‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 20 sur 100 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

La petite partie de notre salle Saint-Bernard réservée au service des nourrices nous fournit [^occasion d'observer de nombreux exemples d*une aiïection qui, tout insigniûantc quVlle est en apparence, eu égard à son peu de gravité, n*en fait pas moins souvent, en réalité, le désespoir de ceux qui eu sont atteints. Cette affection est la Cssure à Tan us.

Son histoire est plutôt du domaine de la clinique chirurgicale que du nôtre. Je ne saurais, cependant, laisser passer sous silence les faits multipliés qui se présentent chaque jour à votre étude, et je me crois d autant plus obligé de vous les signaler, que je veux appeler votre attention sur le mode de traitement que j'emploie pour combattre cette affection, et dont Tun, tout médical, si je puis ainsi dire, qui nous rend depuis longtemps de réels services, ne me paraît pas apprécié à sa juste valeur par les chirurgiens. Ce mode de traitement, je le proclame ici de nouveau, consiste principalement en des lavements composés d'extrait et de teinture de ratanhia.

La fissure ou crevasse à Tan us, que Ton a justement comparée aux gerçures qui, sous riuflueuce du froid, viennent déchirer les lèvres de certaines personnes, sont de petits ulcères étroits, allongés, qui se développent entre les plis rayonnés du fondement. Les femmes y sont beaucoup plus sujettes que les hommes, mais ces fissures ne se rencontrent jamais plus communément que chez les femmes récemment accouchées. Je vous en donnerai la raison.

Son extrême fréquence aurait dû faire supposer que ceue affection avait été parfaitement connue de tout temps ; il n'en est rien, et mon honorable collègue, M. le professeur Velpeau, écrivait, en 1838, (|ue la fissure n'avait éié réellement décrite comme maladie distincte que depuis une vingtaine d'années.

Boyer, qui le premier en donna la description la plus détaillée, mettait eu avant, pour expliquer le mécanisme de sa production, une théorie sur laquelle il s'appuyait pour formuler le traitement qu'il avait adopté.

PiaSOHE A L*Afl1IS.

8e fondant wr ee qQ*il n-avaît jamais vo de Gasores qui ne fussent accompagnées delà comtriction du sphincter anal, tandis (foe plusieurs fois il avait observé tous Jes symptômes caractérîslîques delà fissnre sans avoir tnmté rien autre ebose que cette constriction ; sur ce que, enGn, la section du sphincter, même sans touclier anx ulcères, calmait aussitôt les accidents, Boyer concluaitqne la fissure de Tanus ne reconnaissait pas d*autre cause que la constriction. 11 disait : cette contraction spasmodique exagérée'fermani !*orifice anal au momant de la défécation, il en résulte que les matières solides, en forçant le passage, déterminent des déchirures des parties. En déGnilîve, les crevasses n'étaient, suivant lui, qu'une complication, qo*un accessoire de1a maladie, et il soflb^it de relâcher le spliincter par la section de ses fibres musculaires pour faire cesser immédiatement la constriction spasmodique et amener la guérison.

Aujourd'hui un petit nombre de chirurgiens partagent Tidée de Boyer sur le peu d'importance de la fissure en elle-même et sur la prépondérance pathologique de la constriction; généralement on ne s'inquiète plus que des 'moyens de modifier l'ulcération, soit en l'incisant pour en faire une plaie simple, soit en y portant des cathérétiques, des caustiques, des pommades diverses analogues à celles que l'on emploie dans le traitement des ulcères rebelles siégeant sur d'autres points.

C'est sur ce principe que repose le mode de traitement que vous me voyez employer de préférence; c'est en modifiant les surfaces malades que la ratanhia est si efficace. Elle offre en outre l'avantage, en raison des principes qu'elle contient, de donner un surcroît de tonicité à la membrane muqueuse de l'intestin, et au réseau cellulaire sous-jacent qui permet aux tissus de résister plus efficacement à la distension causée par le passage du bol excrémentitiel, de telle sorte que la plaie, qui, chaque jour, n'est plus déchirée, tend tout naturellement à la cicatrisation.

Vous voyez, messieurs, que loin de redouter cette constriction du sphincter que l'on mettait en cause, je ne crains pas d'intervenir avec des remèdes -astringents propres à l'exagérer. La théorie que je me suis faite du mode d'action de la médication que je préconise, après que de nombreuses observations m'en ont démontré l'utilité, me rend parfaitement raison de ce mode d'action.

Cette médication ne m'appartient d ailleurs pas; je la tiens de Bretonneau, à qui l'art médical est redevable de tant de procédés thérapeutiques avanlageux.

Voici sur quelles considérations l'illustre médecin de Tours se fondait pour administrer la ratanhia dans le traitement des fissures à l'anus^ et comment il lat conduit à le faire.

Si la constipation et l'eiïort que faisait le bol excrémentitiel contre le sphincier, qu'il distendait et qu'il déchirait souvent, étaient évidemment, dans un grand nombre de cas, la cause de la Tissure, d'autre part, la constipation

FISSUBE A L*AMUS.

constituait le plus grand obstacle à la guérison. Or la constipation est souvent accompagnée d'un changement fort remarquable dans les dernières portions du rectum. Immédiatement au-dessus du sphincier, le rectum se dilate en ventre d'amphorCf puis se rétrécit de nouveau à la hauteur de Tangle sacro-vertébral. Dans ce ventre d^amphore, les matières s'accumulent et forment un bol d'une grosseur énorme, de telle façon que, chaque fois que le malade va à la garderobe, Texcrétion est vraiment assimilable à une sorte d'enfantement. Bretonneau pensa que, pour vaincre ces constipations accompagnées ou non de fissures, il était convenable de rendre à la dernière portion de l'intestin le ressort qui lui manquait, et la ratanhia lui parut parfaitement appropriée à cet usage. Jl donnait donc, dans le cas de constipation simple coïncidant avec la dilatation du rectum, des lavements avec l'extrait et la teinture alcoolique de latanhia dissous dans l'eau.

Une dame traitée par lui avait, en même temps que la constipation dont nous parlons ici, une fissure à l'anus qui lui causait d'atroces douleurs et qui avait gravement compromis sa santé. Il lui faisait prendre chaque jour un quart de lavement de ratanhia, et bientôt constipation et fissure se trouvèrent guéries. '

Vinrent d'autres malades constipées également et atteintes de constricUon tpasmodique de l'anus avec fissure. La même médication mit fin à tout. Ce fut alors que, n'ayant plus égard à la constipation qui manque dans certaines fissures, il crut néanmoins devoir employer la ratanhia, et le même succès couronna cet essai.

Une induction très-légitime lui fit faire le premier pas, ensuite des faits qu'il n'appelait pas éveillèrent son attention ; il n'eut qu'à les constater, et une expérimentation réfléchie le mena à une médication qui n'était peut-être pa^ rationnelle, mais qui est bonne en fait, et c'est le principal.

£n ciïet, messieurs, cette médication serait vraiment rationnelle si, au point de vue où Bietonneau s'était placé, la constipation était toujours cause ou complication de la fissure, (^lais, d'une part, nous voyons assez fréquemment des malades atteints de fissure, avoir de la diarrhée, ou tout au moins des garderobes molles, ou bien encore prendre des lavements matin et soir, de manière à empêcher tout eiïort contre le sphincter, et cependant la fistule persister. D'autre part, lorsque cette constipation est trop considérable» la ratanhia seule ne suffit pas pour amener la guérison, et il est nécessaire d'aider son action par celle d'un médicament qui relâche le ventre, prévienne les déchiiures en facilitant le passage des matières à travers l'orifice anal.

Toujours est-il que la médication de Bretonneau, entre ses mains, comme entre les miennes plus tard, comme entre les mains de ceux qui l'ont employée avec persévérance et en suivant les indications qu'il a posées, cette médication, dis-je, a donné les résultats les plus utiles.

Avant de vous formuler celte médication, laissez-moi vous expliquer comment je comprends la production de la fissure à l'anus.

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