KYSTES HTDATIQUES DU FOIE
en admettant que ce fût un cancer, elle n*eût jamais donné lieu à des douleurs plus prononcées. Enfin, avec cet énorme volume qu'elle présentait, on aurait trouvé des bosselures, et non un foie aussi uniformément développé.
La fluctuation que Ton produisait, alors surtout qu'on explorait la région avoisinant Tépigastre, n'était pas celte fausse fluctuation que l'on rencontre quelquefois dans le cancer, elle était évidemment due à du liquide. Quant k la nature de ce liquide, la marche des accidents, la disposition même des par-* ties affectées, ne permettaient pas de s*arrêter à cette supposition que c'était du pus et que nous avions affaire à un abcès du foie.
Restait, en définitive, le diagnostic auquel nous étions arrivé de prime abord, et que la ponction eiploratrice avait amplement confirmé. Mous nous trouvions en présence d'un kyste du foie ; ce kyste occupait la face convexe de l'organe. Pressé entre le corps de la glande, qui, soutenue par les viscères abdominaux, ne se laissait pas refouler au delà d'une certaine limite, et entre le poumon droit, dont la force élastique opposait aussi un certain obstacle à son développement, ce kyste avait porté tous ses efforts contre les parois thoraciques, et leur avait fait former la saillie que nous observions.
Le diagnostic posé, quelles allaient être les indications thérapeutiques? S'en rapporter aux efforts de la nature, n'était pas possible ici ; car, je vous dirai que, si dans quelques circonstances exceptionnelles la guérison des kystes hydatiqucs du foie a été obtenue spontanément, ce n'est assurément pas dans des cas analogues à celui que nous avions sous les yeux. Des kystes aussi volumineux que Tétait celui-ci entraînent tôt ou tard les plus graves accidents, et celui que nous devions craindre parnlessus tout, était la rupture de la poche dans l'abdomen ou dans la poitrine, rupture qui aurait amené une péritonite ou une pleurésie promptement mortelles. Nous devions doue intervenir, et la chirurgie seule pouvait être de quelque utilité. Je me proposai donc de vider le kyste.
Suivant les préceptes posés par les hommes de l'art, je cherchai d'abord à établir des adhérences entre la tumeur du foie et les parois abdominales, de façon & empêcher Tépanchement du liquide dans le péritoine, au moment où fourrirais le kyste. Je vous exposerai, messieurs, les procédés mis en usage en ptreils cas. Quant à présent, pour m'en tenir au fait qui nous occupe, je me hofiierti k votis rappeler que c'est à l'acupuucture multiple que j'eus recours pour arriver au but que je voulais atteindre.
'''QttWacdlliillctnre consiste à enfoncer dans la tumeur, à travers la peau MMHMent oooverte d'une petite rondelle de linge, de cuir ou de caoutmÊÊÊff^ttf^ k h protéger, trente ou quarante aiguilles piquées en rond à ^^^•■■^■•lït' Tune de Tautre. Ces aiguilles doivent toutes avoir une tête
t de cette opération, lorsque survinrent des complicair kg tentatives que j'avais faites.
Ifeltait déjà depuis quelque temps par
2kU KYST£S HYDAT1QU£S DU FOlIv.
intenalles^ lors de l'entrée du malade à rbôpilal, prit tout à coup une plus grande intensité, et il s*y ajouta une douleur aiguë occupant le côté droit de la poitrine. Nous constatâmes l'existence d'une pleurésie avec épancbement, caractérisée par la matité dans la région thoracique, par i'égophonie, phénomènes qui prirent de jour en jour des caractères de plus en plus prononcés : la matité s'étendit jusque dans la fosse sous-épineuse de l'omoplate; Tégophonie s'entendait au niveau de la huitième côte, au-dessus il y avait de la bronchophonie ; plus haut encore, on entendait des râles sous-crépitanis fins; nous avions une expectoration catarrhale.
En découvrant la poitrine, on apercevait, entre la neuvième et la dixième côte, un écartement assez considérable avec saillie des téguments. Quand le malade toussait, ou quand il faisait un effort d'expiration, cette saillie augmentait, comme si un liquide soulevait la peau. En appliquant la main, on sentait de la fluctuation. Nous nous demandâmes si cette fluctuation ne dépendait pas du kyste, qui, après avoir écarté les fibres musculaires du diaphragme, serait passé dans la cavité thoracique, simulant l'épanchement dont nous trouvions les signes.
Cependant les râles sous-crépitants étaient devenus de plus en plus fins, et non-seulement nous les entendions à droite, mais encore ils existaient du côté gauche; les crachats avaient pris les caractères des crachats de la pneumonie de telle sorte que si les accidents thoraciques que nous avions vus se développer à droite pouvaient, jusqu'à un certain point, être mis sur le compte du kyste, ceux que nous notions du côté gauche échappaient à la même interprétation. Nous nous disions : l'acupuncture a déterminé une inflammation dans le kyste et dans le parenchyme du foie lui-même, ce que semblait indiquer la teinte subictérique, qui, coîncidemment avec l'exagération du malaise fébrile^ avait coloré la peau. Cette inflammation, le kyste ayant perforé le diaphragme, s'est propagée à la plèvre, et peut-être y a-l-il, indépendamment de ce que nous attribuons au kyste, un certain degré d'épanchement dans la poitrine. Mais nous nous disions aussi qu'il était surprenant que cette inflammation propagée à la plèvre eût respecté le péritoine, car nous ne trouvions aucun signe de péritonite; et quant à la bronchite, à cette bronchite fine, caractérisée par les râles sous-crépitants, nous en cherchions en vain l'explication ; nous étions d'autant plus embarrassés à ce sujet, que le poumon gauche était aussi bien pris que le droit.
Si l'affection bronchique trouvait, à la rigueur, sa raison d'être dans une communication qui se serait établie entre le kyste et le poumon, cette hypothèse, parfaitement admissible pour le côté droit, ne l'était plus pour le côté gauche.
En tout état de cause, je me voyais dans l'impossibilité d'agir sur le kyste; les accidents thoraciques, quel que fût leur point de départ, compliquant singulièrement la situation. Ces accidents restant stationnaires Jeme décidai à ouvrir la tumeur qui faisait saillie dans l'espace intercostal ; je le fis à l'aide d'un assez grostrocart) qui donna issue à un liquide purulent renfermant des hydatides.