FISSURE A L*ANUS
Si dans quelques circonstances nous ne pouvons en connaître le point de départ, nous saîons aussi que tout ce qui peut excorier ou déchirer snperficidJement l'anus, un bout de seringue maladroitement dirigé, un coîi impur, etc. , peuvent Toccasionner ; nous savons que les hémorrhoîdcs, que h coDstipation surtout en sont les causes les plus ordinaires, qui agissent d'autant plus efficacement qu'elles trouvent les parties dans des conditions particollères.
C'est ce qui arrive chez les femmes récemment accouchées, lesquelles, ainsi que je vous le disais en commençant, sont plus sujettes que toutes autres à riflection dont nous parlons.
La compression que, dans les derniers temps de la grossesse, Tutérus considérablement développé exerce sur les parties contenues dans le petit bassin et principalement sur la dernière portion de l'intestin, dont il gêne la circulation, cette compression détermine un état congestif habituel dont les hémurrhoîdcs sont la conséquence exagérée. Si vous joignez à cela que la constipation accompagne d'ordinaire aussi les derniers temps de la gestation, tous comprendrez pourquoi les femmes dans ces conditions sont prédisposées aux fissures à l'anus, d'autant plus prédisposées que les diverses causes que je viens de signaler peuvent se trouver réunies.
Au moment du travail, alors que le fœtus descendu sur le plancher du bassin se présente à la vulve, le périnée est fortement poussé en avant dans h s efforts que fait la femme; la peau des environs est tiraillée, et ce tiraillement, qui s'étend jusqu'à l'anus, peut être tel, qu'il amène de petites déchirures, des éraillures de la membrane muqueuse qui constituei*ont des fissures. Ces petites plaies auront d'autant plus de chances d'être converties en ulcérations, que les lochies, venant à s'établir, s'écouleront le long de la commissure du vagio jusqu'à l'anus et que le contact de ces matières toujours irritantes empêchera le travail de cicatrisation. Jl n'est pas besoin d'ajouter que cela ne se présentera jamais plus fréquemment que chez les femmes qui négligeront d'avoir de grands soins de propreté.
Cet écoulement lochial pourra lui-même devenir une cause prédisprsante de la production des fissures; l'irritation qu'il amène et qu'il entretient du côté de l'anus imprimant aux tissus une modalité particulière en vertu de laquelle ces tissus se déchireront, s'érailleront plus facilement sous les eiïurts qu'exerceront, à leur i)assage, les matières fécales dures, comme elles le sont quand il y a constipation.
Le phénomène qui caractérise essentiellement l'existence de la fissure à l'anus est une douleur violente que les malades comparent à la sensation d'une déchirure, d'une brûlure, et, suivant une comparaison qui leur est assez habituelle, à la sensation que produirait le passage d'une lame de feu sur les parties affectées. Cette douleur est éveillée par la défécation et persiste pendant un temps plus ou moins long, plusieurs heures et même toute la journée ou toute la nuit, après que les évacuations alvines ont eu lieu. Kile
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est telle, que te malbeareuscs femmes, craignant de les rappeler, les ledontaDt au delà de tout ce qu'on peut dire, reculent autant que possible d'aller à U garderobe, et restciu quelquefois huit, dix, douze jours ou davanti^e aans vouloir s'y présenter. Il s'ensuit que la constifiation augmente encore, que les matières acquièrent une dureté plus considérable, et qu'eu conséquence les douleurs sont encore plus violentes lorsqu'à un moment donné le» matières doivent être expulsées. Chez un assez grand nombre de malades, la douleur se calme peu d'iustanis après la défécation, pour se réveiller, s'accroître et prendre une horrible intensité deux ou trois heures plus tard.
En quelques cas, la fissure laisse suinter du sang qui lonne des stries rougeâtres sur le bol excrémentiiiel ; toutefois le plus souvent ces ulcérations fournissent à peine quel()ue suintement.
Un fait remarquable, c'est que les douleurs ne sont pas toujours «ccasionnées par le passage de matières dures; des matières molles et même liquides peuvent les déterminer, et ce (ait avait été déjà signalé. ,
Lorsque, pour examiner les parties malades, on porte le doigt dans l'anus, on constate que le sphincter anal >se contracte énergiquement ; si l'on veut ibrcer l'obstacle, cevte exploration est des plus pénibles pour le malade.
Le meilleur moyen pour arriver à découvrir le siège du mal, c'est d'engager les individus à (aire des efforts comme pour aller à la selle; l'anus est alors saillant, et, en écartant les plis, ou finit par apercevoir, au fond de ces rainures qui les séparent, la petite ulcération, dont la surface estd'un^rouge vif et qu'on ne saurait mieux comparer, ainsi que je vous l'ai dit, qu'aux gerçures qui se produisent aux lèvres et aux mains sous l'inHuence du froid.
iMalgré les douleurs violentes qu'ils endurent, un grand nombre de malades gardent leurs fissures sans en parler à leur médecin, et vous avez vu combien souvent, dans nos salles, le hasard seul nous a fait connaître ce qu'on nous avait laissé ignorer pendant si longtemps. D'autres se plaindront d'avoir des hémorrhoïdes ; cela seul, quand il s'agira de femmes récemment accouchées, devra éveiller vos soupçons, et souvent un interrogatoire plus minutieux vous révélera la vraie nature du mal.
La persistance, l'intensité des accidents, peuvent, quand les choses sont arrivées à un certain degré, avoir un retentissement sur la santé générale. L'habitude que prennent les patients de se retenir pour aller à la selle, en augmentant la constipation, entraîne des troubles dyspeptiques; les digestions perdent de leur régularité, et la dyspepsie se prononce d'auUnt plus, que les malades finissent par ne pas vouloir manger de peur d'être obligés de se^présenter à la garderobe.
Quelque peu grave qu'elle soit en elle-même, la fissure à l'anus peut donc avoir des conséquences assez sérieuses ; mais alors même que tout se bornerait aux phénomènes locaux, nous devons faire tous nos efforts pour épargner à ceux qui en sont affectés les douleurs souvent atroces qu'ils endurent. i>lodi' fier la surface de l'ulcération, voici le but que l'on se propose d'atteindre en
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întemoaot par les moyens topiques qoe je n'ai point à énumérer ici, et parmi lesqnds je citerai cependant la médication préconisée dans ces derniers temps par Al. le doctear Chapelle (d'Angoeléne).
Cette médication consiste k introduire dans l'anus un pinceau imbibé d'un mélange de 10 parties en poids de chloroforme pour 5 parties d'akool. Cette applicaiion, M. Chapelle a eu le soin d'en prévenir, cause d'abord de trèsvives douleurs^ mais, dès la troisième et même dès la seconde, la guérison est obtenue. Nommé par l'Académie de médecine membre de la commission qui fut chargée de iaire im rapport sur ce sujet, j'ai soumis plusieurs des malades de notre salle à ce mode de traitement, qui« en déimitive, ne devait avoir aucun inconvénient ; le peu de succès que j'en ai obtenu m*a déterminé à revenir à celui par la ratanhia, qui de tous m'a paru le plus avantageux.
Voici comment je l'applique. Je îm prendre chaque matin un lavement k l'eau de son on de guimauve, aûn de vider Tintestiu; une demi heure après que le lavement a été rendu, on administre un quart de lavement composé
Les malades ne doivent conserver que quelques minutes ce lavement, et ils en prennent un semblable le soir.
Dans quelques circonstances, lorsque la fissure est située de telle façon . qo'dle devient tout à iait extérieure lorsque l'on fait des efforts comme pour aller à la garderobe, quelques lotions chargées d'extrait de ratanhia en viennent facilement à bout.
Si b fissure est pkis profonde et si elle est rebelle, le lavement est donné avec une seringue à jet continu, et en même temps le malade fait effort contre l'injection qu'il rejette dans la cuvette, et qui, reprise par la pompe, peut servir à une ablution qui se continuerait presque indéfiniment, et qu'il convient de faire dui^ trois ou quatre minutes de suite et même davantage.
Mais bien souvent la constipation, qui, en grande partie, a causé le mal, est on obstacle invincible à la guérison. Chaque jour le bol excrémentitiel, volomineux et dur, vient* déchirer la plaie, et détruire le conunencement de cicatrisation obtenue par la ratanhia. Il convient alors, pendant touile cours du Uraitement, et même quelque temps après la guérison, de faire prendre chaque jour un léger laxatif qui entretient la liberté du ventre, et surtout qui rend ks matières moins dores. Permettez-moi de vous renvoyer ici à ce que je vous dinis récemment à propos du traitement de la constipation.
Je dois vous prévenir, messieurs, que souvent, pendant les premiers jours do traitement, les douleurs sont singulièrement aggravées, ce qui décourage ks malades et les médecins ; les causes de cette aggravation sont faciles k comprendre. Des individus qui, depuis le début de leur fissure, s'étaient
de:
Eau
Extrait de ratanhia . .
Teinture de ratanhia.
150 grammes.
4 grammes.
A grammes.
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babitaés à dc plus aller à la garderobe que rarement, afin de s'épargner des souiïrances horribles, y vont maintenant plusieurs fois dans la journée : il en résulte une douleur qui peut quelquefois durer, presque sans relâche, plusieurs jours de suite. Ces cas, heureusement fort rares, se rencontrent pourtant, et imposent au médecin le devoir de ne donner, les premiei^s jours, qu'un lavement dc ratanhia au lieu de deux, et de s'abstenir des laxatifs jusqu'à ce que la susceptibilité de l'intestin soit diminuée.
Quand les douleurs sont tout à fait calmées, on ne prend plus qu*an lavement de ratanhia, et cnfm, lorsque nous avons lieu de supposer que laguérison est complète, on n'en prend plus qu'un tous les deux jours, pendant une, deux et trois semaines au moins.
Cette persévérance dans la continuation du remède, alors même que son administration pourrait paraître superflue, est d'une grande importance; car, si on l'interrompait trop brusquement, on risquerait de voir se reproduire le^i accidents qui avaient momentanément cédé.
Grâce à ce moyen, j'ai obtenu des guérisons dc fissures très-douloureuses; j'en ai guéri qui étaient profondes et à bords calleux; leur guérison, il est vrai, a été lente, et entre autres exemples, je pourrais vous citer celui d'une dame de ma clientèle, qui, ayant refusé de se soumettre à une opération chirurgicale, guérit, contre toute es)>érance, après avoir employé la ratanhia pendant près d'une année.
Assurément, c'était acheter cher la guérison, et certes, dans des cas pareils, je serais le premier à conseiller l'opération, soit l'ébarbement des bords de l\ fissure, qui n'agit peut-être pas autrement qu'en modifiant les surfaces malades, comme le fait la ratanhia avec succès, soit la dilatation forcée à laquelle vous m'avez vu plus d'une fois recourir.
Cependant on ue peut passe dissimuler que le traitement par la ratanhia, surtout s'il se prolonge, ne soit assez coûteux. J'ai donc eu l'idée de substituer à la ratanhia une substance dont la valeur vénale presque nulle fût à la portée dclti bourse des pauvres, et, 5 cet effet, j'ai choisi le sulfate de cuivre. Je fais donner matin et soir un demi-lavement contenant 45 centigrammes seulement de ce sel ; et vous avez pu voir les effets de cette médication. La veilleuse de service, robuste jeune femme, récemment accouchée, avait une fissure trèsdouloureuse dont elle souffrait depuis onze jours ;* l'usage des lavements de ratanhia pendant dix jours avait amélioré son état et à peu près guéri sa fissure, lorsque six jours plus tard, celle^i se déchira de nouveau sous les efforts de la défécation. £lle perdit du sang en abondance et éprouva des douleurs trèsaiguës toute la nuit qui suivit celte garderobe. Le lendemain, 17 mars, elle prit un premier lavement de sulfate de cuivre, qu'elle rendit avec la sensation d'un fer chaud traversant l'anus. Le surlendemain elle ne souffrait déjà pln^ en rendant son lavement, et n'éprouvait la nuit de douleurs à la suite de sa garderobe que pendant une demi-heure seulement. Pendant trois jours, du 21 an 2'i, elle ne souffrait absolument pas en allant à la selle; mais le 26, h