‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 38 sur 81 · ANGINE DIPHTRÊBIQUE ET GROUP. 3S · texte numérisé non relu

ANGINE DIPHTRÊBIQUE ET GROUP. 3S

canaux aériens, le larynx surtout, constituant les affections communément connues sons les dénominations d'angine couenneuse, maligne, désignées autrefois sous les noms de maux de gorge gangreneux, d'angine suffocante, et appelées plus particulièrement maintenant croup, lorsque l'angine occupe le larynx. 11 est fréquent encore de voir la diphthérie envahir la membrane muqueuse nasale, la membrane muqueuse buccale, le vagin, le prépuce, le gland. De toutes ces formes, pharyngienne et laryngée, nasale et buccale, vaginale et anale, cutanée, la première est de beaucoup la plus commune. Dans certaines épidémies, c'est celle qu'elle revêt presque exclusivement, tuant alors les malades par sa propagation au larynx et à la trachée, par le croup, Uen différente de la diphthérie maligne qui les tue par une sorte d'empoisonnement général, à la façon des maladies septiques et pestilentielles. C'est cette première forme sur laquelle Tattention des observateurs a été de tout temps plus particulièrement appelée, parce qu'elle est la plus commune ; c'est celle qu'ont décrite les auteurs des siècles passés, et qui a servi de type au Traité de la diphthérite de Bretonneau (1) ; c'est par elle aussi que nous commencerons l'étude que nous allons entreprendre.

ANGINE DIPHTHÉRIQUE ET CROUP (DIPHTHÉRIE PHARYNGIENNE

ET LARYNGIENNE).

S'observe dans tous les climats en toutes saisons. — Attaque principalement les enfants.

— Son mode de propagation. — Engorgements ganglionnaires. — La coloration, Todcur des fausses membranes simulant la gangrène. — Sa propagation au larynx.

— Croup. — Intermittence des symptômes. — Elle tue généralement, quand on ti*arrête pas les progrès de raffcction.

tJn jeune garçon de quatre ans fut pris, au milieu de la plus belle santé, d*accidents du côté de la goi^e qui, au premier abord, présentaient assez peu de gravité pour ne pas alarmer sa famille. Depuis un ou deux jours, on s'apercevait qu'il pâlissait, qu'il était plus triste qu'à l'ordinaire, et restait plus indifférent à ses jeux habituels; il toussait un peu, mais il était sans fièvre, et, bien qu'il mangeât avec moins d'appétit, il restait levé toute la journée. Le hasard seul fit découvrir la maladie dont il était atteint. Le médecin de la maison, appelé pour donner des soins à un autre enfant affecté de vertiges épileptiformes, fut, par occasion, consulté pour le premier. Il fut frappé de cette pâleur de la peau et s'aperçut d'un léger gonflement dé la région sous-maxillaire ; constatant alors l'existence des ganglions tuméfiés, il examina la gorge, et trouva une rougeur vive sur le pliarynx, sur les amygdales, qui étaient augmentées de

li> JWbflreto twr tinflammntion fpécia/e du tùfu muquettXy et en particulier sur la ■lifte mahgne ou croup épidémique* Paris, 1826.

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volume, et dont i*une, la droite, était rccouveite d'une plaque grisâtre épaisse. Il jugea aussitôt qu'il avait aiïaire à une angine diphthérique, et, séante tenante, il cautérisa vigoureusement la partie malade avec le crayon de nitrate d'argent, en ayant soin de détacher la fausse membrane à l'aide de la pierre. La cautérisation fut réi>éléc le soir mOmc, puis le lendemain, matin et soir, et, dans l'intervalle des cautérisations, le médecin ùi et fit faire, plusieurs fois par jour, dos insufflations avec la poudre d'alun. Suivant sa recommandation expresse, le petit malade fut alimenté, et prit, en outre, une mixture tonique dont le vin de quinquina formait la bsse. Le mal s'arrêta là : la pâleur générale subsista cependant encore quelque temps, et bientôt survint une paralysie du voile du palais. L'enfant fut emmené à la campagne, d'où il revint en parfait état après unSéjour de six semaines.

C'est là, messieurs, un exemple d'angine pharyngée diphthérique, de diphthérie pharyngienne ordinaire. Le début insidieux de la maladie, le peu d*in-* tensité des phénomènes généraux, l'absence du mouvement fébrile au moment où le médecin constata les accidents, la tristesse de l'enfant, la pâleur des téguments, la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires, enfin la présence sur l'amygdale droite de l'exsudation pseudo- membraneuse caractéristique, légitimaient surabondamment ce diagnostic. La paralysie du voile du palais qui survint à quelques jours de là le confirmait encore, et je ne doute pas que le traitement énergique appliqué dès le début n'ait arrêté court le mal, qui, en s'étendant de proclic eu proche, aurait pu gagner le larynx et produire le croup.

Celte angine pharyngienne diphthérique se rencontre dans toutes les saisons, sous tous les climats, et ce n'est pas sans un certain étonnement que j'ai lu quelque part que cette maladie s'observait surtout dans les pays du Nord, dans les climats froids et humides, qu'elle était presque inconnue dans le midi de la France et de l'Italie. Il faut que celui qui a avancé ce singulier fait (1) ait (le bien faibles notions de l'histoire de la médedne pour ignorer que le mal décrit par Aréiée, et qui n'est autre que l'angine pseudo-membraneuse, était endémique en Kgypte et en Syrie, d'où le nom d'ulcère égyptiaque et syriaque qu'on lui avait donné à une époque plus contemporaine d'Homère que d'Hippocrate, suivant la remarque de Bretonneau ; pour ignorer aussi qoe Carnevale, Nola et Sgambali nous ont laissé les relations des épidémies do morbus strangulu(orius, qui régnaient en Italie au commencement d« XYii* siècle, tandis que Villaréal, Fontecha, Nunez, Herrerap, de Heredia, Mercaïus, Tamajo, en observaient à la même époque en Espagne. Aujourd'hui encore nous voyons ces mêmes maux de gorge sévir, comme je vous l'ai dit,

1 En nppciiitinn nvi>c cette proiMtMtiuii^ nous rappctlentns qu'un auteur dn sîcclc (If'rnior; Wcdol, crrixait que l'ant^ine (liphtliériquc^ qu'il appelait anginn infnntiht rnntagittsa, était plus rréc^uentc en Italie que lUni le nord de rjSucofl^ : « /m /te/M fre» (jucntior (junm apitd Boifolet mogk j »A, Htfimi^f €ip. 2f , pef. 770

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