AFFECTIONS ORGANIQUES DU COBUB
d'une anasarque considérable. Indépendamment de rinfiltration du^tissu cellulaire des extrémités inférieures, de la bouffissure du visage, elle avait un cedème pulmonaire, caractérisé à Tauscultation par des râles sibilants et souscrépitants que Toreilie entendait principalement à la base de la poitrine : la gêne de la respiration était telle^ que Taspbyxie paraissait imminente et que l'on pouvait croire que la mort arriverait dans les quarante-bult heures. L*aiïeciion du cceur, à en juger d'après les phénomènes locaux que nous pouvions analyser, bien que plus difficilement alors, en raison de l'embarras excessif de la respiration et de la circulation, l'aflection du cœur n'était pas plus grave qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que la malade éprouvait les accidents généraux que nous allions être appelés à combattre. En présence de ces accidents si graves, je n'avais rien autre chose à faire qu'à lutter contre l'hydropisie générale, pensant qu'en sollicitant l'évacuation des liquides inûltrés^ qu'en débarrassant le sang du sérum en excès qu'il contenait, je rétablirais l'équilibre des fonctions circulatoires, et que je faciliterais le jeu de l'appareil pulmonaire.
Les purgatifs drastiques, ceux qui déterminent lès évacuations séreuses les plus rapides et les plus abondantes, et qui, pour cette raison, ont reçu le nom d'hydragogues, répondant le mieux à l'indication pressante, je prescrivis Teaude-vie allemande (teinture de jalap composée) à la dose de 60 grammes. Sous l'influence de cette première et vigoureuse purgation, l'anasarqne était, dès le lendemain, sensiblement diminuée. Je répétai la même dose du médicament à ma seconde visite, et j'en obtins le même effet, qui fut plus notable encore. Quelques jours après, l'eau-de-vie allemande fut administrée de la même façon, et deux semaines ne s'étaient pas passées, que l'hydropisie avait complètement disparu, la respiration avait repris sa Uberté. Nous constations alors beaucoup plus facilement que nous ne l'avions pu faire lors de l'arrivée de la malade à l'hôpital les signes physiques et locaux de son affection cardiaque.
Sons l'influence de ces remèdes que les anciens appelaient les pca/ichyma» gogues, c'est-à-dire médicaments qui font rendre tous les sucs qui sont dans le sang, nous avions fait disparaître, en quarante-huit ou soixante-douze heures, l'anasarque considérable qui avait donné lieu à de redoutables accidents. Noos avions empêché la mort imminente, et c'était le seul résultat auquel il nous élait permis de prétendre, car nous ne pouvions malheureusement rien contre la lésion organique, contre le fond même de la maladie.
Après avoir paré à cette terrible éventualité, nous continuâmes le traitement en donnant le vin diurétique de l'IIôtel-Dieu, et plus tard les amers.
De tous les remèdes hydragogues ({ue j'aie employés dans ma vie, le plus puissant, suivant moi, est un vin dont j'ai imaginé la composition, et qui est connu sous le nom de vin diurétique de Vllôtel-Dieu, En voici la formule :
7M ArrBcnoBis orgaiuqubs du cmn.
Vin blanc 750 gnrammos.
Baie« de gcnièTre 50 —
Scillc 5 —
Digitale 10 —
Faites maeérer quatre Joun. Ajoutes :
Acétate de potasse 15 —
Filtpei.
Ce Tin, que j'emploie depuis un grand nombre d'annéeg et dont mes coilègnes ont accepté la formule, est en général facilement supporté; je lui dois, dans ma pratique et à ThOpital, la guérison apparente des accidents des mala« dies du cœur dans un grand nombre de cas où il semblait qu'il n'y eût rien à espérer.
Hors de danger pour le présent, la malade se trouva bientôt en assez bon état pour demander sa sortie de l' Hôtel-Dieu ; elle ne conserrait que de l'essoufflement, conséquence inévitable de la maladie du cœur. Six semaines environ après, elle y rentrait dans une situation exactement semblable à celle qu'elle offrait la première fois.
Je fus d'autant plus eCfrayé de cette récidive, que je ne pouvais me dissimuler que ces accidents, sujets à répétition, finiraient par être au-dessus des ressources de l'art; qu'il arriverait un moment où, permettez-moi cette expression, le vase étant trop plein, une goutte suffirait pour le jbire déborder; qu'enfin cette femme était destinée à succomber aux progrès de son mal dans un espace de temps très-rapproché, et qu'elle succomberait probablement emportée par ces accidents généraux. Cependant ma thérapeutique avait eu trop de succès la première fois pour que je n'y recourusse pas de nouveau. J'em* ployai donc les mêmes moyens, et dès le troisième jour l'anasarque avait de nouveau disparu, la respiration n'était plus embarrassée ; la malade demandait à manger, et se plaignait de ce qu'on lui donnait de trop petites quantités d'aliments; mais une nouvelle complication nous obligeait de ne pas satisfaire son appétit.
En effet, la diarrhée produite par la teinture de jalap et par le vin diurétique persistait. Je ne m'en préoccupais pas, parce qu'il me semblait que cette évacuation que nous avions cherché à provoquer pour combattre l'hydropisie empêcherait celle-ci de reparaître. L'événement ne devait pas répoudre à ces prévisions, car, la diarrhée se prolongeant, nous vîmes l'anasarque revenir progressivement au point où elle était lors de l'entrée de la malade à Thôpital. Il n'était plus possible de recourir à la médication qui, à deux reprises différentes, nous avait merveilleusement réussi, car les drastiques et les diurétiques devaient nécessairement exagérer Téiat d'irritation du tube digestif et augmenter les troubles de la nutrition, d'où dépendaient évidemment maintenant les accidents qui se manifestaient pour la troisième fois. Modifier Tétat pathologique de l'intestin, était la première indication; et cette indication rem-