‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 10 sur 100 · LXYIII. — ULCÈRE CHRONIQUE SIMPLE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

LXYIII. — ULCÈRE CHRONIQUE SIMPLE DE L'ESTOMAC

La douleor gastnUgique avec ses points xipholdien et raohidien n'Mt. pas on symptôme exclusif de l'ulcère simple de l'estomac.— Elle peut, manquer ici comme elle se retrouve aussi dans des maladies de l'estomac très-différentes. — n en est de même de Hiémorrhagie stomacale et intestinale qui survient indéx>endamment de toute altération organique (dans les hématémèses supplémentaires^ par exemple) «t dans la gastrite chronique. Lliémorrhagiey caractère commun à l'ulcère simple et au cancer, peut manquer.— Dans le cancer, elle est quelquefois aussi abondante que dans l'ulcère simple, bien qu'en règle générale les hématémèses du cancer le soient moins qee eellea de l*ulcère. — lie diagnostie positif de rulcèr^ simple eet encore entouré de beaucoup d'obscurité. — ^aitement*

Messieurs,

Ao n"" 8 de notre salle Saint-Bernard était couchée une femme âgée de trente-quatre ans, dont Tbistoire, que je ne peux vous raconter ici que d*une façon très* sommaire, présente un grand intérêt A son dire, le mal dont elle se plaignait remontait à une époque déjà assez éloignée, et avait été occasionné par un coup dans la région de Testomac. Je n'attache pas à cette circonstance l'importance que la malade y attachait elle-même ; et c'est pour ne rien omettre que je vous l'ai signalée ; il n'en est plus de même de deux autres faits qui me paraissent avoir une importance capitale. Dans sa première jeunesse, cettefemme avait été sujette à des hémorrhoîdes fluentes qui revenaient périodiquement. C'est Hi déjà un accident en lui-même assez curieux, en raison de ce que nous l'observons, dans nos pays du moins, assez peu communément ches les femmes jeunes. Plus tard , elle eut des migraines périodiques , survenant toutes les semaines avec leur cortège habituel de malaise et de nausées; elles persistèrent jusqu'au jour où elle devint enceinte, il y avait de cela uni an. Alors, fort mal traitée par la fortune^ ayant à peine les moyens de se procurer une nourriture insuffisante, encore plus maltraitée par l'homme avec lequel elle vivait, cette malheureuse, arrivée au troisième mois de sa gros* sesse, fit une chute violente. Elle n'éprouva d'abord rien d'extraordinaire» mais le lendemain elle fut prise de saignement de nez, et, quelques heurea après, d'un vomissement de sang assez abondant qui avait été précédé d'un, sentiment de malaise tout particulier du côté de l'estomac. L'épistaxis compU-^ quait le diagnostic, car on devait se demander si le sang vomi était ioumi directement par l'estomac, ou si, primitivement venu des fosses nasales» il n'avait pas été avalé et rejeté par le vomissement D'autres symptômes oepoidant éclairaient la question. La maUdet eaeflel, se fUifmk à'égnmm dp

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doolenre d'estomac très -violentes, dooleors térébrantes qu'elle spécifiait en disant qu'il lu semblait qu'on lui enfonçait un pieu dans l'estomac, et elle motrak la région xipholdienne. Ces douleurs, irradiant dans la région correspondante du dos, présentaient tons les caractères de celles qœ M. Crofeilbier assigne à l'ulcère simple. Elle fait une fausse couche, garde poMbuit trois mois une diarrhée abondante, et rend une fois du sang par les garderobes. La diarrhée s'arrête enfin, mais les douleurs d'estomac deviennent plus vives, et, tous les quatre ou cinq jours, quelquefois plus souvent, quelquefois moins, surviennent des vomissements abondants d'un liquide reasemblanl à du marc de café, ou, pour donner une comparaison plus exacte» à de la suie délayée dans l'eau. Il est probable que les selles devaient présenter aussi une couleur noirâtre, mais sur ce point il ne nous est fourni aucun raiseignement.

Lorsque nous vtmes cette malade pour la première fois, nous fûmes frappé de sa maigreur extrême ; ses yeux éuient excavés, son teint d'un jaune foncé. Ge teint n'avait cependant rien de caractéristiqne. Elle nous disait, en effet» avoir h peau naturellement brune, et, sons cette coloration, il était difficile d'apprécier celle qui aurait pu dépendre de l'anémie on de la cachexie can-

EDe se plaignait d'une inappétence absolue, et son dégoût pour la nourriture était encore augmenté par la crainte d'éveiller des douleurs que l'ingestion ds la plus petite quantité d'aliments sollicitait. La pression sur le creux épigtttrique était doulonrense.

Bn présence de ces accidents, nous devions nous demander si nous n'avions pii iSaire ^ m cancer de l'estomac; s'il ne s'agissait pas d'une nkère simple M loot simplement d'hémorrbagies supplémenuires.

Relativement à ce dernier point, cette femme, je voos le rappdle, nous mit dit que, dans sa jeunesse, elle avait été sujette aux hémorriwides fluentes ; or, cela mérite de fixer notre attention.

S'H n'est pas rare, en effet, d'obserrer chez les hommes, à l'époqne de la pnfcerté et de l'adolescence, des épisuxis revenant périodiquement, et plus «rt, dans l'âge mûr, des flux bémerrhoidaires également périodiques, ces tRiienis sent lires chei les fémmes. Or, le fait d'un flux de cet^ se Milrant chei notre malade, ne ponrait-il pas Indiquer ime singulière dispo- Mon wn bémonrliagiesî Cette femme passe de rentace à la poberté, la MMrnation s'éiabfil ; les hémorrlieMes cessent, mais sorriennent des mlgraines qui durent pendant vingt ans, et cessent à hnr lonr \ Toocasion d'nne iware greaseasi. CTest don que surviennent les Maaerftagîcs gutroknaMfeMta. IfVl*a pas permis de penser que ces héniorriiagies étaient i'eni* Ht *a ÛM Maaei ihuMaIre qni avait eu Ken antratoiset qni, pto tmri. iveit Wtf lasC parle flux mérin menatraeIT ITeat-il p» pinnis de se demander

<l IM Hliin était supprimé par le fcit de la fct imiMa, la tidaine irfmnr e M s'était pas portée vers l'estomac?

TU CLCtRE CHRONIQUE SIMPLE DE L'ESTOMAC.

Si là n était pas toute la maladie, cette tendance héinonhagiqiie jonk ^ certainement son rôle. Toutefois le retour fréquent des accidents, sanott ■ périodicité qui se montre généralement dans les bémorriiagiessupplémeUMik les douleurs térébrantes qui les accompagnaient, leur siège prédominantiii la région xiphofdienne et dans le point rachidien correspondant, non disaient incliner vers Tidée qu*il devait exister une lésion profonde de FestoH^ et dans ce que nous observions il était facile de reconnaître les sympltei assignés à l'ulcère simple.

L'âge de la malade, l'absence absolue de toute espèce de tumeur on fi^ duration dans la région épigastrique, que l'excessive maigreur des pntki, l'extrême souplesse des parois abdominales permettaient d'explorer auaâ co» plétement que |)08sible, nous faisaient rejeter l'existence d'un cancer.

Je m'arrêtai d'autant plus volontiers à mon diagnostic, ulcère «tfiiplei r estomac^ que je comprenais de combien peu d'utilité nous serions à cMi femme dans le cas où elle aurait eu une affection carcinomateuse. Notre im|Mi' ] sance eût été d'autant plus grande que les hémorrhagies se répétant \ à courts intervalles, deux ou trois fois par semaine, nous ne pouvions même espérer les faire cesser.

Me plaçant donc au point de vue d'un ulcère simple, dont, je le répète^ l'existence me semblait démontrée par les symptômes que nous ohBerrkMi par l'absence de toute tumeur abdominale, j'eus immédiatement reoours aa préparations de nitrate d'argent. Je commençai par 5 centigrammes dîfîrii en cinq pilules qui étaient administrées dans le courant de la journée; • même temps que, pour calmer les douleurs, je prescrivis l'extrait gommen d*opium par pilules d'un centigramme, dont le nombre n'eut jamais bcMi d'être porté au delà de quatre dans les vingt-quatre heures. Au moyen à nitrate d'argent, je me proposais d'agir sur la lésion viscérale, comme je TiaM fait sur une ulcération du pharynx ou de la peau que j'aurais touchée avec h pierre infernale.

Après quelques jours de ce traitement, les accidents se modifièrent, la hémorrhagies ne reparurent pas, les douleurs se calmèrent et les digestioH jusque-là pénibles, impossibles même, reprirent leur régularité. Je ne SMpendis pas cependant la médication, tout en diminuant graduellement les dosa du remède ; et alors même que nous pouvions espérer que tout était fini* Il malade continua de prendre chaque jour une pilule de nitrate d'ai^gent et -M pilule d'opium. Gomme il y avait encore de la diarrhée, je donnai concarreofr ment le sous-nitrate de bismuth à la dose d'un gramme.

Cette médication, dans la supposition que ces hématémèses euaseat éléiadépendantes d'un ulcère simple, et qu'elles ne fussent que suppléfiieotaira du flux menstruel, cette médication, dis-je, ne présentait aucun inoonrénieal et devait avoir au contraire des avantages. Elle tendait, en eliet» à oombitin topiquement le mouvement fluxionnaire anomal en nnodifiant la surftce qnîca éuit le siège.

UICÈBE CHRONIQUE SIMPLE DE L'ESTOUAC

Que ce soit le traitement, que ce soit seulement Tinfluence du régime, des conditions hygéniques meilleures que la malade trouvait dans notre éiablissement hospitalier, toujours est-il que ses vomissements noirs ne reparurent plus, que ses douleurs cessèrent, que Tappétitlui revint, que sa digestion s'accomplit désormais avec une parfaite régularité^ que le flux menstruel s'établit normalement» qu'en un mot, la guérison fut complète. Lorsqu'elle quitta l'hôpital, elle avait repris un notable embonpoint et demanda d'elle-même à retourner chez elle, se sentant en état de se remettre à ses travaux habituels.

De ce fait intéressant à plus d'un titre, je rapprocherai, messieurs, celui d'un homme que nous avons vu au n° 17 de notre salle Sainte-Agnès. Ce fait est encore plus important que le précédent, en ce sens que l'examen cadavérique nous mit sous les yeux la lésion de l'estomac dont le diagnostic avait été embarrassant pendant la vie.

Le malade, exerçant la profession d'ouvrier terrassier, était un individu âgé de trente-sept ans et offrant tous les attributs d'une vigoureuse constitution. Il nous disait que, trois ou quatre mois avant d'entrer à l'Hôtel-Dieu, il avait vomi une quantité énorme de sang, et que, pendant deux ou trois jours ensuite, ses garderobes étaient d'une consistance et d'une coloration qu'il comparait à celles du goudron. Depuis cette époque, il avait perdu ses forces ; les digestions se faisaient mal, mais il a£Brmait, — et c'est là une particularité que je vous priede noter, car j'aurai plus tard à en tirer parti, — il aflQrmait que jamais il n'avait eu de douleurs d'estomac. Ses digestions étaient donc plus laborieuses qu'auparavant ; mais déjà depuis un certain temps , tout en contimiant de manger comme d'babitude, il sentait que, suivant son expression, sa nourriture passait moins bien. Après son vomissement de sang, il fut sujet à de fréquents malaises, tout en ayant repris ses travaux accoutumés, il supportait mal la fatigue; sa respiration était plus courte, au moindre effort, il devenait haletant, et il avait notablement pâli.

Trois on quatre mois se passèrent sans qu'il survînt rien autre chose de notable, lorsque quelques jours avant son entrée à l'hôpital, cet homme eut une nouvelle hémorrhagie par la bouche, suivie de garderobes noires. Ces hémorrbagies se renouvelèrent à d'assez court;s intervalles pendant les deux joors <pii suivirent, et il succomba à une dernière dans laquelle il perdit plusieurs litres de sang. Ces vomissements étaient accompagnés de garderobes mélaniques, et, chaque jour, le vase de nuit que nous faisions garder, contenait d^on quart à un demi-litre, quelquefois un litre de matières ressemblant à du goudron. U est inutile d'ajouter qu'avec de telles pertes de sang, cet individu était tombé dans le dernier degré de l'anémie, que sa peau avait cette temte de vieille dre blanche que nous présentent les femmes épuisées par d'abondaotes bémorrfaagies.

dvecle plus grand soin la région de l'estomac, il nous fut imvver la plus petite trace d'une tumeur. Le malade, interrogé sur

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