‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 16 sur 100 · CHOLÉBA INFANTILE. — DIARRHÉE DES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHOLÉBA INFANTILE. — DIARRHÉE DES ENFANTS

Siebokl, on a souYent observé des affections terminenses, et particulièrement le tœnia solium, che\ des individus soumis à cette alimentation exclusive. Quoi qu'il en soit, cette complication n*en(rava en rien la guérison de la diarrhée que j*étais appelé à combattre.

Afin d*aider Taclion de la viande crue, et d*en faciliter la tolérance, en modifiant l'état du tube digestif, il est nécessaire de recourir simultanément aux agents de la matière médicale.

Ici l'opium, administré à doses très-minimes et suivant les règles que je vous ai indiquées, est d'un grand secours.

A son défaut, lorsqu'il ne réussit pas, on prescrit la craie, le sous-nitrate de bismuth, au moment des repas, et dans leur intervalle, à la dose de 1, 2, 3, Il grammes.

A ces médicaments j'ajoute quelquefois le sesquinitrate de fer, préparation que Graves a particulièrement préconisée : je le donne à la dose de deux ou trois gouttes, que je fais prendre en mangeant

Enfin, suivant les cas, je fais intervenir les toniques. A ce titre, la noix vomique en teinture est un très-utile médicament ; on en donne une goutte seulement, que l'on dissout dans une potion, de manière à la faire prendre en deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.

L'acide chlorhydrique, à la dose d'une goutte ou deux par jour, m'a rendu encore de grands services.

ALLAITEMEirr, DENTITION. SEVRAGE. i&f

LXXI.— DE L'ALLAITEMENT. DE LA PREMIÈRE DENTITION DES ENFANTS, ET DU SEVRAGE.

Allaitement naturel; artificiel ; mixte. — Allaitement par rapport à la femme. — Conditions d'mie bonne nourrice. — Influence des règles, des rapports conjugaux, d'une grossesse, des maladies intercurrentes, sur la sécrétion lactée. — Allaitement par rapport au nourrisson. — Jje seul moyen de s'assurer si l'enfant tette suffisamment est de le peser. — PneiaiRB dentition. — Mode d'évolution des dents par grcmpes. ~ Ordre dans lequel elles se succèdent. — Accidents de la dentition. — Malaise fébrile. — Convulsions. — Diarrhée. — Du sbvraos.

Messieurs,

Dans notre dernière conférence, je vous ai entretenus du choléra infantile, qui, TOUS disais- je, est l'expression la plus grave des accidents que peut occasionner le sevrage prématuré. Je me réservais d'entrer aujourd'hui dans quelques considérations relatives à l'allaitement, à la première dentition des enfants et an sevrage.

Chacun s'entend sur ce qu'il faut comprendre par allaitement. C'est le mode d'alimentation propre aux enfants dans les premiers mois qui suivent leur naissance, et dont la substance est le lait qu'ils tirent, par la succion, des mamelles de leur mère ou d'une autre femme. Dans celte déûuition de Yallaùement naturel, on a fait rentrer l'allaitement par les animaux, mais ce dernier mode appartient plutôt à Vallaitement artificiel, lequel consiste sarlont à nourrir les enfants avec le lait, soit de vache, soit de chèvre, qu'on leor fait prendre à l'aide du biberon ou de la cuiller. Vallaitement mixte, le plus habituellement adopté, consiste à combiner les deux modes précédents.

Je vous dirai tout de suite que l'allaitement naturel est, sans contredit, celui qui devrait être préféré : je parle, bien entendu, en règle générale, car cette règle comporte des exceptions.

Avant de voir comment l'allaitement doit être conduit, une première question se présente. Quelles sont les conditions que doit offrir la femme pour coDstitaer une bonne nourrice?

Tout d'abord il est nécessaire que cette femme jouisse de la plénitude de la santé; mais de cette proposition, banale à force d'être vraie, il ne résulte pas que toute femme bien portante sera, par cela seul, apte à allaiter son enfant A cèlé de femmes d'une constitution chélive qui, })ermettez-moi une expression Tulgaire, pourraient être très-bonnes laitières, vous en rencontrerez d'autres Tigoureoses, robustes, dont les mamelles ne sécréteront pas une suffisante quantité de lait, ou qui n'en sécréteront que de mauvaise qualité. Et cela.

m ALLàlTElfENT, DENTITION, SBimAOE.

messieurs, non-seulemenl sans que nous en sachions la raison, mais encore sans qu*ii nous soit possible d*en rien prévoir à Tavauce quand nous serons consultés.

Toutefois, ces réserves faites, la bonne santé d*une femme donne de grandes probabilités en sa faveur. Cette bonne santé se juge par i^extérieor, pu* Texamen des diffcreiits appareils, et par les renseignements que nous sommes à même d'obtenir. La couleur de la peau et des cheveux n*esl que d'une médiocre valeur, une blonde peut être tout aussi bonne nourrice qa*ww brune. La beauté des dents, h laquelle certaines personnes attachent ane si grande in)|xirtance, n*en n*a réellement pas d'antres que celle qui est retalhe à l'agrément de la figure.

La façon dont se fait habituellement la menstruation peut jusqu'à un certain point êtt*e un indice de la façon dont se fera la sécrétion dn lait. Une meastrualion irrégulière et peu abondante donne à craindre que la sécrétion lactée se fasse mal; comme aussi des règles trop abondantes sont chose lâcheuse, parce qu'il se peut qu'ajtrèsdeux ou trois mois de nourriture, l'hémorrhagie menstruelle reparaissant, la fluxion mammaire, d'abord énergiqQe, soit contre-balancée et aunihilée par la fluxion utérine. Une mcnstmalkm régulière qnant aux époques et quant à la quantité de sang perdue, établirait donc déjà quelques présomptions favorables, ie dis des présomptions, car, je le répète, nous ne pouvons pas nous prononcer à l'avance d'une manière absolue.

L'état des mamelles même ne peut nous fournir aucune donnée snflbame, bien qu'à cet égard nous trouvions là quelque chose de plus posiiifl

C'est mi »ins toutefois par leur volume que par leur forme, par l'aapea de la peau qui les recouvre, par la configuration et le développement dn mamdon qu'il faut en juger.

Ce ne sont pas toujours les seins les plus volumineux, les plus arrondis, qui fournissent le plus de lait, car souvent le développement qu'ils ontacqub n'est dû qu'à la prédominance du tissu cellulaire et de la graisse, tandis que des seins moins gros, mais affectant la forme de poires, indiquent ull développement de la glande mammaire elle-même, et promettent une sécrétion lidée plus abondante, alors surtout que la peau qui les recouvre, marbrée de bettes veines bleues, témoigne de la richesse de la circulation.

n faut, en outre, que le mamelon entre facilement en érection, qu'il aoil bien développé, de façon à offrir plus de prise à la bouche de l'enlant qui doit le teter.

Quand la sécrétion lactée doit être abondante, elle n'attend pas, pour se faire, le moment de la parturition, elle commence longtemps avant la fin de la grossesse. Les seins, qui, dès le début, avaient commencé à se tendre et à se gonfler, et dont le mamelon, devenu plus érectile et plus sensible, s'était entoaié vers le troisième mois de l'aréole caractéristique, les seins laissent écouler ven la fin du quatrième mois, une quantité de colostrum quelquefois assez considé-

ALLAITEMENT, DENTITION, SfiVBAGE. 143

rable pour tacher le linge de la femme. Immédiatement après l'accouchement, cet écoulement de colostrum devient plus abondant, et ce n*e.st guère cpi 'après quatre ou cinq jours que la sécrétion lactée a pris les caractères qui lui sont propres.

Pour s'assurer de l'abondance du lait, on se contente d'habitude de presser les mamelles ; mais il est alors des précautions h prendre et des détails d'obser- ?atîon dont il faut tenir compte Ainsi il faut agir, dans cette espèce de iraite, arec la plus grande douceur, car une émotion morale désagréable éprouvée par la femme empêche la sécrétion, comme elle l'enipcche chez les animaux, cbez les vaches par exemple, qui fournissent des quantités plus ou moins abondantes de lait suivant les procédés dont on use à leur égard dans Topération de la traite. Pour la même raison, il faut, indépendamment du soin que l'on doit mettre à exercer de douces pressions, que la main ne soit pas froide, afm d'éviter la sensation que produirait un changement brusque de température sur la peau.

Quand ces précautions sont bien prises, le lait s'échappe par jets vigoureux, à travers plusieurs orifices du mamelon , à moins que ceux-ci ne se trouvent en partie bouchés par le lait qui y a séjourné depuis que la femme a donné à teter, auquel cas on fera préalablement laver l'extrémité du maiiieiiMi*

Souvent, lorsque la sécrétion est très-abondante, le lait jaillit spontanément non-seulement du sein libre au moment où l'enfant prend l'autre, mais encore des deux seins, lorsque l'enfant est resté quelque temps sans teter. Cette sécrétion spontanée — ce qu*on appelle la montée du lait — s*annonce par une sensation particulière, une sorte de prurit agréable, mais quelquefois aussi douloureux.

La qualité du lait concorde généralement avec sa quantité. Ce serait abuser de votre temps que d'entrer ici dans les détails que ce sujet comporte. Je me bornerai à vous rappeler ce que j'ai eu occasion de vous dire en d'autres circonstances : que le lait d'une même femme, parfaitement bon pour un enfant, peut être de très-mauvaise qualité pour un autre ; que certaines circonstances peuvent roodiGer ses bonnes qualités. Je vous rappellerai aussi qu'il est des aifiints — le fait, il est vrai, est très -exceptionnel — qui ne supportent aucune espèce de lait, lait de femme, de vache, de chè\re ou d'ânesse.

Bien qu'habituellement les femmes ne soient pas réglées pendant le temps de b lactation, il est des nourrices chez lesquelles la menstruation reparait. Si elle est très-abondante, la sécrétion lactée se tarit assez souvent; si elle est modérée, cette sécrétion diminue et l'altaitement en souffre pendant le temps que dure le flux menstruel ; indépendamment de ce qu'il trouve moins à prendre, l'enfant a quelquefois des accidents intestinaux, de la diarrhée et des coliques.

Dans les premiers mois de la nourriture, la mère engraisse; vers la fin de h première année, cet embonpoint se perd, ce qui indique que la quantité de

ifc4 ALLAITEMENT, DENTITION, SEVRAGE,

la sécrétion lactée est sopérîeare aux forces de la nourrice, et c*esl alors qae l'enfant a besoin d'aue nourriture supplémentaire.

Pour terminer ce qui a rapport à la femme dans la question de Tallaitement, j*ajouterai quelques remarques.

Les rapports conjugaux n'ont aucun inconvénient, ni pour la nourrice, ni pour le nourrisson, à la condition que ces rapports soient très-modérés.

Une grossesse arrivant concurremment n'a pas d'autre effet que de diminuer ou de tarir complètement la sécrétion du lait ; mais celui-ci ne prend pas, poor cela, de qualités vicieuses. Si donc Tenfaut souffre, c'est que son alimentation est devenue insuffisante. On est alors obligé de le soumettre à une nourriture supplémentaire qui peut entraîner les accidents que je vous ai signalés, quand le nourrisson n'est pas encore à Tâge ou dans les bonnes conditions du sevrage.

On a prétendu que la lactation était une condition favorable à la guérison des maladies intercurrentes dont la convalescence se trouverait abrégée par le fait de la fluxion mammaire qui établirait une sorte de dérivation des plus énergiques. Sans me prononcer d'une façon aussi affirmative , je puis dire cependant, d'après mon expérience, que la lactation n'amène aucune complication dans une maladie aiguë, et qu'il y aurait même danger à faire cesser l'allaitement pendant le cours de cette maladie, si elle doit ôire de courte dàrée, danger pour la mère aussi bien que pour le nourrisson. Lorsque cette maladie dure un mois, six semaines , il faut suspendre l'allaitement, qui est toujours une cause de fatigue et d'épuisement à ajouter à celle qu'entraîne raffection aiguë intercurrente. On y est d'ailleurs quelquefois obligé , par cela seul que les accidents fébriles se prolongeant, diminuent ou tarissent la sécrétion lactée.

Tous saurez, du reste, que la sécrétion du lait, surtout chez une femme bonne nourrice, reprend très-facilement et aussi abondamment qu'auparavant, alors que depuis quinze jours, trois semaines, un mois^ elle s*était suspendue. Je l'ai même vue reprendre après trois mois.

Je vous disais, en commençant, qu'il était nécessaire que le bout du sein fût convenablement développé pour offrir plus de prise à la bouche de l'enfant ; ce développement convenable importe aussi à la mère, car un mamelon trop court, difficile à saisir, et sur lequel, par conséquent, le nourrisson s'épuisera en pénibles efforts, sera plus sujet à devenir le siège d*érosions, de fissures parfois excessivement profondes et douloureuses. Ces fissures elles-mêmes pourront devenir le point de départ d'une inflammation qui, gagnant la membrane muqueuse des conduits galactophores, les oblitérera et entraînera des engorgements laiteux du sein, ce qu'on a appelé le poily ou des phlegmasies qui se termineront par des abcès multiples.

Quand ces érosions ou ces fissures commencent à se pmduire, il faut, si elles n'existent que d*un seul côté, faire teter l'enfant le moins possible de ce côté, et lui donner presque exclusivement l'autre sein. Puis la fissure sera

ALLAlTaUSNT» DENTITION» SEfRÂGE. ihS

lavée avec de l'ean de Goalard, de la décoction de ratanhia on d'écorce de chôuc ; on la pansera avec des pommades au tannin, à la ratanhia, au prédpîté blanc ou au précipité rouge ; ou mieux encore on la touchera avec le crayon de nitrate d'argent. Si les fissures tendent à se reproduire» on aura recours aux bouts de sein artificiels. Ceux-ci seront petits, de façon à bien embrasser le mamelon. Avant de s*en servir, on aura soin de les laver avec de Feau chaude et du lait sucré, et la nourrice, au moment où elle donnera à teter, pressera son sein de manière à faciliter ^ Tenfant le travail de la succion.

Cela dit par rapport à la femme, voyons maintenant, par rapport au nourrisson, comment Tallaitemcnt doit être conduit.

L*enfant vient de naître. Dès que sa mère est capable de se tenir assise, et par là j'entends deux ou trois heures après l'accouchement, il faut immé^ diatement le mettre au sein, quoique le lait ne soit pas encore monté. Celte pratique a Tavantagc, d'une part, de façonner le mamelon pour la succion; d'autre part, de débarrasser l(;:i conduits galactophores du colostrum qui s'y est concrété; en troisième lieu, de faire prendre tout de suite au nourrisson de bonnes habitudes. Je blâme l'usage où Ton est de douner aux enfants, dans les premières vingt-quatre heures de leur naissance, de l'eau sucrée qu'on leur présente dans une cuiller, c'est les accoutumer à boire sans sucer; or la succion est une œuvre assez rude qu'ils seront fort aises de ne pas faire, pour peu que vous leur montriez qu'ils peuvent s'en passer.

Ainsi, que l'enfant soit mis tout de suite, ou du moins le plus tôt possible, au sein. Dès le second jour, il trouvera une nourriture suffisante; dans les premiers temps ou lui donnera à teter fréquemment, toutes les fois qu'il se réveillera. Mais après dix ou douze jours, quand il commence à teter abondamment chaque fois, il faut le régler dans l'intérêt de sa mère, dans son intérêt à lui.

Par teter abondamment, j'entends que l'enfant prenne chaque fois qu'on le met au sein de 60 à 80 grammes de lait. S'il est fort et vigoureux et qu'il n'en prenne pas cette quantité, c'est que sa nourrice est mauvaise. C'est ici, messieurs, que je dois vous indiquer le seul et unique moyen de s'assurer si une femme est bonne nourrice. Ce moyen a été imaginé par mon honorable collègue, M. le professeur Natalis Guillot

Avant de mettre l'enfant au sein, on le pèse dans une balance, alors qu'il a été enveloppé dans ses langes; puis, quand il a teté, on le pèse de nouveau, sans rien changer à ses vêtements. L'excédant de poids donne la mesure exacte de la quantité de lait qu'il vient d'avaler. Il doit, je le répète, en avoir pris au inoins 60 ou 80 grammes dans les premiers temps de son allaitement. Plus tard, vers quatre ou cinq mois, il en prendra jusqu'à 250 grammes et absorbera par jour jusqu'à 1500 grammes.

Certains enfants dont les nourrices ont une grande abondance de lait, ne peuvent teter sans en rendre immédiatement après par régurgitation. Afin de prévenir cet accident fort léger, 'du reste, la femme aura soin d'appuyer le doigt sur le bout de son sein pour empêcher que lait ne sorte aussi abondamment noussEAU, 2« édit. — m. 10

Il importe que le aoarriason soit réglé ^ teier cinq ou six fois par jour, de nx heares du matin à neuf heures du soir; mais il importe aussi que, autant que &irese peut, il soit sevré de nuit, afin que sa mère puisse avoir huit ou neuf heures d'un sommeil tranquille nécessaire à sa santé et à sa position même de nourrice; autrement ses forces s'épuiseraient et Tallaitement en souffrirait. Anssi quand l'enfant ne dort pas, faut-il le mettre dans une autre chambre que celle de sa mère, et lui donner le biberon la nuit

Il atteint ainsi l'âge de quatre, cinq ou six mois. A cette époque , on commence à lui faire manger quelques petits pougcs légers, composés avec des aliments féculents, comme l'arrow-root, le tapioka, la cassave, le vermicelle, la farine de riz, la mie de pain bien bouillie et passée, ou mieux encore la farine de froment sous forme de bouillie, qui constitue encore le meilleur et le moins cher de tous ces féculents. Ces aliments sont préparés avec du lait coupé d'eau et sucré, ou avec du beurre. Les potages gras peuvent aussi être donnés, mais ils ne doivent pas faire la partie principale de cette alimentation ooniplémenuire.

L'allaitement naturel, vous disais-je, est sans contredit celui qui doit être préféré et prescrit en principe.

L'allaitemement artificiel, celui qui consiste à nourrir les enfants au biberon OB è la cuiller avec du lait d'animaux, est en général un mode d'alimentation déplorable. A Paris surtout, et dans les grandes villes, il est la cause la plus puissante de la mortalité des jeunes enfants : sur quatre élevés ainsi, il en meurt au moins un ; quant à ceux qui résistent, c'est souvent au détriment de leur santé et de leur constitution. Nous verrons, dans une autre occasion, que le rachitis est la conséquence assez ordinaire de ce genre d'alimentation.

Cependant, quand des circonsunces indépendantes de la volonté des familles oMigent d'avoir recours à cet allaitement artificiel, il est quelques règles à observer qui pourront en atténuer les mauvais effets.

En premier lieu, il faut faire boire l'enfant au biberon et non à la timbale, méthode vicieuse qui fait que le lait traverse trop rapidement la bouche sans avoir le temps de se mélanger à la salive, dont l'alcalescence empêche la coagulation trop prompte du lait à son arrivée dans l'estomac.

Le lait de vache est de tous le meilleur, et il faut, autant que possible, prendre un lait moyen, c'est-k-dire celui qui résulte du mélange du lait d'un grand nombre de vaches de la même étable. Ce lait doit être mélangé de liquides féculents, eau panée, décoctions d'orge, de gruau, dans la propor- Uon d'un tiers d'eau pour deux de lait Ce mélange sera modérément sucré et chauffé k la température du corps.

Quand l'enfant le supporte mal, on y fait dissoudre une petite quantité de bicarbonate de soude, 5 centigrammes environ par biberon, de façon à ne pas excéder la dose de 30 k 50 centigrammes dans le courant des vingt-quatre heures. Si, malgré cela, le lait était rejeté, on pourrait ajouter une goutte, mais une goutte au plus, de laudanum à la quantité qui serait prise dans la journée.

âLkAITEMl^, I>EMTITIQN,

. £a dépU de' tontes ces précaatkHis, il est des enduits qui ae penreni supporter raliaitement artificiel. A ceux-U il iaut à tout prix rendre leur nourrice. La iongoeur do temps qui s* est écoulé depuis le moment où ils ont quitté le seitt n'est pas une raison pour qu'ils ne puissent pas reprendre Tbabitude de teter. Afin de les y forcer, on les allèche en bumectant le mamelon de la ianrae avec du lait sucré, on les prive de toute espèce d^alimentation et de boisson jusqu'à ce que, pou^ par la faim, ils se décident à teter de nouveau* J'arrive au point capital de la question sur laquelle je voulais appeler votre attention.

A quelle époque faut-il sevrer les enfants?

Messieurs, vous entendez tous les jours des parents préciser d'avance le moment où un enfant sera sevré, et fixer à neuf, à douze, à quinze mois le temps qu'il devra teter. Le sevrage ne saurait se faire ainsi en considtant l'almanach ; ce n'est ni à neuf mois, ni à un an, ni à quinze mois, encore moins avant ces âges, qu'il faut poser les limites de Tallaitement. Retenez bien ceci, incQlqoe3fr4e dans l'esprit des familles où vous serez appelés à diriger la santé des enfants : la plus ou moins rapide évolution des dents, voilà voire véritable goide. Un en&nt doit teter jusqu'à ce qu'il ait passé l'époque où les accidents grafes de la dentition peuvent survenir.

Quelques mots sur la première dentition trouvent naturellement ici leur place.

Cette première dentition comprend l'évolution des vingt dents temporaires, généralement désignées sous le nom de dents de lait, et qui, vers l'âge de sept ans, commencent à tomber, pour être remplacées par des dents permanentes.

Elles sortent par groupes, à des temps et dans un ordre assez bien déterminés.

Un premier groupe comprend les deux incisives médianes inférieures. Le second^ les incisives supérieures, les médianes d'abord^ les latérales ensuite ; de sorte que lorsque l'enfant a six dents^ il en a quatre en liant, deux en bas.

Je vous ferai remarquer, en passant, combien il est étrange que ce fait, connu de toutes les femmes qui ont élevé des enfants, soit ignoré des savants, de ceux même qui ont écrit spécialement sur la matière.

Le troisième groupe comprend les deux incisives laiérales inférieures et les quatre

premières molaires.

Le quatrième, les quatre canines.

Le cinquième, enfin, les quatre dernières molaires.

Cet ordre d'apparition, qui est celui qu'on observe e plus généralement, ne saurait étire donné comme la loi absolue, car il présente d'assez nombreuses exceptions.

iSA ÂLLàmmUXTy DENTITlOlft MmiAfiK.

framo de b diarrhée a cauié de sérieux accidenia. J'ai besoin id de finre me dîBtiaction. Uo enfant, pendant le conrs de la dentition, a nn caurrbe pulmonaire on une coqneinche, et en même temps de la diarrhée. Si Ton vient à sopprimer brosquement la supersécrétion intestinale, la pUegmasie pohnonaire prendra assez souTent un surcroît proportionnel d'intensité, et les malades pourront mourir évidemment par suite de l'imprudente roédîcalîon aura été tentée. Mais, dans ce cas, il ne s'agît pas de la dentition dans tes rapports avec la diarrhée, il s'agit d'une affection pulmonaire qui peut s'aggraver par la suppression du flux intestinal, indépendamment, d'ailleurs, de Fépoque de la vie à laquelle on l'observe : ne voyons-nous pas des phthisiques, dans l'Ige adulte, soulagés par la diarrhée, tousser an contraire avec nne véhémence nouvelle, et reprendre de la fièvre quand la constipation s'établit? Ce serak aller au delà de ma pensée que de me faire dire que, dans l'exenqife que je viens de choisir, la diarrhée des phthisiques est toujours un phénomène critique salutaire ; vous comprenez, sans qu'il soit besoin d'insister lè-dessns, que par là j'entends que la fluxion intestinale est quelquefon chez -eox un accident favorable, pourvu qu'elle ne dépasse pas un certain degré. Or, cette restriction s'applique également à la diarrhée survenant dans le cours des affections pulmonaires que j'ai supposées chez les enfants.

Ce flux intestinal ne doit pas être supprimé brusquement, mais il n*en est pas de même de la diarrhée compliquant uniquement la dentition. Gelle-d, je le répète, doit être combattue par les moyens les plus actifs sans qu'il ea résulte aucun inconvénient.

Ces accidents ne sont jamais plus redoutables que lorsque l'enfant a été sevré prématurément. Quand l'enfant tette, il suffit presque toujours de lui donner le sein exclusivement pour feiure cesser le dévotement, quelques préparations d'eau de chaux, de bismuth sont à peine nécessaires; mais quand il est sevré, on se trouve dans la cruelle alternative, ou de le mettre à la diète, ce qui le jette bientôt dans une fâcheuse cachexie, ou de lui doimer quelques aliments qui, chaque jour, excitent une nouvelle indigestion ; si cette indigestion n'est pas encore Tinflammation, elle va la déterminer en se répétant plusieurs fois par jour.

Sous l'influence d'un régime qui n'est pas approprié à ses aptitudes digestives, l'enfant prend donc de l'entérite. Elle est caractérisée par des gardefobes plus abondantes, fréquentes, constituées par des matières verdâlres, jaunâtres, mêlées de ce qu'on appelle des hachures d'herbes ; elles sont glaireures, lientériques, contiennent des grumeaux de lait caillebotlé qui indiquent que la digestion stomacale et intestinale ne s'opère plus, que l'aliment a traversé le tube digestif sans avoir subi la transformation qu'il devait subir. Dans le cours de cette diarrhée chronique, alors même que le dévoiement ne dure que depuis dix ou douze jours, l'enfant est pris subitement de vomissements bilieux. Bientôt il arrive un moment où la nourriture, quelle qu'elle soit, les potages au lait, au beurre, la panade, l'eau panée elle-même, sont rendus tels

AUAirniEirr, DEumioif, sbtiu6& 15S

qu'ils ont été donnés, et semblent passer à trafers rintestin comme à trareri an tnbe inerte. L'enfant s'amaigrit fîsibleroent ; du matin au soir et dn soir an matha , il pousse des cris platntîfi qne rien ne peut calmer, et si Ton ne s'empressé d*y porter remède en loi rendant le hit de femme, le seul aliment qui lui convienne, il va succomber ^ rinanition. S'il résiste, sa santé n*en est pas moins grafementcompromîse, et lorsque j'aurai Toccamn àt tous parler dnrachîtis, je TOUS dirai que celui-ci reconnaît le plus généralement pour cause cette ali^ mentation TÎcîeuse et insuffisante.

Mais quand les pauvres enfants, dans ces déplorables conditions, subissent rinfluence de la constitution saisonnière de l'été, leur diarrhée prend un caractère particulier et devient le choléra infantile.

Vous comprenez maintenant, messieurs, sur quelles raisons je m'appuie pour vous dire que le sevrage ne doit être effectué qu'autant que l'enfant aura passé l'époque où les accidents graves de la dentition peuvent survenir.

Ma règle est celle-ci. Autant que la chose ne rencontre pas d'obstacles sérieux indépendants de la volonté des familles, j'attends pour faire sevrer les enfants, l'évolution complète des canines dont le travail est généralement plus laborieux que celui des incisives et des premières molaires. J'attends donc que Tenfant ait seize dents, sans tenir aucun compte de l'âge auquel il est arrivé.

Mais, lorsque les circonstances, qui malheureusement se présentent encore Ut>p souvent, font que l'allaitement ne peut être prolongé jusqu'à cette époque, j'attends du moins que l'enfant ait ses douze premières dents. Entre l'évolution dn troisième groupe et celle du quatrième, nous aurons en général un assez long intervalle de repos, pendant lequel l'appareil digestif se remettra des fatigues qu'il vient d'éprouver, et se disposera à mieux recevoir l'alimentation nouvelle à laquelle il n'est pas accoutumé.

Si des raisons pressantes de santé pour la mère qui allaite, des considérations de fortune ou de situation personnelle forcent de sevrer l'enfant prématurément, il faut tâcher de prolonger l'allaitement jusqu'au moment où un groupe de dents aura complété son évolution commencée; si l'enfant n'a que \ms ou quatre incisives, il faut attendre qu'il en ait six. II faut attendre surtout, si au moment où le sevrage est résolu, on est dans les saisons chaudes de l'année, car le beau temps, et par là on entend ordinairement Tété, est, contrairement à l'opinion vulgaire, l'époque la plus défavorable pour sevrer les enfants, en raison même de ce qu'elle favorise plus que toute autre le dévelop- * pement des accidents diarrbéiques qui revêtent la forme terrible du choléra infantile.

En tout état de cause, le sevrage ne doit pas être opéré brusquement. Déjà, dès Tâge de quatre, cinq ou six mois, l'enfant aura été habitué à prendre, indépendamment du lait de sa nourrice, des aliments féculents, bouillie, potages, dont on augmentera le nombre ou la quantité à mesure qu'il grandira. Plus tard, quand ses dents auront poussé, on lui donnera des crèmes au lait et aux œuls, des œufs frais dont on lui fera avaler le jaune en en imbibant des

ALLAIT£1IEMT, DENTITION, 8EVBAGE.

fDOuiUctlcs de pain, puis on lui fera sucer quelques os de poulet; on lui donnera un peu de viande, et Ton aura insensiblement atteint de celte façon le moment où sou estomac et ses intestins étant suffisamment préparés, sa dentition étant assez complète, on pourra supprimer tout à fait le lait et le melirc à ou régime nouveau.

En dirigeant ainsi Tallaitement, en arrivant graduellement ainsi au sevrage, on se ménage, eu outre, de grandes ressources pour les cas où Tenfant tomberait malade ; le lait de la nourrice constituant alors pour lui la meilleure tisane qu'on puisse lui faire prendre dans tous les cas.

DTSEIITERIB.

LXXIL — DYSENTERIE.

La plus grave de toutes les maladies épidémiques. — Ses causes nous sont incoxmues. — L'usage des fruits a été à tort incriminé.— Opinion des anciens à cet égrard.— Diverses formes de la maladie. — Caractères des garderobes ; le fénesme. — Dysenterie bilieuse, inflammatoire ; — rhumatismale ; — intermittente ; — putride et malignie. — Lésions anatomiques. — Traitement : la médication évacuante est celle qui compte le plus de succès. — Purgati& salins, calomel, vomitifs. — Moyens topiques. — Lavements cathérétiques. —Dangers de l'opium. — Suites de la dysenterie : hydropisie, paralysies , abcès du foie. — Diarrhées incoercibles. — Perforations intestinales.

Messieurs,

L*anDée 1859 aura été signalée par l'épouvantable épidémie de dysenterie que nous venons de traverser, et qui, en sévissant sur toute la France, beaucoup plus généralement qu'elle ne Pavait fait à des époques antérieures, u*a pas épargné Paris, où, depuis un siècle, la maladie nes*était montrée que par cas isolés. Cette épidémie, suivant les allures qui lui sont familières, a fait son apparition dans le courant de Tété, vers la fin du mois de juillet; elle a atteint son maximum d'intensité en septembre, s'est notablement apaisée dans les derniers jours d'octobre, tout en continuant de se manifester, bien que trèsaiïaiblie, dans les deux derniers mois de novembre et de décembre.

Vous avez pu l'étudier dans les salles de la clinique où un certain nombre de malades se sont présentés à votre observation, et ces jours-ci encore vous avez vu, au n« 5 de la salle Sainte-Agnès, un homme, et au n** 11 de la salle Saint-Bernard, une femme qui en étaient atteints.

l/homme est anjourd*bui en voie de guérison. La femme a succombé, et je vous ai mis sons les yeux les horribles lésions intestinales que nous avons trouvées, et qui nous rendent malheureusement trop bien compte de l'inutilité de nos efforts thérapeutiques dans de semblables cas.

Le gros intestin offrait, dans toute son étendue, les traces d'une vive phlegmasie, et dans certains points nous trouvions des ulcérations, dans d'autres des plaques gangréneuses ; le sphacèle avait envahi, par places, jusqu'à la membrane sous-péritonéale.

Ces traces d'inflammation remontaient jusque dans l'intestin grêle; mais un fait remarquable, sur lequel j'ai eu soin d'appeler votre attention, c'est que iesglandesde Peyer étaient respectées, contrairement h ce que nous observons dans la dothiénenti'rie, où l'ulcération de ces glandes constitue le caractère anatomique de la maladie.

En quelques mots voici maintenant l'histoire de cette pauvre femme.

f58 OYSENTERIE.

Elle avait été prise, huit jours avant son entrée à l'hôpital, d'une diarrhée dont les matières n*ont pas tardé à contenir du sang et des glaires. Les garderobes étaient devenues d'une telle fréquence, qu'au dire de la malade, elle en avait quinze par heure. Les gens de service nous ont déclaré qu'en effet elle allait au moins sept ou huit fois par heure sur le bassin, ce qui porterait à 160 ou 180 par jour le nombre des évacuations alvines. Les selles avaient l'apparence de la chair musculaire réduite en bouillie, que l'on aurait déhjée dans du sang décoloré. C'était ceUeloturacamium^ cette lavure de chairs, dont parle Stoil, phénomène qu'il considérait toujours comme du plus mauvais augure.

L'état général était déplorable; les yeux éuient excavés, la peau était froide, glacée, et sa température s'abaissa de plus en plus, en même temps qu'elle prenait une teinte bleuâtre ; ajoutez à cela que la langue était également froide, et sauf que la voix n'était pas altérée, cette femme nous a rappelé les individus dans la période algide du choléra -morbus. Le ventre éuît peu doolovreiu à la pression. Bien que le surlendemain de l'arrivée de la malade dans nos salles, les garderobes eussent diminué de fréquence, les symptômes généraux restèrent aussi graves. Le pouls s'affaiblit à ce point, que nous ne le trouvions plus, et encore avec peine, qu'aux carotides*

La mort arriva le douzième ou le treizième jour à partir du début de la maladie.

Je vous disais tout à l'heure, messieurs, que, suivant les allures qui lui sont familières, l'épidémie de cette année avait fait son apparition vers la fin du mois de juillet C'est généralement, en effet, dans la saison d'été, et plusencore à l'époque des grandes chaleurs, que la dysenterie commence à éclater. D'abord elle ne frappe qu'un petit nombre d'individus ; ce nombre va croissant jusqu'au mois de septembre, dans la première quinzaine duquel la maladie exerce ses plus grands ravages, pour s'éteindre lentement ensuite, et disparaître tout à fait au milieu ou à la ûn de l'automne, quoique dans certaines épidémies, et notamment dans celle de 1765 dont Zimmermann nous a laissé la relation, quelques cas rares se soient encore montrés dans le mois de janvier.

La dysenterie est assurément la plus grave et la plus meurtrière de toutes les maladies épidémiques. I^a dothiénentérie, la scarlatine, la variole, la diphthérie, le choléra -morbus lui-même, sont loin de faire autant de victiniesdans les populations où ils viennent s'abattre. Au dire de Desgenettes, de 1792 à 1815, la dysenterie a tué bien plus de nos soldats que ne l'avait fait le canon de l'ennemi dans les grandes batailles de l'empire. La raison en est dans ce que, indépendamment de sa gravité même, la dysenterie apparaît bien plus fréquemment que les autres maladies épidémiques, envahissant certaines contrées à des époques très-rapprochées les unes des autres.

Quelles sont ses causes ? Comme pour la plupart des maladies épidémiques, les causes de la dysenterie nous échappent, et quelques soins qu'on ait mis à les rechercher, on n'a jamais pu établir d'une manièi^ positive les conditions de son origine.

DTBBNTBimL

laviiledeTowBrMfermedeK otimeB^j^eê^i^mBemkaBritmÊMo^ à égale difiUoce des denx ri? ières qui trafereem la viUe, l'une dans le imboarg Est* Tautre dans le (aiibourg Ouest. Les mêmes condîticMis hygiéniques sont adoptées pour Tone comme pour Taotre ; dans Tune et dans l'autre le régime des soldats est identiquement semblable. Cependant, à l'époque oà je (aisais mes études à Tours, pendant les vingt années qui avaient précédé et les dix années qui ont suivi, ce fut toujours le quartier de cavalerie qui fut le pre-> mier foyer do maL Les quelques soldats d'inianterie qui, au début, étaient atteints de dysenterie, l'avaient contractée dans les salles de l'hôpital, où ib étaient entrés pour d'autres affections; et l'épidémie n'euvabissaît que plu^ tard le quartier où leurs régiments étaient casemés.

L'influence des localités, le début dans les règles de l'hygiène ne pouvaient donc pas être invoqués id, et la nourriture ne pouvait pas être davantage incriminée. On a l'habitude, vous le savez, de mettre en cause l'usage des^ fruits ; c'est même 1^ une opinion tellement répandue, que nous avons de la peine âi ne pas la partager. C'est li, messieurs, on préjugé contre lequel s'élevèrent les plus grands praticiens des temps passés. Sans renxMiter jusqu'à Alexandre de Tralies, qui professait que les fruits, les raisins, non-seulemenC ne donnent pas la dysenterie, mais qu'au contraire ce sont de vrais moyens préservatife et très-souvent des moyens les plus e£Bcaces pour la guérir, je vous rappellerai que deux des plus illustres médecins du dernier siècle, Stdtt et Zîmmermann, en jugeaient de même.

« La plupart des médecins et les commères, dit Zimmermann, regardent les fruits de la saison comme la cause véritable et particulière de toutes lesdysenteries. J'ai réfuté cette opinion dans mon Traité de V expérience ^ et j'ai de grands médecins pour moi. D*ailleurs, la maladie (il est question de l'épidémie de 1765) se manifesta parmi nos paysans en juin, temps où nous n'avons encore que les grosses cerises qui nous viennent de Basle, et trop chères pour que les gens en achètent, et généralement nous avons manqué de fruits cette année. Il est vrai que les fruits peu mûrs, dans de mauvaises années, peuvent occasionner des coliques, des dévoiements, et encore plus des obstructions, et tous les symptômes de maladies nerveuses; néanmoins personne n'a jamais observé qu'il en soit jamais résulté une dysenterie épidémique. Je dis même plus, les fruits rafraîchissants et non mûrs ne peuvent afoir été la cause de dysenterie... »

Je vous fais grâce, messieurs, des raisons qu'en donne Zimmermann, je passe avec vous condamnation sur ses explications qui se ressentent des théories bomorales de son temps; mais Tobservation clinique n'en reste pas moins dans toute sa force et s'applique parfaitement à ce que nous voyons aujour-* d'hai. Ainsi, l'année dernière où les fruits éuient très* abondants, il fut à peine question de dysenterie, tandis que cette année où les fruits ont été rares àpen près partout, nous avons cette formidable épidémie. Que les chaleurs de la saison, qu'un mauvais régime, que l'encombrement

DTSElfTERir.

el lootes les (Icheoses coodîUons hygiéniques cootribneot m défdoppemeiit de la maladie, le fait est incontestable ; mais ce ne sont là que des causes occasîonneOes : indépendamment d'elles, il faut quelque chose de plus, et ce quelque chose, que nous ne connaissons que par ses effets, est ce que nous appe* Ions la constitution épidémique.

S*il en était autrement, comment expliquer pourquoi la dj-senterie ne se déclare pas toujours dans les années les plus chaudes, pourquoi elle n'éclate pas invariablemoit là où il y a encombrement; et, sans sortir d'ici, pourquoi, par exemple, elle épargne aussi habituellement Paris, qui Test si peu par les autres maladies épidémiqoes? Donc, ainsi que je vous le disais il y a un instant, nous ignorons absolument les conditions premières de son origine.

Ce que nous savons du moins, c'est qu'une fois développée, elle est éminemment contagieuse , quoi qu'en prétende Stoll, qui nie cette cont^on, comme il nie du reste la contagion de la scarlatine. Elle est pourtant aussi évidente pour l'une de ces maladies que pour l'autre. Dans les petites localités, où cela est plus facile à fiire que dans les grands centres de population, on peut remonter à la source du mal et suivre sa marche progressive à travers les pays qu'il envahit Nos honorables confrères de l'armée d'Afrique, où la dysenterie exerce par intervalles de si grands ravages, ne vous ont-ils pas appris que lorsqu'elle règne dans un régiment, elle se déclare partout où ce régiment vient séjourner, suivant ainsi à la trace nos colonnes expéditionnaires? Et si, quand eu raison du trop grand nombre de malades qui remplissent les hôpitaux de l'Algérie, on en évacue quelques-uns en France, Marseille, sur laquelle ils sont dirigés, devient à son tour le foyer d'une épidémie de dysenterie dont on n'avait pas d'exemples avant l'arrivée de ces soldats.

Messieurs, avant d'aborder la description des stpnptùmes de la dysenterie, il est essentiel de vous faire remarquer que celle-ci ne revêt pas toujours la même forme dans toutes les épidémies. Lisez, à ce sujet, les relations que nous ont laissées Sydcnham, Pringle, Zimmermaun, et particulièrement Stoll dans sa Médecine pratique {Ratio medendi), vous verrez que tantôt la maladie est franchement inflammatoire, tantôt rhumatismale ou catarrhale ; car, pour rillustrc médecin de Vienne, catarrhe et rhumatisme ne diffèrent que parleur siège : aussi appelle-t-il encore la dysenterie, rhumatisme des intestins, catarrhe ou coryza ventral. De toutes ces formes, celle qui prédomine le plus souvent est la forme dite bilieuse.

Au début, sans cause appréciable, les individus sont pris de diarrhée ; au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, les garderobes, changeant de nature et d'aspect, deviennent dysentériques.

Elles contiennent des mucosités glaireuses d'un blanc jaunâtre, r&isemblant à un mélange du blanc et du jaune d'un œuf mal cuit, ou bien ce sont des glaires transparentes mêlées de filets de sang, ou bien encore elles ont alors un aspca qui rappelle celui des crachats péripneumoniques.

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