NATURE DE LA DIPHTHÊRIE
résultat fut négatif. Il se peut donc, messieurs, d'après ces expériences, que la diphtbérie ne soit pas plus inoculable que ne le sont la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, maladies dont personne ne met en doute cependant les propriétés contagieuses.
Quant à la contagion de la diphthérie, si un instant on a pu la nier, si un instant on a oublié les observaiions de nos devancière, celles de Rosen entre autres, et bien longtemps avant lui celles de Cortésius, de Wedel, etc. , personne aujourd'hui ne saurait la contester. Dans son Traité de la diphthérite^ Bretonneau avait appelé l'attention sur ce point, et il y est revenu plus particulièrement encore dans son dernier travail publié par les Archives pour l'année 1855. Les faits se sont multipliés de toutes parts dans l'histoire des épidémies. Toutefois le mode de transmission de la maladie d'une localité dans une autre n'est pas toujours facile à saisir. En quelques circonstances, néanmoins, on a pu remonter pertinemment à son origine, comme dans le cas suivant, dont on ne saurait mettre en doute l'authenticité. L'épidémie de diphthérie qui sévit eu 1858 à Fresnay-le-Ravier, arrondissement de Nevers, eut pour point de départ un enfant amené de Paris. Cet enfant succomba, et celui de la nourice, auquel il communiqua sa maladie, mourut également ; de là le fléau gagna le village.
Une fois la diphthérie entrée dans une maison^ sa tendance h se propager par contact d'individu à individu est incontestable. Combien de fois n'a-t-on pas TU presque tous les enfants d'une famille atteints successivement, et le père et la mère, ou les assistants qui donnaient des soins aux malades, subir à quelque degré Tinfluence du mal! Je vous en ai cité des exemples, et vous savez, messieurs, que les médecins ont largement payé leur tribut à la contagion de cette épouvantable maladie. Je vous ai parlé de Valleix, de Henri Blache, de Gillette, et sans doute, h celte liste déjà trop longue, on pourrait ajouter d'autres noms.
Cette question de la contagion de la diphthérie est donc maintenant généralement résolue par l'aDirmative. Dans ces derniers temps, elle a été mise à l'ordre du jour au sein de la Société des hôpitaux, et nous a valu uno excellente communication de M. le docteur Henri Roger, ayant pour but d'établir par une série d'observations authentiques et rigoureuses^ nonseulement les propriétés contagieuses de la maladie, mais encore la durée d'incubation du poison diphthérique. De cette communication il ressortait que la durée d'incubation de beaucoup la plus ordinaire était de 2 à 7 jours; vous comprendrez, du reste, d'après ce que vous savez de la non possibilité d'inoculer la diphthérie, que ces chiffres ne peuvent être fixés que très-approximailvcmcnt.
Je vous ai dit, messieurs, que la diphthérie dans sa forme maligne tuait à la façon des maladies scptiqucs, par une sorte d'intoxication générale et profonde de l'économie. Cette intoxication se manifeste pendant la vie par des symptômes généraux et locaux que je vous ai décrits ; elle se traduit aussi par une altéra»
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moment elle fut obligée de garder le lit; au bout d'une quinzaine de jours encore, comme cet état ne changeait pas, sa famille la décida à venir à Paris pour 8*y faire traiter; elle entra à THôlcUDieu dans Tétat que je vous ai décrit tout à Theure.
Assurément, messieurs, c*éiait là un fait assez nettement caractérisé, et il semble, aujourd'hui, que personne ne dût s*y tromper; cependant, parmi toutes les hypothèses successivement émises par les nombreux médecins qui suivaient la clinique, tant sur la nature que sur le siège de la maladie, le diagnostic réel nous échappa 5 tous aussi bien pendant tout le temps 'que nous eûmes la malade sous nos yeux qu'après sa guérison, qui fut complète deux mois après Tarrivée de cette pauvre jeune femme dans nos salles, trois mois après le début des accidents paralytiques. Je le répèle, personne ne saisit la relation existant entre ceux-ci et la diphthérie antécédente.
Pour mon compte, je ne la saisis pas, et je ne la saisis pas davantage pour des faits analogues que plus tard j*eus occasion de rencontrer.
En 18/i6, j'étais mandé par mon honorable confrère M. le docteur Vosseur, pour voir Tenfant d'un menuisier habitant le quartier Saint-Jacques, dans l'impasse des Feuillantines. Celte enfant avait une paralysie du voile du palais; mais elle avait en outre du strabisme et une paraplégie complète qui la mettait dans l'impossibilité absolue de marcher. M. Yosseur me racontait que deux mois auparavant, elle avait eu une angine diphlhériquc des plus graves qu'on avait combattue par les cautérisations avec le nitrate d'argent, par les préparations mercurielles données h l'intérieur et employées en frictions, par d'autres médications encore.
Deux ans après, en 1848, un médecin du quartier Saint-Victor, M. le docteur Dewulf, m'appelait dans la famille d'un marchand de la rue Saint-Honoré, dont trois enfants étaient atteints de diphthérie pharyngienne qu'ils avaient prise les uns après les autres. M. Dewulf les avait énergiquement traités : le calomei à l'intérieur, les insufflations d'alun sur les parties aiïectées, avaient été employés pour combattre l'angine, et, dans la convalescence, des toniques avaient été administrés. Les petits malades avaient été guéris de la diphthérie; toutefois l'un, une petite fille de cinq 5 six ans, que ses grands parents avaient emmenée chez eux, place de l'Estrapade, présentait des accidents pour lesquels, trois semaines après, mon confrère me faisait l'honneur de me demander mon avis. Je constatais une paralysie de la langue, du voile du palab, qui empêchait la déglulilion; il y avait du strabisme; de plus un bras et une jambe étaient complètement paralysés. Je crus d'abord à une hémiplégie dépendant d'une lésion tuberculeuse du cerveau. A quinze joui-s de là, lenfant succombait; la paralysie s'était élenduc à la totalité du corps.
Ces faits, comme le premier, restaient donc lettre morte |)our moi. Je connaissais pourtant l'observation du docteur Hcrpin (de Tours). Bretonneau me l'avait racontée, et m'avait dit ; C'est une paralysie diphthérique. Chose inouïe! je m'obstinais à ne voir là qu'une coïncidence, et lorsque nous publiâmes en
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i85l, M. Lasègue et moi, noire travail sur la paralysie du Toile du palais, je me tenais pour satisfait de l'explication que je donnais de ces paralysies locales; je ne voyais pas que celles-ci étaient de même nature que les paralysies des membres, de la vue, elc. Ce ne fut que vers 1852 que, éclairé par de nouveaux faits mieux -étudiés et mieux interprétés, je compris la paralysie diphthérique telle que firetonneau la comprenait lui-même. Dès lors, quand l'occasion s'en présenta, j'appelai à mon tour l'attention de mes confrères sur cet important sujet, et dans cette enceinte je vous signalais dès 1855 quelques observa* tions que je vous rappellerai encore aujourd'hui.
Kn 1852, je voyais rue Caumartin, n"* 11, avec mes confrères MM. Beyiard, Oliffe et Bigelow, une demoiselle américaine atteinte d'une épouvantable diphthéric qui^ envahissant le pharynx, les fosses nasales, la face interne des paupières, mit pendant trois semaines la malade entre la vie et la mort. Celte jeune fdle guérit ; mais dans le cours de sa maladie, elle était tombée dans un état d'adynamie inimaginable. Auparavant, brillante de santé, d'une fnitcheur de teint remarquable, elle était devenue, dès le troisième jour de son angine couenneuse, pâle comme la femme la plus profondément chloroiique, et une boufilssure générale s'ajoutait à la décoloration des téguments. Ignorante cette époque l'existence de l'albuminurie dans la diphthérie, je négligeai l'examen des urines. Malgré la gravité de ces phénomènes, je le répète, la malade guérit, c'est-à-dire que les affections pseudo- membraneuses cédèrent et disparurent complètement; mais bientôt nous eûmes à lutter contre d'autres troubles morbides des plus sérieux. Ce fut d'abord une paralysie du voile du palais et du pharynx. qui empêchait presque absolument l'acte de la déglutition : dès que cette jeune fille essayait de prendre quoi que ce fût de liquide, tout de suite elle le rejetait par le nez. Il fallut pendant un certain temps ne lui donner que des aliments épais, la nourrir de chocolat à l'eau très-cuit, de bouillie ; encore était-on obligé de lui boucher le nez, de telle sorte que la colonne d'air contenue dans les fosses nasales, opposant un obstacle au retour des substances alimentaires, fît l'ofiice du voile du palais. Ce stratagème nous réussit.
A cette paralysie du voile du palais, qui était caractérisée aussi par la voix nasillarde, vint s'ajouter une paralysie de l'appareil de la vision. La malade devint amblyopiquc, puis complètement amaurotique. Les bras se prirent, et la perte du mouvement se compliqua de la perte de la sensibilité ; les extrémités inférieures à leur tour furent frappées de paralysie. Six semaines après la guérison de l'aiïection couenneuse, la paralysie était si générale, que cette pauvre jeune fille était condamnée à rester au lit sans pouvoir en bouger. Il fallut quatre mois pour qu'elle en pût sortir, et marcher dans sa chambre, soutenue par deux personnes; pour qu'elle pût manger seule et porter sa cuiller à sa bouche. La guérison ne fut complète qu'au bout d'un an. Aujour* d'hui la santé est parfaite.
J'avais raconté ce fait à mon ami M. Blache, ainsi qu'à plusieurs de mes col-
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lègues dans les hôpitaux; il réveilla leurs souvenirs, et leuren remit en mémoire un certain nombre d'autres qu'ils avaient laissés jusque-là passer inaperçus. A quelque temps de là, M. le docteur Faurc m'appelait auprès d'un enfant de sa clientèle. C'était une petite fille de quatre à cinq ans, convalescente d'une affection diphthérique. Elle avait une paralysie généralisée, tout à fait analogue à celle de ma jeune Américaine, avec cette différence qu'il existait une sorte d*QlternQnce dans les accidents, les symptômes de la paralysie se manifestant tantôt dans un bras, tantôt dans une jambe. En même temps qu'il me demandait mon avis, M. Faure publiait cette intéressante observation dans le journal r Union médicale. Ce fait remonte à environ cinq ou six ans. La malade guérit assez rapidement.
En 1858, j'étais mandé en consultation, chez un agent de change, par M. le docteur Ariial qui me racontait que son malade, après avoir été atteint d'une paralysie du voile du palais, avait eu un affaiblissement notable de la vue, puis de la paraplégie, de la paralysie des membres supérieurs ; les muscles du cou qui s'étaient pris aussi étaient devenus impuissants à soutenir la tête dans sa position naturelle; enfin il y avait de Tanapbrodisie. En entendant le malade me donner les renseignements que je lui demandais, je remarquai sa voix nasillarde, et Tenserable des syuiplômes paralytiques que j'observais me donna tout de suite à penser que ces accidents étaient sous la dépendance d'une diphthérie antécédente, ce qui était vrai.
Maintenant que, depuis la publication dans les Archives du mémoire de Bretonneau, elle est pour ainsi dire à I ordre du jour, la paralysie diphthérique a été signalée dans plusieurs thèses de la Faculté : notamment dans celle de M. le docteur Pératé en 1858; et en 1859 M. le docteur Péry lui a consacré spécialement sa dissertation inaugurale. Toutefois le travail le plus étendu qui ait encore paru sur la matièt e est celui que M. le docteur Maingault a présenté à la Société de médecine des hôpitaux. L'auteur, se mettant à la recherche des faits relatifs à cette affection, est parvenu à en réunir plus de cinquante exemples, dont six ont été vus par lui, et cet ensemble d'observations a servi de base au mémoire qu'il vient de publier (1).
Depuis quelque temps ces faits semblent se multiplier considérablement dans les hôpitaux, surtout dans les hôpitaux d'enfants, comme en ville, comme en diffiTenis points de la Franco. Des rapports sur les épidémies d'angine couennciise qui ont régné dans les départements signalent en effet l'existence de cette affection. Je vous ai montré dans nos salles, depuis quelques mois, plusieurs malades qui en étaient atteints, et M. le docteur E. iMoynier en a relaté un certain nombre d'exemples (2).
(1) Tu* In pnra/yxi^ diphtfirriqur^ recherches cliniques sur les causes, la nature et le iraitnnrnt de cette a/fcction. Paris. 18C0.
• (2) Compte rendu public par In iiazeftt* dt'.< h^>pitau,T (numéros des 15, 22 noveuibre eii" décembre 1859).
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Cette abondance de faits qu*on observe aujourd'hai dépend sans donte de ce qne, Tatlention étant vÎTement sollicitée sur eux, personne ne les laisse plus passer inaperçus; mais aussi ces faits sont en réalité depuis un certain temps plus communs : cela tient probablement à ce que, depuis plusieurs années, la diphihérie a pris cette physionomie particulière qu'elle n*avait pas auparavant et qui caractérise la forme toxique. Toujours est-il qu*il n'est pas à présent un médecin qui n'ait entendu parler de la paralysie diphthériqtie. Je veux essayer de vous en esquisser les principaux traits.
La paralysie diphthérique se présente sous deux formes distinctes : une gravey mais fort rare, grâce à Dieu , dans laquelle les individus succombent au milieu d'accidents adynamiques ou ataxiques; Vautre bénigne^ se terminant généralement par la guérison, ou si quelquefois la mort arrive, elle est le fait d'un accident dérivant, il est vrai, de la paralysie, mais se produisant, Si je puis ainsi dire, d'une façon mécanique, le malade, par exemple, mourant étranglé par un bol alimentaire engagé dans les bronches, ainsi que mon collègue et ami M. Tardieu en a cité dernièrement un cas.
Dans la forme bénigne, la paralysie diphthérique prend les caractères que je vais vous indiquer.
Quelquefois^ vers la fin d*une angine couenneuse, dont le malade n'est pas encore guéri, — c'est ce qui est arrivé chez notre femme du n" 9 de la salle Saint-Bernard, — le plus souvent, disons-le, après la disparition des fausses membranes, huit, douze, quinze jours et même un mois après la guérison apparente d'une diphthéric pharyngienne, survient une paralysie du voile du palais. Elle se manifeste parla voix nasillarde, ce que l'on serait tenté d'attribuer à une destruction, ou tout au moins à un gonflement considérable du voile palatin ; la parole est lente, l'articulation des sons difficile. En même temps existe de la gène de la déglutition : en partie rejetées par le nez, les boissons sont toujours beaucoup plus difficilement avalées que les aliments solides; mais lorsque la paralysie affecte non-seulement le voile du palais^ mais encore les muscles du pharynx, la gêne de la déglutition devient aussi plus considérable, et les bols alimentaires passent difficilement, d'autant pins difficilement qu'ils présentent un plus petit volume; quelquefois ils peuvent s'engager dans les voies aériennes et entraîner des accidents auxquels j'ai tout à l'heure fait allusion et sur lesquels j'aurai à revenir. Une particularité notée par M. Maingault dans un travail antérieur à celui dont je vous parlais tout à l'heure (1) et' signalée aussi par iM. Duchenne (de Boulogne), c'est que les malades ne peuvent ni souffier une bougie allumée, par exemple, ni gonfler leurs joues, ni exercer une succion, ni se gargariser. Vous expliquer, messieurs, le mécanisme de la gêne de la déglutition et des différents phénomènes que je viens de vous indiquer m'entraînerait au delà des limites d'une conférence clinique; ce mécanisme a été longuement discuté dans la thèsede M. Maingault.
(1) Sur la paralysie du voile du palais h la suite d*angine, thèse de Paris, 1854.
60/i DIPHTHÊniE.
Si Ton examine le pharynx du malade, on constate que le Toilc du palais est pendant, qu*il ferme Tarrière-bouche à la manière d'un demi -voile; qu'au lieu de s'abaisser et de se relever par des oscillations fréquentes, comme à Tordinaire, lorsqu'on déprime fortement Ja langue avec une cuiller, il reste immobile ou à peu près. Si l'on cherche à exciter ses mouvements en le piqtiant avec la pointe d'un bistouri, avec le bec d'une plume, il ne se contracte point; sa sensibilité, si exquise d'habitude que la moindre titillation sollicite des nausées, est complètement émoussée : on peut impunément le piquer, le cautériser avec l'acide chlorhydrique, le nitrate d'argent, ce qu'on ne faisait pas auparavant.
Cet organe est ordinairement le premier affecté de paralysie diphthérique ; cela se conçoit, car, indépendamment de la cause générale qui produit celle-ci, l'état local, l'inflammation dont le pharynx, les amygdales, la luette, le voile palatin, ont été le siège, joue aussi son rôle dans la manifestation des accidents locaux. C'est un fait connu, en effet, et je vous l'ai dit tout à l'heure, que l'inflammation, en envahissant un muscle, apporte dans sa vitalité une modification telle que la contractilité de ce muscle est diminuée ou même abolie ; or, à ne tenir compte que de cet élément inflammatoire, qui, en frappant le voile du palais, modifie la vitalité des fibres musculaires qui entrent dans sa texture, l'explication que j'avais donnée en 1851 de cette paralysie était acceptable; mais je n'avais entrevu qu'un côté de la question, des observations ultérieures devaient m'apprendre que cet élément inflammatoire jouait un rôle secondaire, tout en prédisposant singulièrement, il est vrai, l'appareil musculaire qu'il frappe 5 subir les effets de la causegénérale sous l'influence de laquelle se produit la paralysie que nous allons voir se manifester en d'autres parties du corps. Le rôle principal est si bien dévolu à cette cause générale dont nous parlons, que, en quelques cas, et ces cas ne sont pas rares, la paralysie du voile du palais ne survient, ainsi que je vous l'ai dit tout à l'heure, qu'un certain temps, quelquefois longtemps après la guérison de l'angine, alors que l'inflammation, complètement éteinte, ne pouvait plus être, par con* séquent, mise en cause.
Non-seulement le voile du palais est généralement le premier affecté de paralysie diphthérique, mais encore j'ai vu souvent celle-ci se limiter exclusivement dans cette partie. Dans d'autres circonstances, la paralysie est d'emblée générale ; alors, ou bien elle a frappé simultanément le voile du palais, les membres, différents appareils ; ou bien la paralysie du voile du palais, n'a précédé que de quelques jours les accidents que nous allons maintenant étudier ; ou bien enfin, mais ceci s'observe beaucoup plus rarement, la première a complètement ou à peu près complètement cédé, lorsque les seconds se |)roduisent.
Ces accidents se manifestent aussi bien conséculiveincnt à une diphthèrie cutanée qu'à la suite de l'angine couenneuse, ainsi que mes collègues et amis MM. les docteurs Barthez et N. Gucneau de Mussy en ont vu des exemples, aiqsi que moi-m^me je viens d'en observer Mn npuveau cas.
PARALYSIE DIPUTHÉRIQUE. 405
C'était chez un monsieur qui m'était adressé de Lavai par mon honorable confrère M. le docteur Garreau. Dans le courant du mois de février dernier, ce monsieur avait contracté la diphthérie qui régnait alors épidénûquement à Laval. Deux personnes de sa famille, son enfant et sa domestique, avaient pris une angine coucnneuse; chez lui, Taflection pelliculaire avait eu pour siège la surface d*un vésicatoire appliqué sur le devant de la poitrine en vue de combattre des accidents d'angor pectoris dont il était tourmenté. Quatre ou cinq jours après sou application, ce vésicatoire s'ulcéra, se couvrit de fausses membranes, et la plaie qui était très-douloureuse mil cinq semaines à se cicatriser. Pendant le mois suivant, rien n'indiquait un trouble quelconque de réconomie, la santé générale paraissait parfaite et le malade se disposait à partir pour le Croisic, quand survinrent les accidents pour lesquels il venait inc consulter.
Sans cause appréciable, il commença par éprouver une légère difliculté dans la marche, une certaine diminution de la force musculaire dans les bras. Il éprouvait aussi de la yêne de la déglutition; il lui semblait, disait-il, comme s'il avait eu constamment dans la gorge un corps étranger volumineux ; les aliments, et plus encore les boissons, péniblement avalés, provocfuaient des quintes de toux violentes. Sa sensibilité cutanée était émoussée; il avait des fourmillements dans les pieds, dans les jambes et dans les mains. Il ne sentait pas quand ses orteils touchaient le fond de ses chaussures, il pouvait à peine tenir son chapeau, attacher un bouton, porter sa cuiller à sa bouche, si bien que c'était plutôt ceile-ci qui allait au-devant de celle-là. La miction et la défécation se faisaient bien sous l'influence de la volonté, mais le malade n'avait presque pas conscience du passage des matières excrémentitielles à travers leurs canaux. 11 avait enfin du trouble de la vue, une amblyopie considérable qui avait du reste sensiblement diminué au mois de juin, époque à laquelle je le voyais. A cette époque aussi les phénomènes de paralysie paraissaient au contraire plutôt augmenter. Les urines traitées par la chaleur et par l'acide nitrique, ne donnaient pas de précipité albumineux. Aucune douleur d'ailleurs en aucun point du corps, et l'intelligence avait conseiTé toute son Intégrité.
Ce monsieur me racontait en outre que, en ce moment même, à sa connaissance, plusieurs individus de Laval présentaient des accidents analogues aux siens; il me citait, entre autres, un ouvrier chez lequel des accidents étaient également survenus à la suite de l'application d'un vésicatoire qui, comme le sien, s'était recouvert de couenne.
Je vous ferai remarquer, messieurs, à l'appui de ce que je vous disais du rôle secondaire de l'inflammation de la gorge dans la production de la paralysie du voile du palais, que dans ce cas cette paralysie se manifesta, bien qu'il n'y ait pas eu d'angine.
Cependant, comme cela a lieu ordinairement ([uand elle est consécutive à une diphthérie cutanée, la paralysie a débuté par les extrémités.
&08 D1P11THÊRIE.
culaircs do Tintcstin, le rcclum principalement, le sont plus souvent Ainsi que je Tai vu maintes fois, il va alors une constipation opiniftuc. Gkil des malades dont les observations, recueillies par M. le docteur Scllerier.oril communiquées le 18 septembre 1857 à la Société de médecine du de la Seine, il y eut d*abord rétention, puis incontinence des matièiTSI
En quelques cas, la paralysie frappe la vessie; il y a de la d^'SDrie,! nesme vésical, et les individus urinent par regorgement; quand le est paralysé, il y a, au contraire, incontinence d'urine.
L'affaiblissement des facultés viriles, poussé quelquefois JDsqa*9i Ti disie la plus complète^ est un fait que j'ai constaté chez la plupart dciJ atteints de paralysie «i la suite de diphthérie, lorsque je lésai interrosiil ce sens. Quelques-uns d'entre vous se rappelleront un jeune homme dontjl d'ailieiu-s à vous entretenir tout à l'heure; il était couché au n* 19 de salle Sainte-Agnès, et cette perte des facultés viriles fut un des a( lesquels il appela tout d'abord notre attention. Vous comprenez, messieonil l'existence de cette anaphrodisie est difficile à rechercher chez les foiuMi]
Les sens spéciaux, l'odorat, le goût, l'ouïe, sont en quelque cas aflEecté!,! les troubles de la vue se rencontrent le plus communément : mon M. Blaclie en a observé comme moi de nombreux exemples. Le 15 jriij nier, j'étais encore consulté pour une jeune Gllede neuf ans qui teinte; elle avait été soignée d'une angine couenncuse à Vichy, |ttr rable confrère M. le docteur Alquié. Deux semaines à peine s'étaient depuis sa maladie, que cette enfant avait la voix nasillarde, mais la restait limitée au voile du palais ; au bout d'un certain temps, la lade éprouvait une faiblesse générale, dont ses parents s'apercevaienli voyant se livrer avec moins d'ardeur à ses jeux habituels. Ils me l'a alors dans mon cabinet, et je constatais cette faiblesse qui était alors en essayant ses forces au dynamomètre du docteur Burq, j'obtenis^ 3 à ^j kilogrammes de pression ; je constatais, en outre^ quelle était A quelques jours de là sa mère me l'amenait de nouveau, et le qu'elle m'adressa fut. pour me dire qu'elle ne voyait plus comme ai tandis que précédemment elle lisait à une assez grande distance, elle A ait plus lire maintenant qu'à la condition de tenir son livre à 2 on 3 < mètres de son nez : à la presbytie avait succédé la myopie.
La presbytie et la myopie, voilà donc ce qu'on observe chez m nombre d'individus aiïcclés de paralysie à la suite de diphthérie. La| je dois le dire, est le fait le plus ordinaire, mais quelquefois aussi l'ai ment de In vue se traduit par la myopie : une enfant que j'adressul) ami M. le docteur Follin, pour qu'il examinât ses yeux avecl'ophthal lie pouvait lire le n" 10 de JcTgcr, c'est-à-dire le sous-titre du *tfwiiW hôfjiiaiix,
La faiblesse de la vue va, dans quelques circonstances, josqa*à h < complète, cécité qui cesse, il est vrai, après un temps variable. C^c«
PARALYSIE DIPHIHÊRIQUE. A09
rose passagère est quelquefois un des premiers accidents de la paralysie diphthérique.
En cherchant à se rendre compte de ces perturbations momentanées de l*ap« pareil de la vision, on a eu la preuve qu'il n'existait aucune altération matérielle appréciable ni de la choroïde, ni de la rétine, ni du milieu de Tceil. C'est la conclusion à laquelle est arrivé M. FoUin, dont chacun de vous connaît le talent et la grande expérience dans la solutiou du problème fpii nous occupe. En admettant qu'il faille chercher ailleurs la cause du mal, le savant que je viens de nommer [)ense que ces troubles de la vue dépendent de ce que certains muscles de l'œil sont paralysés. Vous savez, messieurs, le rôle qu'un grand nombre de physiologistes ont attribué à l'action des muscles intrinsèques de l'œil dans la faculté qu'a cet organ^de s'accommoder aux diverses distances ; la paralysie de que]que&-uns de ces muscles entraînerait donc, si l'on accepte cette théorie, jugée par d'autres très-discutable, le défaut d'accommodation qui déterminerait, suivant les circonstances, la presbytie ou la myopie. Que cette paralysie des muscles intrinsèques joue ou non effectivement son rôle, les troubles de fa vue dont nous parlons, Tamaurose^ l'amblyopie, peuvent bien aussi se rattacher à des phénomènes d'un autre ordre. Considérez, en effet, combien il est fréquent de voir l'albuminurie coïncider avec les paralysies consécutives à la dîphthérie; considérez que si, dans quelques cas, on n'a point trouvé d'albumine dam les urines de malades affectés de troubles de la vue, cette albuminurie est cependant la règle : or, vous n'ignorez pas que l'amblyopie, l'amaurose, la presbytie, sont des accidents (jui s'observent communément chez les albuminuriques ; il est donc permis de croire que, dans quelques-uns des cas dont il est ici question, l'albuminurie doit entrer en ligne de compte, et que tout ne saurait être attribué à la paralysie des muscles de l'œil.
Cette paralysie est néanmoins incontestable, c'est elle qui amène la chute de la paupière, le strabisme signalé dans plusieurs observations, et qui, lors-> qu'il affecte un seul œil, produit la diplopie.
Tous ces phénomènes, paralysie du voile du palais, paralysie des extrémités, des muscles du tronc, de la face, troubles de la vue, persistent un temps plus ou moins long, mais finissent par céder complètement. La mort, toutefois, ainsi que j'ai eu le soin de vous le dire, même lorsque la paralysie diphthérique a pris les allures de la forme bénigne, peut être le fait d'accidents intercurrents. J'ai déjà fait allusion au cas observé par mon ami M. Tardicu, mon collègue à l'hôpital de Lariboisière, et publié dans le journal V Union médicale, le 1" octobre 1859, par son élève M. Rocher. La mort arriva ici par asphyxie, consécutivement au passage d'un bol alimentaire dans la bronche gauche. M. Peter a rapporté dans son mémoire un exemple analogue chez un enfant de huit ans.
On serait peut-être en droit de s'étonner que ces accidents ne soient pas plus communs, lorsqu'on voit combien est fréquente la gêne de la déglutition chez les individus affectés de paralysie diphthérique. Notre malade de la salle
Mk DIPHTHÊBIE.
une fois en contact avec les ligaments aryiéno^épiglottiques sar k^ièaj la presse de manière à exprimer un peu du liquide qu'elle ooDliett, éponge sollicite des mou>cment8 convubib d'inspiration qui font l'agent inôdicamenteux dans le larynx.
On ne peut pas-se dissimuler que ce soient Ik des moyens lrès-îiii| d'un résultat très-incertain. Lan inhalations d€ vapeur diacide eklwk\ un instant employées par Bretonneau, ne sont pas plus faciles à birer ont, en outre, le grave inconvénient d'avoir provoqué, en quelqnet^ stances, de violenies inflammations des bronches et même des përipoeai aussi y a-t-on généralement renoncé.
Le cathciérisme cfn larynx^ au moyen duquel on pénètre dii cet organe et jusque dans la trachée, est un moyen plus elBcace.
Je ne parle pas du cathctérismc pratiqué suivant le procédé de IL (de New- York) à l'aide d'une longue baleine munie d'une épongf. L9| cédés imaginés dans ces dernières années par Loiseau (de Montmartn)! le traitement du croup sont bien autrement sûrs. Bien que déjà, le professeur Dieiïenbach les eût appliqués à l'hôpital de la Charité de Loiseau n'en a pas moins eu l'honneur de l'invention, car, lorsque V vint, il ignorait absolument ce qu'avait fait le chirurgien allemanL armait les deux premières phalanges de l'indicateur de la main gaochei doiglier métallique recourbé, qui laissait libre la phalange DDgnéak dl nière articulation. Ainsi protégé, le doigt était porté aussi profi possible jusque dans I arrière-gorge ; son extrémité relevait TépiglotteL '. plus facile alors que de porter un instrument dans le larynx. Loiscan tantôt une tige recoui*bée, armée d'une cuvette où l'on plaçait du ûMÊi gcnt solide, tantôt une sonde creuse analogue il l'insafDateur II Chaussicr, courbe, percée de deux yeux, cylindrique et large à son supérieure, allant eu se rétrécissant ii son extrémité courbe aplatie champ. On pouvait alors agir sur les parties malades avec des caosil en introduisant dans la sonde une baleine à l'extrémité de laquelle éukl une petite éponge imbibée du liquide qu'on exprimait à travers les ycox galie, soit en injectant directement dans cet instmnneDt une solotioa ainsi que quelques-uns se rappelleront peut-être nous l'avoir vu (airei petite fille de quatre ans dont l'observation a été publiée dans la hôpitaux (1).
Lorsqu'on pense avec quelle facilité arrt\-ent les accès de rafliMite< qu'un cor|)s étranger vient toucher Torifice supérieur du larynx, oa être effrayé à Tidée d'introduire un instrument dans son intérieur; si redouter cette suiïocalion ; on devrait craindre bieu plus qu'elle ne Hl| quée par les liquides que l'on injecte dans les voies aérifères. Le ml de l'opération qui soit pénible pour le malade, c'est celui où le éàgif^
(l; 31 octobre 1857. *