‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 4 sur 100 · VERTIGO A STOMACHO L£SO · texte numérisé non relu

VERTIGO A STOMACHO L£SO

ictribae à la sondurc des osselets de Touîc, mais cette dépression du tympan ]ui indiquait une ancienne phlegmasie de Toreille moyenne n'existait que lu côté droit et établissait une contiguïté douloureuse entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale.

Chez cette malade il u*y avait jamais eu de perte de connaissance, jamais ie convulsions ni de parahsie, l'intelligence était intacte, il n'était donc guère possible de s arréier h Thypothèse d'une lésion cérébrale ni cérébelleuse, la vue ^(ait bonne, et jamais il n'y avait eu de strabisme. Mais en rapprochant d'une part les expériences de MM. Flourens, firown Séquard et Vulpian sur les unanx semi-circulaires, les conclusions du savant mémoire de Ménière, et d'autre part les symptômes éprouvés par notre malade , à savoir, la surdité, les bourdonnements d'oreille, la propulsion à droite et les vertiges, il était bien diflîcile de ne pas penser que les canaux semi-circulaires fussent le siège d'une altération qui rendait compte de tous les symptômes que nous avions notés. De plus, la lésion du labyrinthe, bien qu'existant des deux côtés, était plus marquée du côté droit, puisque la douleur était plus intense de ce côté, et que la propulsion avait lieu de gauche à droite.

Je ne puis ici, messieurs, vous exposer avec détails le résultat de chacune des expériences de M. Flourens, résultat entièrement confirmé par les recherches de MM. Brown-Séquard et Yulpian, je vous dirai seulement qu'aujourd'hui il est généralement accepté par les physiologistes que la lésion simultanée des canaux semi-circulaires de chaque côté donne lieu à des mouvements en avant, en arrière ou de culbute^ suivant la disposition des canaux lésés, et que, lorsqu'il n'y a lésion que d'un côté, la propulsion de la marche a toujours lieu du rùté correspondant à la lésion. L'anatomie pathologique est venue confirmer les résultats de la physiologie expérimentale. En 1862, MM. Vulpian et Signol communiquaient à la Société de biologie l'observation d'un coq qui dans une iotte avait reçu un violent coup de bec sur la léte ; TcTnimal fut d'abord étourdi ; mais bientôt on ie vit, la tCte penchée en avant, tourner sur lui-même de gauche à droite lorsqu'il voulait marcher. Il devint aveugle et lorsqu'il mourut, six semaines après le début de ces accidents, on constatait une nécrose dune grande portion du temporal droit: toute la partie de cet os, où siègent les canaux semi-circulaires, était isolée par une membrane de nouvelle formation^ « il fut inipossiblede retrouver traces des canaux semi-circulaires, du côté droit.

Si réellement, comme nous le supposons, il existait chez notre malade une lésion des canaux semi-circulaires la propulsion de gauche à droite trouverait son explication dans la plus grande altération des canaux du côté droit. Quant aox autres symptômes, les vertiges, les douleurs de tète et les nausées, pour scn rendre compte il suffit de se rappeler que toute secousse violente, impriinée à la membrane du tympan par un stylet ou par une injection, sudit pour toemiiner des bourdonnements d'oreille et des vertiges a>ec nausées. Il est probable que, dans ces cas, la secousse est transmise à la fenC'tre'ovalc par la diaine des osselets et de là à l'oreille interne dont les lésions amènent des

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Tertiges , aiosî que le prouve le fait de la jeune femme dont Ménière a consigné l'obsenation dans son mémoire.

Nous croyons donc que, chez notre mahde, il y avait lésion des canaux semicirculaires ; mais si la physiologie, Télude clinique et nécroscopique des faits rap|K)rtés par Ménière, nous autorisent à accepter cette conclusion quant au siège de la lésion, nous n'avons pu connaître la cause qui avait produit cette lésion. Saissy et le docteur Triquet accordent une grande part étiologique à la diathèse rhumatismale, aux constitutions atmosphériques catarrhaies; nous avons vu dans le cas de Ménière quelle influence pouvaient avoir le froid et la suppression du flux cataménial. Ici il ne nous était point permis d'invoquer l'action de ces difTérenjes causes, puisque nous n'avons point constaté d'influence rhumatismale et que notre malade n'avait jamais eu de suppression des règles.

A côté de l'observation que je viens de résumer il est à propos de vous en rappeler deux autres : l'une qui appartient au docteur Burggraevc (1 ) . la seconde à .M. le docteur Hillairet (2). Dans le premier de ces faits, à la suite d*uu refroidissement, il y avait eu otile interne avec perforation du tympan et écoulement de pus sanguinolent parle conduit auditif. Toutà couprécoulcment se supprima, et alors apparut de l'Incertitude dans les mouvements, et plusieurs fois le malade faillit perdre l'équilibre. Bientôt il éprouva des vertiges, et était obligé de se tenir au bord de son lit pour ne pas obéir à la tendance à tourner sur luimême. De plus, sa tête était entraînée violemment de droite à gauche et de gauche à droite; il lui était impossible de marcher, le parquet ne lui paraissait pas solide ; il se trouvait comme sur le pont d'un navire agité par un violent roulis, et il avait des nausées, des vomissements, en un mot, un véritable maldemer. — «Quand ma tète était ébranlée, » dit le docteur Burg^raeve, car c'est sa propre histoire qu'il raconte, « soit en la tournant brusquement, » soit en me mouchant, m'es jambes se dérobaient, et je tombais comme tcr- » rassé par la foudre. » Une circonstance digne d'attention, c'est que les extrémités supérieures ne participaient pas au dérèglement des extrémités inférieures, et que, pendant toute la durée de la maladie, elles conser>èrent toute la précision de leurs mouvements. La tête était parfaitement libre; la vue, l'odorat, le goût, l'ouïe même, à part un bourdonnement et un sifflement incommodes dans l'oreille malade, n'étaient pas altérés. Ces accidents, nous dit l'auteur, cessèrent en grande partie aussitôt que reparut récouicment par l'oreille; mais, pcudant plus d'un mois, il y eut une certaine indécision dans les mouvements.

Il n'est guère besoin d'insister longuement sur les détails de cette observa-

(1) Gazette médicale de Paris, 1842, et Annales et Bulletin de la Société de médecine de Oand, 18A1.

(2) Comptes rendus et mémoit^s de la Société de biôlogie, 3« série, tome III, année 1861. Paru, 1862, p. ïàH.

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(ion pour tous faire remarquer qu'elle renferme tons les symptômes qne Ménière a rapportés aux lésions du labyrinthe : le irertige avec bourdonnemenu d'oreille, les nausées, les vomissements; la tendance irrésistible à tourner dans on sens déterminé, étant, vous le savez maintenant, les symptômes carac* téristiques des lésions des canaux semi-circulaires.

Le fait communiqué par M. Hillairetà la Société de [biologie n'est pas moins inslmclif : Après un refroidissement qui avait déterminé des douleurs violentes et longtemps persistantes dans les deux oreilles, survint un écoulement purulent de l'oreille droite. A partir du moment où cet écoulement avait eu lien, les douleurs avaient été moins violentes et beaucoup plus rares; mais bientôt l'inflammation chronique du rocher avait eu pour conséquence la prodoctîoQ de bourgeons charnus nombreux, qui, sous forme de polype , faisaient saillie dans le conduit auditif externe ; puis ce polype empêchant Técoulement du pus, les douleurs étaient revenues avec leurs premiers caractères, et de plus étaient survenus des bourdonnements dans Toreille malade, avec des vertiges, des envies de vomir, de la titubation, de la faiblesse des membres inférieurs et de la tendance à s'incliner et à tourner du côié opposé à celui où Taiïection exisuit. Le mialade fut soulagé par l'ablation du polype, qui donna une issue facile àTécoulement purulent; puis cet écoulement se tarit graduellement sous Tinfluence d'un traitement local et général, et les phénomènes nerveux cessèrent.

M. Hillairet, qui connaissait Tobservation de Burggraeve et le mémoire de Ménière» n'hésita pas à rattacher tous les phénomènes nerveux qu'il avait observés chez son malade à une lésion des canaux semi-circulaires; puis, s'appuyant sur les expériences de MM. Flourens et firown-Séqiiard, sur le fait si bien analysé de MM. Vulpian et Signol, M. Hillairet conclut que les phénomènes nerveux sont la conséquence probable de la lésion de l'oreille ioieroe.

Tous ces faits bien établis, il nous resterait à rechercher comment les lésions des canaux semi* circulaires produisent des troubles cérébraux, c'estànlire les vertiges, la titubation et la tendance irrésistible à tomber ou à tourner dans une direction déterminée. Nous savons que tous ces phénom^nes peuvent avoir lieu lorsqu'il y a lésion de certaines parties de Tencéphale ; mais il nous faut rejeter, dans les cas que nous analysons, Thypothèse d'une lésion propagée par continuité de l'oreille interne au cerveau, puisque, d'une pirt l'étude clinique, et d'autre part les autopsies faites par Ménière, Viricel et par M. Vulpian, établissent riniégrité de la substance cérébrale.

Vous savez, messieurs, la part importante que l'on accorde aujourd'hui à l'action réflexe dans la production des actes physiologiques et morbides; vous »vez que la moelle, incitée par un nerf sensitif de la vie animale ou organique, est un centre d'actions rédexcs multiples; le cerveau partage aussi cette propriété toutes les fois qu'un nerf crânien de sensibilité générale ou spéciale ebt excité d'une certaine façon. En effet, une irritation portée sur la branche opbthalmique est réfléchie, sans que nous en ayons conscience, d'uje bç

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spéciale parle cerveau, et la conséquence de cette action réflexe détermine Técoolement des larmes et Tinjection de la conjonctive ; de même, lorsque Taction excitatrice porte sur la rétine, vous constatez, en vertu de cette action réflexe, le clignement des paupières, Tépiphora et la contraction de la pupille. Vous savez encore que Topération de la cataracte par abaissement détermine des vertiges et des envies de vomir.

Des phénomènes analogues se manifestent lorsque nous éprouvons de vives douleurs d*oreille. Je pourrais multiplier les exemples de cette action réflexe du cerveau. Qu'il me suffise aujourd'hui de vous faire remarquer que M. Brown- Séquard, dans ses Leçons sur le système nerveux (1), a conclu que l'irritation du nerf auditif, de même que celle du nerf optique et de tout nerf sensitif, peut produire par action réflexe, des convulsions, des vertiges et d'autres symptômes de troubles des fonctions de l'encéphale. Et, comme l'action réflexe peut porter aussi bien sur le système nerveux vaso-moteur que sur le système nerveux sensitif ou moteur, il est permis de supposer que, dans les cas de lésion des canaux semi-circulaires, l'action réflexe agit sur le système vasculaire du cerveau de façon à produire une anémie cérébrale et partant plusieurs des symptômes de cette anémie, c'est-à-dire vertiges et nausées avec sentiment de défaiUance, etc., etc.

Cette dernière remarque nous conduit à émettre cette hypothèse, à savoir, que le vertige stomacal n'est peut-être que le résultat d'une action réflexe sur la circulation cérébrale, laquelle action réflexe aurait sa cause d'incitation dans l'estomac.

Quoi qu'il en soit de l'interprétation de ces phénomènes vertigineux liés à une lésion du labyrinthe, ou à des troubles de l'estomac, leur existence est maintenant parfaitement établie ; vous pourrez les rapporter, toutes les fois qu'ils seront accompagnés de bourdonnements persistants dans les oreilles, et plus tard de surdité, à une affection de l'organe de l'ouïe.

Messieurs, il arrive encore trop souvent que les vertiges stomacaux, surtout chez les personnes qui approchent de la vieillesse ou qui y sont arrivées, soient le prélude d'accidents cérébraux très-graves, tels que Thémorrhagie du cerveau et le ramollissement Aussi, aujourd'hui, bien que, dans la ti^ès-grande généralité des cas, les formes vertigineuses que je vous ai décrites semblent ne laisser sur le cerveau qu'une impression fugace, et paraissent avoir leur orij;ine dans l'appareil digestif, quoique je n'hésite pas à faire le traitement que je vais vous indiquer et qui guérit les malades, les uns tentporairement, et c'est le plus grand nombre, les autres définitivement; je n'en fais pas moins mes résenes, sachant que, dans quelques cas rares, à un vertige simple, succèdent des accidents cérébraux formidables, et trop évidemment dus à une grande lé2>ion de l'encéphale.

(i) L^tures ofi the physiology and pathology of ihe central ner vous System, 1860, p. 195 et suiT.

VERTiGO A STOMACHO L^SO.

Au vertige stomacal apparlicimunt assurément les pliénomènes cérébraux qui accompagnent rindigesrion, l'embarras gastrique, un simple état de plénitude de J*estomac, comme cela arrive après un repas plus copieux que d*habi« tude, ou même après Tingestion de plusieurs substances alimentaires.

Ces vertiges, accompagnés de pesanteur, de céphalalgie gravative, de tintements, de bourdonnements d'oreille, ressemblent^ bien plus que les précé-* dents, à ceux que Ton regarde comme liés à une congestion cérébrale. Alors même qu'ils sont l'unique indice du malaise de l'estomac, les circonstances dans lesquelles ils se produisent, empêchent de méconnaître leur nature; phénomènes d'ailleurs aussi passagers que la cause dont ils relèvent, ils cèdent avec la plus grande facilité, et, en vérité, il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur ce sujet, pas plus que sur le traitement qui convient pour les combattre.

Il n*cD est pas de même des accidents dont nous nous occupons plus spécia* lement ici. Au moment où ils ont lieu, l'ingestion d'une petite quantité d'aliments, du bouillon, un peu de vin généreux et surtout des liqueurs alcooliques H aromatiques, suffiront souvent pour les calmer ; mais, pour en prévenir le retour, pour guérir la maladie, il faut un traitement qui, s'adrcssant à un état l^athologique plus ou moins ancien, plus ou moins persistant, doit être suivi avec persévérance.

11 est une médication qui m'a rendu de grands services; je la tiens de mon vénéré maître Bretonneau ; c'est celle que vous m'avez vu employer chez nos malades, et dans laquelle les préparations amères et les alcalins jouent un rôle iinportant.

£lle consiste dans l'emploi des moyens suivants.

Chaque matin le malade prend une tasse de macération amère faite avec : Copeaux de bois de quaesia ainara. . . 2 {grammes.

qu'on laisse pendant douze heures dans une tasse à thé d'eau froide.

Un bien la macération s'obtient en laissant séjourner pendant une demiheure la même quantité d'eau dans un gobelet fait avec ce bois amer.

Après chacun des deux principaux repas, et le soir en se couchant, le malade prend également un paquet de poudre ainsi composée :

'jjfi Bicarbonate de soude. 1 graitinic.

Crnic préparée 2 {(rainiiios.

Magnésie 1 gramme.

Mêlez et divisez en trois prises qui sont délayées, au moment d'en faire usage, dans un demi-verre d'eau sucrée.

Ces paquets doivent être pris cinq ou six joui-s de suite : cl Ton y revient huit ou dix jours plus tard. Dans l'intervalle, on donne au malade des eaux minérales naturelles, telles que l'eau de Vichy, de Pougues, de Vais, d'Ems, fjui semblent agir surtout par leurs principes alcalins, mais dont la dose ne àoli pas être portée à plus de deux verres par jour; ou bien on a recours aoi TKOussEAU, 2*édit. — III. 2

YERTIGO A STOAfAGHO UESO.

eaux de Bussang, de Spa, de Schwalbacli, qui, empruntant aussi une partie de leur action aux principes alcalins qu'elles contiennent en plus petite quantité, semblent agir surtout par leurs éléments ferrugineux.

Lorsque Tappétit est languissant, les préparations tirées des'plantes de la famille des strycbnées sont indiquées pour solliciter la sensibilité de la membrane muqueuse gastrique en même temps que la contractililé de Tapparcil musculaire de Testomac. £n dehors de Texciiation qu'elles produisent, ces préparations sont d'excellents toniques. Aussi prescris souvent de prendre au commencement du repas, soit des gouttes amërcs de Baumé, à la dose 4*une, deux d'abord, puis de trois et même quatre gouttes; soit la teinture, soit l'extrait de noix vomique, la première à la dose de cinq, huit, dix gouttes; le second à la dose de 5 à 25 centigrammes, par pilules contenant chacune 5 centigrammes d'extrait

31ais avant toute chose, il est essentiel d'insister sur la nécessité d'un régime tqnique et substantiel, aidé par un exercice modéré. Le traitement des vertiges stomacaux est, en un mot, celui de la dyspepsie, sur lequel j'aurai à revenir plus amplement un jour avec toutes les indications qu'il comporte.

D£ LA DYSPEPSIE

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