IL -• INOCULATION VARIOLIQUE
Ses avantages. — Expériences snr la clavelisation. — Avantagea, dangers de l*inocnlation« — Moyens d'atténner ceux-ci. — Procédés d'inocnlation. — Pustule mère. — Satellites. — Symptômes généraux.
Messieuks,
Les |)opulation8 eiïrayées, les médecins, justement préoccupés des terribles ravages causés par la variole, cherchaient tous les moyens possibles de s*en préserver, ou du moins d*en atténuer les eilets. Remèdes prétendus rationnels, remèdes empiriques, tout semblait bon pour arriver au but ; mais tous ces pi*opliyIacii(]ues éclK)uaient également, lorsque, au commencement du dernier siècle, en 1721, une femme, lady Montagne, vint annoncer à rAnglelerre quV'llc avait été témoin à Constantinoplc d'une pratique grâce à laquelle ceux qui s'y soumettaient restaient pour toujours à l'abri des cx>ups de la maladie. Celte pratique, empruntée k la Chine et à la Perse, où de temps immémorial elle était vulgarisée, comme elle l'était aussi en Géorgie, eu Cirçassie et en Grèce, c'était V inoculation variolique. £lle consistait à donner la variole à des individus bien portants. On savait déjà par expérience que la prophylactique du mal était dans le mal lui-môme; que ceux qui une fois en avaient été atteints, quelque bénignes qu'eussent été alors ses manifestations^ pouvaient eusuite traverser impunément les épidémies et s'exposer à la contagion ; on savait que les exemples de récidive, bien qu'incontestables, étaient des faits exceptionnels. ^Mais on savait aussi, d'une part, qu'on n'était pas maître de donner la variole à volonté par le simple contaa; que, d'autre part, en eût*on été uiaître, on ne pouvait pas, en la donnant ainsi, en modérer les coups» et faire que l'individu, en s'exposant à la contagion d'une variole bénigne, ne la prit piis grave. L'inoculation semblait offrir tous les avantages désirables; car en conférant le bénéfice d'une imnmnité à peu près absolue pour l'avenir, elle n'entraînait à sa suite aucun danger : jamais, disait-on, la variole ainsi couunuaiquée n'était grave, toujours elle était discrète et ne laissait aucune trace de ^on passage, du moins ou n'avait point «i redouter ces cicatrices hideuses qu'elle produit si souvent lorsqu'on l'a prise par contagion.
Les merveilleux récits de lady Moutague, qui, alors qu'elle résidait à Constantinopie, en 1717, n'avait pas craint de faire inoculer son propre fils, âgé de six ans; le nouvel exemple qu'elle donnait encore lorsqu'à son retour à Loudies, elle voulut que sa fille fût également soumise h rinoculatioii; 'es heureux résultats qu'elle prodamait de cette opératioii, dont elle ofliriit
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des preuves, entraînèrent un grand nombre de bons esprits parmi les médecins et les gens du monde.
Des expériences furent bientôt tentées en Angleterre, où bientôt aussi l'inocih lation fut adoptée et ne tai-da pas à être vulgarisée. Cette nouveUe pratique, qui eut pour elle bien des adhérents, mais contre laquelle s'élevèrent cependant beaucoup d'adversaires, fut, l'année môme de son introduction dans la Grande-Bretagne, importée en Amérique, puis, trois ans plus tard, en Allemagne où Ton inocula un certain nombre d'enfants des premières familles de Prusse. Si en Angleterre, en Amérique et en Allemagne, elle ne fut pas admise sans opposition, en France cette opposition se montra encore plus acharnée. Absolument proscrite, dès la première fois qu'il en fut question, en 1723, ce fut seulement trente-trois ans plus tard, en 1756, qu'on osa tenter l'expérienoe. Bien que l'impulsion partît d'en liaut^ car les enfants du duc d'Orléans forent les premiers inoculés, cette impulsion fut loin d'être généralement suivie. Genx d'entre vous qui seraient curieux de connaître les différentes phases par lesquelles a passé l'inoculation variolique, tant dans notre pays que dans les pays étrangers, devront lire l'histoire qu'en a écrite Sprengel dans son Yi* volome. Elle finit toutefois par être acceptée et généralement pratiquée jusqu'au jour où la vaccine vint la détrôner, et peut-être connaissez-vous encore des personnes qui ont été inoculées au commencement de ce siède, alors que la découverte de Jenner trouvait, elle aussi, à sou tour, de nombreux adversaires.
A cette époque, en effet, bien que très avantageusement remplacée par h vaccine, l'inoculation qui, dans le principe, avait soulevé tant d'oppositions, l'inoculation variolique comptait des partisans inébranlables, surtout, il est vrai, en Angleterre, où, comme je viens de vous le dire, elle avait été d*aboid introduite à son arrivée d'Orient. On l'y pratiquait même encore en 18&1, et il ne fallut rien moins qu'un acte du parlement pour la proscrire impitoyablement. Aujourd'hui la vaccine a complètement pris sa place; il le pourrait cependant, pour les raisons que je vous expliquerai» qu'on fût m quelques circonstances obligé d'y revenir, malgré les inconvénients qu*dk présente et qu'on ne saurait se dissimuler.
Ces circonstances se sont offertes à moi, et c'est parce que je vous doisloojoui*s compte de ma manière d'agir au lit du malade que j'ai à vous entretenir de l'inoculation variolique. Ainsi que je vous l'ai dit dans une précédente hçoa, îi propos de la variole modifiée, cette inoculation, je l'ai plusieurs fois pntiquéc : pour la première fois, il y a longtemps déjà, à lliôpital Necker, et éetnièrcment encore sous vos yeux, dans le service que je dirige ki. Nais I rhopital Necker, comme à l'Hôtcl-Dieu, je n'y ai jamais eu recours qn'ahn que nous manquions de vaccin, et qu'une épidémie de variole pouvait nooi faire craindre un danger imminent pour nos Jeunes enfants.
En la pratiquant, j'ai toujours eu le soin, — ceci est de la plus hante ioh portance, — de me placer, autant que |)ossible, dans les conditions od se phraient eux-mêmos les inoculalenrs des derniers siècles. Sans tn'asireindfv
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précaalioiis qii*ils croyaient devoir prendre, sans préparer les sujets comme ils prétendaient le faire, précautions qu'ils avaient d'ailleurs eux-mêmes bientôt abandonnées, après en avoir compris l'inutilité, je m'arrangeais de façon à donner la variole la plus bénigne possible.
Un fait emprunté h la médecine vétérinaire m'avait frappé. La claveléedu mouton csl une maladie identique, dans ses allures, avec la variole de Thoinme, et ces deux maladies ont une assez grande analogie pour cfu'on puisse tirer de letude de Tune des conséquences pratiques pour Tétude de Tautre.
Or, depuis le siècle dernier, l'inoculation de la clavelée est employée par les vétérinaires et les agriculteurs les plus éclairés, lorsque la maladie commence à sévir, pour em|)écher une épizootie de devenir meurtrière. Pour obtenir une clavelée aussi bénigne que possible, un agriculteur de la Bessarabie, où Tinoculation se fait encore aujourd'hui universellement, imagina le procédé suivant : Il choisit cent moutons, les mit dans un parc séparé, puis il les inocula. Neuf à dix jours après, la maladie s'était déclarée parmi ces animaux : Tinoculateur prenant alors le virus sur Fanimal dont la clavelée était la plus l)éni{;ne, l'inocula à cent autres moutons. Il répéta, pour une troisième série d'un même nombre de moutons, ce qu'il avait fait |X)ur la seconde, ayant toujours la précaution de choisir l'animal chez lequel la maladie se présentait avec les manifestations les moins sérieuses, et voici ce qu'il observa.
Des animaux de la première série, un assez grand nombre succomba, le rirus claveleux n'ayant encore rien perdu de son énergie ; toutefois la maladie fut moins meurtrière qu'elle ne l'eût été si elle se fût produite spontanément par les voies ordinaires de la contagion. Les moutons de la seconde série curent une éruption discrète, et aucun ne périt. Ceux de la troisième série eurent une clavelée encore plus discrète ; chez quelques-uns même, la pustule d'inoculation se développa seule. On pensa donc que ce dernier résultat |)ouvait être obtenu constamment. En continuant les expériences, on obtint en effet cette clavelée préservatrice conférant l'immunité complète, et dont l'éruption 5C bornait à la pustule mère. L'inoculation d'une clavelée grave^ pratiquée sur des moutons ainsi préservés, donna la preuve absolue de l'immunité qu'ils avaient acquise, car cette inoculation resta sans effet
Ce fait m'avait frappé, et je me demandai s'il n'en serait pas de la variole de l'homme comme il en était de la clavelée du mouton ; si, par des inoculations successives pratiquées suivant cette méthode, ou n'arriverait pas à obtenir aussi une variole modifiée au point de ne plus avoir d'antre éruption que celle de la pustule d'inoculation. Je tentai l'expérience à l'hôpital Necker, avec M. le docteur Delpech, alors mon interne, aujourd'hui mou collègue dans les hôpitaux et professeur agrégé de notre Faculté; chez quelques enfants, nous obtînmes , le résultat désiré, en ce sens que la pustule mère, le maître bouton, la pustule d'inoculation se développa seule, entourée des petites pustules, ses satellites. Si l'on était sûr d'arriver constamment à un aussi heureux résultat, l'inocalaijon devrait être la règle, car elle serait évidemmept Mus péril, et ses «tan-
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tagcs resteraient seuls incontestables. Elle serait sans péril pour l'individo chei lequel on la pratiquerait; elle serait sans péril pour ceux avec lesqneb il m trouverait en contact Cette variole localisée, sans éruption générale, uns sym* ptômcs graves, ne serait peut-être pas plus contagieuse que ne l'est la vaccine. Malheureusement il n'en est point ainsi.
Si, dans quelques cas, je suis arrivé à n'avoir que la pustule d'inoculation, dans d'autres, en opérant avec le même virus, j'ai vu des éruptions générales, et, qui pis est, j'ai vu alors la variole se communiquer à des personnes qai n'avaient point été inoculées. J'ai vu, dans une circonstance dont j'aurai i vous parler à propos de la régénération de la vaccine, la variole reprendre toute sob énergie primitive, après avoir été successivement inoculée à une série d'individus; fait d'ailleurs en contradiction avec ceux rapportés par les inocuhtcois qui avaient établi que le virus variolique devenait de plus en plus bénin pir transpiuntatwns successives. Voilh les inconvénients de l'inoculation : d'uM part, la crainte où l'on est de donner à celui que l'on y soumet une variole sérieuse; d'autre part, la dangereuse |)ossibilité de la voir devenir un foyer de contagion. (les inconvénients sont graves, on ne saurait se le dissimuler; ecœ sont eux qui, après avoir longtemps donné prise h ses adversaires, loi ont fait préférer la vaccine lorsqu'elle fut découverte ; ce sont eux aussi qui, pour nu part, m'ont empêché de continuer mes expériences et mont forcé de réserver l'inoculation |X)ur ces cas exceptionnels auxquels j'ai fait allusion, et dont je reparlerai encore. Il était de mon devoir d'y renoncer lorsque j'avais âi craindre qu'en inoculant une variole, même la plus bénigne^ à un individu, je ne devinsse la cause de la mort de ceux qui, n'ayant été ni vaccinés ni inoculéSi pourraient la prendi-e grave de celui auquel je l'avais donnée. Ma conduite serait diiïérente, si nous pouvions isoler les individus que nous inoculons.
l^n temps d'épidémie, et à défaut de vaccin, je n'hésiterais pas à tenter encore et à conseiller l'expérience, car alors je n'aurais plus à redouter de propager une maladie dont le danger est partout.
S'il est des individus, en petit nombre il est vrai, ainsi prédisposés que, B*exposant mille fois à la contagion, ils n'en soient jamais toucliés, s'il en est même auxquels la variole ne saurait être inoculée, il est plus général d'en voir d'autres, plus ou moins réfractaires à l'action du virus, chez lesquels la mt ladie ne se manifeste que très tardivement.
Prenant toujours l'exemple que nous avons cité plus haut, et rempruntant à la médecine comparée, il arrive que si, dans une bergerie de cinq ceali moutons, la clavelée se déclare, elle les frap{)e, non pas tous à la fois, mas successivement, de telle sorte que l'épizooile ne se termine souvent qu'apièi trois, quatre, cinq mois. C'est que parmi ces moutons il s'en trouvait qui, dis le premier contact, et en vertu d'une disposition toute spéciale, aYaknl été infectés, tandis que chez d'autres il avait été besoin d'un contact plasieors Ibis répété. De même pour la variole.
Lorsque autrefois elle régnait soos forme épidémiqoe, Crappaot UN» les wë-
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vidus d'une localité, d*un hospice, d*uiic caserne, d*unc prison, on la voyait se manifester successivement à des périodes dlilércntes, chez des individus qui cependant avaient été soumis tous ensemble au premier contact. C'est qu'en effet, pour que la maladie se produise, non-seulement il eut besoin de sa cause, du germe morbifique, mais il est nécessaire encore que l'économie, que le terrain soit préparé à le recevoir, il est besoin d'une aptitude particulière de l'organisme pour que la conception contagieuse ait lieu. L'inoculation, eu introduisant forcément le virus dans l'économie, sans attendre que cette aptitude se soit développée, trouve le sujet dans des conditions favorables au but qu'on se propose d'atteindre, en ce sens que le terrain n'est pas sufTisamment préparé pour que le germe lève avec la même vigueur. De plus, avec l'inoculation il nous est possible de choisir ce germe et de prendre le virus dans les conditions les plus favorables. £n prenant le pus d'une varioloïdc discrète, d'une variole déjà modifiée par une vaccination antécédente, nous avons les plus grandes chances de communiquer une variole des plus bénignes aussi, comme, dans ses expériences, l'agriculteur de Bessarabie était arrivé à donner ù ses moutons une daveléc des plus légères.
En dernière analyse, l'inoculation, faite en temps d'épidémie, a pour résultat de préserver les individus d'une variole grave, de les mettre à l'abri de la contagion dont il est impossible de mesurer les effets, tandis qu'on peut jusqu'à un certain point mesurer ceux de la maladie qu'on inocule. Si dans quel(|ues circonstances l'inoculation d'une variole discrète a déterminé le développement d'une variole confluenle, le fait est exceptionnel. Plus conmiun aux premiers temps où celte pratique fut introduite en Europe, il est devenu plus rare lorsque les iuoculateurs ont eu la précaution de prendre le virus dans les conditions que j'ai indiquées, et, lorsqu'on lit les écrits que nos prédécesseurs nous ont laissés, on reste convaincu que l'inoculation devenait de jour en jour presque aussi inoffensive que la vaccine.
Les procédés à l'aide desquels on inoculait autrefois consistaient à insérer dans une petite plaie faite à la peau, — c'était le bras qu on choisissait de préférence, — le pus variolique dont on avait imprégné un fil que l'on plaçait dans l'incision. Kirckpatrick, dans son Traité de l^ inoculation, disait qu'il sufOsait de frotter la plaie avec un linge souillé de pus variolique pour arriver aux mêmes résultats. ]1 disait encore que ces fils imprégnés de virus, et renfermés dans des boites bien closes, pouvaient conserver leur vertu pendant plusieurs mois. Pour prouver combien longtemps se conserve le virus varioleux, le docteur Sunderland (de Barmen) prétend que des couvertures de laine imprégnées de pus (couvertures dont il se servait pour donner la variole aux Taches dans ses expériences sur la régénération du cow-pox) conservaient pendant plus de deux ans leurs propriétés contagieuses, et produisaient encore alors le développement des pustules caractéristiques sur le pis des vacben Il fallait toutefois avoir soin d'envelopper de papier ces couvertareq^ et de ks garder dans un petit tonneau à l'ombre, dans un Uea finki 4o|M -jt.MlVte-
&0 INOCULATION VARIOI.IQUE.
tnre ne fût jamais à plus de 10 degrés Réaumur au -dessus de zéro. EoGh on rapporte que les Chinois conservaient dans des boîtes de porcelaine bien bouchées avec de la cire les croûtes des pustules varjoiiqoes. L*iiiociilaCMMi le faisait en recouvrant de pus desséché des tentes de charpie qu*on introdaisait dans les narines des individus.
I.e procédé des inoculateurs de la fin du siècle dernier était beanooap plu simple, plus i^xpéditif et plus sûr que tous ceux-ci. G*est celui que noos employons : il consiste à soulever Tépiderme avec une lancette pour y porter le pus dont on l'a chargée.
Une piqûre est suffisante, et voici les symptômes que l'on ohmnre. La phénomènes locaux sont les suivants. I^ second jour après rinocnlation, oi voit à la place où elle a été faite un petit bouton rouge semblable à celoi qat produit la vaccine. Vers le cinquième jour, ce bouton est devenu nue ïésicak acuminée, présentant quelquefois à son centre la trace de la piqûre, qui semble affaissée, de manière h former une sorte d*ombilicaiion. Le septième jour, cette vésicule, devenue pustule, s'entoure d'une aréole légèrement rouge, elle s'aplatit et prend une teinte bleuâtre. Le lendemain, l'aréole inflammatoire augmente; elle augmente encore le neuYième et le dixième jour. Cependant b pustule s'élargit toujours en se creusant davantage et prenant une teinte de plus en plus bleuâtre; ses bords sont inégaux, comme froncés, puis on voîl r apparaître sur l'aréole inflammatoire un nombre variable de petites pustoks, quelquefois dix, quinze, vingt, véritables satellites de la pustule raère, cootenniit d'abord de la sérosité limpide, et enfin du séropus. Alors aussi lesgan- ^lions lymphatiques axillaires ont commencé à s'engorger, et le neuvième jour l'engorgement est ù son apogée; il décroît |)our disparaître vers le quatorâène ou le quinzième jour. Ordinairement treize ou quatorze fois vingt-qaatre heures ne se sont pas écoulées, que la pustule d'inoculation est sèche, mail quelquefois au-dessous d*clle s'est formée une eschare profonde qui tombe après \ingt, viugt-si\ et même trente jours, laissant à sa suite une cicairice plus ou moins diiïorme. Le plus souvent il n'y a pas d^eschare, h croûte tombe, se reproduit pour tomber de nouveau, se reproduire encore, et donner lieu définitivement à une cicatrice plus large que celle lais.Hcc par la Tacctne.
La pustule mère que l'on retrouve quelquefois lorsque la maladie a été transmise par contagion suivant les lois ordinaires, le maître bouton, suivant Texpression allemande, présente absolument les mêmes caractères que la postule d'inoculation. Ceux qui suivent la clinique en ont vu un exemple u n" 11 ier, de la salle Sainte-Agnès, chez un homme qui fut pris dans ms salles, au commencement de juin 1857, d'une varioloîde. Indépendamnwnl des pustules, assez discrètes d'ailleurs, qui s'étaient développées sur h peau, on constata, au niveau du sillon naso-labial, l'existence d'une pustoie plus lai^ que les autres; mesurant un diamètre ï peu près égal & celui d*iuie pièce de :20 centimes, elle était assez profondément creusée : euiim saiis profvnde rxedcrai, comme disait van Swieten, à propos de celte espèce de posnk
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qu'il appelait le master pokken. Une aréole très rouge fentourait dans une largeur d'une pièce d'nn franc, et était couverte des petites vésico-pnstules satellites. Le malade affirmait que ce bouton avait apparu douze jours au moins avant les autres.
Au neuvième ou dixième jour de l'opération, l'individu est pris de mal de tête, de douleurs lombaires, de vomissements; en un mot, ce sont tous les pbéoomènes initiaux de la variole. Vers le onzième, le douzième ou le treizième jour, apparaît l'éruption spécifique, ordinairement très peu confluenle, marchant avec les allures de la variole normale, quelquefois avec celles de la variole modifiée. Mais, dans tous les cas, l'individu jouit dès lors d'une immunité auKÛ complète que peut la conférer une première variole.
Ces symptômes locaux et généraux de la variole inoculée, vous avez pu les observer chez le jeune enfant sur lequel j'ai cru devoir pratiquer l'inoculation, brsqu'unc épidémie sévissait dans nos salles de nourrices et que nous man* qnions de vaccin.
Chez ce jeune enfant, âgé de vingt-quatre jours, allaité par sa mère, j'inoculai, par une piqûre au bras droit, le pus d'un bouton varioiique pris, au onzième jour de la maladie, chez une femme affectée de variole modifiée assez discrète. Une première tentative faite chez le même enfant avec le pus d'une variololde excessivement discrète, n'avait produit au troisième jour aucun cflét. Notre seconde opération eut pour résultat de détenniner l'apparition, au quatrième jour, d'une petite pustule ombiliquée, qui, suivant une marche régulière, laissa à sa place, vingt et un jours après sa manifestation, une escharc assez profonde. Au onzième jour de l'inoculation, septième de l'apparition de la pustule mère, l'enfant eut une variole discrète, sans symptômes généraux graves. Les pustules se desséchèrent, se cornèrent au septième jour, à partir des premiers accidents prodromiques, tels que les vomissements, la diarrhée, qui s'étaient montrés au neuvième jour de l'inoculation. Le petit malade se rétablit rapidement, et désormais il était à l'abri de la variole et môme réfractaire à la vacxrine. Au dix-huitième jour, en effet, nous avions en vain essayé de lui inoculer le virus vaccin, et vingt-cinq jours plus tard nous pûmes sans danger lui inoculer le pus d'une variole confluente, qui ne donna môme pas lieu au développement d'une pustule d'inoculation.
Quelque heureux qu'eût été le succès de cette expérience, succès qu'autrefois j'avais d'ailleurs obtenu, je dus ne |>as la continuer. Nous avions pu nous procurer du vaccin, l'épidémie semblait s'arrêter, je devais dès lors renoncer à l'inoculatiou varioiique, pour les raisons que je vous ai données.
à2 De LA VACCINE.
§ 1. — Eaux aux jambes chea le chevaL — Gow-pox éhei la itmIib.* Vaccine chea llioimiie. — Régénération du coinr-pox.
Vers la fin du milieu du siècle dernier, alors qu'en Angleterre la pratiqœ de l'inoculation s'était généralisée, c'était une croyance répandue dans qneiqiMi comtés, que les individus qui contractaient le cow-pox en soignant les Tad» qui en étaient atteintes, étaient à jamais présenés de la Tariole, soit qalb s'exposassent à la contagion, soit qu'on cherchât à les inoculer. Jenner, inoca* latcur de son district, n'ignorait pas cette tradition populaire. D'abord il n'y ajouta aucune foi, mais bientôt il fut convaincu de la vérité da fait, ayant sa de source certaine que plusieurs personnes, après avoir pris le Gow-poz dm les laiteries du pays, vingt-cinq, trente, cinquante ans auparavant, avaicflt depuis cette époque toujours échappé à la petite vérole. Recherchani alors diB «{uellcs conditions ce cow-pox se développait chez l'homme, il eut l'idée de l'inoculer, et ses expériences le conduisirent à des résultais identiques avec ceux produits par la contagion directe, car les sujets auxquels il coinmanîqni le cow-pox restèrent aussi réfractaires à l'influence de la variole que ceux qui l'avaient contractée naturellement.
I/)in de nous l'idée de contester à Jenner la découverte de la vaccine, et lors même qu'il serait accepté de tous que ce ne fut point lui le premier qui inocula le cow-pox à l'homme, il ne lui en resterait point nne moindre part de gloire, car il paraît probable qu'il ne connaissait point les expérieoca que Benjamin Jesty avait faites sur sa propro famille. Quoi qu'il eu soit de la question de priorité^ il revient à Jenner l'incontestable mérite d*avoir Intlé contre tous les obstacles que rencontrait la pratique de la vaccine, et d'avoir fait partager à quelques médecins ses contemporains la foi qu'il avait puisfe dans l'obscnalion et dans l'interprétation rigoureuse des laits.
Je dois cependant à la vérité historique de vous faire connaître les divers documents qui ont été consignés tout récemment dans la Gazette médicak dti Lyon; documents empruntés à la Lancette de Londres (!}, et qui semblent bien établir (ju'un fermier du Gloucestershire, Benjamin Jesty, tenta le premier en \llt\ l'inoculation du cow-pox, qu'il pratiqua sur sa femme et sur ses deux fils |K)ur les mettre à l'abri des épidémies de variole.
Le môme journal rapporte une note de M. John Webb, de laquelle il ressor lirait que la variole peut être communiquée à la vache, et que ceux qai prennent de la vache cette variole ainsi modifiée deviennent, après quelques jours de malaise, réfractaires à la contagion varioleuse. Permettez-moi de vous traduire ici le récit de John W'cbb; une lettre du chirurgien Alfred HaTiland
i\) Vif L/ut^xt. toiKlun^ 13 septembre 1862, n*» xi.
DE LA VACCINE. tS
fur la découverte de ]a vaccine par Benjamin Jesty; un extrait enfin des Annales de rinstilution de la vaccine (1), relatif au môme sujet.
Voici d'abord le récit de John Webb, tel qu'il a été trouvé dans ses manuscrits datés de 1799, par M. Thomas Wath, son petit-GIs, qui l'a communiqué au journal anglais :
m Au mois de mai 1792, dans une maison, à Doynton, où j'avais rassemblé vingt-cpiatre enfants que j'allais inoculer, entra par hasard une femme âgée de quatre-vingts ans, nommée Betly Bowman, à qui une autre femme pré* sente demanda si elle avait eu la variole. Betty répondit négativen^ut, affirmant avec tme extrême assurance (wiih a considérable degree of confidence) qu'elle était certaine d'en être à jamais préservée, parce que dans sa jeunesse elle avait pris le cow-pox d'une vache à qui un homme avait donné la variole. Une semblable opinion me fit naturellement désirer d'avoir de cette femme un récit détaillé de ce qu'elle racontait. J'appris alors qu'à l'âge de vingt-trois il vingt-quatre ans, elle était en service chez un fermier, dans les propriétés duquel il y avait, à une certaine distance de la ferme et de toute habitation, une chaumière {a cottage) au milieu de quelques étables. Cette chaumière était louée à un homme (probablement un des ouvriers) qui, entre la Saint« Ilichel {Michaelmas) et la Noël (Christmas), mourut delà petite vérole. Son lit et son matelas furent jetés dans les étables. Une vache du troupeau, très frileuse {very chiiltj) , au dire de Betty, allait souvent dans la vacherie où on la voyait se coucher près du lit et même sur le matelas du mort. Peu de temps après cette vache eut le cow-pox, et les autres vaches du troupeau, au nombre de neuf, tombèrent successivement malades, de telle sorte que leur lait devint si mauvais (iobad), qu'on ne pouvait plus l'employer. Naturellement on cessa de les traire {thecows were suffered to go dry), jusqu'au moment où Betty se mit à le faire journellement {consiantly) pour les soulager. Mais bientôt elle fut prise de frissons, de douleurs dans les membres, de tuméfaction du bras (2) et de l'aisselle droits, puis apparurent sur la main, près du pouce, trois pustules qui jetèrent (from which there wa$ a diêchargc) pendant quelque temps (environ neuf jours, croyait-elle). Ni avant, ni après cette épof|ue (comme elle venait de le dire) elle n'avait jamais eu la variole {smalt-pox), bien qu'elle eût souvent fréquenté des personnes atteintes de cette maladie ; bien qu'une fois même elle ait couché dans le lit où était mort un varioleux, sans avoir pris d'autres précautions que d'en changer les draps. Elle avait égaletnent fait cette observation que deux ou trois individus qui avaient eu la variole, vivaient impunément au milieu des vaches affectées du cow-pox. Elle m'apprit encore qu'elle avait connu une nommée Mary Hathaway, qui, trayant les vaches malades, n'ayant point été infectée d'abord, mais l'ayant été ensuite, n'avait
^1) TItff Ijnnrri. I^iidon, 25 octobre 1862^ n° xvii.
. 2) Je traduis bi^K, biou que dans l'anglais il y mijnmtie [teg), co qui est cvideminent uiio faute (l'iiupresiiion.
A(l DE LA VACCINA.
jamaii» eu non plus la petite vérole, quoiqu'elle fût restée plusieurs années à Bristol. »
La Lancette fait suivre ce récit de la note que M. Alfred Havlland, chimrgicn de rinfirmerie de Bridgewater, lui envoie sur Benjamin Jesty, qu'il appelle le premier martyr de la vaccination {the proto-martyr to vaccination).
« A l'hôtel de la Rose et de la Couronne, h Nether Stowey, dans le conMé de Somerset, mon attention fut attirée, le 31 mai dernier, sur une photographie prise d'un plus grand portrait représentant un beau type de viefllard habiUé d'une culotte courte, d'un grand gilet croisé et d'une grande vctfe montante de gros drap. Il était assis dans une bergère {easychair)^ k l'abri d'à arbre qui étendait au loin ses rameaux, son bâton et son chapeau à brgei bords dans la main gauche ; d'une ample carrure, sa tête était remarquablement bonne [remarkably good)^ et l'expression de son visage annonçait tooti la fois un caractère ferme et une intelligence supérieure.
» J ai minutieusement décrit le portrait, parce que je ne saurais dire (/ m not quite certain) si la photographie était la reproduction d'un dessin, d'oM gravure ou d'une peinture à l'huile. Si c'est une gravure qui a été photographiée, il doit en exister probablement quelques exemplaires, qne les amateurs trouveront digues d'être recueillis.
» Derrière cette photographie est la copie de l'épitaphe relative à nolit sujet, et qui est ainsi conçue :
« Consacré à la mémoire de Benjamin Jesty, qui quitta cette Yie le 16avrl » 1816, âgé de soixante-dix-neuf ans. Il éuit né à Yetminster, en ce pays. Ce » fut un homme droit et honnête [an upright^ honest man)^ — particulim- » ment noté pour avoir été la première personne [connue] qui pratiqua Vino^ » culation du cow-poXt et qui eut le grand courage (from his gréai sirengtk » ofmind) de faire une expérience de la vache sur sa femme et sur ses dtMX » fiUy en Vannée illk, (Copié sur sa tombe dans le cimetière de Ycsminsler, » Dorset. ) »
» J'ai appris de sa parente, madame William May (née Jesty), que, quand iis surent (|u'il avait vacciné sa femme et ses fils, ses amis et ses voisins, qui, jv^ que-lâ l'avaient tenu en grande considération en raison de son intellig«Ne su|)érieure et de son honorable caractère, commencèrent à le regarder oomne une brute sans cœur [ns an inhuman brute) qui avait osé faire sur les membres de sa famille une expérience dont le résultat devait être, pensaîent-ili, de les rjianger en béte à cornes. En conséquence, le digne fermier fut ho^ injurié, lapidé toutes les fois qu'il se rendait aux marcliés dans son TOÎsiDagei Il resta, cependant, intrépide [undaunted]^ sans jamais manquer de remplir ses (hïvoira Après avoir assez vécu pour voir un autre enrichi et immortalisé pour avoir vulgarisé les mêmes choses qui l'avaient fait lapider trente ans auparavant, il mourut d*a|K)ple\ie, en 1816, comme Jenner. L'expérience de Jesty sur sa famille fut faite en illk ; Jenner ne Ct la première que le l/i mai 1796, juste vingt-deux ans plus tard. »
DE LA VACCINE. ftS
L*extrait des Annales de rinstitution de la vaccine (Original vaccine^pock Institution) est adressé à la Lancette anglaise par M. Davis, qui le tenait Iniroême d*an des petits-fîls de Jesty.
9 M. Benj. Jesty, fermier de Downsbay, dans llle de Purbeck, se rendant ï ane invitation de la Société médicale de Tinslitution de la vaccine, vint à Londres en août 1805 pour conimuniqner certains faits relatifs à Tinoculatîon du cow-pox. Nous pensons que c*est justice pour lui, et qu*il sera profitable an public d'attester {to attest) que, entre autres faits, Jesty nous a donné la preuve décisive qu'il avait vacciné sa femme et ses deux fils Robert et Benjamin en Tannée 177^, de façon que depuis lors ils sont restés invulnérables à l'action de la variole, comme cela ressort de ce que, depuis trente et un ans, ils se sont exposés impunément à contracter la maladie, et de ce que l'inoculation variolique qu'il a pratiquée il y a quinze ans sur ses deux fils n'a produit aucun effet II fut conduit à tenter cette expérience nouvelle, en 177/!i, pour combattre la variole qui sévissait alors dans la localité qu'il babitait, s'appuyant sur une opinion communément répandue dans la contrée, et qu'il avait entendu soutenir depuis son enfance, que les personnes qui avaient pris le cow-pox naturellement, c'est-à-dire qui l'avaient pris des vacbes, étaient inattaquables à la petite vérole. Cette opinion trouvait pour Jesty sa confirmation dans ce que lui-même et plusieurs autres personnes qu'il connaissait ayant pris le cow-pox, n'avaient jamais eu la variole. Il était d'autant plus encouragé à pratiquer l'inoculation vaccinale, qu'il croyait que le cow-pox était une affection qui n'offrait aucun danger, et que par son inoculation on éviterait les diverses maladies enracinées dans la constitution de l'homme, comme les écrouelles [evil), la folie, la syphilis {lues) et maintes antres mauvaises humeurs, comme il les appelait.
» La remarquable et vigoureuse santé de M. Jesty, aujourd'hui arrivé à l'âge de soixante et dix ans, celle de sa femme et de ses fils, lesquels sont âgés de trente et un ans, fournit une singulière preuve de l'innocuité de la vaccine. Mais le public apprendra avec un intérêt particulier que pendant leur dernière visite à Londres, M. Robert Jesty se soumettait publiquement à Tinoculation la plus énergique de la variole, et que Jesty se soumettait de son côté à l'inoculation du cow-pox, sans que les deux inoculations aient jamais réussi.
• Les circonstances dans lesquelles M. Jesty inocula la vaccineà sa famille,
c'est-à-dire sans avoir devant les yeux aucun précédent [tvithout any prête"
dent)en s'appnyantseulement sur ce qu'il connaissait de la nature de la maladie
cbexles vaches et de ses effets chez l'homme, lorsque celui ci la prenait acci-
deoteHement, son mépris des préjugés populaires et des ciabauderies {ciamorous
reproachts) de ses voisins, lui méritent, suivant nous, le respect général pour
lOft liienpe morale. Mais, de plus, ce qu'il a fait pour fournir de nouveau des
**~^cantes de la persistante efficacité du cow-pox pour préserver
numeltant 5 l'inoculation, en dépit du mécontentement de
A6 DB LA VACa^CE.
plusieurs familles, cette conduite lui donne des titres an moins à h recxinnaissauce du pays.
» Comme un témoignage de notre considération personnelle, et eo mémoiR d*uu fait aussi extraordinaire que celui de Tinocalatk» Tacdnak ayant préservé de la variole depuis trente et un ans, nn portrait de M. Jesly aenpeiot, à notre requête, par notre excellent artiste M. Sharp, pour être cooierTé daos ïOriginal vaccine-yock Institution,
n G. Pearson, L. Nikol, Thomas. Nelson, médecins.
• Wheate, F. Forster, chirurgiens consultants.
» J. C. Carpue, J. Dorait, chirurgiens.
1 F. Rivers, E. A. Brande, P. de Bruge, apothicaires.
» J. Headviside, T. Payne, trésoriers. ^
Messieurs, quelque longs qu'aient pu vous paraître ces détails, vous me pardonnerez de vous les avoir donnés, en raison de l'intérêt qu'ib présenteit. .Mais, je le répète, si Jenner n'a point été le premier à pratiquer rioocolaliofl du cov\'-pox, c'est à lui qu'appartient l'honneur de Tavoir vulgarisée.
Tout en se gardant d'aflSrmer d'une manière trop absolue, dans sa première publication, qui parut en 1798, la vertu présenatrice de la vaccine, Jenner s'empressa de faire connaître ce qu'il \enait de découvrir. Les expérienco, répétées d'abord par Pearson, furent reprises sur une grande échelle par ^'oodville, médecin de Thùpilal d'inoculation à Londres, et bientôt le témoignap de ces médecins, auquel s'en joignit une fouie d'autres, vint déposer en laveor de la découverte de Jenner. .^lalgré les oppositions qu'elle rencontra, naiffé les attaques passionnées et injustes qu'elle eut à subir, malgré les résistances les plus tenaces, les préjugés les plus absurdes qu'elle eut ^ combattre même en Angleterre^ la vaccine se vulgarisa promptement, et le mouvement d'adhésion qui l'accueillit se propagea tout de suite en Hanovre, dans le reste de l'Allemagne, et presque simultanément en France, où le duc de la Rochetracauld-Liancourt, témoin, pendant son séjour dans la Grande-Bretagne, des succès obtenus, appela énergiquement l'atleution publique et celle de Tadroi* nisiration sur ce sujet imporiaut.
Cette singulière maladie, empruntée à la vache, se transmettant de rhonune à l'homme avec une meneilleuse facilité, on ne se préoccupa plus de la source première à laquelle on l'avait puisée^ et l'on oublia pour ainsi dire le cow-pox. Les mentions très rares que, dans les années qui suivirent la découverte de h \accine, on lit do layx'co/e, donnèrent à penser que celle-ci était eUe-méme très rare, qu'elle ne se montrait que dans certains pays privilégiés et à des i'|X)ques assez éloignées. £n Angleterre il n'en était presque plus questioo. lors<|u'en 1812 on en signala plusieurs cas aux environs de Beriin; en 1816, on la retrouvait sur plusieurs vaches dans le duché de Brunswick. Cependut plus lard, quand de> exemples de variole développée chez des individus vxcints firent concevoir l'idée dune dégénération du virus vaccin, on jug^ n霻-
DE LA YACaNB. 47
saire de remonter an point d'origine, et Ton alla à la recherdbe da oow-pox. C'est en Allemagne qu'on s*cn occupa d*abord, et dès les premiers pas on arriva à établir que la picote des Taches n'était pas aussi rare que pouvait le bire croire le silence gardé pendant aussi longtemps sur celte affection. Dans le Holstein, sans compter des cas isolés nombreux, on Tavait ob&ervée sous hnne d*épiiooties, cinq fois dans le cours de onze années. L'attention du gouvernement une fois éveillée sur ce sujet, des ordres furent donnés en 1826, i829, iSSO et 1831, pour rechercher la vaccin naturel; des primes furent promises aux propriétaires des vaches qui seraient attetnles de la maladie, et alors les cas se multiplièrent dans le Wurtemberg et dans le duché de Baden.
En 1836, une commission fut nommée par l'Académie de médecine de Paris pour examiner le fait suivant qui lui avait été signalé. Une dame Fleury, habitant Passy, ayant déclaré à M. le docteur Perdreau (de Chaillot) que sa vache atteinte de picote lui avait communiqué sa maladie à la main, MM. Bousquet, Éinery et Gérardin furent chargés d'étudier ce fait, et obtinrent un vaccin légitime en inoculant sur le bras d'un enfant le pus de la pustule pris sur la main de la dame Fleury (1).
Pendant que ces choses se passaient en Europe, le docteur l^lacpherson paUiait en 1833 ses expériences sur la vaccination, et racontait avoir été té- Boio, dans les environs de Calcutta, dans l'Inde, d'une épizootie qu'on appe- Ut la davelée des vaches. En essayant de l'inoculer, Macpherson vit que nonleulement cette maladie se transmettait de la vache à la vache, mais encore de Il vache à l'homme et de l'homme à l'homme.
Un fait remarquable avait frappé les observateurs, c'est que cette transmis* riva s'opérait plus facilement lorsque, si Ton peut ainsi parler, la maladie avait §•6 humanisée, c'est-k-dire qu'inoculée de l'homme à l'homme, elle avait une adioii plus puissante que lorsqu'on l'inoculait de la vache k l'homme. Dans son lié de la vaccine^ publié en 1866, M. le docteur Steiiibrenner en rapporte
remarquable exemple que nous allons reproduire textuellement.
« I^ 1 8 mai 1845, un propriétaire vint nous annoncer qu'une de ses vaches
• avait une éruption au pis et aux trayons Après cet examen^ nous rap-
: pelant les descriptions données par les auteurs, nous étions à peu |>rès sûr
• d'avoir enfin trouvé le cow-pox ou picote ; et quoique l'éruption fût déjà trop » avancée pour espérer d'en obtenir encore une lymphe très efficace, nous nous
• empressâmes d'en recueillir une quantité notable sur quatre plaques de verre. I Celte lymphe était épaisse, jaunâtre et laitetise. Une heure après environ, ■ BOUS l'inoculâmes par seize points h deux enfants non vaccinés. Une seule de I ces seize piqûres produisit une pustule vaccinale très belle, très grande, et » parcourant ses différentes périodes de la manière la plus régulière. Le hui- I tième jour, deux autres enfants furent vaccinés avec cette lymphe de bras à
(1) Sur le cow-pox découvert à Pasgy prés Paru, le 22 matJt 1836 {Ménioû'eM th ^Académie de médecine^ t. V^ p. 600).
&8 DE tA VACCINE.
» bras, et cette fois les seize points d'inoculatimi nous ont produit seize Mie» 9 pustules vaccinales.
» Depuû lors nous n*avoiis plus employé \ nos vaccinations que la lymphe » dérivant de cette source, elle nous a produit absoluroenl les mêmes résol-
» tats Nous avons envoyé de la lymphe des premières générations il* Aca-
» demie de médecine de Paris (par l'intermédiaire de iM. Bousquet), à la » Société de médecine de Strasbourg, et à beaucoup de nos confrères, prind- » paiement à notre frère, médecin cantonal à Saar-Union, à MUI. les doclenn u Fodéré, Kuntz, Clausing, etc. , etc. , et partout elle a produit une très belle » vacdne, dont on s'est bâté de substituer la lymphe à celle dont on se senait » jusqu'alors. » (Page 53/1.)
Les mêmes résultats ont été obtenus plus récemment par des médecins d des vétérinaires du département d'Eure-et-Loir, qui eux aussi avaient tronré le cow-pox.
Il est d'un trop grand intérêt pour les médecins, pour ceux sortoat qû, devant exercer dans nos campagnes, peuvent être exposés à manquer de vacr cin, il est d'un trop grand intérêt de savoir reconnaître le cow-pox pour qne je laisse échapper l'occasion d'exposer ici les caractères de cette affection.
L*éruption est constituée par des pustules siégeant sur le pis et sur les irayoos de l'animal, et ressemblant beaucoup k celles que nous voyions demièremeit sur le visage du varloleux couché au n^ 11 ter de la salle Sainte- Agnès, doM je vous ai rappelé l'observation à propos de l'inoculation variolique, et cha lequel, ainsi que je vous l'ai dit, nous rencontrions un remarquable exemple de la pustule d'inoculation que nous avons décrite. Les pustules de cow-pn consistent d'abord en des boutons dont la grosseur varie depuis celle d*une lestille jusqu'à celle d'une fève ronde ordinaire. Ils s'élèvent de plus en plus; k deuxième ou troisième jour de leur apparition, ils deviennent pustuleux, ili sont remplis d'une lymphe incolore, et leur centre commence & se déprimer. D'un blanc bleuâtre, livide, vers leur centre, ces pustules, vers leur périphériei où l'aréole existe déjà, sont d'un blanc rougeâtre et d'un blanc jaunâtre ; c'ert alors qu'elles ressemblent à la pustule d'inoculation variolique. Dans d'autrei cas elles sont d'une couleur argentée, ou d'un rouge pâle, d'un jaune rougeitre, d'un jaune clair. Cette différence dans la couleur des pustules dépend (te lear degré de développement, et en partie aussi de la couleur naturelle du pisL La jours suivants, elles deviennent plus grandes et atteignent souvent la laigesr d'une pièce de 50 centimes; dans des cas rares^ leur développement est encore plus considérable, le pis et les trayons présentent quelquefois huit, dix, quime et vingt pustules, qui arrivent au summum de leur développement le neovièoie ou dixième jour : à cette époque aussi, l'aréole, qui dès la formation de h pustule formait un anneau mince , gagne en étendue; mais chez les vaches ï pis brun ou noir elle est à peine marquée. On constate alors une dureté, ua gonflement, une augmentation de chaleur à la peau, et une sensibilité qodqnefois très grande. Kn même temps augmentent les symptômes généranx,
DE Là VACXINE. h^
mauque d*appétit, agitaiioD, mouvement fébrile; la sécrétion du lait se modifie, elle perd de sa qualité, diminue de quantité, et se tarit même lout a fait quand Téniption, très abondante, est accompagnée d'une réaction trop vive. Iimnédialement après le neuvième jour, les croûtes se forment au centre, tandis qa*à la périphérie la lymphe s^épaissit de plus en plus et se change en un pus caséeux. Quand elles ne sont pas arrachées, ces croûtes ne tombent que du dix-huitième au vingt-quatrième jour, et laissent à leur place des nicérations qui, dans quelques cas, creusent profondément les tissus, jusque-là que les trayons des vaches peuvent tomber détachés par ces ulcérations qui les ont cernés. D'autres fois il survient des phlegmons de la mamelle, des abcès qui durent pendant trois et quatre mois.
Puisque nous avons abordé Thistoire du cow-pox, permettez-moi, messieurs, de dire quelques mots des questions qui s'y rattachent. £t d'abord quelle est, son origine? En considérant l'immunité qu'elle confère à l'homme contre la variole, on s'est demandé si la picote n'était pas la petite vérole qui se serait modifiée en se transmettant aux races bovines, comme le cow-pox se modifie eu se transmettant des vaches à l'homme. On s'est demandé aussi si ce n'était pas une maladie à part, spéciale aux animaux sur lesquels on l'obseiTait; si, enfin, ce n'était point une maladie procédant, non plus de la variole de rhonime, mais d'une autre maladie propre à d'autres espèces animales.
Jenner, partageant l'opinion généralement répandue dans son pays, regardait le cow-pox comme provenant de la maladie connue en Angleterre sous le nom de grease, et en France sous celui d*eaitx aux jambes, maladie spéciale aux chevaux. L'illustre inventeur de la vaccine avait remarqué, ce que savaient bien aussi les fermiers et les habitants des campagnes, que le cow-pox se développait seulement dans les vacheries où les animaux étaient soignés et traités par des garçons également chargés de panser les chevaux. Lorsque l'on observait les eaux aux jambes dans les écuries, le cow-pox ne tardait pas à se manifester dans les étatiles, où il était communiqué aux vaches par les valets de ferme qui venaient les traire, ayant les doigts encore souillés du pus des chevaux. Là où les femmes s'occupaient seules des vacheries, comme en Irlande, le cow-pox était très rare. £n enlevant à cette proposition de Jenner ce qu'elle a de trop absolu, il reste un fait incontestable, que des expériences répétées ont mis hors de doute, à savoir, la grande analogie, sinon l'identité des deux maladies. Mais de ce que les eaux aux jambes peuvent se transmettre du cheval à la vache, et produire même chez l'homme la véritable vaccine, ce n'est pas à dire pour cela que le cow-pox ne puisse se développer que par l'inoculation ou par la contagion des eaux des jambes.
Quant à l'identité des deux maladies, un exemple récent en a de nouveau donné la démonstration.
Dans les premiers jours du mois de mars 1856, un médecin du département d'Rure-et-Loir, M. le docteur Pichot (de la Loupe], fui consulté par un garçon maréchal ferrant, qui présentait sur la face dorsale des mains des pustules
TROissKAi*, 2* édit. I. \
opalines, conflueotes, larges d'un centimètre environ, déprimées à leur centre, où i*on voyait une petite croîite linéaire. Klles avaient absolument i'ap|)arcnce de pustules vaccinales arrivées au huitième uu neuvième jour. Cet homme, qoi n'avait jamais été vacciné, aflirmait n'avoir jamais été non plus en coDtacl avec une vaclie malade, on n'en ferrait pas dans la boutique où il travaillait; mais il se rappelait avoir ferré, vin{;t-quatre jours auparavant, un cheval alteiot des eaux aux jambes. Ce cheval appartenait à un cultivateur : le vétérinaire de la lA)upe, élève distingué des Écoles d'Alfort et do Toulouse, alla constater la maladie, qui existait encore. M. le docteur Picliot recueillit immédiatement entre des plaques de verre le liquide des pustules, et l'envoya à M. Maunoury (de Chartres).
Sans attendre le résultat dos expériences que devait faire ce médecin, M. Picliot essaya de vacciner son malade; mais bien qu'il ait employé ub virus vaccin pris sur le bras d'un jeune enfant, bien que ce même virus, inoculé le même jour à deux autres enfants, eût produit chez tous deux une éruption vaccinale très légitime, rinoculatiou resta sans effet chez le premier individu. Le sixième jour, sur six piqûres faites, on ne voyait qne deux petites pustules arrondies, couvertes d'une croûte sur une [Nirtie de leur étendue, et en aucune façon semblables à celles développées sur les bras des enfants. Cependant on tenta d'inoculer à un autre enfant le liquide fourni par ces deux pustules, et le huitième jour il ne s'était produit aucun résultat Ce même jour on vaccina le même enfant avec du vaccin ordinaire; sept joun après, il présentait quatre boulons de superbe vaccine, qui servit k înocukr trois autres enfants.
De son côte, M. Maunoury inoculait un enfant avec le liquide qu*on lui avait envoyé ; sur cinq pi(iûres pratiquées, trois au bras droit, deux an bras gauche, une au bras droit avait donné au huitième jour une belle pustule de la largeur d'une lentille, reniplie de sérosité jaunâtre, claire, et entourée d*oo cercle rougeâtre d'un centimètre d'étendue environ.
Ce bouton unique devint la source à laquelle puisa M. Maunoury pour pratiquer plusieurs vaccinations. Trois enfants furent inoculés avec le pus de cette pustule, et tous trois furent parfaitement vaccines. Le vaccia de Tan d'eux servit à vacciner un ci.nquième enfant. Enfui, arrivé h cette troisièiDe génération, le virus vaccin fut eflicacement transmis encore à un siiième elk un septième eufant.
C'était do!ic bien une uaie vaccine ([ui avait été communiquée an premier malade, et cotte vaccine il l'avait prise dos eaux aux jambes du cheval qu'il avait ferré. Ainsi se trouvait confirmée l'opinion de Jenner.
Jenner, toutefois, en émettant sa tliéurie, n'avait jamais pu pi-oduire qQ*onc simple inflammation chez les individus auxquels il avait inoculé la matière d0 eaux aux jambes; il est vrai que jamais il n'avait employé la lymphe claire contenue dans les pustules du début, mais le pus d'anciennes ulcérations. Depuis lui, des esi)érimentaleurs avaient prouvé d'une manière iiTéfragable le fait que
l*observalioQ de MAI. Maunoury et Picliot \icDt de nouveau de mettre en lumière. Eo 1801 , le docteur Loy (d'Aislaby), publiant le compte rendu de ses eipériences sur l'origine du cow-pox, disait avoir inoculé avec 8uccî*8 la matière des eaux aux jambes à des hommes et à des vaches. « Ayant observé une éruption pustuleuse sur les mains d'un maréclial ferrant et d'un boucher, dans le comté d'York, pustules qui étaient accompagnées d'un trouble de toute réconomie, et qui ressemblaient beaucoup aux pustules vaccinales (Kun et Taulre de ces individus avaient soigné pendant un certain temps des chevaux qui avaient les eaux aux jambes), Loy inocula de la lymphe prise de ces pustules h son frère ei à un autre enfant, qui eurent des pustules dont la marche et Taspect concordaient parfaitement avec les pustules de la vraie vaccine. « L'observation de MM. Picbot et Maunoury présente avec celle-ci, on le voit, une grande analogie. « Loy inocula aussi de cette lymphe à une vache, qui eut une très belle pustule de cowpox avec tous ses accessoires. Il se servit de ce cow-pox pour vacciner un enfant qui eut la plus belle vaccine, et se montra préservé contre la variole qu'on lui inocula le sixième jour de la vaccination.
» Mais quand il voulut inoculer aux vaches la matière des eaux aux jambes qui avaient produit ces éruptions, il ne réussit pas. Il h^péta ces ex|)ériences encore plusieurs fois sans aucun succès avec de la matière prise sur d'autres chevaux, et il ne parvint pas non plus à Tinoculeravec succès à des hommes. A la un, il réussit à trouver un cheval qui n'avait la maladie que depuis quinze jours, tandis que chez tous ceux qui avaient servi aux expériences la maladie avait clé plus ancienne. 11 inocula la matière qu'il recueillit k dnq vaches, et toutes les cinq eurent des pustules de cow-pox, dont il put se servir parfaitement pour vacciner des enfants, auxquels plus tard il inocula la variole sans produire aucun résultat (1). »
Sacco (de Kaples), qui avait inoculé d'abord sans succi^s vingt-sept vaches et huit enfants avec la lymphe prise aux eaux des jambes, vit cependant des postules se développer sur les mains d'individus qui avaient soigné des chevaux malades; ayant inoculé le liquide de ces pustules à neufenfanis et à une vache, chez deux enfants il obtînt une vaccine normale, absolument comme l'ont fait les médecins du département d'£ure-et-I/)ir.
EnGn.en 1805, le médecin vétérinaire danois Viborg, ayant inoculé au pis des vaches la matière des eaux aux jambes, obtint, après plusieurs insuccès, le résultat qu'il attendait: le cinquième et le sixième jour de l'inoculation, une éruption de cow-pox se développa nettement caractérisée.
D'autres observateurs encore, et parmi eux le professeur Riller (de Kiel), ont signalé aussi des faits de vaccine se manifestant par suite de l'inoculation dû pus des eaux aux jambes et pouvant fournir un virus vaccin parfaitement légitime.
t > Hfeînbreniicr, p. (i08.
52 DE Lk TACCtNE.
Ajoutons à CCS documents les faits obscniVs an |>rinten]|)s de 1860 par MM, Sarrans (de Rîcunics) et DclafosKC (de Toulouse). Une ('*pizootîe rvgnak sur Tcspèce chevaline ; une jument tombe malade d'un engorgement aoi jarrets, d'où s'écoule une matière sauieuse. I\l. Dclafossc, ayant pris cette matière au bout de sa lancette, l'inocula successivement à deux jeu nés Taches, auxquelles il donna, par le fait de cette inoculation, des pustules ayant toutes les apparences du cow-pox. Avec la matière de ces pustules îl obtint laTaccine avec tous ses caractères et toutes ses propriétés.
Dans une discussion à l'Académie de médecine (1), puis plus tard à la Société de biologie, en 1861, M. H. Bouley a longuement insisté pour faire remarquer que les vétérinaires étaient encore aujourd'hui d'avis différent sur ce qu'on devait appeler les eaux aux jambes. RI. I^blanc, qui se transporta & Toulouse pour y étudier la maladie de la jument qui avait fourni h M. Delafosse la matière du nouveau Taccin, prouva que cette jument n'avait point li maladie dite eaux aux jambes; mais tous les vétérinaires qui ont observé l'épizootic de Rieumesont été d'accord pour reamnaître que cette épizootîc avait présenté tous les caractères d'une Gèvre éruptivc. H ne m'appartient pas de dénommer une maladie de l'espèce chevaline à laquelle les vétérinaires n'ont point encore donné de nom. Peut-elle être comparée, 5 titre de fièvre érop* tive, à la clavelée de l'espèce ovine? Existerait-il chez le cheval une fièvre éruptivc qui, transmise à l'homme par inoculation directe ou indirecte, senit susceptible de fournir le virus vaccin ou un virus analogue par ses propriétés? Ces questions peuvent être posées aujourd'hui, mais l'avenir seul en donnera peut-être la solution.
A côté des expériences concluantes en faveur de la transmission de la maladie (les chevaux à la vache et à l'homme, on en a cité un certain nombre d'autres contradictoires : ainsi, en France, les tentatives, faites ii Aifort et h Rambouillet, pour inoculer aux vaches le cow-pox eu employant la matière des eaux aux jambes, furent toujours infructueuses; on n'essaya pas, il est vrai, l'inoculation de la maladie des chevaux aux enfants. On a dit, poor expliquer ces résultats négatifs: d'une part, que, comme on ne savait jamais positivement les antécédents des animaux sur lesquels on expérimentait, il se pouvait que les vaches soumises à l'inoculation des eaux aux jambes aient eu autrefoi:* le cow-pox; d'autre part, que la maladie n'était pas susceptible d'être inoculée indifTérennncnt à toutes ses périodes, et de plus, qu*cUe ne s'inoculait pas également bien sur tous les points que l'on choisit pour y introduire le virus contagieux. Enfin, comme le professait le docteur Loy, il y a évidemment plusieurs maladies confondues sous le nom d'eaux aux jambes;or, de ces diverses maladies, une seule est la vraie, la seule susceptible de se transmettre et de se transformer, par l'inoculation, en cow-pox chez la vache, en vaccine chez l'homme.
M; Bufletin de VÀcndémii; de médecùte, 1861-1862, t. XXVll, p. 854 cl 880.
DE LA YAGCINE. 55
Quaot à ce fut qu'une maladie contagieuse n'est pas susceptible d'être inoculée indifféremment à toutes ses périodes; quant à cet autre fait que les viras ne s*introduisettt pas également bien par tous les points de l'économie, nous en avons de nombreux exemples dans la pathologie humaine. Si nous savons, en effet, que le pus d'un chancre s'inocule facilement par une piqûre, nous savons aussi qu'il n'en est point généralement ainsi de la matière recueillie dans une pustole d'ecthyma syphilitique ou sur une phMjue muqueuse. Quelques médecins même contestent d'une manière absolue la possibilité de cette contagion. Cependant il est incontestable aujounl'hui que les accidents secondaires de la vérole peuvent transmettre la syphilis, mais seulement dans des circonsiancrs tout à fait exceptionnelles. Lors({ue nous reviendrons sur cette question, à propos de la syphilis des enfants nouveau-nés, nous verrons que la transmission de la vérole d'un enfant à sa nourrice n'a lieu que dans des conditions toutes particulières.
Ces conditions consistent principalement dans le contact prolongé cl souvent répété entre les parties affectées et celles qui vont absorber le virus syphilitique ; elles sont d'autant plus actives que, d'un côté, l'enfant exerce sur le mamelon une succion énergique et puissante; que, de l'autre, le mamelon est dans un état d'érection continue, qui a commencé dès que les lèvres du nourrisson s'en sont approchées, et qui augmente encore par le fait de la succiou. Cette exdtation dont il est le siège imprime au mamelon une modalité anatomique et physiologique en vertu de laquelle la peau qui le recouvre, subissant les lois de l'endosmose, ouvre une porte à l'absorption du virus contagieux, sans qu'il soit besoin que les surfaces soient dénudées, sans qu'il eiiste ces excoriations, ces fissures qui sont, il est vrai, les voies les plus habituelles par lesquelles a lieu la transmission des accidents syphilitiques de renfantk sa nourrice.
Si nous comparons donc ce qui se passe dans la transmission des manifestations avancées de la vérole avec ce qui dut avoir lieu dans la transmission des eaux aux jambes dans lenrs périodes avancées, nous nous rendrons compte des insuccès obtenus dans les tentatives d'inoculation de cette dernière maladie; il sera permis de |)enscr que si les expériences d*Alfort et de Rambouillet et bien d'autres ont été négatives, cela |)ouvait dépendre de ce que, dans ces cas, ou avait employé la matière virulente prise 5 une époque trop éloignée du début des accidents. Comment expliquer autrement les résultats positifs obtenus par des observateurs instruits et consciencieux, tels que Loy, Sacco, Yiborg, Ritter, Bemdt, mi. Pichot et Maunoury?
De ce court exposé des faits nous conclurons avec M. Steinbrenner, qui se range à Topinion de W oodvillo, de Coleman, de Viborg, de Sacco, etc., que le cow-|)ox peut tirer son origine des eaux aux janil)cs; mais nous répéterons ce que nous avons eu déjà le soin d'établir, que ce n*esi pas à dire pour cela que le cow-pox ne puisse se développer nécessairement que par l'inoculation ou la contagion de la maladie des chevaux : il se développe tout h fait indépen dammcnt de ces circonstances, et ce dernier cas parait même le plus ordinaire.
5fr DE LA VACCINE.
Tout en le Iransmettant incontestablemeiit dn che?al à It vache, et do cheval \ i'Iiomine, la maladie ne se transmet pas semblable à elle-même dans ses manifestations; le oow-pox ne ressemble pas pins aux eaax aux jambes que la vaccine ne leur ressemble, pas plus que relle-ci ne ressemble réellemeotao cow-pox. Ces modifications dans les formes d'affections essentiellement identiques quant au fond, modifications dépendant de la nature des organismes qu'elles prennent pour siège, s'observent encore assez stmvent dans la patho* logie comparée.
Ainsi le sang de rate^ maladie spéciale à l'espèce ovine, transmise aux bêles à cornes, devient chez celles-ci le charbon, chez l'homme elle donne la intitule maligne.
Lorsqu'un mouton meurt de celte maladie générale, typhoïde, étrange, qui tue souvent un grand nombre de bêles à laine dans certaines contrées de l'Europe, et particulièrement en France, dans les départements formant les anciennes provinces de la Beauee, du Berr)* et de la Brie ; lorsqu'un mooloo meurt do sang de rate, si l'on prend un peu de sang contenu dans sa rate au moment où il vient d'être sacrifié, alors qu'il n'y a pas encore de putréfaction, cl qu'on inocule ce sang à roreille. au pli de l'aine, à la région inguinale d'ao autre mouton, vingt ^ trente-six heures se passent sans que rien se nunîfeste; puis tout ^ coup l'animal perd l'appétit, des sv'mptôroes typhiques se déclarent, et en une heure ou deux la mort arrive. A l'autopsie, on trouve les roêma lésions qu'on avait constatées chez le premier malade. En inoculant le sang de la rate du second à un troisième, dans une localité même très éloignée de ceHe où vivaient les deux autres, on lui donne la maladie, qui va se transmeure ainsi cbei les individus de la même espèce, toujours semblable à elle-même, toujours identique dans ses manifestations.
Que si vous inoculez le sang de rate à un bœuf, à une vache, vous leur donnerez non plus la maladie du mouton, mais une affection charbonneuse qui, d'abord locale, sera bienlôt accompagnée d'accidents généraux rapidement mortels, ^ moins que, par une énen;ique cautérisation, vous n*ayez éteint k mal sur place.
Enfin un berger, en dépoufiiant un mouton mort du sang de rate, s'inocule la maladie, soit que ses mains, souillées par le ï^ng, aient présenté quelque écorthure par laquelle le virus contagieux aura étô absorbé, soit même, comme on en a cité dos cas, qu*en Tabsence de toute excoriation, de tonte écorchure, on ne puisse expliquer cette inoculation que par le contact trop longtemps prolongé de la peau avec le cadavre de Tanimal. Après un certain temps il se développe chez cet liomme une maladie toute particulière, excla- ^ivement locale au début, — tandis que le sang de rate est dVmblée une maladie sénérale, — consistant en ce qu on a appelé la pustule maligne. C'est UM petite vésicule occasionnant, pendant un jour ou deux, des démangeaisons, bientôt suivies d'un sentiment dVngourdis!»enient se prolongeant dans les bras, si la puMule avait les mains ou lavant-bras ^lour siège ; bientôt encore. Ion-
qu'au centre de celte petite vésicule apparaît un point gangrené insensitile k la piqûre du bistouri, surviennent des troubles généraux, et les malades suc* combent, emportés par dos phénomènes ataxo-adynamiques qui se prolongent quelquefois pendant cinq à six jours. Iji pustule maligne est au début si biei^ une afieption toute locale, qu*cn la combattant alors par les moyens généralement employés aujourd'hui en Beauce, c'est-à-dire par une vigoureuse cautérisation, plus spécialement par l'application du sublimé corrosif sur la partie préalablement profondément scarifiée, on prévient ces accidents, et Ton sauvé tous les malades. Les médecins du département d'Eure-et-Loir, ceux du Perche et du Berry savent bien cela ; aussi se préoccupent-ils assez peu de la postule maligne, lorsqu'ils sont appelés au début, assez à temps pour arrêter court les progrès du mal. J'ai pu juger moi-même du faiL En 1856, un de mes serviteurs à la campagne gagna la maladie en habillant trois moutons morts de sang de rate. Au moment où j'arrivais chez moi, cet homme vint me montrer sa main, et je reconnus une pustule maligne nettement caractérisée : je le voyais le dimanche ; le début du mal remontait au mercredi ; déjà il y avait un mouvement fébrile et quelques troubles généraux. Je scarifiai la partie affectée, l'introduisis dans la plaie du sublimé corrosif ; quarante-huit heures après, la guérison était assurée, et le dimanche suivant je retrouvais mon malade parfaitement portant : il gardait seulement à la main une escharc douloureuse.
En voyant ces remarquables mutations s'opérer dans la forme d'une même maladie, lorsqu'elle se transmet d'un animal d'une certaine espèce à un autre d'une autre espèce ; envoyant les organismes différents répondre d'une manière si différente à une même cause morbifique, on ne s'étonnera plus que l'affection des eaux aux jambes change aussi de forme en se développant chez la vache, comme, en se développant chez l'homme, on ne s'étonnera pas davan* tagc que le cow-pox et la vaccine se ressemblent si peu, bien qu'ils soient de même nature. On comprendra également C4)mincnt on a pu, comment on peut le demander encore si le cow-pox n'est rien autre chose que là variole chez l'homme, modifiée par Torganismc de la vache sur laquelle elle s'est développée, modifiée de telle sorte qu'elle va perdre ses qualités primitives et se transmettre de nouveau à l'homme sous une manière d'être toute différente de • celle qu'elle affectait originairement.
Arrêtons-nous un instant sur ce qui a été fait pour élucider cette question qui a tant d'intérêt.
Plusieurs inoculations avaient d'abord été tentées saas qu'on fût parvenu à produire avec le virus de la variole rien qui ressemblât au cow-pox, de quelque façon qu'on eût opéré, à quelque âge qu'on eût pris les animaux sujets des expériences, lorsqu'en iS07, le docteur Gassner (de Gilnzbiirg] annonça être arrivé au résultat désiré. Sur onze vaches auxquelles il avait inoculé le virus variolique, il avait obtenu des pustules de vrai cow-pox, dont il se servit pour vacciner des enfants, qui eurent une vaccine très légitime. Ixs fait fut contesté; mais plus tard, en 1839, le docteur Thielé (deKaiaB)«ayaotrcfimee»expé-
riences de Gassoer, raconta qu'après avoir vainement essayé d'inoculer le vaecÎB et la variole de Thomme à la vache, il était parvenu à inoculer la varMe k do vaches qui eurent des puslulcs de cow-pox dont il se servit pour donner k dei enfants une vaccine tout à fait normale. Ces expériences dataient de I8S6; depuis, le docteur Tliielé avait continué de vacciner avec ce vinu» qai avait passé, au moment où il écrivait, par soixante-quinze générations* et s'était toujours montré très eflicacc chez plus de trois mille individus. Plus tard, pour vérifier cette efficacité, il inocula le virus variolique à vingt et un de ces vacdues, et jamais la variole ne put se développer. Pour obtenir ces résoltals, il avait recours au procédé suivant II choisissait des vaches entre l'âge de qoalra k six ans, ayant nouvellement vêlé, et, le plus possible, ayant des trayooi blancs. Il les confinait à l'étable, dont la température devait être constamoMBt à 15 degrés Réaumur ; leur nourriture restait la même et Ton contionait delei traire. Au moment de faire Tinoculation, on rasait la place sur laquelle on von lait agir; cette place, c*était la partie postérieure du pis, afin qoe la vache ne pût pas se lécher. Après avoir pratiqué des incisions un peu plus profooda qu'on ne fait les piqûres chez l'homme, on les recouvrait de linge imprégné de pus. Le virus était pris sur des pustules varioliques encore transparentes, nacrées, perlées, et dont la lymphe était très limpide; pour agir encore plv sûrement, le docteur Thielé se servait de lymphe qui avait séjoomé dii I douze jours entre deux verres. Le troisième jour de rinoculalion* il se fermait un tubercule sous la peau ; le cinquième, apparaissait une pustule semblable à une pustule vaccinale, qui, du septième au neuvième, contenait de II lymphe limpide et présentait une dépression centrale. Du neuvième au oozièfne, elle commençait 5 se sécher ; il se formait une croûte qui, en tombant, laisBaif une petite cicatrice lisse. De trois à six points dlnoculation il obtenait en général une ou deux pustules.
En 18/!i0, le docteur Ritler (de Munich) annonça qu'il avait aussi essayé d'inoculer la variole aux vaches ; que d'abord, ayant expérimenté, dans Tespace de dix ans, sur plus de cinquante vaches, il n'avait eu aucune espèce de succès; qu'enfin ayant adopté le procédé du docteur Tliiclé, il avait obtenu les mêmes résultats que lui. Il avait produit le cow-pox, avec le(|uel il avait pu donnera des enfants une vaccine parfaitement normale et légitime.
A ré|)oque où le docteur Tliielé publiait le résultat de ses observations, no médecin anglais, le docteur Cely (d'Aylesbury), réussissait de la mtoie façon. Je ne reproduirai pas les détails de ces exi)ériences, que vous trouverez rdatés tout au long dans le remarquable ouvrage de M. Steinbrenner, auquel j'ii emprunté une grande partie des faits que je vous ai rapportés.
Le docteur Sunderland (de Bai*nien) essaya de son côté d'obtenir le cow-poi ou inoculant la variole; mais il employa à cet eiïet un procédé différent de celui adopté par MM. iiiielé el Ritter. Ce procédé, que l'auteur a décrit daoi le Journal de Hufeland en 1830, consistait à couvrir les vaches avec noe couverture de laine qui avait servi à un homme mort d'une variole grave dans
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b période de sopporation. Cette courerture, roulée sur le lit do mort, était immédialement enveloppée dans un drap et emportée dans une étaUe où se trouvaient de jeuDe9 vaches ; on la plaçait sur le dos des animaux, on Ty fiiait soigoeosancDt, et on Ty laissait vingt-quatre heureè; ou la mettait alors succaûvement, en la laissant toujours vingt-quatre heures, sur le dos des antres vaches. Non-seulement ou les en couvrait, mais lorsque toutes Tavaient portée, on fixait celte couverture le long de la mangeoire , de façon que les animaux respirassent les miasmes qui s'en exhalaient. Au bout de quelques jours, les vaches ne mangeaient plus, buvaient beaucoup ; elles avaient de la fièvre; vers le quatrième ou cinquième jour de la maladie, on apercevait des pustales sur les pis et sur d'autres parties molles. Ces pustules suivaient la nème marche que celles produites par les vaccinations. I^ lymphe qui les reaiplissait pouvait servir à vacciner depuis le quatrième jusqu'au huitième jour de leur apparition.
Celte merveilleuse découverte devait appeler l'attention ; on s'empressa de répéter les expériences. Nulle part, ui en Danemark, où en 1833 le gonraneneot sollicita les médecins 5 s'occuper de la question, ni à Berlin, ni I Weinsar, ni à Dresde, ni à Calcutta, on n'obtint aucun des résultats annoncés par M. le docteur Sonderland. En France, on ne fut pas plus heureux. M. Iliquel (d'Aroboise) essaya inutilement, à diverses re|)rises, d'inoculer de cette ftçon la variole aux vaches et de produire le cow-pox, jamais il n'en vint à bout. Notre savant confrère de Touraine expérimentait cependant dans les conditions en apparence les plus favorables à la réussite. Ceux qui ont visité les bords de la Loire, de Blois à Angers, ont vu les habitations creusées dans la pierre des coteaux où vivent un grand nombre de paysans péle-mèle, pour ainsi dire, avec leurs bestiaux, dont les écuries, également creusées dans le roc, ne sont guère séparées de la demeure des hommes que par de minces cloisons. Or M . Miquel eut occasion d'observer une épidémie de varioles confluentes qur régnait sur ces populations. C'était en hiver; les vaches restaient enfermées jour et nuit dans leurs étables, vivant vraiment au milieu des malades. Eh bien! dans ces circonstances, jamais M. i^liqiiel ne put constater la variole chez ces vaches ; il eut l>oau les envelopper des couvertures des malades, jamais il ne vit se développer chez elles la plus petite pustule de cow-pox. La méthode du médecin de Damien n'aurait donc donné de résultats satisfaisants qu'entre les mains de son inventeur, si nous n'avions 9i tenir compte du récit de John Webb que yempnintais tout h l'heure à la Lancette de Ix>ndres, récit qui vient à l'appui des expériences du docteur Sunderland.
Pour régénérer le vaccin, dont la puissance semblait faiblir, on eut encore l'idée d'inoculer aux vaches le vaccin de l'homme. En France comme à l'étranger, on annonça des succès obtenus; on put citer aussi des insuccès. Bretonneau, dans les expériences qu'il entreprit et qu'il répéta à difiérentes reprises, n'obtint jamais aucun résultat en o|)érant sur des génisses qu'il choisissait de préférence, de crainte de faire tarir le lait en agissant sur des vaches
nourrices. MaÎR d*aii(reii expérimentateurs furent plus heareai. Les docteiin Haussmann (de Stuttgard), Numann, Billlng, professeur à l'école Tétérinaira de Stockholm, Magliaii (de Inaptes), Heim (de Mcschede) ^.ies docteurs Zybd, Nicolaî, Leutin ; MM. AVith, professeur à l'école Télérinaire de Copenhague, Prinz, à Dresde, etc. ; enfm le docteur Bousquet, membre de l'Académie de médecine, qui s'est beaucoup occupé de cette question de la Tacdne (1)» M. le docteur Steinbrenner, MM. Doutet, Maunoury (de Chartres), ont reproduit, en inoculant la vaccine de Thomme à la vache, le véritable oow-pox, dont ih ont pu se servir pour vacciner les enfants.
En présence de ces faits contradictoires, on doit se demander la raison de ces succès et de ces insuccès. La solution du problème n'est pas exempte de difficultés. Faut-il invoquer, pour expliquer ces diiïérences dans les résoliaia obtenus, la question de V opportunité morbide? Prenons un exemple. Je so|h pose une maladie régnante, la grippe, si Ton veut. Un individu vivant ai milieu de l'épidémie va en être atteint sous l'influence de la moindre ciuse; un autre, à côté de lui, s'exposera aux mêmes influences ou à d'antres pins actives encore, sans en éprouver le plus petit accident, fiel individu ponni traverser sans danger toute l'épidémie, ou bien, après avoir écliappé à la ma* ladie alors qu'il s'y était d'abord cx|)osé impunément, un jour il prendra h grippe sans cause connue appréciable. Jl y a dans certains moments, en vertn de je ne sais quoi, une disposition particulière, une manière d'être de l'organisme qui le met à l'abri des influences morbides; puis cette dispositioB cesse, cette manière d'être se modifie, et ce même organisme va subir avec une grande facilité la plus petite de ces influences auxquelles il résistait auparavant Est-ce in ce ciui a eu lieu dans les diflérenls cas où rinoculatioi de la vaccine à la vache a été tentée avec des résultats si opposés? On biea faut-il mettre en cause Içs vertus du vaccin qui a été employé dans ces diverses expériences? Faut-il dire, avec M. Steinbrenner, que le manque total des résultats obtenus à une certaine é|KKjuc, tandis que dans les premiers temps de la découverte de Jcnner les succès primaient les insuccès, tenait à ce que la lymphe ancienne avec laquelle on opérait éUiit très affaiblie. Les ol)servations de M. Fiard, celles de MM. Boutet et Maunoury, tendraieal à le prouver; les inoculations qu'ils ont faites avec du \irus ancien sur les vacbes n'ayant jamais réussi, tandis que dès qu'ils eurent employé du virai régénéré dans leurs expériences, ils obtinrent des pustules dont ils se sont servis avec avantage pour la vaccination des enfants.
Avec >r. Steinbrenner, on se demande encore si le vaccin), dans une première génération sur la vache, ne produirait qu'une vaccine locale, et si, par de nouvelles inoculations, ce mCMuc vaccin, arrivé à plusieurs générations cbes les animaux, ne reprendrait pas i>cu à peu les pmpriétés du cow-pox tel que Jenncr l'avait trouvé.
(1) Souvpuu Trailé tle h vw^ine H des vrupfhus van'ofeunes. Paris, 1848.
§ ).— TransmlBsion de la vaccine de l*homme à Thomme. — Condition d'une bonne yaccination.— Prendre le vaccin du cinquième au septième Jour. — Cjhoix des ■i:dets qui le fouraisBent. — Conditions de santé de ceux qui le reçoivent. ~ Éruptions vaccinales.
Quoi qu'il en M>it, messieurs, des faits que je vous ai rapportés, il est bien remarquable que le vaccin, dans les premiers temps de son importation, ait en QM acUvîté plus grande que celle qu'il paraît avoir aujourd'hui. Jenner avait prévu celte dégénération de la vaccine; il la prévoyait parce qu'il supposait d'abord que, parle (ait de sa transmission de génération en génération, le virui perdrait de sa puissance, parce qu'il comptait aussi sur les foutes des vaccina-
teore.
Oubliant en effet les règles qu'il avait établies, au lieu de prendre le vaccin ifint le buitième jour, de s'en servir de préférence le cinquième, on attend ce hoitiènoe jour, — c'est un usage général, — quelques médecins même ne craignent pas d'employer le vaccin du neuvième jour. De plus, on ne s'occupe pu de rechercher si les conditions dans lesquelles se trouve l'individu que l'on doit vacciner sont plus ou moins favorables au parfait développenoent d'une belle vaccine. Ce sont là cependant des considérations du plus haut intérêt; c'est parce qu'elles ont j^té trop souvent mises de côté, que nous avons à déplorer aujourd'hui de nombreux mécomptes.
Étudions donc les conditions nécessaires pour reproduire un vaccin dont les vertus préservatrices se conservent autant que possible en se iransmcltant d*âgc en âge. Jenner les avait signalées; un de mes élèves^ M. le docteur Truchctet, les a de nouveau indiquées dans sa thèse inaugurale (1), en )K)sant les concluaiotts des expériences qu'il avait faites dans le service de notre clinique.
De ces conditions, les unes sont inhérentes au virus lui-même; les autres sont inhérentes au sujet auquel on l'inocule.
Si le virus a dégciién', c'est que, ainsi que le fait observer M. Sloinhrenner, 00 s'est servi à peu près indistinctement de la lymphe vaccinale de tout individu, quel qu'il fût, pourvu qu'il présentât des pustules normales, sans s'inqoiéter de la beauté et du développement, 8.ins s'inquiéter, comme nous Tarons dit, de l'âge de ces pustules. En réfléchissant cependant h ces lois biobgiques, aussi bien applicables il la vie des animaux qu'à celle des plantes, les médecins auraient toujours agi comme le font les agriculteurs, qui ont soin de toujours choisir leurs plus belles graines pour ensemencer leurs champs, parce qu'ils savent bien que la récolte en sera plus assurée et qu'elle produira des grains de qualité supérieure. Et sans sortir du terrain de la biologie patho* logique, n'était-ce pas un fait bien connu, qu'arrivé à une certaine époque du développement des pustules, le virus variolique inoculé no pouvait plus mettre il l'abri de la contagion. Dans le siècle dernier, en 178(i, un médecin anglais,
ft; TrufhotM, Qupiquf*^ rprhprfh*"i vm** fn vnrnnp (Tfihp.f iIp Paris', 1855).
60 DE LA TAGGINE.
Earle, communiquait à Jeûner le résultat de ses observations sur ce sujet. Il lui racontait que des inoculations qu'il avait pratiquées en employant un virus pris sur des pustules varioliques trop avancées avaient manqué leur effet
Le choix de la lymphe vaccinale a donc une grande im|)orlance. Son activité est loin d*étre la même à toutes les époques de sa durée. Nulle vingt-quatre ou trente heui-es après l'inoculation, elle commence à se manifester quarante-huit ou soixante-douze heures à partir de cette époque ; elle est dans toute sa force aux quatrième, cinquième et sixième jours, puis elle décroît déjà le septième, pour se perdre presque entièrement du onzième au quatorzième.
Jenner, qui d'aboid se servait du vaccin du huitième jour, croyait que cette époque était le moment le plus favorable, mais plus tard il reconnut que dès le cinquième jour il y avait dans les boutons de vaccine une lymphe parfaitement inoculable et de grande énergie ; il disait que cette énergie diminuait lorsque Taréolc inflammatoire paraissait : et non*seulenient il n'employait plus le vaccin après le huitième jour, lorsqu'il pouvait faire autrement, mab il choisissait do préférence celui du cinquième. C'était aussi l'opinion de J)etaroque, traducteur français du livre du médecin anglais ; c'est encore celle d'un certain nombre de praticiens des plus considérables, celle de M. le doc« teor Bousquet. C'est enliu notre manière de voir.
Ces préceptes, messieurs^, ont été foimulés en très beaux vers par l'un de nos po('tes les plus illustres :
Puisez le penne lieureiix dans sa fraielieur première, Quand le suleil cinq fois a Tourni sa carrière^
dit Casimir Delavigne dans son poème de la Vaccine^ où il rend compte, avec un rare bonheur et une élégante précision, des symptômes de celte maladie qu'il avait observée avec le docteur Pariser, secrétaire de l'Académie de médecine.
La première condition pour que le virus vaccin conserve toute son activité et confère l'immunité aussi absolue que possible de la variole, est donc de le recueillir à une époque assez rapprochée du développement des pustules vaccinales. C'est de le prendre du cinquième au septième jour inclusivement. Il produit alors des pustules plus larges, qui s'entourent d'une aréole inflamma* toirc plus étendue, dont l'inflammation dure plus longtemps; en un mot, il donne un vaccin plus vigoureux que ne le fait un virus pris à une époque plus avancée.
Bien que le bouton vaccinal développé quarante-huit heures après l'inoculation fournisse un vaccin assez actif déjà pour Otre employé eu temps d'épidé mie, alors qu'on n'en aurait pas d'autre à ^a dis[K)sition, son activité est cependant moindre <|uc celle qu'il acquiert les jours suivants; mais elle est bien plus grande que celle du vaccin du huitième jour.
Celui-ci fait plus lentement son é\oluiion : il ne doient papuleux que le
troisième jour, (andis que ccluî du cinquième au septième Test dès le second. Avec ce dernier, llaréole apparaît du cinquième au sixième jour ; avec le premier, elle n'apparaît que le septième on le huitième. L'un ne se flérrit que du dDozièmc au treizième, Tautre commence à se dessécher du onzième au dDozième. £nGn, tandis que pour le vaccin de huit jours la période de matunlîon est de huit à neuf fois vingt-quatre heures, pour le vaccin du cinquième m septième jour elle est plus longue, et dure de onze 5 douze nycbthémères.
Le choix des sujets qui fournissent la matière de Tinoculation vaccinale, les ooodiiîoiis de santé de ceux sur lesquels on pratique cette inoculation, ont aussi kor intportancc; car si les conditioas favorables au développement parfait d'un Berme sont inhérentes 5 ce germe lui-même, elles le sont encore au terrain lus lequel il s'est développé, et dans lequel il doit lever.
Aelativement au choix des sujets qui fournissent la matière de tinocu- Imiion vaccinale^ il est de toute évidence que le vaccin sera d'autant meilleur qa*U sera pris sur des individus bien portants et d'une vigoureuse constitua liou; puisque chez eux il se sera beaucoup mieux développé, ainsi que je vais vous le répéter tout è l'heure, qu'il ne le sera chez des individus chétifs et haguissants.
liais ce qu'il importe beaucoup, messieurs, le point sur lequel j'appelle au; jtard'hui toute votre attention, c'est d'éviter de prendre le vacclu sur des Mîvidus eu puissance de la diathèse syphilitique. La transmission de la vérole par la vaccination est un fait qui semble à présent démontré. Aux exemples qui, depuis le commencement de ce siècle, avaient été rap])ortés et dont le ■ombre s'est singulièrement augmenté dans ces dernières années, tant en France qu'à Tétranger, je pourrais ajouter celui-ci, que vous avez été à même d^ohserver dans nos salles de clinique et (|ue je vais vous rappeler brièvement.
H s'agissait d'une jeune femme, âgée de dix-huit ans, qui était entrée à rHôtel-Dieu pour une afiection utérine. Comme nous avions alors un certam ■ombre de cas de variole, j'engageai la malade à se faire vacciner. Le vaccin fat pris sur un enfant parfaitement sain en apparence, et qui en fournit aussi pour quatre autres enfants de notre salle des nourrices. Chez ces enfants, il se d6feloppaune vaccine légitime, et pendant les cinq, dix, quinze et vingt jours fa*ils restèrent à l'hôpital, nous ne constatâmes aucun phénomène anomal ; mab, malheureusement nous les perdîmes de vue. Chez la jeune femme, I y eut une fausse vaccine : le lendemain de l'inoculation, les piqûres devinrent saillantes, s'entourèrent d'une aréole inflammatoire, avec une démangeaison vive à la peau; quatre ou cinq jours après, il ne restait «Kone trace de la piqûre. I^ malade nous quitta à cette époque, mais il fut cooveno qu'elle reviendrait tous les quinze jours pour suivre le traitement ■oqael nous l'avions soumise en vue de son afiection utérine. La première fais qu'elle revint, vingt-trois jours après sa vaccination, elle lit remarquer que, sur les deux piqûres qu'elle portait aux deux bras, deux de celles pratiquées sur le bras gauche semblaient avoir pris; nous reconnûmes que
c*élaicut des pustules d'eclliynia. A la seconde visite, quinze jours plus lard, ces pustules d*ecthynia étaient iransfonnées en plaques de rupia, à base indurée ; dans Taisseile, nous trouvions des ganglions lymphatiques engorgés et indolents : euûn une éruption de roséole ne laissa aucun doute dans Fesprit de personne sur une infection syphilitique, dont le point de départ était incontestablement dans les points où Tinoculaiion vaccinale avait été faite.
Vous savez, messieurs, combien de questions ont été scmlevées, dans ces derniers temps, ii l'occasion de faits analogues à celui-ci; les débats de cette grave affaire sont loin encore d*être clos. S*il est des médecins qui doutent toujours de la possibilité de la transmission de la vérole par la vaccination, le plus grand nombre s*est rendu à Tévidence et se tient dès lors sur lequi-vive. Mais parmi ces derniers, que d'opinions controversées: les uns veulent que la vérole soit lransmi^isible, inoculable, par le virus vaccin; les autres, absolvant complètement la vaccine, considèrent que la contagion n*a lieu que par l'intermédiaire du sang que le vaccinateur a pris avec sa lancette en même temps que la matière vaccinale.
Je ne m'arrêterai pas à discuter ces deux ordres de faits, mon eipérience personnelle n'étant pas sudisante |>our trancher la difficulté ; ce que je dois vous dire, ce sur quoi je dois insister, c'est de vous tenir en garde lorsqu'il s'agira de vacciner des enfants ; c'est d'avoir présentes à l'esprit les nombreuses observations de syphilis iransmise par la vaccination. Je ne saurais mieux faire, en terminant, que de vous rappeler quelques-unes des conclusions auxquelles est arrivé M. le docteur Viennois (de Lyon), dans le mémoire qu'il a publié à ce sujet dans les Archives générales de médecine pour l'année 1860.
Il importe de ne jamais emprunter du vaccin à un individu suspect, et s'il s'agit d'un nouveau-né, de ne pas lui emprunter de vaccin avant l'âge où la syphilis héréditaire a l'habitude de se manifester par des signes ap|>are»t8, c'est-à-dire avant l'âge de quatre à cinq mois ; car cette syphilis, qu'elle se soit ou non montrée au dehors, est susceptible de se transmettre. Si des circonstances spéciales rendaient nécessaire de prendre du vaccin chez un syphili* tique, il faudrait avoir le plus grand soin de ne recueillir que du vaccin pur* sans aucun mélange de sang ou d'autre humeur syphilitique.
lielativement aux sujets que l'on veut vacciner ^ l*àge, la constitution, certaines maladies antécédentes, d'autres qui surviennent |>endant le cours de la vaccination, peuvent avoir une influence sur la \accine. Celle-ci réussit mieux dans le jeune fige que dans Tàge adulte; toutefois il ne faudrait pas croire qu'elle réussit d'autant mieux que le sujet est plus près du moment de sa naii»sance. Sur un enfant de quelques mois, la vaccine se dévcIop\^era beaucoup mieux que sur un enfant qui \ieni de naîlre; le \accin d'un individu sain et bien constitué sera beaucoup plus beau que celui d'un individu cVièvU et languissant. Chez celui-ci, le bouton vaccinal est plus inou, moivuss^ilUni; son aréole» moins éleodue, est d'uu roiig^ iotnbm^Mibi n^^^WM^^ *****"•
A la truisièiiie génération, dans les cx|)ériences du .M. Truchetct, le vaccin parut si faible, qu*nn Kabandonna.
Les maladies aiguës antécédentes à la vaccination n'ont pas d*eOet sur la faccine, lorsque Tenfont a récupéré sa santé. 1^ variole et une vaccine antérieures font exception à cette loi ; est-il besoin de le dire, depuis ce que nous a¥oii8 plusieurs fois répété de l'antagonisme de ces deux maladies, de Timmunité acquise \youT l'une et pour Tautre par une infection passée, qu*il s'agisse de la rariole ou de la vaccine. On a cité des cas, et nous en avons vu nous-niéme, dans lesquels la vaccine s'était développée chez des individus qui autrefois avaient eu la petite vérole; mais ces faits sont bien peu nombreux, et dans ces faits, le plus souvent, on avait eu une vaccine affaiblie, bâtarde : les neoiples de vaccine régulière sont ^excessivement rares. Quant à riiiQuence d'aoe vaccine antécédente sur une inoculation vaccinale nouvelle, dés les premiers temps même de la découverte de la vaccine on connaissait des eiemples, — Jenner en avait cité deux pour sa part, — d'individus vaccinés qui avaient éprouvé une seconde et même une troisième fois, à d'assez longs iaiervalles il est vrai, les effets de la vaccination. Cependant ces faits étaient an moins aussi exceptionnels que les faits de vaccine se développant chez les lojeis antérieurement atteints de variole.
Qu'y avait-il de surprenant, du reste, dans ces récidives? Ne savait-on pas que la variole récidivait ? Pourquoi la vaccine, congénère à la petite vérole, B*aarait-e]le pas présenté, comme elle, des exceptions à la règle générale? Ces eiceptions d'ailleurs étaient beaucoup moins fréquentes autrefois qu'elles ne le soDt, maintenant que la vaccine a incontestablement dégénéré. Mais encore, avant de se prononcer sur le nombre et sur la valeur de ces récidives, il est important de savoir si les individus qui en subissent ainsi plusieurs fois In effets ont eu autrefois une vaccine légitime, dans quelles conditions elle s*C9t développée, comment a été pratiquée l'inoculation vaccinale, à quelle époque remonte la première vaccination, etc., etc., toutes questions déjà très complexes; il faut surtout 6ti*e certain (pie cette seconde éruption vaccinale n*est pas ce que l'on a appelé la fausse vaccine, que Ton peut quelquefois confandie avec la véritable, et sur laquelle je reviendrai, parce qu'il est indispennMe de la faire connaître.
On 8*est aussi demandé, messieurs, si une affection qui modifie l'économie aussi profondément que la vaccine, et qui semble n'être, dans* quelques cas, qn*ooe forme de la variole elle-même, s'il faut ajouter foi aux expériences sur le cow-pox que je vous ai rapportées ( on peut, dis-je, se demander si la vaccne ne se manifeste pas quelquefois par une éruption générale ; on peut même a*ëlonaer qu'il n'en soit pas ainsi ordinairement. Je vous ai souvent rappelé un fait dont j'ai été témoin à l'iiôpital Neckcr, et je ne suis pas le seul vaccinateur qui en ait observé de ce genre.
J'avais inoculé par huit piqûres le vaccin à un jeune enfant vigoureux.— Lconaième jour à partir de l'inoculation, à mon grand étonnemeat» je vis sur
6& DE Lk VACCINE.
la face, sur le tronc cl sur ]cs nrirmbrcs, vingt-sept pubtules ayant tout à bit la forme de pustules vaccinales.
J'avoue que je crus tout €ral)or(l à une éruption générale, scnnUable à cdlc qui succède à rinoculalion variolique; mais, en y regardant de bieu près, je (lus renoncer à cette idée, ou tout au moins consener de bien grands dootc& L*cnfant avait une petile éruption sudorale sur tout le corps avant h vaod* nation. — C'était Tété. — Il grattait ses boutons de vaccin, qui étaient en eflpt écorchés, puis il allait [)orter le virus avec ses ongles sur des surfaces dépouillées d'épiderme, et il s'inoculait ainsi la vaccine.
Celte inoculation, chez un enfant vacciné, se fait avec une grande facilité, mais il arrive un moment où elle avorte complètement
Vous avez été témoins des expériences que je fais souvent dans nion ser vice. J'inocule le vaccin. Le quatrième jour, je fais une nouvelle piqûit après avoir chargé ma lancette sur une des pustules qni commencent à m développer ; j'en fais autant chaque jour, et vous avez pu voir qnc, jusqo*» neuvième, et quelquefois jusqu'au dixième jour, la vaccine se développait li oi j'ai pratir|ué de nouvelles piqâres ; passé celte époque, elle ne se développepin Les secondes pustules n'acquièrent pas pourtant toute l'amplenr des prenûënii et l'on constate que celles qui sont le plus rapprochées du premier jour de h vaccination, sont celles qui acquièrent le plus de force ; que les snivanla se dénaturent de jour en jour, jusque-lh que celles du neuvième et dixième jov avortent peu après s'être légèrement enflammées, tandis que, a|N'ès le dixième jour, la piqûre n*a pas plus d'influence que si la lancette avait été chargée de pus appartenant k un phlegmon ordinaire. — Il a donc fallu, pour notre enfait de l'hôpital Necker, que l'inoculation qu'il s'était faite lui-même eût été pntiquée au plus tard sept ou huit jours après la vaccination.
11 ne faudrait pas, messieurs, confondre 1 éruption générale de pustules dml je viens de vous parler, et qui est un fait tout à fait exceptionnel, avec uae éruption secondaire de la vaccine qui s'observe au contraire très commoièment, et qui a pu être interprétée diversement par les médecins. Le septîènie jour de la vaccination, au plus tard le huitième jour, une fièvre s*allQiiw, analogue à la fièvre de maturation de la variole. On suppose alors que œltt lièvre est symptomaiique de l'inflammation très vive qui se développe anlov de chaque pustule et de l'engorgement des ganglions lymphatiques de Taisselle. Cette interprétation est, je l'avouerai, celle qui me semble la plus nalirelle. — On aurait pu penser aussi qu'elle n'était rien autre chose que la fièvre d'invasion de la maladie générale à laquelle donnait lieu l'intussusception di virus vaccin, exactement comme la fièvre du huitième et du neuvième joar« après l'inoculation de la variole, n'est, en fin de compte, que la fièvre d'isTision de la variole qui va se développer, et nullement le symptôme de rinflaB" maiion qui s'est manifestée autour de la pustule d'inoculation.
Kn se plaçant k ce point de vue, on est obligé d'accepter que la fièvre vaccinale n'a pas comme conséquence nécessaire l'éruption cutanée génénie,
cootraîreineot k ce qui se passe poai* la variole et la rougeole, |)ar exemple. Mais comme Téruptiou vaccinale secoinlairc apparaît fort souvent, et (|ue durant I clé il y a au moius autant d'enfanis qui en sont atteints qu*i] y en a qui ne réprouvent pas, on peut se demander si la fièvre initiale vaccinale sans éruption Dc peut pas, jnsqd*à un a>rtain point, être assimilée à la fièvre scarlatineusc qui, ainsi que je vous le dirai un jour, n'est pas toujours suivie de la manifes« talion de rexanthème spécifique.
fioGn on peut accepter, sans aller cherclier des explications plus ou moins bypotiiétiqucs, que Téruption du dixième et du onzième jour de la vaccine o'est rien autre chose que cet exanthème si commun chez les enfants qui ont OQ point de ftuppuration quelque part, et qui ont en même temps delà fièvre et des sueurs abondantes.
En effet, messieurs, Téruption vaccinale secondaire ne diffère en ricndc ce que j*aî appelé les éruptions sudorales, dont je compte vous entretenir dans l'une de nos prochaines conférences. Elle consiste en un exanthème morbillifMme, scariatiniforme, presque toujours très fugace, quelquefois pourtant prenant la forme plus sévère de Teczéma aigu, de Teczéma impétigineux, et oonslituant le premier anneau d*une chaîne bien longue de ces suppurations de la peau et des membranes muqueuses qui ont été la cause de l'espèce de léprobaiion dont la vaccine est encore l'objet de la part de gens prévenus et ^yorants.
Revenons maintenant, messieurs, aux autres conditions qui modifient la vaccine.
En appauvrissant l'économie, en affaiblissant la constitution, les maladies diroBiques dont est atteint l'individu que l'on vaccine le placent nécessairement dans des conditions peu favorables au développement du vaccin. Les jmnes enfants qui ont hérité de la syphilis sont aptes 2i recevoir l'inoculation vaccinale, soit que la syphilis reste encore chez eux h l'état latent, soit au contraire qu*ils portent déjà des manifestations évidentes dc la diatbèse. Pour ne point entrer dans de trop longs détails à ce sujet, je vous ferai remarquer, à r^ipai de cette assertion, que souvent, dans mon service, vous avez vu le vaccin se développer régulièrement chez des enfants qui plus tard devaient présenter les symptômes d'une syphilis héréditaire, et chez d'autres qui oitraient à l'hôpiul pour y être soignés d'accidents syphilitiques, plaques niiqueiiscs, psoriasis ou rupia, etc., etc. La syphilis ne fait donc pas obstacle aa développement de la vaccine. Le contraire a lieu pour les fièvres éruptives.
la rougeole et la scarlatine survenant dans le cours de la maladie, l'arrêtent dans sa marche, et celle-ci ne reprend son cours qu'après la disparition de
rexanthème.
La variole et la vaccine s'excluant Tune l'autre, il semblait rationnel de croire que ces deux maladies ne pouvaient exister simultanément. Or l'expérience a démontré que l'incompatibilité ne se manifeste que du cinquième au sqAièiDc jour d*nnc vaccine légitime. Si dans les premiers jours de la vacci-
Tiiorsi»K.u', 2* iHlit. — I. i>
66 W LA TACCINE.
nalion, l'économie se trouve sous l'influcucedu virus varioiique, qu'elle i*ail reçu par contagion ou par inoculation, laccin et variole naissent et se développent simultanément sans s'influencer en aucune matière. Les cx|)ériences de Woodville ne laissent point de doute 5 cet égard, et M. Bousquet rap}H>rte que le professeur I/^roux a vu un bouton de vaccine comme implanté au centre d'un bouton varioleux. « il inocula séparément les deux virus : le vaccin doooa la vaccine avec tous ses avantages ; le > irus varioiique communiqua la variole avec tous ses dangers. » Nous avons eu nous-méme occasion de constater ce développement simultané de deux maladies. Je sais bien, et je dois votis le dire, que des faits contradictoires à ceux dont j*ai été témoin ont été publiés. Ainsi, dans des expériences qu'il a entreprises pendant une épidémie de variole et de varioloïde, un médecin de Dunkerque, M. le docteur Zandyck, ei*t arrivé à cette conclusion que, en vaccinant des individus pendant la période d'incubation de la variole, celle-ci était toujours modifiée et prenait les allures de la varioloïde, dont elle présentait les caractères. Des expériences analogues avaient été faites; les mêmes résultats avaient été obtenus par .MM. Rayer, Hérard et Tardieu. Ce dernier a môme cité un cas oà il avait vu réussir la vaccination pratiquée au début de l'éruption varioiique. Bien que ce fait soit unique» M. Zandyck n'en conseille pas moins de vacciner dans ces conditions, car il esl convaincu que les dangers ne sont jamais imputables à la vaccine, mais à la variole seule ou compliquée : assurément il a raison. Quant aux observations dans lesquelles le médecin de Dunkerque a constaté le développement simultané des deux maladies, il prétend que celle-là .seule des deux éruptions qui a la priorité d'invaskin influence l'autre, mais n'en est))oint influencée. Je vous ai dit que les expériences de Woodville, de Bousquet, les miennes propres, démontraient que variole et vaccine se développaient simultanément sans s'influencer l'une l'autre; mes observations sont confirmées par celles que M. Marc d'Espine a consignées dans un mémoire que vous trouverez dans les Archives générales de médecine pour juin et juillet 1859.
Dernièrement encore vous en aviez sous les yeux un nouvel exemple.-^ Un jeune enfant de deux mois contracta dans nos salles la variole en même temps que sa mère. — Celle-ci, bien que non vaccinée, eut une varkile dis* crête qui marcha à la façon des varioles modifiées; mais l'enfant succombait le onzième jour de sa maladie avec une éruption coiifluente. Il avait cependant été vacciné le deuxième ou le troisième jour de la période d'incubatk>n de la vark)le; son vaccin avait eu une marche parfaitement régulière, toutefois sur six piqûres un seul bouton s'était développé. Le huitième jour, époque à hquellerien ne permettait de penser que l'enfant annaitla variole, deux nouvelles piqûres ayant été pratiquées an-dessous de la première pustule d'inoculation, deux nouveaux boutons se développèrent régulière;nenl. Ce ne fut que le troisième jour de réruption variolcnse que toutes les |)uslules d'inoculation vaccinale furent moiiifiées dans leur évolution; elles devinrent ie si^e d'bémorrhagies qui s'étendirent au tissu cellulaire ambiant, et l'ecchy-
mose sous-vaccinaie acquit une dureté ti-ès grande. — Dans ce cas, vous venez de le voir, la vaccine ne fut d'aucun béuéllcc pour le malade, et ne l'empêcha point de succomber à une variole confluente; il est juste toutefois de liiire remarquer que cet enfant n'avait que deux mois, et que le pronostic delà variole, de même que celui de l'érysipèie, est presque toujours fatalement mortel ^ cet âge de la vie.
En opposition âi ce fait malheureux, je dois vous en rappeler un autre que plusieurs d'entre vous ont clé à même d'observer en 1861, et qui viendrait à Tappoide Topinion soutenue par MM. Zandyck, Rayer, llérard et Tardieu. Le sujet de cette observation était encore un jeune enfant, mais un enfant de onxe mois. — L'inoculation vaccinale que nous avions pratiquée dans la période d'incubation d'une variole avait été enrayée dans sa marche jusqu'au huitième jour, c'est-à-dire que les papules avaient apparu le cinquième jour seulement, H que les pustules s'étaient développées avec une extrême lenteur. Le huitième jour, l'enfant avait été pris de ûèvre, de vomissement, de diarrhée qui dora deux jours, lorsque le troisième apparut l'éruption varioieuse. Elle suivit son cours normal jusqu'au cinquième jour, épo(|ue à laquelle les pustules devinrent sèches et croûteuses. La variole avait donc été modiûée par le vaccin qui, le jour même de l'éruption varioieuse, s'ciait montré sous forme de belles postules et suivit une marche régulière.
£n dernière analyse, et pour en finir avec la question qui nous occupe, lonqu'on veut propager une vaccine légitime, apte à faire jouir de l'immtmité ^'elle confère ordinairement, il faut recliercher le virus dans les conditions les plus favorables à son activité, le prendre sur des enfants bien portants, bien constitués, choisir les pustules belles, larges, de bel aspect, bien fleuries, il l'on vent me passer l'expression, du cinquième au septième jour de leur dévekippement.
Quoi qu'il ensuit, messieurs, et si nous tenons compte de toutes les condi* tions, de toutes les circonstances sur lesquelles je viens d'appeler votre attention, il e>t incontestable d'abord que la vaccine anomale, qui esta la vaccine ce qiie la variole modifiée est ï la variole, estaujourd'hui beaucoup plus commune qa'au commencement de ce siècle ; d'autre part, tous les vaccinaleurs ont vu et j*ai va pour mon compte un assez grand nombre de vaccines parfaitement régalières, dévelop|iées chex des individus antérieurement vaccinés. Or, chez CCS derniers, la légitimité d'une première vaccine était démontrée par ce fait, qae l'immunité avait duré plusieurs années ; que vainement on avait jusc[ue-là avayé d'inoculer de nouveau la vaccine; que les individus vaccinés avaient pu traverser impunément des épidémies de variole, et que la possibilité d'une vaccination nouvelle ne se produisait que beaucoup plus tard.
C'est assurément en vaccinant de bras à bras qu*on aura le plus de chances de succès. Toutefois, comme on n'a pas toujours sous la main des postales vaccinales, on est le plus souvent forcé de foire usage du vaccin coBservé.
68 l)E LA VACCINE.
Je irénuinérerai pa& ici les moyens imaginés pour arriver à C€t(c conscnritioD He la lymplie vaccinale. Vous connaissez celui qui consiste «1 la charger entre rlcux |)iaqnes de verre de 2 à 3 cenlimèlres carrés et parfaitement phtrs;le vaccin desséché entre ces deux plac^ues intimement appliquées Tune sur l'autre se conserve ainsi assez bien à l*abri du contact de Tair et à Tabri de la lumière, lorsqu*on a soin d'envelopper ces plaques, comme on le fait, d'uuc lame d'élain. 1^ moyen que je préfère consiste à enfermer le virus vaccin dans des tobes capillaires, et non pas dans ces tubes renflés d*une ampoule, moyen détestable, car on ne parvient jamais à les remplir, de telle sorte que le virus recneilli, n*élant pas à Tabri du contact de Tair que le tube contient, ne se conserve pai. Je parle donc des tubes strictement capillaires : vous nous avez vu bien des fus nous en servir, et le procédé est des plus simples.
Pour les remplir, on ouvre une pustule vaccinale, en pratiquant sur Tépidermc soulevé de très légères scarilications : ou voit alors suinter de petilo gouttelettes de sérosité ; on les recueille en promenant à la surface de li pustule l'extrémité du tube que l'on tient presque horizontalement. Par le fait de la capillarité, le liquide est aspiré. On continue l'opération jusqu'à ce que le tube soit h peu près plein. Alors on le ferme, en présentant « la flamme d'une bougie, d'abord celle des extrémités |)ar laquelle l'aspiration s'est faite, puis l'autre.
Pour en retirer le vaccin, quand ou veut en faire usage, il suffit de briser les deux extrémités du tube, et de souffler t)ar l'une tenue entre les lèvro, tandis que l'autre est dirigée sur l'ongle du pouce, ou bien sur une lancette où la gouttelette se dé}x)sc.
Quant à l'opération de la vaccination, il n'est pas besoin de la décrire. Vous savez tous comment elle se pratique ; vous savez aussi le lieu d'élection liabituellement pris pour inoculer le vaccin. Deux particularités nécessaires k indiquer vont seules m'occuper ici. L'une a trait au nombœ des piqûres qu'il faut faire ; la seconde, h des modifications à établir, sui\ant certaines circonstances, relativement au lieu habituel d'élection.
Combien faut-il faire de piqûres? dette question n'est pas indiflerente Rien qu'une seule pustule vaccinale soit ordinairement suffisante pour que l'immunité de la variole soit acciuise, cependant les travaux d'£ichhom oot démontré que cette inununité pouvait, dans ce cas, n'être pas parfaite. Dans ces derniers temps un médecin anglais, le docteur Alarson, a confirmé de li façon la plus péremptoire les opinions du |)aihologi.ste allemand. Il a constaté, à l'aide de relevés statistiques bien faits, que les individus affectés de variole, bien qu'ayant été autrefois vaccinés, prenaient cette maladie d'autant moins grave et d'autant plus fortement modifiée, qu'ils présentaient les cicatrices plus nombreuses d'une vaccine antécédente. J'emprunte k mon ami le docteur Lasègue le résumé des obsenaiions du docteur Marson. Sur 768 varioleux portant une seule cicatrice vaccinale, 550 eurent la variololdc, 3 moururent, ce qui donne une proportion de mortalité de &,25 pour 100. Sur
608 malades portaiit deux cicalriccs vaccinales, USG curent la varioloîde, un seul monnit; la mortalité totale a donc été ici de 2,68 pour 100. Sur 187 malades ayant trois cicatrices vaccinales, 156 eurent une variole modifiée. Enfin, sur 202 individus présentant quatre cicatrices vaccinales et plus, 182 eurent la varioloîde, pas un ne succomba. Ces chiffres parlent suffisamment haut, et cette démonstration, qui vient s'ajouter à d'antres, quoique moins décisives, ne saurait laisser aucun doute sur l'importance du nombre des pustules vaccinales.
Relativement au lieu d'élection de l'inoculation et des modifications i ap|H)rtcr à la règle habituellement suivie, je veux vous parler de la vaccination comme moyen curatif des nœvi materni vascuiaires.
Cette méthode de traitement des tumeurs érectiles, appliquée eu Angleterre par Hodgson, Earle, Cummiug, mentionnée par un grand nombre de médecins français, et mise en usage par quelques-uns d'entre eux, en particulier par Baudelocque, M.M. Rayer, Wlpeau, Bousquet, Paul Guersant, Pigeaux, I^fargue (de Saint- Émilion), Costilhes, Laboulbùne, Marjolin, Blache, etc. ; cette méthode oiïrc le double avantage de conférer l'immunité vaccinale tout en débarrassant l'enfant d'une affection qui plus lard pourrait prendre un plus grand développement, et devenir, sinon une maladie, du moins une infirmité sérieuse. Vous lirez, dans les Archives générales de médecine pour le mois de mai 1856, une intéressante note de Legendre sur ce sujet éminemment pratique. Notre regrettable confrère, en publiant un fait dont il avait été témoin, a formulé quelques règles pour l'application de cette méthode. C'est d'abord, dit-il, de .s'enquérir, avant de vacciner un enfant, s'il ne porte pas un nxvus; car, on le conçoit, il est nécessaire, avant toute chose, qu'une vaccine antécédente ne vienne pas empêcher le développement de celle que l'on doit pratiquer. Une fois l'existence de la tumeur érectiie constatée, il faut faire Tinocolation. On peut bien de cette façon agir sur des nxvi qui auraient pu disparaître spontanément ; mais cela n'a aucun inconvénient, car à côté de ces disparitions spontanées des tumeurs érectiles, on rencontre souvent des ca« où de simples taches va.sculaires, à peine saillantes et semblables 5 des morsures de puce, sont devenues des tumeurs larges et volumineuses.
La guérison de ces naevi s'o|)érant en vertu d'un travail inflammatoire qu'elles subissent par le fait du développement dos pustules vaccinales, plus la tomcur sera étendue, plus les piqûres d'inoculation devront <^tre multipliées. Il est important aussi, |)ar conséquent^ que toutes ces pustules se développent franchement, et dès lors on préférera, pour ces cas, les vaccinations de bras à bras avec du virus d'une grande activité, c'est-à-dire du cinquième ou du sixième jour. Ces piqûres doivent être faites seulement de façon à n1ntcresser que le réiicau lymphatique su|)erficiel de la peau ; on aura soin de charger la lancette chaque foi<:. Pour éviter les hémorrhagies qui sont à craindre lorsque la tumeur est très vasculaire, on peut remplacer la lancette par une aiguille ou par un instrument piquant extrêmement fin, que pin-
sieurs médecins ont fait fabriquer à cette intention. On a conseillé de (aîit les inoculations, non sur la tumeur elle-même, mais à l'eatoar d'elle. On obtient ainsi une série de pustules qui, en se développant eo partie sor li peau saine, en partie sur le nsvus, circonscrivent celui-ci, renvahiasent, y déterminent une inflammation dont le résultat déûnilif est la guérîsoa A h place de la tumeur, on voit, quand tombent les croûtes vaccinaleSt nne dcitrice unie et complètement blanche, ou bien parsemée encore de quelqna points rouges, mais rares, isolés, sans saillie, de Tétendue à peine d'une trti petite tête d'épingle, et dont le développement ultérieur est rendu imposable par le tissu cicatriciel sur lequel ils reposent. Cette dernière manière de procéder, applicable aux tumeurs du tronc ou des membres, ne l'est ploi I celles de la face ; car, dans ces cas, on aurait une cicatrice plus étendue, plos peut-être que ne Tétait la tumeur elle-même.
g 8. —Vaccine modifiée. — Régénératioxi du vaccixi. — Revaccinatioo.
— Procès de la vaccine.
J*ai dit que je reviendrais sur la question de la fauste vaccine^ qu'il est iidispensable de connaître, puisqu'on peut la confondre avec la véritable. Nom en emprunterons la description à 1^1. Bousquet :
« Tandis que la bonne vaccine débute à peine à la fin du troisième jour, h mauvaise, beaucoup plus précoce, se montre dés le premier ou le deuxième jour de Tinsertion ; en sorte qu'on peut dire qu'elle s'en sépare dès les premîm jours. Mais ce signe à lui seul ne suffit pas pour les distinguer. La fausse vaccine est quelquefois si rapide, qu'elle ne fait que paraître et disparaître; d'antro fois elle s'annonce par un petit tubercule plus sensible à l'œil qu'au toociwr. Ce tubercule grandit jusqu'au quatrième ou cinquième jour, et laisse encore ] le médecin incertain sur ses suites; mais, le Icndeniain ou le surlendemain, ai lieu de se développer, il s'arrête, pâlit et se sèche; d'autres fois il va ploi loin encore, et , dans son rapide développement, il conserve toujours h forme conique et globuleuse, signe certain, selon moi, de la fausse vacdne, cx)mme l'aplatissement, la dépression de la pustule forment le caractère spécifique de la vraie.
« L'aspect de la fausse pustule est tantôt rouge et tantôt jaunâtre. Jannii elle ne prend cet aspect brillant, cet éclat argenté qui caractérise la vacdM présenatrice. Sa forme est, sinon irrégutière, du moins mal circonscrite. Arrivée au quatrième, cinquième, sixième, septième jour, car la fausse vaccine n'a rien de dxe^ rien de réglé, elle jaunit, suppure et se sèche. •
Ajoutons que la fausse vaccine est souvent accompagnée, comme phénomènes locaux, d'une induration inflanimaioire du tissu cellulaire sous-jacenl, d*uu prurit désagréable dans les parties malades, d'engorgement et de douleur dans les ganglions axillaires ; comme symptômes généraux, de malaise, de céphalalgie, quelquefois de fièvre. lies croûtes qui se sont formées.
DE LA VACCINE. 7f
épaisses, moins larges qae celles de la vraie Taccine, laissent, en général, après lenr chnte, de simples taches 5 la peau au lieu de cicatrices.
Il est encore une autre espèce de fausse vaccine, ou, pour mieux dire, de \accine avortée : c'est celle qui se produit lorsque le développement normal des postules de vraie vaccine est arrêté ou gdné, soit parce que l'enfiant s*est gratté et a écorché ses boutons, soit lorMjue ceux-ci ont été comprimés par des vêtements trop étroits, ou tourmentés par des manœuvres hors de propos. Dans ce cas, la suppuration survient immédiatement; la pustule jaunit, se gonfle, et la lymphe virulente qu'elle contenait disparaît.
L'expression de fausse vaccine, dont nous venons de nous servir, n'est pu parfaitement régulière. — Il n'y a pas, messieurs, plus de fausse vaccine que de fausse variole. Quand l'économie n'est pas apte à recevoir et à développer les virus de la petite vérole ou du cow-pox, la piqûre d'inoculation ne produit rien de plus qu'une piqûre faite avec le pus d'un phlegmon ; quand l'aptitude n'est qu'incomplète, il se produit une vaccine qui avorte au bout de quelques jours; quand l'apiitode est encore plus grande, la vaccine, plus rapide dans son évolution que dans l'état normal, prend néanmoins des caractères qui se rapprochent beaucoup de la vaccine régulière ; mais elle s'éieint plus prompte-: ment. — En un mot, il existe une vaccine modifiée comme il existe nne variole modifiée.
Nous avons indiqué les moyens de propager une vaccine légitime, apte fe faire jouir l'individu auquel on la donne de l'immunité de la variole; nous avons dit les moyens de s'opposer 5 la dégénérescence du virus ; mais est-il possible de le régénérer lorsqu'il a perdu sou activité première? Assurément la chose serait facile, si l'on pouvait toujours retrouver la source qui l'a d'abord fourni, si Ion pouvait toujours revenir au cow-pox de la vache. Malheureusement il n'en est |)oint ainsi. Nous nous sommes demandé si, dans les conditions où nous sommes placés, on n'arriverait pas, par certains procédés, à cette régénération si désirable de la vaccine: nous nous sommes demandé si l'on n'y arriverait pas, en prenant du vaccin dans les meilleures condiiious d'activité possible et en l'inoculant successivement ù des individus présentant aussi les conditions les plus favorables à son dévelop|)ement, nous proposant de faire pour la vaccine ce que les horticulteurs font pour les plantes, lorsque, de graines d'espèces végétales les plus simples, ils obtiennent, par générations raccessives, des variétés déplus en plus belles, eu confiant toujours des semences c|ioisies à des terrains de clioix.
Les faits d'inoculation variolique que j'avais observés avec M. Delpech venaient h l'appui de celle idée. Une jeune fille âgée de dix-sept ans, vaccinée jadis par moi, était entrée dans mon service de l'hôpital Necker, atteinte d'une varioloîde bénigne. Sur cette jeune fille je pris du pus variolique, jeTinoculai par une seule piqûre à un enfant non vacciné ; la pustule de l'inoculation se développa sans produire d'autre éruption. Un deuxième enfant fot inoculé avec le pus du premier: la pustule se développa de niéme. mais ici d\t fqt
accooi^gnée d*iinc éruplion sccoDdaire assez discrète. Un troisîèine eoCuithl inoculé avec da pus recueilli sur le second, Térupïion fui encore plus abwdanle. HnSii à la cinquiiMiic généraiion, je vis sunenir une émpUon CM- Uuciite: la variole était régénérée.
Pourquoi n*en eut-il pas été de même du vaccin? Des expériences fureM instituées sous mes yeux par M. Truchetct dans les salles delà clîniqQeqiieje dirige aujourd'hui. On recueillit au sixième jour le vaccin dont nous disposions, c'est-à-dire du vaccin faible qui ne devenait papuleux qac du troisièiM au quatriènic jour, pustuleux le sixième, s'entourait de raréole le septième, se desséchait le dixième, et dont les croûtes tombaient environ aa qainxîème. On l'inocula à un enfant bien |)ortant ; puis le prenant le cinquième, le quatrième jour, on le transmit successivement à des enbnts dans les meilleaiti conditions possibles. Au bout d'un certain nombre de générations, il nooi sembla que ce vaccin éiait plus virulent, manifestait pins tôt ses efflels, terminait pins tard son évolution que le vaccin dont nous étions partis. Ne vonlatf pas nous fier à nos illusions, un enfant fut envoyé à la mairie do I\* arroidissemcnt pour être vacciné. Au huitième jour, on prit le vaccin, on Tinocnh au bras gauclie d'un autre enfant bien portant, tandis qu'au bras droit M inséra le vaccin do nos salles. Plusieurs enfants furent inoculés de la mène manière, et il nous parut que notre vaccin régénéré était pins énergique qie celui de la ville.
Ces expériences, |)our que leurs résultats reçussent une sancUon dé6nttifei auraient besoin d'être répétées, d'être généralisées. Dans l'état actuel dci choses, il reste ce fait malheureusement incontestable^ à savoir. la dégiéoé* rescence du virus vaccin, dégénérescence qui tient peut-être uniquemoM, comme nous l'avons signalé, aux conditions fâcheuses dans lesquelles « pratique les inoculations vaccinales. En définitive, le vaccin tel qa*il est aujoar* d'hui, ne procurant plus, chez bien des individus, qu'une immunité temporaire au lieu de l'immunité absolue qu'il semblait avoir au commencement de ce siècle, il est nécessaire de recourir à une pratique depuis longtemps préconisée, celle des revaccinations.
Dès les premiers temps de la découverte de Jenner, des doutes. nousavoH en occasion de le dire, s'élevaient déjà en Angleterre sur les rertus delà vaccine; déjà aussi plusieurs médecins avaient proclamé la nécessité de revenir chez un même individu ci une seconde inoculation du virus vaccin après a tem|)s donné. Plus tard, en France, M.M. les docteurs Berland, fioalu. Caillot. Gcnouil, limitèrent la propriété présenatrice de cette aflection à dix. douze, quatorze, quinze, dix-sept, dix-hnit, vingt et vingt- cinq ans. En 1823, MPasI l)ul)ois, tout en reconnaissant que ces assertions étaient fondées sur des iaiti en apparence concluants, entreprit de les réfuter, rejetant comme inutiles ks levaccinatioiis. Kn 1K3K, celle question importante fut mise h l'ordre du jour de l'Académie de médecine; elle y rencontra de nombreux adversaires, mail aussi elle eut |>our défenseurs des Immines des plus éminents, tels que GhooMl
el à\l. le professeur Bouillaud. Los conclusions de la commission chargée de foire un rapport sur ce sujet, conclusions défavorables à la pratique des revac* cinatioDs, furent adoptées. L'Académie souleva en dcliors de son sein des protestations énergiques. Dezeimeris plaida chaleureusement, dans son journal F Expérience^ la cause que Ton croyait avoir jugée, en prenant ses arguments dans des faits nombreux observés en France, dans des statistiques rigoureuses recueillies dans les pays du nord de l'Allemagne. De leur côté, MM. les doc^ leurs Fiard et Hardy protestaient contre la décision de l'Académie : le premier dans une lettre qu'il adressait à ce corps savant ; le second dans un mémoire qu'il publiait dans Y Expérience^ et où il montrait la concordance des docu* mcnts venus d'Angleterre avec ceux fournis par le Danemark, la Suède, l'AUeinagne, et rapportés par Dezeimeris.
Cependant, dans les pays du nord de l'Europe, en Allemagne en particulier, les revacdnatlons étaient pratiquées en grand, et déjà, depuis l'année 1823, aucun soldat n'était incorporé dans l'armée prussienne sans être aussitôt revacciné.
Ainsi, adoptée à l'étranger, d'abord condamnée en France, quoique vigou* reosenient défendue, quoique suivie par un grand nombre de médecins des plus recommandables, parmi lesquels on compte MM. Favart^ Rayer, Robert et bien d'autres, ensuite mollement conseillée, la pratique des revaccinations fut enfin acceptée; aujourd'hui elle est devenue désormais d'ordre public, et déjà elle est prescrite pour l'armée française. Les épidémies n'ont que trop lût voir que la variole, frappant mainteuant très communément les populalioiis, n'épargnait pas les individus vaccinés depuis déjà quelque temps; que chez eux la maladie se montrait d'autant plus grave, que les vaccinations auxqodles ils avaient été soumis remontaient à des époques plus éloignées.
L'histoire de ces épidémies devait, en eiïct, nous apprendre quelle serait rinfluence des revaccinatîons sur la marche de la variole, et je ne saurais mieux (aire, pour vous exposer ce qu'elle nous a appris, que de vous donner comme exemple le résumé, publié dans la Gazette des hôpitaux du 1 1 juillet 1857, de l'excellent travail que M. le docteur Gintrac a piésenlé à ce sujet :
• Dans une commune d'une population de 2600 âmes environ, une jeune femme vaccinée fut atteinte, vers la fin d'octobre iSfiS, d'une variole qu'elle avait contractée |)endant son séjour prolongé auprès d'une parente atteinte de la même maladie. Pendant tout le temps de sa maladie, cette jeune femme , reçoit les soins de sa mère, qui est prise h son tour du même mal, quoique [ vaccinée également et âgée de cinquante-sept ans. Elles guérissent toutes deux ; mais au moment où la mère entre en convalescence, c'est-à-dire vers le commencement de janvier, la maladie tend à se propager sous forme épidémique. Faisant invasion dans les familles, elle en frappe successivement et simultanément chaque membre. Dans le mois de janvier, le nombre des individus atteints par la variole dépasse 180 ; le 10 février, il arrive h 200 environ. Chaque jour, le chiffre des varioleux grossit avec rapidité. Les hommes et les
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femmes, vaccinés ou non vaccinés, ceax-là même qui ont été autrefois affectés de variole, payent un tribut presque égal à Tinfluence épidémique. »
L'occasion était on ne peut plus favorable pour étudier l'influence de la vaccine sur la marche et l'intensité de la variole. En récapitulant les faits dont îl a été témoin, voici les conclusions que !^l. G intrac en a tirées:
« Parmi les sujets vaccinés, la variole ne s'est jamais montrée au-dessons de l'âge de douze ans. Elle a été d'autant plus intense, que les individus étaient plus avancés en âge, c'est-à-dire plus éloignés de l'époque où ils avaient subi l'influence vaccinale. Plusieurs familles ont offert des exemples frapfiants de ce rapport remarquable (*ntre l'ûge plus ou moins avancé des malades et h gravité plus ou moins considérable des accidents.
0 Dans une famille composée de huit membres, le père, la mère et six enfants : le père et la mèra ont une variole conflucnte; trois fils, âgés de vingtsix, vingt-trois et vingt-deux ans, une variole moins intense; deux fils, âgés de dix-huit 5 quinze ans, une varioloîde; le dernier, âgé de douze ans, est seul exempt de tonte éruption, et cependant il est resté constamment dans la chambre des malades, exposé à l'influence contagieuse.
» Dans une autre famille, sept personnes habitent le même logis; cinq sont atteintes par la maladie régnante, trois avaient été vaccinées depuis vingt k trente-cinq ans, et deux depuis quatorze à quinze ans. Les phénomènes prodromiques et l'éruption ont chez tous la plus grande analogie; mais quand arrive la période de suppuration, ceux qui ont été vaccinés plus récemment guérissent en peu de jours, tandis que les plus âgés offrent des symptômes graves et une longue suppuration.
B En général, il a été constaté que la variole des vaccinés était sensiblement modifiée, essentiellement moins grave ; elle durait moitié moins qu'une variole ordinaire; elle n'avait de celle-ci que les prodromes et les cotnmencements jusqu'à la suppuration. Parvenue à ce point, elle s'arréUiit, et arrivait immédiatement à sa dessiccation ; les forces semblaient lui manquer pour pousser plus loin. Jamais elle n'a été suivie de mort
» Dix individus ont succombé; ils étaient âgés de un, deux, \ingt et un, vingt-trois, vingt-sept, vingt-neuf, trente et un, cinquante-deux, cinquantecinq à cinquante-sept ans. Aucun d'entre eux n'avait été vacx:iné. La mort est toujours survenue pendant la période de suppuration.
» En février 1856, l'épidémie frappait chaque jour un grand nombi*e d'individus. A celte épo<iue, sur le théâtre même de l'épidémie, la question de vaccination et de revaccinaiion fut agitée, et, après a\oir été vivement débattue, elle fut résolue dans le sens de l'affirmative.
1 Les vaccinations et revaccinât iom furent pratiquées icninédiatemenl et d'une manière générale. En moins de dix jours, ou atteignit le chiffre de 180 vaccinations et de 712 revaccinations. Le résultat dépassa toutes les espérants. L épidémie fut nn^ètée sur-le-chamii,
0 Voici les résultats de ces opérations var^inaks. Parmi les 180 individus
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vêctinés poar la première fois, 1 71 présentèrent des pnstnles vraies, c'est-àdire préserratrices et possédant la propriété de servir à une antre vaccination'. Chez les neuf autres, l'effet resta nul.
» La possibilité de voir le vaccin se développer deux fois chez le même individu n'est plus aujourd'hui mise en question ; il convenait néanmoins de rechercher quelle modification éprouve le ferment vaccinal quand il est inoculé à des personnes précédemment vaccinées, et quelle marche suivent les pustules d'une seconde vaccination. >
M Voici le résultat de 712 vaccinations.
Chez 302 individus, le succès fut complet; les pustules se développeront vere le quatrième jour, se remplirent au septième ; au huitième, s'entourèrent ensuite d'une auréole érysipélaieuse, se desséchèrent, et fournirent des croûtes qui tombèrent le vingtième jour. Les pustules avaient été ombiliqoées ; elles avaient offert incontestablement tous les caractères de Téruptiou vaccinale légitime.
• Sur 85 revaccinés, les pustules étaient modlGées ; elles survinrent à la suite des piqûres dès le troisième jour, se remplirent du cinquième au sep^ tième jour d'une lymphe plastique, s'entourèrent d'une auréole rougeâtre, et quelquefois même provoquèrent un engorgement des ganglions lymphatiques de l'aisselle. Ces pustules non ombiliquées ne présentaient ni tumeur ni induration, comme dans la vaccine; elles ne laissaient, lors de la chute descroûtes^ aucune cicatrice apparente.
9 Cent dix-neuf fois, l'insertion du virus vaccin a produit, dans les vingt*qaatre heures, un bouton pointu qui s'est effacé rapidement.
» Dans 206 cas, elle n'a déterminé aucun effet sensible sur la peau.
• Les individus vaccinés ou revaccinés, avec ou sans succès, ont été pres(]ue tous exempts de la variole. Cinq seulement ont fait exception à celte règle'; mais il convient de dire que la vaccination n'avait précédé que de quehpies jours l'éruption de la variole.
» En résumé, voici quelques-unes des conclusions qui r(?ssorlent de l'ensemble des faits observés pendant cette épidémie.
• La variole n'a pas frappé indistinctement et au hasard; elle a généralement attaqué les anciens vaccinés et respecté les nouveaux. Si cette épidémie a montré que la vaccine n'est pas absolument préservatrice, ce que démouitrent d'ailleurs tous les jours les varioles sporadiques, elle a montré, du moins, qu'elle exerce une influence salutaire sur l'issue d'une variole, en abrégeant sa durée et en diminuant son danger.
» La re vaccination^ pratiquée d'une manière générale en pleine épidémie^ en a arrêté d'emblée les ravages et éteint le développement; elle a préservé indubitablement y et ceux-là même qui se trouvaient déjà sous l'influencé d'une incubation variolique ont paru jouir d'un certain degré d'immunité.
» Enfin les revaccinations pratiquées dans le foyer épidétnique, contrai" rement aux a*aintes exprimées par quelques médecins, se sont montréei d'une complète innocuité, »
Ces résnhats oblenus par M. G intrac concordent singulièremeut avec cni obtenus dans les expériences faites sur nne grande échelle en AHemagM, en Danemark et en Suède, et dont vous pourrez lire le compte rendu dinsk mémoire de Dczeîmeris, inséré dans le deuxième volume du joarnal l'Expê^ rience pour Tannée 1838.
Les relevés des auteurs allemands, pris dans les années 183A*35-56 et37, établissaient qu*à mesure que la pratique des revacciuations s'étendait de plii en plus, les cas de variole devenaient de plus en plus rares. Ne pouvant fHi vous apporter ici tous les tableaux dressés à ce sujet, je me bornerai k tom présenter le suivant ; il suffira pour donner une idée juste des bits.
En \SZU, on avait compté 619 varioleux ;
£n 1835, on n'en comptait que 259;
En 1836, le nombre était descendu à 30;
En 1837, bien qu'il fût remonté à 9/i, il était loin encore du chiffre 611
D'autres relevés démontraient aussi, comme l'a démontré depuis celai de M. Giutrac, combien riinmunité vaccinale était devenue faible et teuiponiR, et de quelle utilité, par conséquent, étaient déjà, il y a plusdeTingt-dnqaoïb les revaccinations. Ces relevés constataient que sur likOOO individus soumiik une nouvelle inoculation vaccinale, on avait obtenu 20 000 vaccines légitino; ce qui indiquait .surabondamment que la moitié presque des sujets avait poil cette immunité vaccinale. 9000 avaient eu des vaccines avortées; chei 15091 seulement, la vaccine n'eut d'autre effet que de déterminer une petite roogeari la peau, au point où l'inoculation avait été faite, rougeur qui persistait pentai vingt-quatre ou trente-six heures.
Vous pourrez lire encore les conclusions analogues auxquelles est arrivé M. le docteur Marc d'Espine (de Genève), dans un travail publié dans la Archives générales de médecine i)our les mois de juin et juillet i 859.
Une autre question reste h débattre. Quelle est la durée de l'immunité Ta^ cinale; en d'autres termes, à quel âge convient-il de revacciner les individv? Faut-il les revacciner plusieurs fois ?
Déjà, en 180/i, le docteur Godson, élevant des doutes sur les propriélci préservatrices de la vaccine, avait prétendu que la permanence de son efficacilé ne s'étendait pas au delà de trois ans ; mais Jeûner, de sou côté, ayant inotifement essayé d'inoculer la variole h des individus qui avaient eu le cow-poi. l'un vingt-trois, l'autre vingt-sept, le troisième cinquante ans auparavaMt avait démontré que les effets de cette vertu préservatrice étaient de beaoooap plus durables. Toutefois, si dans les premiers temps de la vaccine celle imma* uité semblait avoir été assez longtemps permanente pour qu*on la crût devoir durer toute la vie, plus tard, lorsqu'il fut reconnu que la vertu préservalriff se perdait après un certain tem|)s, on rechercha quelles étaient ses limitai Nous avons dit qu'en France les docteurs Caillot, Boulu, Beriand et Gensai les avaient fixées, le premier à di\ ou douze ans, le second à quatone on qwmt ans, le troisième à dix-sept ou dix-huit ans, le dernier & vingt on viagl-daf
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aiis. Ou ne pourrait, à ccl égard, aflirincr rien d*absoiu ; car pour ma |)art, ayant dans ma profirc famille revacciné les trois enfants de ma fille, j'ai vu la vaccine légitime se reproduire trois ans après une première vaccination, cliez Taînée, àg(*c aloi^s de moins de sept ans, et chez le second, âgé de cinq ans et demi, tandis que chez le dernier, qui n'avait pas quatre ans, le vaccin n'a |)as pris lorsque je tentai de le lui inoculer pour la seconde fois.
M. Marc d'Kspine, se rangeant à peu près à la même opinion que le docteur Caillot, dit que c*est vers Tàge de dix à quinze ans que la première revaccination doU être pratiquée. Noire honorable confrère de Genève ajoute : ainsi que la pratique généralisée de la vaccine a porté l'âge du maximum de fréquence de la variole^ du bas âge et de l'enfonce à la puberté et à l'âge adulte, ainsi la pratique généralisée de la revaccination vers douze ou quinze ans pourrait reculer ce maximum au delà de trente ans, et dès lors on peut prévoir qu'avec le progrès des premières revaccinations, une deuxième vers trente ans, et même une troisième vers quarante ans, deviendront un jour nécessaires.
Me fondant sur les faits que j'ai signalés, je conseille généralement de revac* dner autant que-possible tous les cinq ans. Si cette pratique est inutile, quels inconvénients présente- t-elle ? Ne doit-on pas chercher à multiplier les chances d'immunité contre la variole, et môme contre' la varioloîde, qui, toute bénigne qu'elle est, dans la majeure partie des cas, n'pn est pas moins grave exception- Bellement, ainsi que j*ai eu le soin de vous le dire en faisant son histoire.
Cela s'applique également aux revaccinations chez les individus âgés de plus de trente-cinq ans. On a objecté h M. le docteur Yleminckx, qui prescrivait de revacciner même les individus au delà de cet âge, que cette pratique était jDQtile, puiscjue à partir de celle époque de la vie on était moins apte à con* tracter la variole ; (|ue les succès des revaccinations chez les individus âgés même de cinquante-cinq à soixante ans ne prouvaient en rien celle aptitude. Soutenant ce grand principe, qui a prévalu jusqu'ici, que ces succès de refaccinations prouvaient le retour de l'aptitude h contracter la variole, M. YIc* minckx émettait l'idée que si les individus dont on parle ne sont plus ou sont moins susceptibles de prendre cette dernière maladie par les voies ordinaires de la €ontagion, |)eut-ètrc la contracteraient-ils, si on les inoculait comme on leur inocule le vaccin ; puis, défendant sa pratique, il répliquait que les exemples de variole chez ces mêmes individus étaient encore trop communs.
La conséquence à tirer de tous ces faits, est la nécessité de prescrire la rcvaccinaiion, d'y revenir à plusieurs reprises, suivant les circonstances, surtout en temps d'épidémie ; de s'attacher à la propager avec le même zèle que h vaccine, puisque en augmentant incontestablement les chances de préservation contre la variole, elle atténue évidemment, tout au moins, les eiïets e h maladie chez ceux qu'elle n'en a pas mis complètement à l'abri.
Messieurs, les oppositions (|uq rencontra, à son apparition dans le mondes Timmortelle découverte de Jenuer, les attaques injustei et ptmoonéot qq'elle
eut à subir, se sont renouvelées de notre temps. Dans ces dernières années» quelques médecins, en fort petit nombre, il est vrai, suivant la voie qu'avait çuverte un mathématicien complètement étranger à notre art, ont voulu faire de nouveau le procès de la vaccine.
Revenant aux idées de Rhazès, pour qui la variole était une dépuration naturelle et utile du sang; exhumant les théories du célèbre Hoffmann, de Willis, de Violante, de Hahn, idées et théories que, du reste, ils ne connaissaient peut-être pas^ ces vaccinophobes (c'est le nom qu'ils se sont donné) ont prétendu que la variole était une maladie nécessaire; qu'aussi ancienne que le genre humain, die existait en germe dans l'économie ; que l'individu portait en lui une disposition |)articu]ière en vertu de laciuelie il devait tôt ou tard en être affecté ; qu'enfin, empêcher la manifestation du germe varioleux, c'était agir à la façon de ceux qui voudraient empêcher la manifestation du principe herpétique ou du principe goutteux. Bien plus^ ils ajoutaient que la vaccine, en s'opposant aux manifestations extérieures de la variole, avait été la cause du développement de maladies nouvelles plus terribles que celle que Ton voulait détruire, et qu*en définitive, le résultat de la vaccination avait été d'élever en Europe le chiffre de la mortalité.
Telles sont, messieurs, les conclusions auxquelles des statisticiens sont arrivés après de longs et pénibles efforts! Mais ne savaient-ils pas que la statistique est une arme âi deux tranchants ? qu*avec les mêmes éléments, les mêmes données, elle pouvait conduire et conduisait souvent ci des buis opposés? qu'en un mot le statisticien lui faisait dire ce qu'il voulait ? S'il en fallait là preuve, je la prendrais dans ce procès même intenté a la vaccine. Si, d'un coté, les vaccinophobes ont prétendu, à l'aide de la statistique, fournir des faits à l'accusation, dans la même statistique leurs adversaires ont pris leui*s argui;nents pour la défense. Cela tient à ce que les premiers ont agi .sous Tempire d'une déplorable idée préc(»nçue; à ce que les autres ont apporté, dans l'examen des chiffres, un esprit de sage et judicieuse critique.
Que l'augmentation du chiffre de la mortalité en Europe soit un fait réel, cela dépendrait de causes intéressantes à étudier sans doute, mais qu'il est inutile de rechercher ici , car la v«iccine, conmie je \ais essayer de le prouver, ne saurait être incriminée. Vraie ou fausse, cette conjecture se rattache h une immense question, celle du déplacement de la mortalité, principe général dont l'hypothèse accréditée conduit à admettre que l'humanité paye, sous une forme ou sons une autre, sa dette à la mort, suivant une loi fatale cl inébranlable.
Si la variole jouait le rôle nécessaire qu'on a voulu lui assigner, si elle était une dépuration naturelle du sang, si elle était une condition presque indispensable k I économie de notre organisation, il faudrait <ju elle eût de tout temps existé. Or, bien que Hahn se soit efforcé, par un laborieux travail, de déterrer les traces de cette maladie parmi les monuments que les Grecs nous ont laissés de l'histoire de la roédediM, il font w ranger à l'opinioa déjà Booleuoe pur
DB LA VACaNE. 79
"Werlhof et reproduite par van Swieten. An temps d*Hippocrate» de Gàlîen, d'Aétius, on ne connaissait pas la variole : ces grands observateurs o*en parlent pas. Si elle eût existé, ils en auraient fait mention, ils l'auraient décrite; car ils n'auraient pas su méconuaî(i*e une maladie si nettement caractérisée.
En admettant que la variole soit aussi ancienne que le monde^ il faudrait admettre aussi que le germe varioleux est resté silencieux pendant plusieurs siècles pour se manifester à une aTtaine occasion; Il faudrait admettre pour te genre humain, consi<léré depuis sa création, ce que Rhazès et les piaitisaos de sa théorie admettaient pour l'individu pris en particulier, savoir, que le prin-«> cipe morbiûque de la variole reste caché pendant un temps plus ou moins long dans un foyer qu'Hoffmann localisait dans certaines parties de la moelle épinière, que AVillis et, d'après lui, Violante plaçaient dans les capsules surrénales {capsulis ntrabilariisy sive renibus succenturiatis (/ic/is) , d'où il faisait irruption plus ou moins tard. Ëst-il besoin de le dire, une semblable doctrine n'est d'accord ni avec les faits, ni avec le raisounemcuL
La variole n'est donc pas une maladie nécessaire, puisqu'elle n'a pas toujours existé; ce n'est point non plus une maladie constitutionnelle, car en fait de maladies constitutionnelles, il n'y a que les dialhèses. Quelle idée, en effet, nous faisons-nous d'une diathèse ? Une diatlièse est un état spécial, une disposition particulière de notre économie, héréditaire ou acquise, mais essentiellement, invariablement chronique, pouvant se transmettre de père en (ils, et en vertu de laquelle se produisent, sous des expressions identiques au fond, variables et mobiles quant k la forme, des manifestations morbides généralement assez franchement caractérisées.
Ainsi la goutte, le rhumatisme, par exemple, sont des maladies diathésiques. Lorsque la goutte reste silencieuse dans l'iiuervallc de ses accès, l'indivîda paraît jouir de la santé la plus parfaite, la plus absolue; que l'accès survienne, la diathèse se manifeste alors, ici par des fluxions articulaires, par des sécrétions particulières affectant des sièges différents, tantôt les articulations^ tantôt la peau, en particulier celle des mains, celle de la plante des pieds ; là par des accidents névralgiques ; chez celui-ci par une attaque d'asthme, chez celuilà par de la gravelle^ chez un troisième par des accidents dyspeptiques. Quelles que soient ces manifestations, nous pouvons généralement reconnaître en elles l'expression de la diathèse goutteuse. De même pour le rhumatisme : la diathèse qui le constitue se traduira par des expressions extrêmement variées, P^i' des lésions particulières très différentes, soit qu'il t(;uche le cœur, les "«»tis fibreux, le système nerveux, etc. Ces formes multiples se rattachent ^uiours à une même maladie dont, avec de l'attentioni nous pouvons saisir
ih^^ ^^^^ ^^ ^^^^ autant de la scrofule. Mais la condition capitale de ces dia- Z**^ Aéra, d'une part, la chronicité; d'autre part, la tendance aux retours» ^ ''éf^étSiioi^^ non -seulement chez un même individu, mais encore chez ses ^fxdaAis, en ligne directe ou collatérale.
80 l>Ë LA VACCINE.
Ainsi, niic nianifesUlioii de la diailièsc sinimeuse, ou de h diathèse tobcfculriise vers un organe de l'écuuoniie, fait craindre des nianifesUtions venki autres organes, lue allaquc de goutte ou de rhumaiisnic donne lieu d'à it?duuler nue suivante; elles font craindre de voir la maladie reparaître cbei les enfants de celui qui a présenté ces manifestations ou éprouTé ces allaqncs; car il est d'expérience que tubercules et scrofules, goutte et rbumalisoie, se transmettent de génération en génération.
£n est-il de même de la variole? Eu est-il de même des maladies ooalagieuses comme elle? Essentiellement aiguë, la première accomplît ses pérîoda en un temps déterminé, sans laisser d*autres traces de son passage qve dn cicatrices à la peau. Qui oserait dire qu'elle se transmet hérédilairenieat? S les faits de variole in vtero sont incontestables, ils s'expliquent par la coal»gion. Mais ai-on vu les enfants, nés de parents qui ont en antreJbis h Tariok, devenir nécessairement variole u\, ccimme ceux engendrés par des paitsb tuberculeux ou goutteux, nai>sent prédisposés à la goutte ou aux tnbercalei
En quelques poinis, les maladies contagieuses louchent aux maladies dialhé- «iques, ou les a même appelées des diaihèses aiguës : comme elles, cHes ané* uent une disposition spéciale de l'économie, mais elles en dîflèrcntdé^ park fait capital de leur acuité, par leur ncn-transmis&ibilité par voie hërédiiaîre; elles en diiïèrent en ce qu'elles surviennent accidentellement scmb rinflocsce d'un principe morhifîquc spécial dont l'action est nécessaire pour les prodm; en ce qu'il tant qu'elles soient transmises d'une certaine façon, soit d'indiriili malade à un autre individu ; elles en dilTèrent, en un mot, par le con/ci^'ina.
Sans doute, par cela seul qu'elle n'a pas toujours existé, la Tariole s*cst d£vek^ppée spontanément chez le premier sujet qui en fut atteint; die s^est ahn déieloppée sous rinfluence de causes qui nous échappent Et si, comme oeuc lèpre . dont il était souvent question autrefois et qu'on n'oliserf e goiit aujourd'hui, la varii>le disparaissait un jour de la pathologie, si do moinsch ne présentait plus les caractîrrs que nous lui connaissons, il est pernùide supposer qu'elle pcmrrait se reproduire de nouveau telle qn*elle est, indépeidaminent do toute contagion, sous l'influence des mêmes causes qoi FiiiK emsendrve une pnrmit*re fois. Kn aiiendaiit. ce mode de déreioppement 0t actuellement impc>^iMe à saisir, et personne ne pourrait citer on seul fait faka incontestable de variole spontamV. Importée en Europe par b conlagioB, c'est enoMT |>ar la coniag'ion qu'elle ^e pittpase aujourd'hui. Difficile i démontrer dans les grands centrrs de population, où les individus se mékntft 5ie confondent, ce mode de pn^pacaiion est plus sairâsahle dans les petil0 focahit-s. Que la variole ijupyc un viilscc où. depoisvingt, TiBg:t-cinq, trente ans. on n'a pjts vu de varioloiix. cé:K'ralemct:t on arrive à savoir qne Pépdémie a èie apportée p;ir un inditidu menant d'un payroà elle régnait LiMi, enirr anirvs r\rm]>Yi>«. les faits publiés par M. Ginirac^ dont je tous ai parié à pn>}xt> de la ir^arrinaiiiMi: Itsex k î'-j\ail de M. Marc d'Espinc^ etvom venY9 combien on a pu suivre ju^qu'à leur source
DE LA VAGCINl^ Bl
Il n*e8t pas nécessaire, pour que la contagion ait lieu, que Pindividn qui *apporte ait eu la maladie. Le contagiam varloleux jouit d'un incro>'able Miissance de reproduction, tous les auteurs sont là pour l'attester. Non-senement la moindre goutte de pus variolique est un agent de transmission, Bi» les effluves s'échappant du corps d'un varioleux sufTiscnt pour la comminiquer, et il n'est pas besoin pour cela que le varioleux soit vivant. Bien rios, ce germe morbifîque, semblable à ces substances volatiles qui, pour un onps plus ou moins long, imprègnent de leur odeur pénétrante les vases pi les ont renfermées, les appartements où elles ont élé placées, ce germe ■orbifique a une action qu'on ne saurait limiter, sa divisibilité est poussée à 'ioûni ; un atome le plus imperceptible suffit quelquefois, dans des condiions particulières, pour engendrer la maladie, comme la plus petite étincelle leot amener l'incendie, lorsque celui-ci trouve son aliment dans le milieu où iie tombe.
Quelle que soit son origine, qu'elle soit inoculée, qu^clle soit communiquée itr l'absorption de l'air charriant les effluves varioliques, la variole est une Mbdie contagieuse. Ce n'est donc point une maladie diathésique ; ce n'est Mwot dès lors une maladie essentiellement constitutionnelle; c'est encore MMitt une maladie nécessaire à l'organisation humaine, puisqu'elle n'a pas b tout temps existé.
Elle n'est pas d'ailleurs, messieurs, la seule qui soit nouvelle. Le choléra ■iatique n'était-il pas nouveau pour nous, lorsqu'en 1832 il vint fondre sur la tance? Qu'il fût depuis longtemps connu dans l'Inde, le fait est accepté; nais, dans l'Inde même, où il parait avoir pris sa source, la date de son appa* ilion est encore assez récente, puisque la première épidémie bien authentique le choléra dans ce pays n'a été obsenée que vers le milieu du siècle dernier.
Il y a une huitaine d'années à peine, la fièvre jaune n'était-elle pas inconnue pins des quatre cinquièmes du globe, aux deux tiers de l'hémisphère trans* dantique? Jusque-là elle avait épargné l'Amérique du Sud, si bien que, lalgré de nombreuses communications établies entre le nord et le midi, le Mail, Bahia, Femambouc, les républiques de Buenos-Ayres et de Montevideo, l*cn avaient vu aucun exemple. Tandis que depuis lors, ayant passé la ligne, elle scrce ses cruels ravages sur ces pays, elle ne fait que commencer d'atteindre s côtes de l'océan Pacifique ; depuis deux ans seulement, elle apparaît à Lima, É elle est peu meurtrière et à peine grave; mais encore aujourd'hui on ne 'a point observée en Californie. S'il faut désirer qu'elle s'arrête dans sa course, I m malheureusement à redouter qu'elle ne continue sa marche, et que, sornt de ses limites actuelles, elle n'envahisse les contrées qui en ont été jus- |a*ici préservées.
A côté de ces maladies nouvelles, comme l'est la variole, bien que celle-ci ik de date beaucoup moins récente que le choléra et la fièvre jaune, il en A d'autres qu'à tort on a crues nouvelles aussi, soit qu'elles aient été mécon- , les moyens d'investigation ayant fait longtemps défaut, soit qu'oubUant
TKorMEAr, 2*édit. — i. 6
93 DE Li vAcariE.
Im rdiUona qu'en anient laiscéei m» prédécesseurs, on lit pu penser que ces
maladies n'eiistaïoDt pas avant nous. C'est surtout pour celles-ci que les dé-
traclenra de la vaccine l'ont mise en cause, lorsqu'ils ont prétendu qu'en
empêchant les manifestations eilërleures de la variole, la vaccination avait
occasionné le développement de maladies plus terribles souvent que la variolr
dle-méme.
Ainsi, messieurs, on a dit, on a écrit que si \es affcclions utérineR, que si la djphtltérie, et surlout que si la fièvre lyphoide se montraient aujourd'hui si fréquemment, que si les deui^ dernières décimaient les populations, cela tonail k ce que la va rble n'était plus li pour dépurer le sang, pour mettre l'économie en état de résister aui causes de ces maladies.
Mab il y avait de bonnes raisons pour que les affections utérines fussent usez mal connues. Le spéculum, qui nous rend à présent de si grands scniccs, inventé cependant du temps de Paul d'Éginf, de Itliazi.'s, modifié déjà par Ambroise Paré, par Scullet, par Garengeut, n'éiail pas d'un asage aussi répandu qu'il l'est i présent, depuis que, dans les premières années de ce aiècle, RécamJer en a vulgarisé l'emploi. Rien plus, il y a cinquante ans. c'était diDse inouïe que de pouvoir pratiquer le touclier vaginal en dehors des cas de grossesse; les femmes se seraieiK révoltées h l'idée de semblables examecis. et aucun médecin n'eût été assez osé pour les pru|)oscr. Maintenant il n'en est plus ainsi, et jusque chez nos voisins d'outrc-M anche, le toucher est le .spiV culumsont facilement acceptés. Aussi connaissons- nous mieux la pattiologie utérine qu'on uc la connaissait autrefois. Néanmoins, mules mal connues qu'elles furent, les maladies utérines l'étaient de nos devanciers ; leurs écrits •ont là pour en témoigner. Leur anatonilc patholc^tquc avait occupé les médecins; vous pouvez vons eu assurer en lisant, dans les hy, 1x6' et A7* lettres du traité Ùe sedibut et causit morùorum, les faits ra]>portés par .^lorgagui, qui en emprunte un certain nombre aux auteurs antérietirs & son époiiue. Quelque imparfaite que fût cette ronnaissance des aiïectîous de l'utérus, elle était assez répandue, même dans le public, pour que noua trouvions à leur sujetdes allusions très significatives dans les épigrammes des poi'tes anciens.
Quant i la diphthérie, on la donne aussi comme une conquête nouvelle de l'inlirmité humaine ; triste conquête, en vérité! On a dit (|u'inconuuc aux siècles passés, celte teirible maladie n'avait commencé ) apparaître qu'après b vulgarisation de la vaccinfc Est-il besoin de diKuter une semblable propositionT II suffit d'afoir la plni faible notion de l'hisloire de la médecine, pour nToir que l'angine conenoenie, celte expreaion la plus commune de la diphihérie, avait été depuis loogiemps observée et décriic. qu'il en est fait tiicnlion dans les auteurs de la plus liante antiquité. Arétée l'appelait le mal syrioqnt, ègijpiittquê, ce qui Undrtf t k prouver qBi<, de mo temps déji, ccitc alTeciion éliit conuiunWM flyriv ta est ÊKt'pIc. Sdiis ivminiit^r ni haut, niait encore fort loin de doMs IMVI'*'^^ '** ^«ÎAf'ua, »pagunl» iciaiaieni I» ^ixtuvanialilo ^k pâoiuulc iMrieDiic «i
rilalie,désignant le mal trachéal sous le nom de morbutitrangulatorius^meux CBcorey lai consenrant les dénominations de garotUlo^ de maie in canna^ sous lesquelles il était vulgairement connu. Enfîn, plus près de nous, il y a une centaine d'années, ne signalait-on pas en France, en Suède, en Allemagne et CD Amérique, ce$ maux de gorge gangreneux^ ainsi qu'on appelait à cette époque Tangine diphthérique et le croup. La ?accine ne peut donc pas élre incriminée, comme ayant occasionné le développement d'une maladie bien antérieure à elle; et même, si Ton raisonnait à la façon des vaccinophobes, ne •erait-on pas en droit de dire que la vaccine a plutôt arrélé ce développement, puisque, par le fait d'un singulier hasard, l'angine diphthérique , le croup, paraissent n'avoir jamais été moins communs que dans les premières années de ce siècle, c'est-à-dire juste au moment où la vaccine commença à se propager.
L'argumenl sur lequel s'appuient de préférence les détracteurs de la vaccine, ot celui qu'ils veulent tirer de la fièvre typhoïde^ maladie plus fréquente aujourd'hui, suivant eux, qu'elle ne l'était avant la découverte de Jenner.
Pour leur répondre, on n'aurait qu'à prendre quelques pages des Apfiorisme» de Stoll ; et dans ce court cliapitre consacré à la fièvre putride (febrit putrida) il est impossible de ne pas reconnaître notre fièvre typhoïde, avec ses caractères les plus frappants, ses allures les plus nettement tranchées. La fièvre ataxoadynann'que de Pinel était-elle autre chose? Les œuvres de Prost, publiées en 1802, ne nous montrent-elles pas cette fièvre attaquant les sujets de l'âge de fingt à trente ans, qui, bien entendu, n'avaient pas été vaccinés, et chez lesquels on constatait, après la mort, les lésions intestinales que nous regardons comme essentiellement caractéristiques de la dothiénentérie? Ces preuves anatomiques, le Traité de la fièvre entéro-mésentérique de Petit et Serres ■OQS les fournirait encore ; or ces médecins observaient l'afTection qu'ils ont décrite en 181A, sur des individus âgés de plus de quinze ans, et qui par conaèqueot n'avaient pas été vaccinés. Cette fièvre typhoïde, si malencontreusement mise en cause, n'a donc en rien affaire avec la vaccine; elle existait bien •tant Jenner, mais elle existait sous des noms différents de celui que nous lui avons donné : c'était le synochus imputris^ la febris puirida^ la fièvre adynamiçue^ maligne^ nerveuse, etc.
Les médecins dont nous combattons Popinion, parce que, dans ces dernières années, elle a eu un certain retentissement, ces médecins voient dans la fièvre typhoïde une variole retournée, une variole faisant irruption sur la surface muqueuse intestinale, au lieu de faire irruption sur la peau; ils répètent ce que Lecat disait, lorsqu'il donnait le nom de petite vérole gangreneuse mésentériqne à la maladie qu'il avait vue régner à Rouen en 1763. Si par là on voulait entendre que la fièvre typhoïde ressemble à la variole, en ce sens qu'elle a, comme elle, les allures d'une fièvre éruptive, que, comme elle, elle a pour caractère anatomique spécifique une éruption boutonneuse, je me rangerais à cet avis; mais ce n est pas de cette façon que l'on entend les choses. En l'ap-
[lelatit variole, ces médecins admettent que la Gèvrc typhoïde est non |>as ofie maladie analogue à la variole, mais la même maladie; or, k ne considérer que les caractères anatomiques, les lésions intestinales de la fièvre typhoïde ne ressemblent en rien aux pustules de la variole. Que si l'on objecte que le siège qu'elles occupent est la cause de leur dissemblance, nous répondrons qu'M comparant Téruption dothiénentérique à Téruption variolique des membraiMi muqueuses buccales et pharyngées, on ne saurait, avec la meilleure volonté, trouver entre ces lésions la moindre analogie. EiiGn, si la Gèvre typhoïde et la variole sont la même maladie, ceux qui ont Tune ne prendront pas Tautre: les faits sont encore ici en pleine contradiction avec la théorie des vaccinophobes. Dans notre service même, vous avez vu tout récemment des varioleux prendre la fièvre typhoïde, et réciproquement, des individus prendre la variole dans la convalescence d'une fièvre typhoïde grave. Ces exemples parient assez haut pour n'avoir pas besoin de commentaires.
Enfin, messieurs, à ceux qui objectent que depuis l'inoculation vaccinale \» tables mortuaires portent un plus grand nombre de décès causés par la fièvre typhoïde ne doit-on pas faire remarquer que la population infantile n'étant plus, grâce à la vaccine, décimée par les épidémies de variole, m enfants devenus jeunes gens ou adultes sont restés soumis aux causes de toutes les maladies de l'adolescence et de l'âge adulte, et que cela explique pourquoi la fièvre typhoïde est peut-être plus fréquente aujourd'hui qu'autrefois.
S'il, arrivait qu'un jour on fi)t assez heureux pour trouver les prophylactiques de la rougeole et de la scariatine, comme on a trouvé dans la vaccine le prophylactique de la variole, il viendrait peut-être des gens qui, à leur tour, chercheraient à démontrer que la scarlatine et la rougeole étaient des maladies nécessaires, et qu'en les empêchant, on a occasionné le développement de maladies nouvelles. Ces gens-là ne seraient pas plus mal fondés que ceux qui professent à l'égard de la vaccine les théories que nous combatlons.
Conséquents, dans leur manière de voir, ces médecins devraient arriver i conclure que, plus la variole est grave, plus son éruption est abondante, plus l'économie se trouve à l'abri des maladies dont la variole exempte; que par conséquent, mieux vaut l'avoir C4)nfluente que discrète.
f.o procès de la vaccine est donc jugé, avant d'avoir jamais été sérieusement entamé, en faveur du prophylactique delà variole; et la découverte de Jenner restera l'un des plus grands bienfaits de la médecine.
I.e seul défaut qu'on puisse lui reprocher, c'est que ce prophylactique est devenu aujourd'hui assez souvent inûdèle, rimmunité qu'il confère se perdant peu h peu : pour celte raison, adoptant en principe l'opinion de Gregor}', je lut préférerais de beaucoup l'inoculation, une première variole préservant bien plus sûrement de la variole que la vaccine ; mais, en fait, c'est à celte dernière que nous devons recourir, pour les motifs que je vous ai exposés en vous parlant de l'inoculation variolique.
VARICEUE. 85