‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 19 sur 100 · LXXIII. — DE LA CONSTIPATION · texte numérisé non relu

LXXIII. — DE LA CONSTIPATION

La constipation n'est pas nécessairement un état maladif. — Ses causes. —Traitement : influence de la volonté et de l'habitude ; moyens pharmaceutiques (lavements froids ; suppositoires de beurre de cacao, de savon, de miel durci; lavements mucilagineux. — Belladone seule ou associée à de petites doses d'huile de ricin . — Quand la constipation résiste, avoir recours aux purgatift drastiques). Moyens hygiéniques; régime ; pain de son, etc., etc.

Messieurs,

Déjà , à l*occasiou de la dyspepsie , je vous ai dit quelques mois de la constipation; mais ce sujet vaut la peine d*ôti*e traité avec plus de développe^ ments, et je vous dois donner les raisons qui m*engagent à suivre des médications si différentes, pour un accident qui vous semble être identique chez tous les malades.

Toot d*abord je veux écarter de cette étude les obstacles mécaniques au cours des matières fécales. J'exclus les tumeurs, les obstacles physiques, et je n'accepte le mot constipation que dans le sens où on l'entend vulgairement

Pour nous il y a constipation toutes les fois que les défécations sont rares, indé(iendaminent de tout obstacle mécanique au coui^ des matières.

Il faut bien entendre, messieurs, que, chez certaines personnes, la constipation n'est pas une infirmité, qu'elle est la condition de l'organisation, et que tant qu'elle n*est pas poussée au delà de certaines limites, elle ne peut être considérée comme une maladie.

En effet, si vous tenez compte de ce que, dans les défécations, outre les résidus des substances alimentaires, il y a une proportion considérable de sucs sécrétés par les glandes salivaires, le foie, le pancréas et par les glandules qui entrent dans la composition des parois de l'intestin, vous comprendrez que la proportion de ces sucs peut varier à l'infini, non-seulement en raison de la nature des aliments et des boissons, mais surtout en vertu des idiosyncrasies. Vous ne dites pas qu'un homme est malade parce que^ chez lui, les sécrétions de la peau sont très-peu abondantes; vous n'avez pas plus le droit de considérer comme un état maladif les conditions analogues qui existent du côté de l'appareil digestif.

Aussi, bien que normalement, chez Phomme adulte, il doive y avoir chaque jour une garderobe, cependant certaines personnes, en vertu de la disposition dont je viens de parler tout à l'heure, n'auront d'évacuation que tous les deux tm trois jours, la constipation étant chez eux comme inhérente h l'état de Mlé. Cela estai vrai, que les personnes dont je parte, si elles ont accidentel

lement desgarderobes quotidiennes, non diarrhéiques, éprouvent des douleurs d*entraillcs, des borborygmes, un sentiment de faiblesse et de malaise identique avec celui qu*éprouvent les autres hommes atteints de diarrhée. Celui qui est physiologiquement constipé, permettez-moi cette expression incorrecte, a une diarrhéè relatlTe, 8*il si, chaque jour, des telles moulées.

J^s matières cheminent dans Tintestin en vertu du mouvement péristaltique, et ce mouvement n'est nulle part plus énergique que dans l'intestin grêle; mab qnadd elles l^ont arrivées dans le gros intestin, le mouvement péristaltiqne se ralentit, ou tout au moins il est peu elGcdce, et les contractions expirent facilement contre l'accumulation des fèces dans le rectum, et contre la résistance du sphincter : tous les jours nous pouvons apprécier ces effets lorsque, sollicités par la sensation qui nous avertit du besoin d*exonérer l'intestin, flous résistons à cette sensation. Généralement nous y |)arvcnons sans peine s'il n'y a pas de diarrhée, s'il n'y a pas d'accumulation excessive dans le rectum.

Cette habitude de résister au mouvement péristaltiqne finit par affaiblir l'excitabilité de l'intestin qui, d'une part s'épuise efl efforts superflus et Sfe fatigue comme tous les autres muscles, et qui d'autre part se distend par des gas et par des tnalières, de telle sorte que la tunique musculeusc perd ebaqne jour de son ressort, comme tous les muscles creux portés au delà de lenr extensibilité normale.

Cependant le contact perpétuel des matières fécales avec l'extrémité de l'iiî^ testin émousse la sensibilité des membranes muqueuse et musculense, et la contraction synergique des portions supérieures du gros intestin n'a plus lieu, ou tout au moins n^a lieu qu'avec ineOicacité.

Je suppose, messieurs, que vous comprenez ce mécanistne. Toutes les fois que, dans l'état normal, vous portez sur la dernière portion du rectum one Irritation quelconque, outre la contraction immédiate de la tunique muscoleuse de cette portion de Tintcstin, vous avez la contraction synergique des parties situées au-dessus, et le mouvement péristaltique s'exagère dans tout l'intestin et quelquefois même jusqu'à l'estomac ; toutes les matières qui sont Contenues dans le tube digestif sont instantanément précipitées, et il y a de la diarrhée. Il y a donc solidarité entre toutes les portions du canal alimentaire, et solidarité pour l'excès comme pour le défaut d'action.

La constipation est donc ici causée par une paresse de tintestin qœ de mauvaises habitudes ont provoquée et entretenue. Nous verrons plus tard» eli parlant du traitement, que la volonté, si puissante pour causer le mal, neTciC pas moins pour le réparer.

Ce ne sont pas seulement les matières fécales qui, accumulées ainsi dans le gros intestin, en distendent les parois; les gaz eux-mêmes ne jouent pas un rôle moins actif, et ne contribuent \m moins puissamment à faire perdre son ressort à la tunique musculeuse.

Cette condition anatomique nouvelle, qui, dans la jeunesse et même dans l'âge adulte, est si souvent caosée par l'incurie des malades, devient en qHri^

DE LA CONSTIPATION

qae Mru> naturelle à tine époque plas ayancée de la vie, de sorte que (oat hliarelleroedt, par les progrès de l'âge, les muscles intestinaux perdent leur ressort, au même titre que la vessie, au même titre que tous les muscles dè la fie animale, au même titre que certains plans musculeux de la vie organique, comnté cedt du poumon qui se laissent distondre pour constituer rein<* (rfiysème pulmonaire; aussi la constipation, avec dilatation du gros intestin, n'est-die plus un accident chez le vieillard, elle est en quelque sorte l'état tiontial.

Ainsi, tti^ieurs, la distension habituelle du gros inteMin imiéne une atonie tntiaeuhiire eu tertu de laquelle les matières fécales ne cheminent pli^s avec bciIHét et ne marcbetit en quelque sorte que poussées par celles qui s'accuhiulaiellt àti'-dessus i c'est là certainement la cause la plus efficace de la con-» stipation. Mais, de toutes les parties du gros intestin, celle qui est la plot essentielle à l'acte de la défécation, est certainement le rectum. Pourvu de fibres puissantes, énergiqUfement contractiles, parcouru par des nerfs nombreux, tettninépâr l'anus qui est doué d'une sensibilité exquis^e, cet instestin ne peut être normalement rempli de matières stercorales, sans que sa contractilité 'soit évellléé, sans qu'il tende à se débarrasser de ce qu'il contient. Mais lorsque, la veillesse arrivant, la sensibilité s'émousse et que la contractilité musculaire s'affaiblit, ou bien lorsque l'individu, en retenant obstinément les tnatières fécales, émousse sa sensibilité et accoutume le muscle de Tintestin h se laisser patiemment distendre, il se forme celte dilatation du rectum que ï*on n appelée V ampoule rectale. Là s'accumulent les fèces, et les matières s'agglutinent de telle sotie qu'elles forment des bols énormes, pressent sur Tanus, et ne peuvent être expulsées que par un véritable enfantement, ou à l'aide de l'intervention chirurgicale^ Cette espèce de constipation est plus commune que ne le supposent les jeunes praticiens, et elle a cela de difficile I reconnaître, que, dans quelques cas, elle est accompagnée d'une diarrhée tenant d'une part à un flux local provoqué au point de contact par l'action irritante du bol excrémentitiel, et d'autre part à la contraction exagérée des tdions, sollicitée synergiquement par Tirritation du rectum ; forme de diarrhée qui rentre dans la classe de celles qui dé|)endent d'une excitation portée sur la dernière portion de l'intestin, et que nous avons longuement étudiée ensemble (1).

Mais, messieurs, si la tunique musculeuse du canal alimentaire peut être eoifsidérée comme l'agent le plus puissant du cheminement des matières têcales jusqii'au côlon ; si, chez l'enfant et même chez l'adolescent, elle est Tagent presque unique de la défécation, en ce sens qu'il ne soit besoin d'aucun effort pour exonérer l'intestin ; il n'en est plus de mêfne chez les gens habituellement constipés, il n'en est plus de même chez les vieillards ; j'ajoute que, en général, il n'en est plus de même lorsque l'on a un peu dépassé l'âge

(i) Voyeï la Leçm .nir la diarrhée, tome IIU

lementdesgarderobes quotidiennes, non diarrhéiques, éprouvent des doal d*entrailles, des borborygmcs, un sentiment de faiblesse et de malaise ii tique avec celui qu*éprouvent les autres hommes atteints de diarrhée. ( qui est physiologiquement constipé, permettez-moi cette expression in recte, a une diarrhée felatlTe, 9*il chaque joufi des telles moulées.

Les matières cheminent dans Tintestin en vertu du mouvement péristaltit et ce mouvement n*est nulle part plus énergique que dans l'intestin grêle; i ^and elles l^ont arrivées dans le gros intestin, le mouvement péristaltiqn i'alenilt, ou tout au moins il est peu elGcàce, et les contractions expirent I lement contre l'accumulation des fèces dans le rectum, et contre la résisti du sphincter : tous les jours nous pouvons apprécier ces effets lorsque, floUi* par la sensation qui nous avertit du besoin d'exonérer l'intestin, tioas résis à cette sensation. Généralement nous y parvenons sans peine s'il n'y a pa diarrhée, s'il n'y a pas d'accumulation excessive dans le rectum.

Cette habitude de résister au mouvement péristaitique finit par affa rexcitabilité de l'intestin qui, d'une part s*épuise eh elTorts snperfliis c fatigue comme tons les autres muscles, et qui d'antre part se distend par gax et par des tnatièrês, de telle sorte que la tunique musculeiisé perd d« jour de son ressort, comme tous les muscles creux portés au delà de extensibilité Monnaie.

Cependant le contact perpétuel des matières fécales avec l'extrémité de testin émousse la sensibilité des membranes muqueuse et muscalenae, < eontraction synergique des portions supérieures du gros intestin fi'a plus I ou tout au moins n''a lieu qu'avec inefficacité.

Je suppose, messieurs, que vous comprenez ce mécanishie. Toutes les ^e, dans l'état normal, vous portez sur la dernière portion du rectum Irritation quelconque, outre la contraction immédiate de la tunique mu leuse de cette portion de rinicstin, vous avez la contraction synergique parties situées au-dessus, et le mouvement péristaitique s'exagère dans hntestin et quelquefois même jusqu'à l'estomac ; toutes les matières qui Contenues dans le tube digestif sont instantanément précipitées, et il y a < diarrhée. Il y a donc solidarité entre toutes les portions du canal aliments et solidarité pour l'excès comme pour le défaut d'action.

La constipation est donc ici causée par une paresse de t intestin qa mauvaises habitudes ont provoquée et entretenue. Nous verrons plus tard parlant du traitement, que la volonté, si puissante pônr causer le mal, ne pas moins pour le réparer.

Ce ne sont pas seulement les matières fécales qui, accumulées ainsi daf gros intestin, en distendent les parois; les gaz eux-mêmes ne jouent pas rôle moins actif, et ne contribuent pas moins puissamment à faire perdre ressort à la tunique musculeuse.

Cette condition anatomique nouvelle, qui, dans la jeunesse et même c rige adulte^ est si souvent causée par l'incurie des malades, devient en qi

DE LA COllftTIPATIOIf.

qoe Mm natdrdie k une époque plufi «Tancée de la vie, de aorte qtie toat hltarelletnetit, par les progrès de TAge, les tnoscles intestinatn perdent leur ressort, an même titre que la vessie, au même titre que tous les muscles dè la fie animale, au même titre qtie certains plans musculcux de la vie organique, comme cent do poumon qui se laissent distendre pour constituer l'em** physème pulmonaire; aussi la constipatioh, avec dilatation do gros intestin, n*est-elle pins un accident chez le vieillard, elle est en quelque sorte l'état normal.

Ainsi, ttiessieurs, la distension habituelle du gros intestin «mène une atonie musculaire en vertu de laquelle les matières fécales ne cheminent pli^s avec racilitév et ne marciietit en quelque sorte que poussées par celles qui s'accu* Ihulaiellt ati-dessus ! c*est là certainement la cause la plus efficace de la con^^ stipatlon. Mais, de toutes les parties du gros intestin, celle qui est la plus essentielle à l'acte de la défécation, est certainement le rectum. Pourvu de fibres puissantes, énergiqiiement contractiles, parcouru par des nerfs nombreux, terminé par Tanus qui est doué d'une sensibilité exquine, cet instestin ne peut être normalement rempli de matières stercorales, sans que sa coiitractilité soit éveillée, sans qu'il tende à se débarrasser de ce qu'il contient. Mais iorsqtie, la velllesse arrivant, la sensibilité s'émousse et que la contractilité moscalaire 8*afbiblit, ou bien lorsque Tindividu, en retenant obstinément les matières fécales, émousse s« sensibilité et accoutume le muscle de l'intestin à se laisser patiemment distendre, il se forme cette dilatation du rectum que Ton a appelée Vampoule rectale. Là s'accumulent les fèces, et les matières s'agglutinent de telle sotie qu'elles forment des bols énormes, pressent sur l'anus, et ne peuvent être expulsées que par un véritable enfantement, ou à l'aide de l'intervention chirurgicale. Celte espèce de constipation est plus commone que ne le supposent les jeunes praticiens, et elle a cela de difficile à reconnaître, que, dans quelques cas, elle est accompagnée d'une diarrbée tenant d'une part à un flux local provoqué au point de contact par l'action irritante du bol excrémentitiel, et d'autre part à la contraction exagérée des tôlons, sollicitée synergiquement par rirritation du rectum ; forme de diarrhée qui rentre dans la classe de celles qui dé|)endent d'une excitation portée sur la dernière portion de l'intestin, et que nous avons longuement étudiée ensemble (1).

Mais, messieurs, si la tunique musculeuse du canal alimentaire peut être considérée comme l'agent le plus puissant du cheminement des matières iécales jusqu'au côlon ; si, chez l'enfant et même chez l'adolescent, elle est Tagent presque unique de la défécation, en ce sens qu'il ne soit besoin d'aucun effort pour exonérer l'intestin ; il n'en est plus de mêtne chez les gens hUtoellement constipés, il n'en est plus de même chez les vieillards ; j'ajoute que, en général, il n'en est plus de même lorsque l'on a un peu dépassé l'âge

(i) VoTW Ia Uçon wr la diarrhép, tome

DE LA CONSTIPATION

mûr. Il faut alors que les muscles expirateurs viennent en aide. Or, messieurs, ces muscles subissent dans bien des circonstances un affaiblissement qui ¥a faire perdre à Teffort la plus grande partie de son efficacité. Je ne parle pas ici de la faiblesse sénile qui s*est présentée la première à votre esprit; mais je vous parlerai de la faiblesse qui est la conséquence de grossesses répétées. Lorsque le produit de la conception a distendu souvent les parois abdominales, celles-d présentent une flaccidité extraordinaire, et sont désormais impropres à concourir à Peffort d*une manière complètement efficace. A plus forte raison quand il existe une éveniration. Il en est de même lorsqu'il y a des hernies qui ne permettent pas au malade de pousser avec énergie, sans courir quelques risques. Dans ce dernier cas, la puissance musculaire des agents de l'expiration est intacte, et la volonté seule intervient. On comprend qu*il en soit de même lorsque Teffort ne peut s'accomplir sans provoquer de véhémentes douleurs; c'est ce qui arrive dans les rhumatalgies des parois abdominales ou du diaphrame, et dans les affections douloureuses de Tabdomen ; c'est ce qui arrive chez les hémorrhoîdaires, chez ceux qui ont une fissure à l'anus et qui ne peuvent obtenir d'évacuation qu'au prix d'intolérables souffrances, dont ib retardent l'explosion, dont ils modèrent la première expression en retenant la contraction des muscles expirateurs, et en laissant l'action péristaltique du gros intestin accomplir presque seule la fonction de la défécation. Vous comprenez, messieurs, que toutes ces causes vont agir pour la production de la constipation comme agissait tout à l'heure la volonté.

Les maladies de l'utérus ou de ses annexes vont avoir une action étiologique complexe. S'il y a vive douleur, comme dans la métrite, dans les phlegmons pclvi-utérins, la rétention des matières fécales se produit par un mécanisme analogue à celui que nous venons d'étudier ; la malade ne va pas régulièrement à la selle parce qu'elle craint d'y aller, el l'habitude de la constipation finit par se prendre. Il en est de même si une procidence extrême de l'utérus est sans cesse aggravée par les efforts de la défécation, et si la femme contient l'effort et le retarde autant que la chose est en son pouvoir; mais dans l'anléversion exagérée, et surtout dans la rétroversion, la constipation est encore produite par un mécanisme particulier. La pression exercée sur le rectum, qui se trouve aplati contre la concavité du sacrum, empêche les matières de franchir le sphincter d'O'fieirne, et l'accu inulatiou se fait dans la portion horizontale de rs iliaque du côlon. Or dans l'acte delà défécation, le côlon intervient avec une puissance moindre que le rectum, dont la puissance contraaile est considérable, et, d'autre part, les matières qui restent accumulées dans le côlon ne sollicitent pas celte contraction du rectum comme celles qui seraient accumulées au-dessus du sphincter.

Mais si les déplacements exagérés de la matrice sont une cause assez efficace de constipation, la constipation elle-même augmentera le déplacemenL

Re|)ortez-vous, messieurs, à ce que je viens de vous dire. Supposez l'S iliaque du côlon rempli de matières dures, et vous comprendrez tout de suite

DE LA CONSTIPATION

comment elles appuieront sur le plancher que forme la face antérieure ou |X)stérieure de i*utérus, et comment TefTort lui-même augmentera le déplacement, pressera da?antage la matrice contre le sacrum, rendra l'obstacle plus invincible ; et Ton \oit tout de suite comment la constipation est si opiniâtre et si fâcheuse chez les femmes qui se trouvent dans les conditions que je viens d'eiposer. Chez elles, à l'obstacle physique que je viens d'indiquer, se joint la paresse intestinale résultant de la rétention volontaire des matières fécales, rétention tout instinctive que les femmes s'imposeiDt pour éviter les douleurs ou les inconvénients qui succèdent aux efforts de la défécation.

La nature des aliments et des boissons, le genre de vie, influent singulièrement sur la production de la constipation ; mais à cet égard il faut dire que le médecin n'a d'autre guide que Tidiosyncrasie de chaque individu. On sait pourtant, d'une manière générale, que la sobriété exagérée, que la vie sédentaire, y disposent singulièrement II est assez rare que les gros mangeurs, que les gens qui font beaucoup d'exercice, soient constipés. On peut établir également que le régime exclusivement animal dispose à la constipation, tandis que, chez ceux qui font usage des végétaux verts et des fruits, il y a plutôt tendance contraire.

Ce que je vous ai dit, messieurs, des conditions dans lesquelles se produit la constipation a déjà dû éveiller dans votre esprit des idées thérapeutiques, et vous avez compris que si, dans un assez grand nombre de cas, les moyens i\ue nous allons opposer à cette infirmité vont être nécessairement ineBicaces, (lu tout an moins simplement palliatifs, dans d'autres circonstances, au contraire, nous obtiendrons un succès immédiat et durable.

Je vous ai signalé l'influence que l'habitude de retenir les matières exerçait sur la production de la constipation, et déjà, en vous parlant de la dyspepsie liée à la constipation , je suis entré dans quelques détails à ce sujet (1). Il faut dire, parce que c'est une vérité incontestable, que lorsque la constipation n'est pas inhérente à la nature de l'individu, comme cela a lieu quelquefois, ainsi que je l'ai établi, la volonté, et une volonté patiente et régulièrement appliquée, triomphe le plus souvent de cette infirmité. Il faut que, chaque jour, exactement à la même heure, on se présente à la garderobe. Il faut pendant un temps assez long faire des eflbrts puissants ; et si ces eflbrts ont été infructueux, il faut attendre au lendemain : il faut attendre, quand bien même le besoin se serait fait sentir auparavant Si, le deuxième jour, après de noavelles tentatives, il n'y a pas d'évacuation, on prendra immédiatement un lavement, non pas avec de l'eau tiède, mais avec de l'eau d'abord dégourdie, et plus tard avec de l'eau froide. Le jour qui suivra, les mêmes tentatives seront renouvelées, et remises au lendemain si elles ont encore été infructueuses, et cette seconde fois encore un lavement frais sera pris, si l'on n'a pas obtenu d'évacuation. La répétition de l'acte, invariablement à la même heure, finit par amener le sentiment du besoin au moment où l'on veut aller à la

[\) Tome m.

TBOUSSEAU^ 2« édit. — II. 12

D£ LA COKSTIPATION.

Entendez bien, messieurs, qne ce remède ne doit plus être continué dès que les selles sont devenues régulières, et qu'il faut laisser aux organes le soin d'agir sans auxiliaire.

Que si la belladone reste impuissante, on devra, le soir, administrer en mémo temps t/ne cuillerée à café d'huile de ricin, et mieux, pour ne pas inspirer du dégoût au malade, faire prendre cette petite quantité d*huile dans des capsules gélatineuses. L'intestin, préparé par la belladone, subit l'influence purgative de rhuile, et l'on revient à son usage une, deux fois par semaine, suivant le besoin. Plus tard ce laxatif est mis de côté, comme la belladone l'a été ellemême. Il importe d'autant plus de ne pas insister, que l'appétit diminuerait sous l'influence de ces deux moyens, et qu'une alimentation insuffisante ramènerait immédiatement la constipation.

Mais il arrivera trop souvent encore, messieurs^ que la constipation no pourra être vaincue par la série des moyens que je vous ai indiqués; c'est alors qu'il faut recourir aux purgatifs, remède extrême, remède utile, indispensable même, et qui doit être manié avec certaines précautions et beaucoup de prudence.

Il faut en général exclure les purgatifs salins. Ils ont une action rapide, presque instantanée, et fort peu durable; après leur emploi, les sécrétions intestinales, un instant exagérées, se tarissent en quelque sorte, de la mémo manière que l'application de certains sels sapides sur la membrane muqueuse buccale, après avoir amené une abondante sécrétion de salive, laisse une sécheresse de la bouche et une soif qui est en proportion de l'intensité du premier eiïet produit.

U est un remède bien souvent employé en Angleterre depuis quelques années, et qui a pris le nom de calomel végétal ; je veux parler de la podophyllène^ principe actif de podophgllum peltatum. Ce médicament est fort actii Je fais préparer des pilules contenant un centigramme seulement de podophyllène et autant d'extrait de belladone. On en donne, le soir, ou le iQatinà jeun, une, deux et jusqu'à trois. On obtient ainsi une ou deux garderobes faciles, sans coliques, sans chaleur à l'estomac.

C'est en général aux pui^atifs dits drastiques qu'il faut recourir, et principalement à l'aloès, k l'extrait de coloquinte, à la gomme-gutte , à l'extrait de rhubarbe. Ce sont ces substances qui entrent ordinairement dans la composition de toutes ces pilules dont nos voisins d'outre-mer font un usage si fréquent. Nous faisons préparer des pilules selon la formule suivante :

Aloès \

Extrait de coloquinte . ■ . ( Extrait de rhubarbe . . . . L

Gomme -g^ttc /

Extrait de jusquiamc. . . .

Huile essentielle d'nnis . . .

Ib rcntij^rammcs.

2 !L'oiittoJ5.

Pour 20 pilules que l'on urgcntcra.

DE LA CONSTIPATION

On prend chaque deuxième ou chaque troisième jour, une, deux et mérne trois de ces pilules, toujours en même temps, quel qu'en soit le nombre, et ce nombre est relatif à l'action qu'elles exercent sur l'intestin. Elles doivent provoquer une évacuation facile et naturelle, ou semi-diarrhéique.

Le moment de les prendre n'est pas le même pour tous. Le mieux est de les donner au commencement du repas du soir. Mais, chez quelques personnes, elles causent une sorte d'indigestion, ou bien elles agissent avec une grande rapidité, et donnent des évacuations pendant la nuit, ce qui trouble le sommeil d'une manière fâcheuse. Lorsque les pilules ont une action trop rapide, il est mieux de les administrer le matin à jeun, on bien au premier repas du matin. Lorsqu'elles agissent au contraire avec lenteur, on les donne au repas du soir, et, si elles troublent la digestion, on les prend au moment du coucher, de telle sorte qu'elles procurent une garderobc le lendemain matin.

Vous avez vu que j'avais ajouté aux médicaments purgatifs qui entraient dans la composition de ces pilules, de la jusquiame et de l'huile essentielle d'anis. Cette addition, conseillée par beaucoup de praticiens anglais, est en eflet fort utile ; elle empêche les coliques, et la jusquiame, en tant quesolanée vireuse, outre son action stupéfiante, exerce encore une influence analogue à celle de la belladone.

Quelques personnes préfèrent la rhubarbe eu poudre, qu'elles prennent on se mettant à table, à la dose de /lO, 50, 60 centigrammes et même davantage. Quoi qu'il en soit de l'influence de ces divers agents purgatifs, il importe de n'en faire usage que lorsque les autres moyens sur lesquels j'ai longuement insisté, ont été complètement infructueux. L'usage de ces pilules purgatives a certainement moins de fâchr ux eflets qu'on ne le croit en général, et l'abus qu'on en fait en Angleterre vous prouve assez que nous sommes, de ce côté du détroit, trop disposés à en exagérer les inconvénients ; mais il n'en est pas moins vrai que la régularité des garderobes obtenue par l'obsenance des règles de l'hygiène, par une bonne et convenable alimentation, par l'influence de l'habitude, l'emportera toujours sur celle qui n'est, en définitive, qu'un produit de l'artifice.

Je ne terminerai pas, messieurs, ce que j'ai b dire du traitement de la constipation sans vous parler d'un petit moyen que j'ai vu conseiller, que j'ai conseillé moi-même avec un succès qui m'a fort étonné : je veux parler de l'application du froid sur l'abdomen. Le matin, en se levant, on recouvre le ventre d'une compresse en plusieurs doubles, imbibée d'eau froide, et séparée des vêtements par une feuille de gutta-percha ou de caoutchouc. Cette compresse est conservée trois on quatre heures.

ntfmiE ▲ l'amds.

LXXIY. — FISSURE A L'ANUS.

Son traitement par la ratanhia.— La constriction du sphincter de Panns est l'effet et non la cause de la fissure. — Celle-ci ne s'observe jamais plus communément que chez les feiùmes récemment accouchées; et pourquoi?— lia ratanfaia gpaérît en modifiant les surfàces ulcérées, et «n tonifiant les parties. — Son action doit être aidée par oelle de la belladone, qui combat la constipatiozi.— Quand la ratanhia échoue, il fiiut recourir à tme opération chirurgicale. — La dilatation forcée me paraît la plus avantageuse.

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