KYSTES HYOATIQUES DU FOIE
soulèvement en masse. Ils cessaient si l'on faisait courber Tenfant en avant. Dans les grandes inspirations. ciHte tumeur s élevait pour s'abaisser pendant l'expiration, suivant ainsi les mouvements du diaphragme. Cela, joint au siège qu'elle occupait, nous permettait d'établir qu'elle dépendait du foie, qui, d'ailleurs, ne paraissait nulle part ailleurs augmenté de volume. Il était évident, en outre, que cette tumeur était remplie de liquide; on percevait une fluctuation profonde, et de plus, une sorte de crépitation très-manifeste à la partie supérieure.
Nous diagnostiquâmes un kyste hydatiquedu foie, et ce diagnostic se trouva pleinement confirmé par la ponction exploratrice que je fis faire. Letrocart donna issue à un liquide qui, d'abord limpide, sortit ensuite sanguinolent, légèrement trouble, et contenant des corps étrangers gélatiniformes, qui n'étaient autres que des débris d'hydatides.
L'enfant ayant été tout de suite remmenée par sa mère, nous Tavons perdue de vue, de telle sorte que ce fait n'a d'autre intérêt que celui relatif à l'âge du sujet chez lequel il s'est présenté.
Vous savez en eiïet que, quel que soit son siège, — et le foie est celui qu'elle occupe le plus ordinairement, — l'aflection hydatique ne se renconu^ guère que chez des individus arrivés à Tsdolescence ou à Tâge moyen de la vie. Rare dans la vieillesse, elle Test également dans l'enfance, à ce point que, dans son Traité des enfozoaires (1), l'ouvrage le plus complet qui ait paru sur la matière, M. le docteur Davainen'a pu en rassembler que quatorze observations chez des sujets au-dessous de quinze ans.
Sur ces quatorze observations, la moitié a trait à des tumeurs hydatides du foie, développées chez des individus de douze, dix, neuf et quatre ans ; dans un cas emprunté à M. le professeur Cruveilhier, il s'agit d'un enfant de douze jours chez lequel on ne trouva plus que les débris du kyste, qui s'était ouvert dans le côlon asceudant. Les sept autres observations consignées dans le livre de M. Davaine ont trait à des tumeurs hydatiques du cœur, du péricarde, de l'orbite, de la fosse canine, des reins et des poumons.
Si, à ces quatorze faits, vous ajoutez les deux observations d'hydatides de la cavité thoracique, que iM. le docteur Henry Roger a communiquées à la Société de médecine des hôpitaux de Paris, dans la séance du 9 octobre 186 1 ; si vous ajoutez un autre exemple d'hydatide du foie présenté à la Société anatomique par M. Descroizilles ; celui enfin de notre petite fille, la somme toUle des faits d'hydatides chez les enfants, connus et publiés dans l'histoire de la médecine, 86 réduit k dix-huit, dont neuf sont des cas de tumeurs hydatiques du foie.
Peu d'enire vous, sans doute, auront vu le malade dont je veux à présent vous entretenir. Il était dans un autre service de cet hôpital; nous ne le connaissions pas nous- même de son vivant, et nous avons seulement assisté à l'ou-
(1) Traité des entozoaires et des maladies vennineuses de l'homme et des animmu' domestiques, Paris, 1860.
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vertare de sod cadavre. Cependant les renseignements qui m'ont été donnés sur lui suffisent pour vous montrer de combien de difficultés est environné le diagnostic des kystes hydatiques du foie, lorsqu'on n'a pas été en demeure de suivre leur développement et leur évolution complète, du moins pendant un certain temps.
Cet tiomme était resté à la salle Sainte-Jeanne deux ou (rois mois, et présentait tous les signes d'un épanchement considérable de la poitrine du côté droit. Le développement du thorax de ce côté, la matité absolue, le souffle, l'égophonie, et la broncho-égophonie ne laissaient aucun doute sur la présence dn liquide dans la cavité pleurale. Après quelques semaines, le malade, se sentant mieux, demandait sa sortie, et voulait retourner chez lui, bien qu'en déGnitive les accidents thoraciques n'eussent paru en rien modifiés. Mais bientôt il fut obligé de rentrer à l'hôpital. Il rendait alors par l'expectoration des crachats jaunâtres, au milieu desquels on reconnaissait l'existence de la bile. On en conclut qu'il pourrait bien y avoir une communication entre les poumons et le foie ; les accidents prirent rapidement une extrême gravité et marchèrent vers une terminaison fatale. Dans les derniers jours, l'haleine et les matières expectorées avaient une horrible fétidité qui donnèrent Tidée d'un hydropneumothorax ouvert dans les bronches, et dont le liquide était altéré par la présence de Tair.
A l'autopsie, on trouva un énorme kyste hydatique du foie, contenant encore des acéphalocystcs; il s'était ouvert dans les bronches à travers une portion du tissu du poumon gangrené. L'épancbement plcurétique reconnu pendant la vie, existait en effet, et, chose curieuse, entre cet épanchement et les bronches il n'y avait aucune communication. Vous comprenez maintenant comment il était impossible de diagnostiquer du vivant du malade ce qui s'était passé, de savoir que cette pleurésie, occasionnée vraisemblablement par le kyste, était cependant indépendante de celui-ci. Vous comprendrez aussi combien il était impossible de constater l'existence de ce kyste du foie^ qui occupait la surface convexe de Torgane sans que cet organe fît la plus petite saillie anomale du côté de l'abdomen.
J'arrive au jeune homme qui nous fournit l'occasion de cette conférence* et qui était couché au n° 12 de la salle Sainte-Agnès. Vous vous rappelez ce que je vous en disais au moment où, en présence de mon honorable collègue Legroux, nous venions de faire dans la r^ion de rhypochondre droit une ponction exploratrice, pour compléter le diagnostic que nous avions porté sur la nature de la tumeur, qui faisait saillie dans l'abdomen.
Je vous disais que, par le trocari explorateur, il avait jailli un liquide transparent, limpide, qui, traité par la chaleur et par l'acide nitrique, n*avait donné aucun précipité albumincux. Ce liquide renfermait des. débris d'hydatides qui, en obstruant la canule, avaient empêché un écoulement plus abondant. Cette expérience nous avait fourni péremptoirement la démonstration que la TiouwKAU^ 2* édit. — m. 16
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tumeur, appartenant évidemment au foie, dont elle occupait la lace convexe, était bien un kyste hydatique.
Cet homme sortait des rangs de Tarmée, et venait de faire la campagne de Grimée. Avant son départ pour l'Orient, alors qu'il était encore en garnison & Auxonne, dans le département de la Côte-d'Or, il s'était plaint de douleurs dans le côté droit; mais comme ces douleurs sourdes ne se réveillaient surtout que lorsqu'il faisait une marche forcée ou quelque exercice violent, et qu'en définitive, sa santé se maintenant bonne, il pouvait continuer de faire son service, ce jeune homme partit pour la Grimée. Pendant tout le temps de cette rode campagne, il resta à son poste, supportant les pénibles fatigues que notre corps expéditionnaire eut à endurer. Toutefois de temps à autre, la douleur du côté droit s'exaspérait, et en même temps le malade s'apercevait que dans la région où elle se manifestait, il y avait une notable tuméfaction. Il consulu k ce sujet le chirurgien-major de son régiment, qui n'attacha pas grande importance à ce qu'il voyait, d'autant moins que l'état général demeurait parfait
La guerre finie, le jeune homme obtint son congé. Tourmenté de la per« aistance des accidents qu'il éprouvait, et qui se compliquaient de mouvements fébriles revenant d'une manière assez périodique, il se décida à entrer dans un hôpital, et c'est alors qu'il vint se mettre entre nos mains.
Dès notre premier examen^ nous fûmes frappé de l'ampliation très-notabte de la poitrine du côté droit, qui faisait une saillie globuleuse, s'étendait à tout l'hypochondre correspondant jusque dans la région épigastrique. Cet aspect des parties caractérisait de prime abord le kyste hydatique du foie.
A quoi l'attribuer, si ce n'est à cela 7 Sans doute l'ampliation du thorax pouvait être sous la dépendance d'un épanchement thoracique, mais il fallait admettre alors que cet épanchement était tout à fait ^ysté, puisque la saillie était parfaitement limitée aux parties inférieures. Or, déjà les pleurésies enkystées ne sont pas le fait le plus commun. D'autre part, il aurait fallu admettre que les parois de ce kyste étaient tellement rigides, que la* pression du liquide avait eu plus facilement raison de l'obstacle formé par les parois thoraciques que de celui formé par le poumon, ce qui n'était pas acceptable. En effet, dans ces pleurésies enkystées, ce sont le poumon, le médiastin, le cœur, le diaphragme qui sont refoulés, bien avant que les côtes le soieiil elles-mêmes; de plus, je le répète, celles-ci le sont d'une manière uniformé dans toute l'étendue de la cage thoracique du côté correspondant, et noo daos un espace limité, comme nous le voyions icL L'idée d'un ^Mncbement dMK. raciquc ne supportait donc pas la discoarion.
Le développement de la région h jpnrhmririMni nwjjwjjjj'y rtf wjMi cli||i d'une affection intra-abdominale, cl^ ÉÊÊÈÊÊlSÊliÊÊÊi^llÊlMf^KÊÊk mettait évidemment le foie en di
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