‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 31 sur 100 · KT8TE8 HTDATIQUBS DU FOIE · texte numérisé non relu

KT8TE8 HTDATIQUBS DU FOIE

J'ai dit auasi que des kystes, même voluminenx, poimieiit ii*eûtnitiier d'autres accidents que des douleurs obtuses, une sensation de pesanteor, de gêne, de distension dans le côté affecté. On comprend diCBcileinent, cepen-> dant, qu*un organe aussi important que le foie soit longtemps plus ou moini intéressé sans qu'il survienne dans l'économie des désordres assez grafes.

Tant que la tumeur, lentement développée, reste limitée à une portion relativement peu considérable de l'organe, la majeure partie de la glande qui a été respectée suffit amplement à l'accomplissement des fonctions qu'elle est chargée de remplir. Mais lorsque la presque totalité du foie est enTabie par un seul kyste, comme on en a cité des exemples, ou par des kystes multiples, quand ces kystes ont pris rapidement du volume, que ce travail a donné lieol un retentissement dans tout l'appareil ; lorsque enQn ces tumeurs, en raison de la place qu'elles occupent, gênent le cours de la bile dans ses canaux excréteurs, des accidents locaux et généraux sérieux en seront la conséquence.

Les désordres généraux consistent en des troubles des fonctions digestives. L'appétit diminue, se perd; les digestions sont lentes, laborieuses; par inter* valles, il y a des nausées, des vomissements, de la diarrhée. L'amaigrissement, l'émacialion, la décoloration des téguments témoignent de la cachexie dans laquelle l'individu est tombé. Dans ces circonstances encore on a noté la ten^ dance aux hémorrhagies, cortège si habituel des affections graves du foie, et qui se traduit par des épistaxis répétées et abondantes ; chez la femme, par des épistaxis et par des métrorrhagies.

On a noté aussi, suivant M. Davaine, une disposition à la gangrène. Il ne serait pas très-rare, suivant cet auteur, de voir la gangrène du poumon enlever les malades affectés de grands kystes du foie.

Bien que Victère soit un symptôme assez peu commun de l'affection hyda« tique du foie, il s'en faut qu'il ne s'observe jamais, ainsi que quelques médecins le prétendent. Il peut être plus ou moins intense, plus ou moins foncé, et il est le résultat tantôt de l'inflammation qui s'est développée dans la substance même du foie, tantôt de l'obstacle apporté au cours de la bile dans les canaux biliaires, soit qu'une tumeur kystique exerce une compression sur les conduits biliaires, et alors cette compression peut amener l'atrophie partielle ou totale de la vésicule du Gel ; soit que des hydatides engagées dans Tintérieur de ces conduits les aient oblitérés, comme dans nos conférences sur les coliques hépatiques je vous en citais deux exemples : l'un, emprunté à la pratique de mon ami le docteur Lasègue ; l'autre, recueilli chez une femme de notre salle Saint-Bernard, et sur lequel j'aurai tout à l'heure à appeler toute votre attention ; soit enfin que les canaux, la vésicule biliaire elle-même aient été complètement détruits.

D'autres accidents peuvent être encore Inconséquence de la gêne survenue dans le jeu des organes avec lesquels les tumeurs hydatiques viennent affecter des rapports anomaux.

Eu se développant du côté du ventre, un kyste volumineux peut repousser

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VmtomÊCf refouler en bas k masse intestinale, et descendre jnsqnl la crête iliêqpie droite. Si, qnand bien même elle n*est pas énomie« la tnmenr arrive ï comprimer les principaux troncs veineux qui sont en rapport avec le foie, la veine porte, la veine cave inférieure, on verra se produire Fascite, l'œdème des extrémités inférieures; ces complications sont, à la vérité, exceptionnelles dans la maladie dont nous parlons.

En se dévelon>ant du côté de la face convexe de la glande, et ï mesure qu'il prend de l'accroissement, un kyste bydatique refoulera le diaphragme dans la poitrine, médiatement le poumon, le cœur; puis, en remontant quelquefois ainsi jusqu'à la deuxième côte et jusqu'à la clavicule, il simulera un épancbe* ment pleurétique, et gênera singulièrement la respiration et la circulation car* diaque. Je ne dis rien encore des cas où la tumeur, écartant ou détruisant les fibres du diaphragme, pénètre directement dans la cavité pleurale ; je reviendrai snr ce sujet lorsque j'aurai à m'occuper des communications qui peuvent s'établir entre ces kystes bydatiques et l'appareil respiratoire.

Je signalais tout à l'heure V hépatite comme une des complications de l'affec*tion bydatl^e du foie. Cette inflammation plus ou moins aiguë, plus ou moins étendae, est provoquée, ou par la présence d'un kyste très-volumineux, ou par le développement très-rapide de la tumeur ; elle peut survenir accidentelle* menty soit par suite d'une violence extérieure, comme un effort, un coup porté sur la région malade, soit consécutivement à une intervention médicale, une ponction exploratrice, l'acupuncture, une application de caustique, ou lonte autre opération tentée pour arriver à la guérison du mal.

Cette inflammation aboutit souvent à la suppuration, envahit dans quelques cas les veines. Quelquefois cette phlébite est causée par l'introduction de quelque matière septique dans la cavité des vaisseaux. Dans certains cas, en effet, des kystes bydatiques se sont ouverts dans la veine cave; d'autres foif, ils se sont ouverts non-seulement dans des ramifications de cette veine, mais encore dans les vaisseaux de nouvelle formation que nous avons vus ramper à lasar&cede la tumeur. Dans ces circonstances les malades succombent empor* tés par les accidents de V infection purulente.

Qo'elle se soit développée spontanément, qu'elle ait été provoquée par une cause accidentelle, qu'elle l'ait été par des manœuvres chirurgicales, l'inflam* iDation peut rester limitée au kyste lui-même, qui se transforme alors en un véritable abcès ; et c'est là un des modes de terminaison, assez commun peutêtre, de l'affection bydatique du foie.

Quand elle a été provoquée, la suppuration du kyste est occasionnée, soit par une sorte de fermentation putride développée dans l'intérieur même delà cavité par la présence d'hydatides tuées par le fait de l'opération ; soit par l'irritation que l'instrument a déterminée dans les parties occupées par la tomenr et qui s'est propagée dans son intérieur.

Toujours est-il que cette inflammation suppurative s'annonce par un mou* vement fébrile très-vif, par des douleurs aiguës que le malade éprouve dans

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toute la région, alors que jasqn*ici il n'avait accusé que des douleurs obtuses. En même temps, dans le plus grand nombre des cas, une teinte subictérique, quelquefois un ictère très-foncé, indiquent que le parenchyme du foie participe à la fluxion inflammatoire.

J'insiste, messieurs, sur ce mode de terminaison par inflammation suppurative des kystes hydatiques du foie, et je dois ici vous en rapporter un lait remarquable que m'a communiqué M. le docteur Laboulbène, mon coliègae dans les hôpitaux : plus tard, je vous en rappellerai un autre exemple observé par vous dans les salles mêmes de la clinique, et auquel je viens de foire allusion.

Dans le fait de M. Laboulbène, il s'agit d'un homme de cinquante-deux ans, entré le l""^ septembre à l'Hôtel Dieu, où il fut placé au n"" 23 de la salle Sainte-Madeleine.

Il se disait malade depuis dix-huit jours et affirmait avoir toujours joui jusque-là d'une excellente santé. En travaillant de sa profession de journalier, il avait été pris tout à coup, sans avoir fait de chute, sans avoir reçu de coup, d'une douleur de ventre occupant la région du côlon transverse. Il se purgea à trois reprises différentes, bien qu'il ne ressentît aucun trouble gastrique ; ni diarrhée, ni constipation, ni vomissement. Sa douleur persistant et augmentant au point de le forcer de garder le lit, il entra à l'hôpital.

À son arrivée dans les salles, M. Laboulbène fut frappé de l'aspect typhoïde de sa physionomie. Il était couché sur le dos, les yeux injectés. Cependant il ne se plaignait ni de mal de tête, ni de vertiges alors même qu'on le faisait asseoir; mais sa langue était épaisse, sèche, et un peu noirâtre à la surface ; sa soif était vive, il était sans appétit, sans avoir toutefois d'envies de vomir. Son ventre était un peu développé, sans tension notable^ sans gargouillements dans la fosse iliaque droite; on ne trouvait aucune trace de taches rosées lenticulaires. La région hypochondriaque droite était un peu douloureuse et l'on constatait une augmentation de volume du foie, qui remontait presque jusqu'au niveau du mamelon et débordait en bas les fausses côtes de quatre travers de doigt sans présenter, d'ailleurs, de saillies ou d'inégalités. La rate était également un peu plus volumineuse qu'elle ne l'est normalement, mesurant, du reste, de 9 à 10 centimètres seulement. 11 y avait de la fièvre ; la peau était chaude, le pouls à 100. On ne constatait, d'ailleurs, aucuu phénomène anomal du côté du cœur ou du côté des poumons.

La sclérotique avait une légère teinte subictérique, mais les urines n'offraient pas de coloration anomale, et ne contenaient ni biliverdine, ni albumine, ni glycose.

M. Laboulbène prescrivit une médication tonique, dont le vin et le quinquina furent les frais.

Quelques jours après, le malade avait un peu de frisson vers le soir et l'état typhoïde augmentait de plus en plus ; la diarrhée était survenue et était persistante, le ventre était ballonné, la langue était sèche comme un morceau

KYST£S HYOATIQUES DU FOIE.

de ii^; ks friflsoiis da soir, Teoseroble de I*état général préseotaient bien plos ks canctères d'une infection purulente que ceux d*une fièvre ty|dioIde.

Le 8 septembre, le malade avait rendu quelques gouttes de sang par le nez ; sa situation était considérablement empirée de jour en jour, et la mort arrivait dans la nuit.

A l'aotopsie, M. Laboulbène trouvait le foie volumineux adhérent à la face antérieure et inférieure du diaphragme. Ces adhérences ayant été détachées et le foie ayant été retiré du ventre, on constata qu*à la partie supérieure du coté droit, son tissu était ramolli ; dans le lobe droit, dans la partie qui était en rapport avec les côtes, il existait un kysle ne faisant pas saillie à la surface de Torgane et qui, après la section de ses parois, laissa échapper une grande quantité de liquide d*un jaune blanchâtre, d'aspect purulent^ renfermant un nombre considérable de corps ressemblant à des capsules transparentes de gélatine ou à des cristallins ramollis, suivant le volume qu'elles affectaient. Ce liquide, examiné par M. Davaine, éuit constitué par des leucocytes purulents, par des globules muriformes bien nets, quifsous l'influence de Tacide acétique, devinrent d'une pâleur et d'une transparence qui laissaient voir dans leur intérieur de un à trois noyaux. Ce liquide purulent se coagulait par l'action de la dialeur et de l'acide nitrique.

Lescorpsgélatiniformes coupés par tranches minces, offraient des fragmentsi qui, placés de champ, présentaient l'aspect caractéristique de la membrane propre des hydatidcs. C'étaient des couches stratifiées comparables à ce qu'on produirait en coupant transversalement par minces lanières des bandelettes de taffetas gommé superposées : ou bien encore, elles ressemblaient à la tranche d'un livre relié ou d'un album de photographies dont les feuillets seraient transparents. M. Davaine ne trouva aucune trace d'échinocoque ou de crochets. Les hydatides n'avaient pas la membrane germinale sur laquelle germent ces entozoaires avant de devenir libres. On avait donc affaire, dans ce cas, à des hydatides arrêtées dans la première période de leur développement.

Le kyste, 5 sa face interne, était doublé de fausses membranes peu adhérentes, teintées en plusieurs points par de la bile. En quelques parties, elles étaient épaisses, fibreuses. Après les avoir enlevées, M. Laboulbène constata dans l'épaisseur des parois du kyste des veines rampant à la surface et des canaux biliaires. Les veines étaient grosses et flexueuses.

A la face antérieure du foie, sur le côté du ligament falciforme, M. Laboulbène trouva plusieurs abcès de volume variable, semblables à des abcès métastatiques. A l'intérieur de ces abcès, il n'y avait pas de membrane formant parois, lesquelles étaient constituées par le tissu même du foie. Le liquide purulent qu'ils renfermaient était, dans quelques-uns, coloré par de la bile, qui sourdait, en effet, par quelques canaux biliaires qui, ainsi que M. Davaine le constata, venaient s'ouvrir dans quelques-uns de ces abcès; les collections purulentes semblables à celles-ci s'étaient faites également dans le lobe gauche du foie.

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