‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 49 sur 81 · DILATATION DES BRONCHES · texte numérisé non relu

DILATATION DES BRONCHES

d*bn roage marbré ; cependant çà et là le doigt promené à sa surfiice rencontre à la partie moyenne, au niveau des points où Ton entendait du gargooillenient pendant la vie, des parties très-dépressiMes, et qui ne sont rien moins qoe de véritables cavernes. Ces excavations, au nombre de plus d*one douzaine, dont la capacité varie depuis celle d'une petite amande jusqu'à celle d'une grosse noix, sont pleines d*une matière caséiforme, blanchâtre, et qui paraît être du pus concret. La membrane propre de ces excavations, loin d'avoir cette épaisseur et cette induration qu'on obsene dans les cavernes tnberculeuses, est au contraire d'une remarquable minceur. A Tune des parois aboutit une petite bronche dilatée dans presque toute son étendue. Le tisBa pulmonaire interposé h cet assemblage de cavernes présente l'apparence de simples lamelles de tissu conjonctif, exsangue, presque transparent et comne privé de contractilité. La coupe du poumon, dans cette région, rappelle l'aspect d'une éponge, ou mieux d'un poumon de batracien. Un certain nooifare d'excavations communiquent entre elles et ne sont séparées les unes des antres que par de petites cloisons incomplètes, ressemblant, par leur faible épaisseur et leur forme, aux valvules des veines; altération de texture que Laennec a très- expressément signalée. L'existence de telles excavations, k la partie moyenne du poumon et près de la surface de cet organe, explique les gargouillements perçus à l'auscultation, comme la présence dans leur cavité d'une matière caséiforme si dense et si abondante, rend compte de la matité que la percussion faisait entendre.

Presque toutes les bronches sont dilatées ; mais une bronche de deuxième ordre, qui se rend au lobe inférieur, est surtout remarquable, en ce qu'elle présente à sa partie moyenne une dilatation ampullaire dont le diamètre égale celui de la grosse bronche : au niveau de ce renflement, la membrane moqueuse est d'un rouge violacé. Ce sont surtout les divisions de cette bronche qui aboutissent aux cavernes dont il vient d'être question et qui contiennent la matière purulente demi-^concrète.

Le lobe supérieur du poumon est un type d'emphysème vésiculaire : il est Manc grisâtre, donne la sensation d'un oreiller de duvet, et s'affaisse à h eoupe. Comme le lobe supérieur du poumon droit, il ne renferme aucun tohercule. A la partie inférieure du lobe, on trouve sept ou huit excavations semblables à celles qui existent en si grand nombre à la partie moyenne et inférieure du lobe inférieur du même poumon.

Les ganglions bronchiques sont très-volumineux, d'un gris noirâtre h la coupe, sans trace auctme de tubercule.

En résumé, emphysème vésiculaire au sommet des poumons, dilatation bronchique et excavations multiples à la partie moyenne et inférieure du poumon gauche surtout, camificalion çà et là, absence complète de tubercules; telle était l'altération de structure des organes de l'hématose chez cette malade, qui ne respirait plus gucrc que par le sommet de ses poumons; cl ce sommet était emphysémateux I

ET BROMCHOBBHÉE. 559

Vous avez tous été frap{>és de rextrême fétidité de Thaleine, elle était presque josapportable quand la malade toussait, à ce point que les voisines de lit en étaient fort incommodées, mais elle ne se communiquait pas aux produits de Texpectoration. Les crachats avaient une abondance extrême (au moins un litre par jour), ils étaient difflueuts, mucoso-puriformes; mais leur odeur fade et an peu nauséabonde n'était pas, à beaucoup près, aussi fétide que celle de rhaleine.

U y avait donc ici dans l'expectoration deux éléments importants : la fétidité, l'abondance. Je veux discuter avec vous la valeur de ces deux éléments, qui loot à l'heure vont acquérir une grande valeur diagnostique.

L'extrême fétidité de l'haleine s'obseiTe dans la gangrène pulmonaire, et qodqoefois dans la phlhisie tuberculeuse; mais, en général, dans la phlbim elle est transitoire et dure rarement plus de trois ou quatre jours : dans la gangrène pulmonaire elle dure plus longtemps sans doute, surtout dans cette forme bizarre de gangrène qui frappe successivement un grand MMoabre de lobules; mais, dans ce cas, elle est très- forte pendant quelques joors, cesse un peu, revient, cesse encore, et présente enfin ces alternatives qm^ à elles seules, suffisent pour mettre sur la voie du diagnostic, à défaut de loot autre signe. Elle a d'ailleurs quelque chose de spécial qui rappelle l'odeur dn spbacèle, tandis que, dans la bronchorrhée liée à l'existence d'une dilaution des bronches, elle rappelle plutôt l'odeur des matières animales en patréfKtîon.

Je sais que, dans la gangrène lobulaire successive du poumon, la dorée de h fétidité peut être considérable, et je me rappelle l'avoir vue durer prés de trois mois chez une dame à laquelle mon savant ami M. le docteur Lasègue et moi, nous donnions des soins; mais sa durée est infiniment plus grande ians la bronchorrhée liée à la dilatation bronchique.

En I8/18, je voyais à Paris, rne Saint-Honoré, avec mon honorable ami M. le docteur Louis, un homme de soixante-deux ou soixante-trois ans, qui avaitun catarrhe bronchique, avec dilatation des bronches; quand nous fûmes mandés auprès de lui, il était déjà gravement malade depuis plusieurs mois» et il recourut à d'autres avis, après que^ durant deut mois, nous lui eûmes donué des soins infructueux : pendant tout le cours de la maladie, la puanteur de l'haleine était telle, que tout l'appartement était empesté, bien que cet appar> teiilent fût très-vaste, et datis l'escalier tnême on était péniblement affecté de l'odeur qui s'y répandait. Je ne savais ce qu'était devenu le malade; je le croyais mort„quand, en mai 1865, c'est-à-dire quinze ans plus tard, appelé aaprès d'une de ses filles, j'apprenais d*elle que son père était encore vivant, et qu'il conservait un catarrhe bronchique qui n'avait plus rien d'eitraordi* naire que sa ténacité.

La persistance de la fétidité, quand rien d'ailleurs ne permet de croire à la gangrène lobulaire du poumon, est donc à elle seule tin signe diagnostiqué important de la dilatation des bronches.

Page 1