‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 30 sur 81 · W. — TYPHUS · texte numérisé non relu

W. — TYPHUS

Bieo qu*il soit dans la nature de l'enseignement dont je suis chargé, de me borner à étudier avec vous les faits cliniques qui se passent sous nos yeux, et, à propos de ces faits, de vous exposer les résultats de mon expérience personnelle, je crois cependant devoir vous entretenir aujourd'hui d'une maladie que nous n'avons jamais eu occasion d'observer dans nos salles, mais que tons assurément vous connaissez de nom : je veux parler du typhus^ qui présente, du moins quant à l'ensemble des symptômes généraux, une telle analogie avec la fièvre typhoïde, que la question longtemps controversée de l'identité des deux pyrexies est loin encore d'être résolue, quoique les partisans de la non* identité semblent actuellement en majorité.

Endémique dans certains pays, notamment dans les îles Britanniques où, après avoir régné d'abord presque exclusivement en Irlande, puis en Ecosse, elle paraît s'être maintenant définitivement installée dans quelques-unes des villes manufacturières d'Angleterre, à Londres en particulier où, dans ces dernières années, elle a exercé de grands ravages, cette maladie a sévi par intervalles, et sévit encore dans ces mêmes pays et aussi dans d'autres, sous forme d'épidémies plus ou moins considérables, plus ou moins meurtrières. Les relations que nous en ont laissées les auteurs anciens ou modernes qui les ont décrites sous les appellations les plus variées [fièvre pestilentielle, fehri^ pestilens (Fracastor, 1566) ; typhus des camps; typhus des prisons (Sauv^^, ilb9); fièvre pétéchiûle, febris petechialis (Sennert, 1641; Selle, 1770; Borsieri, 1785); typhus exanthematicus (les médecins allemands); spotted fever, typhus fever des Anglais, etc.] nous montrent que, de tout temps, ces épidémies, développées sous l'influence des mêmes causes, se propageant par voie de contagion, ont fait, à diverses époques, leur apparition dans différentes contrées de l'ancien continent et du nord de l'Amérique.

La France, tout en ayant été en général moins maltraitée que d'autres régions, n'a point été épargnée. Sans remonter jusqu'aux siècles antérieurs aux nôtres, il me suffira de vous rappeler que, dans les premières quinze années de celui-ci, le typhus, venu à la suite des armées qui parcouraient alors l'Europe, s'est manifesté à plusieurs reprises dans un assez grand nombre de nos localités; que depuis il a reparu, à Toulon par exemple, en 1820, 1829, 1833, 18!i5, 1851 (l), à Reims, en 1839 ;2), à Strasbourg, en

(1) Kéraudren, Typhus dans' /en hof/ups de Toulon [A n'huer gtfnérale.i de tnêden'ur. t. m, 1833^. — FIi*ur>, Histoire médicale de la maladie qui a régné parmi les coh" damnvs du bagne de Toulon^ 1829 Mémoires tlf l'Aeadi*ntieil'^ mederiue, l. III, 1833,. — Barralier, />w typhus êpidemiiiw ii Toulon, 1861.

(2^ Landouzj, Archives générale^: de médecine, 18^2.

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main, elle est agitée de tremblement; ce tremblement se produit également pour la langae quand il cherche h la tirer hors de sa bouche : bientôt le sentiment de faiblesse, d*épuisement est tel, que vers le troisième jour du début de la maladie, il y a impossibilité de quitter le lit.

Entre le quatrième et le septième jour, habituellement vers le quatrième ou le cinquième, Véruption apparaît sur la peau. Elle consiste en de nombreuses taches de forme irrégulière, variant en largeur d*un simple point \ trois ou quatre lignes de diamètre. Elles sont isolées les unes des autres ou groupées de façon à former comme des pièces de marqueterie à contours irréguliers, 6( rappelant souvent l'éruption de la rougeole. D*abord d*un rose sale ou d'une oooleur Qeurie, faisant une légère saillie au-dessuâ de la peau, disparaissant •008 la pression du doigt, dès le premier ou le second jour, elles deviennent phM sombres, plus brunes, ne disparaissent plus, mais deviennent seulement ph» paies, sous la pression. Leurs bords, mal définis, se fondent insensiblement dans la teinte hypérémique générale du tégument externe. Ordinaire* ment elles se montrent en premier lieu sur Tabdomen, puis sur la poitrine, le doQ, les épaules, les cuisses ; dans quelques cas c'est sur la face dorsale des mains qu*elles apparaissent d'abord. Le plus communément c'est sur le tronc et les bras qu'on les observe, rarement sur le cou et le visage. C'est toujours mr les parties déclives du corps qu'elles sont le plus prononcées ; aussi dans \m cas douteux, c'est en arrière, sur le dos qu'il faut les chercher. Indé()endamment de ces taches superficielles, il en existe d'autres plus pâles, moins dLflinctes, et qui en raison de leur position ap})arente au-dessous de l'épi* derme, ont été appelées sous^épidermiques. Quand ces taches sous-épidermiques sont abondantes, elles donnent à la peau un aspect moiré, m. rbré, qaï contraste avec les taches plus sombres, mieux définies, précédemment décrites, quoique quelquefois ces deux séries de taches semblent se confondre. L'éruption du typhus varie grandemeiit dans son aspect, suivant l'abondance relative dos taches moirées et des taches plus distinctes. En quelques cas ces deux espèces de taches sont abondantes ; en d'autres cas il n'y a que peu des unes ou des autres. Cet aspect de l'éruption varie uussi relativement au plus on moins de sa confluence. Les taches et les marbrures constituent ce que Jenner a décrit sous le nom à'éruption muricolore {mulherry rash)^ ce que d'autres médecins ont désigné sous les dénominations d'éruption morbillifonne ou rubéolique. En deux ou trois jours l'éruption est complète, et si plus tard il apparaît de nouvelles taches, elles n'arrivent pas à leur entier développement. La gravité et la durée de la maladie sont en rapport avec l'aùon" douce et la teinte foncée de l'éruption.

Telle est l'histoire du typhus dans les six ou sept premiers jours.

Vers la fin de la première semaine, le mal de tète cesse et le délire survient, îl varie de caractères. Accidentellement il est d'abord aigu ; le malade crie, parle d'une façon incohérente, et est plus ou moins violent. Si on ne le retenait, il se lèverait pour marcher à travers sa chambre et même il se préci-

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