DYSENTERIE
Les évacuations sont précédées d'envies fréquentes, quelquefois presque continudies, incessantes, que le malade ne peut satisfaire, ou qui n'aboutissent qu'à lui faire rendre à la fois tout au plus la valeur d'une cuillerée, d'une derai-caillerée à café de matière. Elles sont accompagnées d'épreintes trèsdouloureuses dans le fondement, qui se propagent en quelques cas jusque dans la vessie et produisent la dysurie ; d'un ténesme excessivement pénible, qui est un phénomène essentiellement caractéristique de la dysenterie.
En outre il y a des coliques plus ou moins vives, qui se font principalement sentir autour du nombril et sur le trajet du gros intestin. Ces douleurs abdominales sont exagérées par la pression, surtout au niveau de la fosse iliaque gauche.
On a voulu expliquer le ténesme par la contraction convulsive du sphincter, mais cette explication tombe d'elle-même quand, en examinant les malades, ainsi que je l'ai fait maintes fois en votre présence, on voit qoeTanus» au lieu d'être resserré et fermé, est largement ouvert au point de permettre l'introduction d^ cinq doigts de la main. L'irritation violente, l'inflammation vive de la membrane muqueuse intestinale, que Ton aperçoit d'un rouge intense et boursouflée, au fond de l'orifice béant de l'anus, rend parfaitement compte de la sensation si douloureuse éprouvée par le malade, qui la compare k celle de la brûlure, et de la constriction pénible de l'intestin dont le sphincter inférieur est évidemment inerte et paralysé : il n'est pas rare même que cette paralysie jointe au boursouflement de la membrane muqueuse entraîne la chute du reaum.
Avec les matières glaireuses, spumeuses, dont je vous ai parlé, les garderobes dysentériques contiennent aussi du sang pur, des fausses membranes courtes, peu épaisses^ ressemblant assez bien à du riz crevé, et quand elles sonl plus épaisses et plus longues, constituant ce que quelques malades vous diront être de la raclure de boyaux.
Ces matières dysentériques sont rendues en quantité peu considérable à chaque effort de défécation ; mais comme ces efforts se répètent à des intervalles très-rapprochés, plusieurs fois par heure, de telle sorte que les malades outjbsqu'à vingt, quarante, cinquante et jusqu'à deux cents selles dans le courant de la journée et de la nuit (notre femme de la salle Saint-Bernard en avait jusqu'à cent soixante à cent quatre-vingts), il en résulte que la masse totale des garderobes peut s'élever à deux, trois, quatre et six litres.^
Chose remarquable et tout à fait caractéristique de la maladie que nous étudions : au milieu de ces garderobes, vous verrez des matières fécales, en petites masses, mais moulées , plus ou moins dures, quelques-unes même marronnées, comme en rendent les individus qui ont de la constipation. C'est qu'en effet, messieurs, suivant la juste observation de Stoll, la véritable dysenterie devrait être plutôt rangée parmi les maladies qui resserrent le ventre ; die diffère tellement de la diarrhée, que si dans quelques cas la diarrhée iliaque est un épiphénomène qui la complique, le plus souvent les excrétions diarrhéiques, survenant dans la dysenterie, annoncent sa terminaison. TIOU80SAU, 2* édit. — III. 11
DYSENTEBIE.
Ters le huitième, le dixième, ou le quatorzième jour delà maladie, les garderobes dysentériqties, d*une fétidité horrible, ne contiennent presqneplin ie miicud; elles sont constituées par un liquide séreux roogeâtre ad milieu duquel liagent comme des débris de chair réduite en bouillie. Cette lavure de chair, ixiur me sertir de Texpression de StoU, indique presque inTariablement la gangrène de Tintestin. Alors aussi, et déjà avant ce moment, lea matières renferment du pus.
Cela dit de la nature des déjections dysentériques, des phédomènea locàux qui les accompagnent, j'arrite à Fexposé des symptômes générant, qui varient suivant la forme qu*affecte la dysenterie dans les différentes épidémies, et qui peuvent aussi se rencontrer dans une même épidémie.
Dans la forme bilieuse^ les malades se plaignent d*inappétence, d*amettumê de la bouche, de nausées, de vomissements verdâtres ; leur langue est couverte d*un enduit saburral. Le mouvement fébrile est peu intense, et les frissons qui Tannoncent sont de courte durée. Les douleurs abdominales sont modérées.
Dans cette forme, contrairement à ce qui arrive le plus généralement, il y a conjointement de la diarrhée. Mais les selles, tout en étant fréquentes, sont en même temps peu abondantes, constituées par des matières liquides jannilires, verdâtres, dans lesquelles surnagent des matières muqueuses, glaireuses, sanguinolentes, quelquefois du sang presque pur.
La dysenterie inflammatoire est caractérisée par une GèVre ardente, avec fréquence et dureté notable du pouls, chaleur à la peau et sueurs parfois abondantes. Le visage des malades est animé d'une rougeur pinson moins vive; leur langue, au lieu d*être saburrale, est également rouge, sèche, sans aucun enduit Ils ont du mal de tête. Les douleurs abdominales, violentes, tormtneuses, suivant Texpression consacrée, sont exaspérées par la moindre pression. Chex quelques-uns le ventre est météorisé. Les garderobes sont rares, et quand elles deviennent plus fréquentes, Texaltation fébrile ne tarde pas à tomber.
Les douleurs abdominales ne sont jamais plus prononcées que dans la forme rhumatismale ; chaque fois que le malade va à la selle, les souffrances qu'il éprouve se peignent sur sa physionomie, qui exprime Tanxiété la plus pénible, le ténesme se produisant au plus haut degré.
Mais ce qui caractérise principalement cette forme de la dysenterie. Ce sont les métastases qui se produisent, en quelques circonstances, du côté des arti* culations, métastases qui ont été parfaitement signalées par Stoll. Quelquefois les accidents se localisent dans un seul point, et il m'a semblé que les genout en étaient le plus souvent le lieu d'élection. La fluxion rhumatismale artlcnlaire, d'ordinaire assez passagère, ou du moins peu profonde, est, en quelqties cas, persistante et portée à un tel degré, qu'on a vu l'épanchement sa novial devenir assez considérable pour occasionner la rupture de la capsule. Le plus souvent les accidents rhumatismaux sont erratiques, attaquant tantôt une partie tantôt une àutre. La poitrine peut se prendre au moment où la dysenterie commence à se calmer ; les malades accusent des douleurs plenrétiqaee, ou
Dfskirmtk. tes
simptetnetlt pieurodytiiqUes; d'autres ont de Toppression, de la toux et tous les signés d*(1ti catarrhe. Ordinairctnent ces afîeciions catarrhales ou rfaumaU'a* niâles cèdètit d^elle^mêtnes en très-peu de jours.
Cette tmnsfonnation de la dysenterie en rhumatisme a été notée par M. le docteur Gondottin dans une épidémie qu'il a observée dans le département de la Sarthe.
Lorsque la dysénterié Vient à régner dans un pays où les fiè?ros palustres sont endémiques, il n*est pas rare que la fièvre qui l'accompagne prenne le type intermittent, tierce ou doiible tierce* Celle /otine intermittente est généralement considérée conitiie la moins grave de toutes.
Il s'en faut que la maladie, sous ses différentes formes, suive une marche régulière. Iji putHdité et la malignité viennent se jeter à la traverse^ la compliquer et en amener la terminaison, comme vous en avez été témoins cbei notrë malheureuse femme du numéro il de la salle Saint-Bernard.
L^algidité en est le tarattèrë prédominant. Là peau se refroidit et se couvre de sueurs également froides ; le teint prend une coloration terreuse, les iraiu Se retirent, les yeux s'excavent; les extrémités, le bout du nei, la langue, sont froids, et le malade a toutes les apparences d'un individu dans la période aigide dti tholéra-ihorbus asiatique.
It n'én a que lës apparences, et c'est toujours ^ la dysenterie que nous avons affaire ; mais il n'e^t pas besoin de dire que la maladie change réellement de nature, lot^que le choléra règne épidémiquement dans une localité déjà en proie à la dysenterie. La moindre diarrhée lui servant de prétexte, il n*^ pas surprenant que celui-là vienne dominer celle-ci, et que, sévissant avec fureur Stir des organismes trop bien préparés à le recevoir, il foudroie les malades sans laisser à la dysenterie le temps de parcourir ses périodes.
Les signes les plus marqués de la malignité, dans la dysenterie, sont donc, d'abord cette àlgidité, qui coïncide avec on grand sentiment de malaise, une faiblesse extraordinaire et subite, quelquefois des défaillances, un abattement considérable, qui rend les malades à peu près indifférents à ce qui se passe •Utdtir d'eux. Le pouls, d'une faiblesse excessive^ est petit, déprimé.
Chex d'autres, la température de la peau s'élève au lieu de s'abaisser, le pouls s'actélère et est moins dépressible; la soif est vive; la langue est sèche, et se couvre, ainsi que les gencives, d'un enduit fuligineux ; des ulcérations aphtheuscs apparaissent dans la bouche.
C'est dans ces périodes graves de la maladie que les garderobes, petites, moins fréquentes que précédemment, prennent une odeur fétide, cadavéreuse^ et contiennent des matières ressemblant à de la levure de chair. Les douleurs abdominales sûùi presque nulles. Le malade se plaint d'anxiété précordiale, de nauséés, de hoquets, de vomissements.
Alors aussi se montre assez souvent une complication que vous aurez certainement occasion de rencontrer, ce sont les parotides. Les malades accusent des donlfjnrs à l'angle des mâchoires, où l'on trouve en effet de la tuméfadion^,
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de colites se traduiseu( par les garderobes sanglautes, luuqueuses, glaireuses par le ténesme, bien que celui-ci, et c'est là déjà un caractère différentiel considérable, ne soit jamais porté dans la colite simple au degré qu'il attein dans la dysenterie. Les lésions, tout eu étant moins profondes, moins étendue dans un cas que dans l'autre, seront les mêmes : un épaississement avec bour souQement et rougeur de la membrane muqueuse du gros intestin, des uicé ratious plus ou moins profondes. Mais ce qui distingue essentiellement li dysenterie de la colite, c'est que celle-ci, affection tout individuelle, est généralement bénigne, passagère, et cède, d'ordinaire, sans qu'il soit besoin à h médecine d'intervenir avec une grande énergie ; tandis que la dysenterii épidémique est accompagnée de cet ensemble de symptômes généraux particuliers plus ou moins graves que je vous ai indiqués ; qu'abandonnée à elle< naéme, elle tend à s'aggraver, et que, dans certaines épidémies, sa gravité, quelle que soit l'activité que nous déployions pour la combattre, déjoue tro[ souvent encore tous nos efforts.
Quels sont les moyens de traitement que nous avons à opposer à cette redou^ lable maladie? Celte question occupe une place trop importante dans le sujet pour que je n'entre pas à cet égard dans quelques développements.
Témoin, tant à Tours qu'à Versailles et à Paris, de plusieurs épidémies qui firent des victimes aussi bien parmi les hommes dans la force de l'âge et de li panté, que parmi les vieillards et les jeunes enfants, je peux et je veux parlei; 4'9prè8 nia propre expérience. Chargé par la commission des épîdéipies de faire à l'Académie de médecine le compte repdu des rapports qui nous arrivenl chaque année de différents départements (1), j'ai été à même de comparer entre elles les observations recueillies de tous les côtés, de les comparer avec celles que j'4vais recueillies moi-même. |în lisant eqfm les relations que nous oui laissées nos devanciers, j'ai pu compléter mon expérience en y ajoutant celle des autres, et me former une idée bien établie de ce qu'il convient le mieux de fpiro pour avoir le plus de chances de succès.
11 y a trente ou quarante ans, les traditions des siècles passés semblaient complétenient perdues pour nous, firoussais avait fait table rase de tout ce qui lirait été dit avan( lui, et prétendait replacer la médecine sur de nouvelles hases, L'inflammation dominait tout, et cette inflammation était, suivant lui, toujours une dans sa nature. Dans la dysenterie, il ne voyait que la colite, et partant de là, la médication antiphlogistique devait en avoir raison. Avec un ^lent d'exposition qu'animaient encore la fougue de son esprit et sa conviction intime, il la proclamait comme la seule à employer; ses élèves, jurant sur la parole du maître, vulgarisèrent ces idées, qui, acceptées sans contrôle par un grand nombre de médecins, dominèrent la médecine pendant si longtemps.
Cependant, dès 1823 , un homme profondément clinicien, Bretonneau, effrayé des insuccès d'une méthode fondée bien plus sor une théorie précon-
^i) Mémoires de l'Académie de tnédccitte.
DYaSHTSEIE. 167
çiie que sor la saioe observation, Bretoniieau résolut de réagir contre leg déplorables excès de la doctrine du Yal-de- Grâce.
En présence des tristes résultats que lui donnait, à lui et à tant d'antres, la médication antipblogistique mise en avant en toute occasion , sans avoir égard aux (ormes de la maladie, il se mit à essayer la médication purgative, suivant en cela la pratique de StoU, de Zimmermann, de Pringle, qui disaient en avoir obtenu de si grands avantages.
Le succès répondit à son attente. Dès lors il chercha à se Texpliqucr, et arriva à cette conclusion que, dans la dysenterie, comme dans la dothiéncntérie, la qualité, la spécificité de l'inflammation locale jouaient un rôle bien plus considérable que la qus^ntité de cette Inflammation ; que les purgatifs n'agissaient peut-être pas autrement qu'en substituant à cette inflammation locale spécifique, de mauvaise nature, une autre inflammation spécifique aussi, mais tendant naturellement à la guérison.
Tandis que dans la doctrine de Broussais, la théorie avait primé l'observation, qu'elle faisait plier sous elle, dans la doctrine de Bretonneau, l'observation et la théorie marchaient d'un commun accord, se prêtant seulement leur mutuel secours.
Depuis lors, et dans les différentes circonstances où il se trouva placé, l'illustre médecin de l'hôpital de Tours reconnut que la médication purgative était celle qui trouvait le plus habituellement son indication.
Vous pourrez lire, dans les Archives générales de médecine pour l'année 1827» l'histoire d'une épidémie qui avait régné dans le département d'Indreet-Loire eo 1826, histoire que nous publiâmes M. le docteur H. Parmentier et moi, et vous y verrez que la proportion des guérisops obtenues par la méthode que je vous indique est vraiment considérable.
C'est cette méthode que j'ai depuis longtemps adoptée, et qui m'a rendu de sigqalés services dans les différentes épidémies que j'ai eu moi-même à combattre.
Il en fut ainsi dans l'épidémie qui sévit, en 18/!i2, sur la garnison de Versailles, où j'allais chaque matin l'étudier dans les services de l'hôpital militaire, dirigés par mes honorables collègues MM. les docteurs Perrier, Follet et Godard.
Dans les rapports adressés à l'Académie de médecine, auxquels je faisais allusion tout à Theure, la presque unanimité des médecins s'accordait pour déposer en faveur de cette puissante médication. Presque tous déclaraient avoir employé comme arme principale pour combattre la maladie, les purgatifs, surtout les sels neutres, tels que le sulfate de soude, le sulfate de magnésie, le sel de Seignette.
C'est i ces médicaments que vous m'avez vu m'adresser dans les cas qui se sont offerts à notre observation. C'est toujours 5 eux que j'ai eu recours dans ma pratique civile, et notamment chez les malades de la commune où sont situées mes propriétés, et où la dysenterie exerçait cette anu^e de |ra<i4s
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ravages. Ha maison n'avait point été épargnée, plasieurs personnes avaient i atteintes, et un enfant avait succombé. Mon chef de culture, dont le frère ét lui-même gravement malade, fut pris à son tour ; je lui donnai les sds neutn et bien qu'il eût commis des imprudences, il guérit, comme guérirent ce qui se soumirent au même traitement, tandis que ceux qui négligèrent d'à peler le médecin, ou qui ne l'appelèrent que fort tard et restèrent sans êl énergiquement traités, moururent ou furent pendant six semaines ou de mois dans un très^pénible état de santé.
La médication évacuante, préconisée par les médecins du siècle passé, plus spécialement les sels neutres administrés à dose purgative, tous les joi et quelquefois matin et soir, de façon à solliciter la diarrhée, telle est donc méthode curative par excellence de la dysenterie.
Est-ce à dire que tout doive se borner à l'emploi des sulfates de soude, magnésie, du sel de Seignette? Assurément non, car il est des cas où d'aut purgatifs les remplacent avantageusement.
En 1812, la dysenterie régnait à Gibraltar; on avait perdu un gra nombre de malades dans les six casernes de la ville, lorsque M. le docU Amiel, chirurgien-major du 12^ régiment d'infanterie de ligne de Tarn anglaise, eut l'idée de recourir au calomel préparé à la vapeur. Il le presc vait à la dose de 1 gramme 80 centigrammes (36 grains), donnée matin et s chaque jour, jusqu'à ce que les évacuations muqueuses et sanguinolen eussent perdu ce double caractère pour prendre une couleur vert foncé; diminuait alors les doses, puis on en suspendait tout à fait l'administrât pour y substituer des lavements. Le succès de la médication fut tel, que direction générale du service de santé militaire en fit imeloi absolue pour h les autres médecins.
Dans l'épidémie de Touraine, que je vous rappelais il y a un instant, m essayâmes, Bretonneau et moi, cette même méthode de traitement et avec mêmes résultats. Toutefois nous fûmes obligés d'y renoncer à cause de la s vation qui survint chez quelques individus, complication dont avaient exempts les malades de Gibraltar. Cette différence provenait de ce que Gibraltar, l'épidémie avait régné pendant la saison chaude, dans un pays d la température était par elle-même déjà très-élevée : de telle sorte que les i lades ne couraient pas la chance de se refroidir ; tandis qu'à Tours, à répo< où nous employâmes le calomel, nous touchions à la mauvaise saison, et i les malades, obligés de passer plusieurs heures sur leur chaise percée, étal exposés à des refroidissements qui favorisaient les effets toxiques du mera Comment agissait celui-ci? Son action était-elle exclusivement topiqu< substitutive comme celle des sels neutres ? ou bien était-elle plus générale le médicament tirait-il son efficacité de ses propriétés altérantes? La quest est difficile à décider; cependant je serais plutôt porté à adopter la preroi de ces deux interprétations, et de n*accorder aux propriétés altérantes qu très-faible rôle, quand je considère que le calomel n'a réussi qu'autant q
DYSENTEBIE. 16d
était donné à Tintérieur, et qne je n*ai jamais entendu dire, si ce n*est par Boag, cité par Gtnelin dans son Apparatus medicaminum, que les frictions mercnrielles sur le tégument externe aient été réellement utiles.
Le traitement de M. le docteur Lcclerc a également pour base le calomel; mais, au lieu de le donner à hautes doses, notre confrère de Tours le donne à dose fractionnée, 1 centigramme (un cinquième de grain) répété matin et soir, et augmenté de 1 centigramme les jours suivants. Simultanément et pour mo* dérer le ténesme, M. Leclerc prescrit des onctions belladonées sur le ventre.
J*ai moi-même souvent eu recours à ces onctions dont j*ai constaté les bons effets; et reprenant simultanément la médication de MM. Amiel et Leclerc, en la modifiant à mon tour, j*ai donné le calomel, fractadosi^ suivant la méthode de Law, c'est-à-dire 5 centigrammes (un grain) divisés en 10 paquets, qui étaient administrés d'heure en heure.
Cette méthode de traitement m*a paru surtout avantageuse chez les enfants, auxquels il est souvent difiBcile de faire accepter les purgatife salins.
Cela dit des purgatifs auxquels il faut ajouter la rhubarbe, préconisée par un certain nombre de médecins recommandables, il me reste à vous parler des vomitifs, qui occupent une place importante dans la médication évacuante appliquée au traitement de la dysenterie. *
Vers le milieu du xvii* siècle, Pison le botaniste, ayant entendu vanter, dans un voyage qu'il faisait au Brésil, les vertus antidysentériques d'une certaine racine qne l'on administrait en poudre, chercha à l'introduire dans la thérapeutique; mais c'est à peine si les médecins firent attention à ce qu'avait écrit Pison (1). En vain Legras, qui avait fait trois fois le voyage d'Amérique, rapporta-t-il en France de Tipécacuanha (c'était là cette merveilleuse plante), et en ût-il vendre publiquement; le nouveau remède ne devait trouver de crédit que par le- charlatanisme. En effet, en 1686, à l'époque à peu près où le bmeux remède de Talbot, le quinquina, avait valu à son inventeur les faveurs de Louis XIV et une fortune considérable, un marchand français, nommé Grenier, séduit sans doute par l'exemple, rapporta du Brésil 150 livres (75 kil.) de racine d'ipécacuanha. Ne sachant comment en tirer parti et comment donner da crédit à son remède, il s'associa un médecin hollandais qui exerçait à Paris, Adrien Hclvetius, à qui il fit connaître les vertus antidysentériques de son arcane. Helvetius expérimenta d'abord sur des hommes obscurs, puis sur des gens d'une condition élevée, puis enfin sur le Dauphin lui-même, qa*il guérit d'un flux de sang ; il obtint alors du roi l'autorisation de faire à l'Hôtel- Diea de Paris des expériences publiques : ces expériences ayant réussi, il obtint le privilège exclusif de débiter son remède, et il reçut en oatre qm récompense de 1000 livres. Cependant Helvetius, en associé peu scrupokox, gardait pour lui honneurs et profits : Grenier alors voulut revendiquer sà
(1) De medicina brasUienù ^ et Historia verum timwalium Brasitio!' LugduiU BaUv., 1648.