‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 32 sur 81 · TYPHUS · texte numérisé non relu

TYPHUS

cèax qai sont autour de lui, et quand on lui dit de tirer la langue, il ouvre la bouche qu'il laisse entr*ouverte jusqu'à ce qu'on lui commande de la fermer. Ce sont là les seuls signes de conscience qu'il montre ; encore ces signes peuvent manquer. Cependant son esprit est loin d'être iuactif; son imaginalion évoque les rêves les plus eiïrayants,. auxquels il attache une implicite croyance, et dont il peut, après sa convalescence, garder un complet souvenir. Ses idées roulent sur des événements de sa vie passée. Il se croit persécuté par son entourage, par ses parents les plus chers; 11 resserre les années dans les heures, et s'imagine avoir, en quelques heures, vécu une vie entière {he compresses years into hours^ and in few hours imagines that he has lived a life-itme). Ceux qui ont éprouvé ces souffrances morales peuvent seuls avoir une idée de leur intensité. Cependant les dents, les lèvres sont couvertes de fuliginosités ; la langue est dure, sèche, d*un brun noir, ramassée en une sorte de boule, tremblante et se tirant avec difficulté ou ne se tirant pas du tout L'abdomen est flasque, quelquefois météorisé ; il y ■ toujours de la constipation ou bien il y a deux ou trois fois par jour de» garderobes involontaires^un peu diarrhéiques. L'urine est plus al)ondante, mais plus pâle, d'une pesanteur spécifique au-dessous de sa pesanteur spécifique normale ; elle est rendue involoniairemept ou bien il y a de la rétention qui nécessite d'avoir recours au cathétérisme. La température de la peau s'abaisse encore, quelquefois il y a un peu de moiteur. Le nombre des taches présentant le caractère de pétéchies augmente. Les parties soumises à la pression, principalement la région du sacrum, ix)ugisscnt, s'amollissent, et sont sujettes à s'ulcérer. Le pouls est fréquent (de 120 à 1/tO), petit, souvent intermittent, irrëgulier, à peine perceptible ; l'impulsion cardiaque et les bruits dû cœur sont diminués d'intensité, ou ne s'entendent plus.

Dans cette situation, le malade peut résister pendant plusieurs heures, plusieurs jours^ sa vie en balance, jusqu'à ce qu'enfin la stupeur dégénère en un profond et fatal coma ; ou bien il succombe à l'asphyxie consécutive à l'engorgement soudain des poumons ; ou bien son pouls devient imperceptible, la surface de sa peau devient froide, livide, baignée d'une sueur abondante, et la mort arrive habituellement sans qu'il y ait de retour à la conscience, mais aussi sans sterteur, plutôt par le fait d'une syncope que du coma.

Cependant la terminaison n'est pas toujours aussi funeste. Vers le qnator* zième jour de la maladie, une amélioration plus ou moins soudaine se produit. Le malade tombe dans un sommeil tranquille qui dure plusieurs heures, et d'où il sort un tout autre homme. D'abord il parait étonné, confondu, ne sait se rendre compte du lieu où il est; puis il ne tarde pas à reconnaître son entourage, ses amis, et il a alors conscience de son extrême faiblesse. Ses extrémités consentent leur sensibilité, mais s'il essaye de les mouvoir, il lui semble qu'elles ne font plus partie de son corps. Le pouls moins fréquent, a repris de la force ; la peau est moite, la langue est nettoyée et humide à ses bords ; il y a un certain désir de prendre des aliments. Ces symptômes d'amélioration sont

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touveut accompagnés d^une légère transpiration, de diarrhée, on de dépôt sedimcnteux dans les urines. Après deux ou trois jours, la langue devient enlièrement nette, l'appétit est insatiable, le pouls est revenu à son type normal, ou même il est irès-lcnt ; les forces sont rapidement récupérées. Iji convale»cence est complète.

Messieurs, ce tableau, tracé par M. le docteur Murchison, vous représenta un cas type de typhus non compliqué. Mais la maladie oiïre de grandes variétés, eu égard à sa gravité, eu égard à la prédominance relative des symptômes adynamiques ou des symptômes ataxiques. Dans les cas moyens, la langue peut n'être jamais sèche et brune, le pouls ne jamais dépasser 100 pulsations, l'éruption ne jamais devenir pétécliiale; une légère confusion de la mémoire et de l'intelligence, un sommeil troublé semblent souvent être les seuls plié- Domènes cérébraux qui se manifestent. La marche, les caractères de la maladie peuvent en outre être modifiés par des complications locales.

De ces complications, qui dailleurs varient selon les épidémies et aussi solvant les localités, les plus communes sont les aiïections de Vappareil i^ipira» taire. Le plus souvent les accidents ihoraciques surviennent d'une manière insidieuse, car leurs symptômes habituels, la toux, l'expectoration, sont peu prononcés ou manquent absolument, et te malado est incapable de se plaindre d'aucune douleur. Il arrive alois que la dyspnée (rapid breothing), la lividité de la face mettent seules sur la voie d'une aiïection pulmonaire ; cependant cette dyspnée n'est pas un signe suffisant, puisque, ainsi que nous l'avons dit, elle accompagne fréquemment la fièvre, et (|u'elle peut être portée à an trèshaut degré, indépendamment de toute lésion matérielle des organes respiratoires. De plus, hi la dyspnée dépendant d'une lésion matérielle se reconnaît & la lividité de la peau du visage et des mains, cette lividité ne se montre qu'alors que la complication dont elle dépend a atteint un degré très-proooocé et trop souvent irrémédiable. Aussi, quand on a le moindre doute, doit-oa« chaque jour ou plus fréquenmient encore, examiner la poitrine par ranscot* talion et la percussion.

(les complications thoraciques sont la hronchife, la plus fréquente peut-être entre toutes celles du typhus. Dans quelques épidémies elle s'obeerve dam la plus grande partie des cas. 11 en est ainsi en Irlande, si bien que l'on a appelé le typhus irlandais typhus catarrhal, et que des médecins allemands, entre autres Hokitansky, qui ont puisé dans les relations du typhus d'Irlande les connaissances qu'ils se sont faites de la maladie, croient que celle-ci n'est rien autre chose qu'une fièvre typhoïde à forme thoraciquc. La bronchite peut être le premier accident du typhus, comme il i>cut se développer durant son cours, et persister dans son déclin. On doit surveiller attentivement tous les cas dans lesquels cette coniplication se présente. Tant que l'existence de raiïeciion pulmonaire se révole seulement par une toux rare, |>ar la présence de quelques râles sibilants disséminés dans la poitrine, il n'y a pas de danger Immédiat; mais dès que la prostration augtnente, la phlegmasie thoniciqoe

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