intéressant chapitre sur la variole des Commentaires de van Swieten, les Insfitittes de Borsieri, se convaincront facilement que, bien avant l'invention de la vaccine, on voyait des individus prendre des varioles présentant tous les caractères des varioles modifiées que nous observons de nos jours. Elles se montraient chez ceux qui antérieurement avaient eu la variole, soit qu'elle leur cât été communiquée par contagion, soit qu'ils eussent été inoculés, soit môme qu'ils eussent contracté la maladie dans le sein de la mère, in utero, fait aujourd'hui péremptoirement démontré et parfaitement connu des anciens. On ne saurait trop lire et relire l'intéressant passage des Comment taires de van Swieten aux Aphorismes de Boerhaave, dans lequel, en discutant les questions de récidives de la variole, l'illustre médecin de Ylemie signale plusieurs espèces de ces varioles modifiées, bâtardes, qu'il désigne sous le nom de variolœ spuriœ, bien que, sous ce nom, il ait confonds indifleremment la varicelle avec la variole modifiée, maladies cependant essentiellement différentes l'une de Tautre.

Cette dernière, en effet, n*est rien autre que la variole elle-même, modifiée

soit par une variole, soit par une vaccination antécédentes; la varicelle, an contraire, nous insisterons sur ce point lorsque nous en parlerons, est une maladie spéciale, spécifique, n'ayant aucune parenté avec Tautre.

Il est facile d'arriver à la démonstration de ces deux faits. Quand nous étudierons la varicelle, nous verrons que jamais elle n*engendre la variole, pas plus qoe U variole n*engendre la varicelle. De plus> la vaccine n*a aucune action pré%'entive sur la varicelle.

Pour la variole modifiée, au contraire, il n*en est plus ainsi ; qu*un malade atteint de variole légitime, discrète ou confluente, entre dans une salle où se trouvent des individus vaccinés, mais ne jouissant plus de l'immunité vaccinale d'une manière suffisante, ces individus pourront prendre la variole, mais elle se présentera avec des allures différentes de la variole légitime; ils auront la variole oMMlifiée. Réciproquement, un malade aiïecté d'une variole modifiée, la plus simple, la plus bénigne, se trouvant en contact avec un individu qui n'a jamais eu la variole^ qui n'a pas été vacciné, celui-ci pourra prendre une variole, non plus modifiée, mais une variole légitime discrète ou confluente ; et cet individu transmettant à son tour à un troisième la contagion varioliqne, ce troisième prendra la variole qui sera légitime ou modifiée, suivant qu'il se trouvera dans les conditions du second ou du premier malade.

Ces faits, vous en avez été témoins; à eux seuls, ils suffisent largement pour dunner la démonstration rigoureuse, incontestable, de l'identité absolue de la variole modifiée et de la variola Cette démonstration, on peut d'ailleurs l'obtenir plus directement encore.

Plusieurs fois une impérieuse nécessité m'a forcé de pratiquer Tinoculation, braque, dans mon service d'enfants à rb6pital Necker, et ici, en quelques cirooDstances, manquant de virus vaccin et la variole sévissant dans les salles, j'eqiénispar lii donner, à ceux à qui je l'inoculais, la maladie plus bénigne qu'ils ne Tançaient peut-être prise au contact des varioleux. On comprend qu'en pareil cas je n'inoculai jamais que le virus d'une variole modifiée aussi discrète que poasible. Or, malgré cette précaution, je communiquai toujours des varioles discrètes, il est vrai, mais des plus légitimes; elles étaient si légitimes, que si quelques jours après leur guérison, — j'ai voulu faire la contre-expérience, — j'essayais d'inoculer le vaccin à un bras, tandis qu'à l'autre j'inocobis du virus varioleux, l'enfant restait réfractaire à l'un comme à l'autre* le vaccin ne se développait pas plus que la variole ne se déclarait de nouveau. L'individu avait perdu l'aptitude à contracter la maladie, qui, de même que les autres fièvres éruptives, ne sévit qu'exceptionnellement deux fois sur un même sujet

La variole et la variole modifiée sont donc bien identiques, puisqu'elles s'engendrent réciproquement.

Dans les vingt-cinq premières années de ce siècle, l'existence de la variole modifiée était presque contestée. Cependant, à l'hôpital des varioleox de Londret, onrecevait de temps en temps des individus qui dlsaiit noir élé' vaoeiBis» ti

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Jenncr avoue lui-nièmc en avoir vu quelques-uns; mais comme alors on voulait que la vaccine ne pût jamais faire défaut, on prétendait que ces varîoleDS avaient été mal vaccinés, et leurs varioles passaient pour être i^îlimes. Il fallut enfin se rendre à Tévidence, lorsque, vers 1822, on vit des épidémies de variole frapper des populations qui avaient été vacciuées, lorsque, Irob ans plus tard, ces épidémies gagnèrent Paris, où depuis ces dernières années elles régnent presque coutinuellcinent.

L'influence qu'exerce sur l'économie le virus varioleux^ les modificiitions qu'il imprime à l'organisme, étant néc^essairement subordonnées b b prédisposition acquise par cet organisme sous l'influence d'une variole, ou^ ce qui revient au même ])ar le fait^ sous l'influence d'une vaccination antécédente, il en résulte nécessairement qu'une seconde inoculation variolique produira sur l'économie des effets variés, proportionnés au degré d'immuuité qui lut aura été conféré antérieurement, et dont elle jouira encore plus ou moins complètement. Aussi, bien que par sa nature la variole modifiée soit identique avec la variole, il s'en faut qu'elle s^oit identique quant à ses formes ; au Heu d'avoir, comme celle-ci, des allures fixes, nettement tranchées, la variole modifiée est essentiellement différente d'elle-même^ et n'a rien de déterminé; de telle sorte qu'on ne peut la décrire qu'en pariant de ses nombreuses manières d'être, ce que je vais essayer de faire.

Il est une période dans laquelle la variole modifiée est toujours identique avec la variole : c'est la période d'invasion. Quelque attention que vous apportlcidam l'étude des phénomènes initiaux de la maladie, il vous sera impossible, comme il m'a été impossible à moi-même, d'établir une distinction entre les symptômes de la variole normale et ceux de la variole modifiée. Frissons suivis de chaleur, anxiété, maux de tête, douleurs à la région précordiale, nausées, voraiturîtions, vomissements, rachialgic, faiblesse et jusqu'à la paralysie des extrémités inférieures et de la vessie, tel est le cortège des accidents prodromiqacs survenant dans la variole modifiée comme dans la variole.

Lii comme ici, ces phénomènes du début sont peu violents si la variole modifiée doit être discrète ; ils le sont plus ou moinssi la maladie doit prendre la forme confluente. Véruption se fait aux mêmes jours et de la même manière : discrète, c'est vers le quatrième jour qu'elle apparaît; c'est du deuxième au troisième lorsqu'elle est confluente. Ajoutons toutefois que, dans la variole modifiée, on commence, dès l'époque de l'apparition des pnstules, à retrouver quelques caractères des varioles anomales décrites par Sydenham, dans lesquelles on observait quelquefois des éniptions, prématurées, dans les varioles discrètes, retardées au contraire, dans les varioles confluentes.

Un phénomène important doit être signalé. Dans la variole confluente, noos avons vu le délire survenir pendant la période d'invasion et persister jusqu'à la fin de la maladie, les individus succombant généralement alors vers le douzième ou le treizième jour. Dans la variole modifiée, ces accidents cérébraux s'obsenent plus fréquemment encore que dans la variole, mais avec celle diK-

renro capitale que leur sigoification pronostique est sans beaucoup de graTîté. L'année dernière, entre autres, nous avons reçu dans nos salles des malades en proie à ce délire violent qui, après avoir persisté non-seulement le lendemain de réruption, mais même les deux ou trois jours suivants, cessait tout à coup, et les individus entraient en convalescence vers te septième ou huitième joar de leur maladie.

C'est dans la variole modifiée, plus fréquemment que dans la variole, que Ton rencontre, suivant les constitutions épidémiques, ces éruptions cutanées par* ticulières^ apparaissant soit le jour, soit la veille de l'éruption pustuleuse. Elles simulent, à s'y méprendre, quand on y regarde même d'assez près, les taches morbilleuses, et mieux encore rexanihème scarlatineux; ce sont de. petites macules rouges plus ou moins foncées, quelquefois noirâtres, presque toutes confondues les unes avec les autres, de manière à fonner de grandes plaques comme liémorrhagiques. C'est là, à un degré faible, ce qui s'observe dans ces varioles noires liémorrhagiques dont je vous ai parlé dans notre dernière conférence, en vous rap|)elant les terribles exemples que nous en avions eu dans le service de nos collègues MM. Legroux et Pelletan. Ces éruptions scarlalîniformes hénnorrhagiques, qui, dans la variole vraie, sont un pliéno* mèue épouvantable, n'ont, dans la variole modifiée, aucune signification pronostique grave. C'est généralement au pli de l'aine, sur les cuisses, sur le basventre, qu'elles apparaissent; elles ne s'effacent pas sous la pression du doigt, ou du moins elles laissent après elles une coloration jaune verdàtre, à laquelle succède bien vite la coloration rouge, plus ou moins violacée, que le doigt avait fait disparaître. Quelquefois elle est plus uniformément répandue : les accidents sont plus graves en apparence, et je me rap|)ellc avoir eu dans nos salles, en 185&, trois exemples remarquables d'individus atteints de ces varioles modifiées avec éruptions scarlatiniformes ou morbilliformes hémorrbagiques, qui présentèrent au début des symptômes fort alarmants.

Dans deux de ces faits, auxquels j'ai déjà fait allusion, il s'agissait déjeunes femmes de vingt à vingt-trois ans, qui entrèrent à l'hôpital, accusant des douleurs bmbaircs violentes, avec nausées, vomissements, frissons; la rachialgie était accompagnée d'une faiblesse excessive des extrémités inférieures, d'une paraplégie incomplète. Au troisième jour de la maladie chez Tune, au quatrième jour cliez l'autre, nous vîmes une éruption de petites taches rouges, livides, dont le volume variait entre celui d'une tête d'épingle et celui d'une lentille; elles ne dis|)araissaient pas à hi pression. Limitée, cliez la première de ces deux jeunes femmes, aux aines et aux aisselli*s, chez la seconde, outre qu'elle fut plus cunnuente sur ces parties, elle couvrit aussi la base et la partie supérieure du cou, elle ap|)arut aux jaml)es, où elle se montra moins foncée, et même die fut disséminée sur toute la stirface du corps, qui présentait un petit pointillé d'une couleur i-osée assez vive, s'effaçant sous b pression du doigt Cette éruption se prononça davantage encore le Icnden aln ; mais ce jour-là, qui était le bixiùme du début de la maladie, se développa l'énipcion caractériMiqne de

SO TABIOLE.

la Yariole. Des taches hémorrbagîqaes B'éte&dirent encore le deozièiiie Jour de rapparition des postules, et dans la nuit la malade eut une épistaxis ann légère. En même temps, il y eut une fièvre persistante, un délire et une agitation extrêmes qui durèrent jusqu'au onzième jour du début. A cette époque, les boutons varioleux avortèrent en grande partie, tandis que les autres seséthèrent, se cornèrent; alors aussi les accidents généraux tombèrent d'eux-mémeSb

Ainsi, dans ce cas, non-seulement il y eut éruption scarlatiniforme, mail encore il y eut une véritable liémorrhagie nasale, et les taches sanguines souscutanées laissèrent, au douzième et au treizième jour delà maladie, des traces caractéristiques, quelques-unes rougeltres, d'autres jaunâtres; de plus, h fièvre, le délire, l'extrême agitation persistant jusqu'au onzième jour, devaient nous donner de grandes inquiétudes. Cependant ces phénomènes nerren cessèrent tout à coup, et la malade guérit. Chez l'autre jeune femme et dha un jeune homme que nous observions à peu près à la même époque, les accidents généraux, les éruptions hémorrhagiques furent presque aussi prononcés que chez la première malade, néanmoins la terminaison fut ^lalementheureuse. C'est que nous avions affaire à des individus vaccinés, nous trouvâmes en effet les cicatrices évidentes d'une vaccine légitime; c'est que nous avions affaire à des varioles modifiées, et que, dans ces circonstances même graves, b variole se termine généralement bien.

Je vous ai dit que les éruptions scarlatiniformes de la variole modifiée persistaient après l'apparition des pustules varioliques; en quelques cas elles disparaissent rapidement et peuvent échapper à l'observateur. Un fait remarquahie et depuis longtemps déjà signalé, c'est que généralement il ne se développe pas de pustules varioliques, ou tout au moins il s'en développe peu sur les points où siège cette éruption.

Jusqu'ici, messieurs, je vous ai parlé d'éraption scarlaiiniformet et non d'éruption scarlatineuse^ et j'ai beaucoup insisté sur l'épithète que j*ai donoéCL J'y veux insister encore, car j'avoue que je comprends peu comment des hoounes graves, des médecins d'li6pital qui occupent dans notre art une position éminente, peuvent tous les jours dire et imprimer que, dans les cas cités par moi tout à l'heure, la variole a été compliquée de scarlatine. — Erreur d^lorahk de l'école anatomique qui, ne jugeant une maladie que par une de ces manifestations extérieures, ne tient pas compte des éléments qui la coii8titnent« éléments dont le faisceau représente l'unité morbide telle qu'on doit la concevoir. Ici il n*y a pas plus de scarlatine qu'il n'y a de dothiénentérie, lorsque, dam le cours d'une pneumonie, d'une variole, ou d'une scariatine, on (rimerve des symptômes typhoïdes. D'autres fois, mais le fait est rare, l'éruption varioleaie peut être ntorbilii forme.

En juillet 1862, nous recevions salle Saint-Bernard (n* 3 fcs), dans le ^(er\icc de la clinique, une jeune femme au troisième jour de la variole. EHe avait été vaccinée. Les symptômes de la période initiale avaient été »sa graves, mais ne s'étaient pas éloignés de la forme normale. Au momoit de la

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risîte la malade avait déjà quelques pusinies caractéristiques; en même temps nous troufions sur les mains, sur la face dorsale des avant-bras, sur les coudes, sur les genoux et sur la face antérieure des cuisses, une éruption qui ressemblait à celle de la rougeole. Elle se montrait par plaques irrégulières, laissant entre elles des intervalles blancs de formes bizarres. L'exanthème était ikmc morbilliformc et non scarlatiniforme. Mais, parmi les plaques rouges [{ue Ton obsen'ait sur les avant-bras et sur les cuisses, il y en avait quelquesânes qui présentaient un caractère très particulier. On voyait au centre un petit bouton rouge, et à Tentour, une aréole d*un centimètre de diamètre. Ce qu'il y avait de singulier, c'est que Tinjection du derme ne parlait pas du bouton central, pour s'atténuer h mesure que l'on s'avançait vers la partie saine de la peau ; tout au contraire, la tache était nettement limitée par un limbe étroit d'un rose vif, et entre ce limbe et le centre, la coloration était noiabicment moins foncée.

(Juant à Vét^uptioficaraclérisiique de la variole modifiée^ elle se fait comme celle de la variole normale. Commençant par le visage, gagnant immédiatement le tronc et les membres, elle fmit par les mains après trente-six ou quarante-huit heures, h partir du moment de son apparition. Elle est identique d'abord avec celle de la variole. Comme celle-ci^ clic est formée par de petites taches rouges, devenant acuminées, puis s'aplatissant vers le troisième jour. Mais ordinairement, à partir du septième ou huitième (troisième ou quatrième de réruption), elles éprouvent une notable modification que ne présente jamais l'éruption de la variole normale discrète ou confluente : au lieu de tendre à s'accroître jusqu'au huitième jour, où, dans les cas de varioles non modifiées^ elles vont s*entourer de l'aréole inflammatoire, et commencer, celles du pourtour du nez cl du menton, à se couvrir de petites croûtes rugueuses, jaunâtres, d'une couleur rappelant celle du miel concret, dans la variole modifiée elles se sèchent sans avoir présenté cette aréole inflammatoire, et laissent à leur place des espèces de petites saillies dures, cornées, qui tombent, par une sorte de desquamation, vers le dixième, douzième, treizième ou quinzième jour.

Telle est la variole modifiée dans sa forme élémentaire, le Aom-/70x des Anglais (variole cornée). Cependant dans certains cas les pustules persistent pendant trois, quatre, cinq et six jours de plus. Si vous examinez trois malades actuellement dans nos salles, l'un couché au n'' 8, l'autre au n° 11 dis, le troisième an n" 19 de la salle Sainte-Agnès, et tous trois atteints de variole modifiée, vous verrez que, chez le premier, les pustules se sont cornées le huitième jour de l'éroption ; chez le second, elles n'ont pris cette apparence que le neuvième ; chez le dernier enfin, elles ne se sont séchées que le douzième, le treizième et même le quatorzième. Ces trois faits sont des exemples des diverses variétés delà ma-* ladie; ils vous monUent que celle-ci est bien une variole avortée, et qu'elle ne se développe qu'en raison de l'aptitude que trouve la semence morbiCque dans le sol où elle a été jetée. Il semble^ en effet, qu'il en soit de oertaîneB maladies, des varioles en particulier, comme des graines végélalei,qait ptaeées

Des exemples de i-écidive de variole, rares, je le répète, onl été rapportés par les autours les |)lus recoininandubles. Diemerbrœck raconte même avoir vu des individus prendre trois fois la maladie dans Tespace de trois mois ; et Borsieri, eu rappelant ces observations, en cite d'autres, dont une célèbre dans rhistoire, celle de Louis XV mourant de la variole confluentc ^ Tâge de soixanic-rfualorzc ans, après en avoir été une première fois atteint k Tâge de quatorze ans; J'ai eu dans mon service un étudiant en médecine qui, portant les stigmates de deux varioles antérieures, fut frappé par une troisième, qni eut une certaine gravité.

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