LXVI. — DE LA DYSPEPSIE
( i . — I<a dyspepsie est bien moins une maladie qu'mi phénomène commun à nn grand nombre de maladies. —Dans les cas où, en raison de sa prédominance, ce phénomène semble constituer une espèce morbide, il est subordonné à une foule de conditions. — Quelques considérations générales sur les aptitudes de l'organisme et des organes en particulier à s'accommoder aux stimulants qui agissent sur eux. — Applications de ce làit à la question des dyspepsies.— La dyspepsie conséquence de Texcitation exagérée des sécrétions gastriques et des mouvements musculaires de restomac.— Études sur la névrose j'ai appelée épuisement de Tincitabilité. — Asthénie consécutive à l'excitation longtemps prolongée. — Dyspepsie sympathique de maladies de l'intestin, du foie, de l'estomac, etc.
Messieurs,
Il est rare que nous n*ayons pas dans le senice de la clinique un certain numbre dlndividus affectés do dyspepsie. Pour la comballre, tantôt vous \oyez recourir à la médication alcaline ; tantôt vous in*entendez prescrire des acides, il est des cas où j'ordoDDe le quinquina, les amers, tels que la macératioade bois de quassia amara, les préparaiions btrychnées ; il en est d'auUres où je fais prendre, soit Fopium, soit la belladone, soit des médicaments antispasmodiques. Je varie, en un mot, à TinGni mes moyens d'action.
Si je procède ainsi sans règle ûxc en apparence, c'est que le traitement de la dyspepsie n'a lui-même, en réalité, rien de bien déterminé. C'est qu'ici, plus que partout ailleurs, le médecin, livré à ses inspirations, est furcé de marcher en tâtonnant à la recherche des indications qui varient suivant les cas, suivant lesindiiidus, et qui, chez un même individu, sont susceptibles de varier d'un iistant ù l'autre. Il n'est pas surprenant, du reste, qu'il en soit ainsi, lorsque l'on réfléchit que la difficulté de la digestion (car c'est là ce que veut dire le Diotde dyspepsie pris dans son acception étymologique, tirée du grec ^uffut^ii^ est an phénomène commun à une foule de maladies aiguës ou chroniquei; que dans les cas même où ce phénomène devient assez prédominant poursenobler pouvoir conhtitucr une espèce pathologique, il reste subordonné à des étals morbides très-différents les uns des autres.
En abordant aujourd'hui ce sujet, je n'ai pas la prétention de vous faire l'histoire complète de la dyspepsie. Je me propose uniquement d'eutrer dans quelques considérations générales, de vous rappeler quelques-uns des faite dont nous avons été témoins, de formuler quelques-unes des indications qui pourront se présenter le plus souvent à vous au lit des malades, ienemuteni
DE tk DYSPEPSCe.
pas devant les détails qui, dans one question aussi vaste et tout à la fois aussi obscure que celle-ci, me paraissent d'une utilité plus immédiate que la description dogmatique la plus étendue.
Une courte excursion dans le domaine de la physiologie normale me semble nécessaire pour vous faire mieux comprendre ce que j'aurai à vous exposer.
Dans l'accomplissement de toute fonction, trois choses, comme le disait un de mes plus illustres prédécesseurs dans cette chaire, le professeur Récamier, trois choses sont à considérer : le stimulus, le support du stimulus^ et ce qu'il appelait la capacité réciproque. Cette dernière expression n'est peutêtre pas très-claire, je la remplacerai par une autre plus intelligible, et je dirai la relation fonctionnelle. Par support du stimulus, Récamier entendait l'organe dans sa totalité avec ses accessoires anatomiques et physiologiques, l'appareil fonctionnel, qui doit être en rapport avec son excitant physiologique^ son stimulus, lequel est tout ce qui met enjeu le support. Ainsi, l'aliment est le stimulus, l'excitant de l'estomac, celui-ci est le support du stimulus ; la lumière est l'excitant normal de l'œil, etc. La capacité réciproque, ce que nous proposons d'appeler la relation fonctionnelle, est le rapport s'établissant entre lesupport du stimulus et le stimulus lui-même, rapport duquel résulte raccomplissèment normal et régulier de la fonction.
Gela posé, cherchons à étudier les modifications diverses que peuvent éprouver ce support et ce stimulus, voyons quels sont les résultats et la modification relativement à la fonction.
Supposez un instant le support de stimulus normal, l'organe, sain, et supposez le stimulus anomal, évidemment la fonction sera troublée : prenez pour exemple l'œil auquel vous appliquez la lumière dans une qualité ou dans une quotité différente de celle qu'il doit régulièrement supporter, vous produirez alors un trouble fonctionnel de la vision ; choisissez l'estomac auquel vous donnez l'aliment dans une quotité ou d'une qualité anomale, vous déterminez une perturbation dans les fonctions qu'il est chargé d'exécuter.
Supposez au contraire le stimulus normal, taudis que le support du stimulus est anormalement disposé. S'il s'agit de l'œil, supposez la lumière agissant en quotité et en qualité régulières sur l'organe malade d'une façon ou d'une autre; s'il s'agit de l'estomac, supposez que l'aliment lui soit donné dans sa quotité et dans sa qualité normales, alors qu'il est mal disposé d'une manière ou d'une autre pour le recevoir, et la relation fonctionnelle n'existant plus, le jeu physiologique de ces appareils organiques sera, comme dans la première hypothèse, nécessairement troublé.
Il peut arriver pourtant que le stimulus et son support restant l'un et l'autre dans des conditions anomales, la relation fonctionnelle s'établisse régulièrement jusqu'à un certain point. C'est ce que j'ai appelé la relation fonction^ nelle accidentelle, fortuite, dans les maladies. Il peut se faire, par exemple, que l'œil étant malade dans une certaine mesure, la lumière lui arrive encore sous une certaine forme et dans une certaine quantité qui ne seraient plus ici
DE là DySPEPSlfi.
h forme ni la quantité uoimales; cette lumière se trouve alorti coadaptée^ si je puis ainsi dire, à cet œil malade» de façon que la vision ait lieu. Appliquons ceci à Testomac Si à cet organe malade on donne un aliment anomaU dans une certaine mesure, quant à sa quantité, quant à sa qualité, la relation fonctionnelle s'établira accidentellement, fortuitement. La digestion s'effectuera d'une façon à peu près normale, bien que le stimulus et son support ne soient ni l'un ni l'autre dans un état r^ulier. C'est en raison de cette relation fonctionnelle accidentelle que quelques traitements empiriques ont pu réussir, dans certaines maladies de l'estomac, alors que l'aliment donné à cet organe malade et parfaitement supporté par lui, ne l'aurait pas été si l'organe se fût trouvé dans des conditions normales et physiologiques.
De tous les animaux, l'homme est assurément celui qui s'adapte le plus facilement aux diverses conditions extérieures nécessaires à l'entretien de la fie. Le premier individu de notre espèce n'est pas né, à coup sûr, sous le 50* degré de latitude : son corps, qui n'est protégé ni par des poils, ni par des plumes, comme l'est celui des autres êtres des classes supérieures, ind^ue assez que le Créateur l'a placé, lorsqu'il l'a fait naître, sous un climat asses doDx pour qu'il pût se passer des vêtements qui, dans nos pays, sont néces^ saires et indispensables à son existence. Cependant, à mesure que la terre est derenue trop étroite pour les générations qui se succédaient et qui s'accumulaient dans le lieu de son origine, l'homme a émigré vers d'autres régions. Couvrant la surface du globe du sud au nord, du levant au couchant, s'adaptaot partout aux nouvelles conditions climatériques qu'il rencontrait, il a fini par vivre aussi bien sous le pôle que dans les pays équatoriaux d'où il était parti. Mais celte adaptation de l'organisme humain aux conditions climatériques les plos diiïérentes est moins remarquable, peut-être, que son adaptation aux conditions si variées de l'alimentation. Du régime le plus élémentaire, consisUnt dans le principe, comme il consiste aujourd'hui encore pour certains peuples, pour les Indiens par exemple, en quelques faibles rations de substances végétales, telles que le riz , avec de l'eau et un peu de lait pour bois* son, l'homme a pu arriver à ce régime plantureux des peuples duNord, régime oà les substances animales entrent dans une si grande proportion. Son organisation s'est créé des habitudes toutes différentes de ce qu'elles devaient être àTorigine ; elle s'y est si bien adaptée que, tournant à son profit, ce régime nouveau a fait de l'homme du Nord un être bien {dus vigoureux que l'homme des régions équatoriales.
Cette merveilleuse aptitude de l'organisme s'applique non-seulement à l'espèce, non-seulement aux individus pris isolément dans une même espèce, elle s'applique encore aux divers appardls de l'économie.
Le support du stimulus, l'organe restant dans ses conditions normales, finit par s'adapter aux stimulus anomaux qui agissent sur lui. D'abord, il est vrai, il en résulte une certaine perturbation, quelque chose de morbide ; mais, en vertu de cette aptitude d'accommodation, l'organisme se modifie, s'antDgi
DK r.A DY5PEPSÎF.
ponr celte impression nouvelle, et, au bout d'un certain temps, les organes s'étant mis an (on de leur nouveau stimulus, la relation fonctionnelle sY'tablit régulièrement.
Dans quelques circonstances, le niédrcîn, aidant la nature, peut C4)ntribner il mettre les individus dans les conditions d*accoromodalion$ il peut faire avec tes agents, les modificateurs pharmaceutiques, ce que font les agents, les modiDcatetirs physiologiques; il peut établir, pour un temps plus ou moins long, des relations fonctionnelles accidentelles. Il peut faire, pour les organes en particulier, ce qu'il peut foire pour Tenseinblede lï'conomie. Ponr l'estomac, par exemple, qui, dans la question qui nous occupe, est plus spécialement en cause, il peut le mettre dans des conditions spéciales, nécessaires à la régularité des actes qu'il doit physiologiquement remplir.
neutrons maintenant plus directement dans notre sujet. Relativement à Testomac considéré comme suppoit du stimulus, nous aurons à tenir compte de son organisation anatomique, c'est-âi-dire de ses plans mnsculcux et maqaeuT, de ses systî'mcs glanduleux, circulatoires et nerveux; de ses mouvements et de ses sécrétions; nous verrons quelles sont les mmlifications qui, se produisant dans ces divers éléments organiques ou fonctionnels, occasionnent eè que nous appelons la dyspepsie.
Et d'abord, messieurs, de quelle f«çon, sous quelles influences se modifient les sécrétions stomacales? Elles se modifient par le fait d'un stimulus excessif on insuffisant.
Chez un animal auquel on a pratiqué une fistule stomacale, il suffit d'introduire un tube de verre dans la caviié de l'estomac et d'en exciter la membrane muqueuse, pour faire pleuvoir en assez grande abondance le suc gastrique. Par le fait de celte excitation, vous voyez se produire une sécrétion extra -physiologique quant à sa quantité, mais, en fin de compte, un suc gastrique parfailcm< ni normal quant à ses qualités. Mais que celle excitation soit exagérée, qu'allant au delà d'un certain degré, elle arrive jusqu'à l'inflammation Ja sécrétion du suc gastrique s'arrêle, et la fistule ne donne plus issoe qu'à du mucus.
Ces troubles se produisent indépendamment de toute exciiation mécanique. Sous l'influence de la fièvre, qui peut-être n'est pas autre chose qu'une grande modification dans les fonctions d'innervation de la vie organi((ue, la sécrétioo du suc gastricfue se trouble et s'arrête. L'expérience en a été faite non pas une fois, Uiais un grand nombre do fois, par M. le professeur Cl. Bernard (1). En donnant à volonté la fièvre aux animaux sur lesquels il étudiait le phénomène, il pouvait suspendre la sécrétion du suc gastrique, sans qu'il y eiit aucune inflammation de la membrane muqueuse stomacale, sans qu'on pût, en conséquence, mettre en canse une gastrite dont on ne trouvait pas les traces.
(i) LeçoM êur la physiologie et la pathologie du sytième mrvc^ Paris, 1858, t. II, p. S74.
DE LA l)VSI»h!>.'ilE.
Et notez, messieurs, qu'il ne se passe pas pour l'estoinac autre chose que ! que nous voyons chaque jour se passer sous nos yeux. Loi-squ'une lésion luniatiquc a eu lieu, et que, les premiers phénomènes do l'inflammalion rantdi.spani, tout marche à résolution, on peut, à bon droit, considérer chaque eliole du tissu conjonctif, comme un petit estomac dans lequel les artères ersent l'aliment dont les veines et les lymphatiques emportent les résidus |)rès que Texsudation plastique fonctionnelle 8*est opérée. Dans Tespèce, 'etsudatioQ fonctionnelle, accidentellement normale, est la lymphe plastique et « pas. Que la fièvre s*allume, et nous voyons les sécrétions du tissu cellulaire se iBodiGer, la tendance à la consolidation cesser, et les plaies , à demi cicatrisées, se rouvrir pour sécréter un ichor de mauvais aloi aussi diiïérent de la lymphe plastique et du pus normal, que le mucus de Testomac Test du suc gastrique.
Vous savez, messieurs, et c'est encore RI. Claude Bernard qui vous l'a appris, que, après la section des nerfs pneumogastriques, les mouvements de l'estomac sont immédiatement sus])endus, et que la sécrétion du suc gastrique est diminuée. Vous satez aussi que, lorsque dans les expériences sur les animaux, 00 irrite les ganglions du grand sytnpathique qui envoient des filets nerveux à l'estomac, il se produit des contractions énergiques deTestomac et la sécrétion gastrique devient plus abondante. Ainsi se trouvent démontrées les modificalions éprouvées par Testomac lorsque Ton agit sur le système cncéphalorachidîen ou sur le système trisplanchniqne.
Poar aborder un ordre de faits qui touche de plus près à la clinique : qui n'a constaté chez l'homme cette influence des troubles de l'innenation sur la digestion; qui ne sait qu'une émotion morale un peu vive va en suspendre le cours et amener une indigestion ; qui ne sait combien les préoccupations morales longtemps prolongées ont un funeste retentissement sur l'appareil d^lif, et qu'elles sont une cause fréquente de dyspepsie ?
Les douleurs locales, les névralgies stomacales et intestinales troublent également les sécrétions de l'appareil digestif. Il arrive ici ce qui arrive pour d'antm appareils. Ainsi la névralgie de l'œil amène une congestion plus ou «oins violente des parties, élève leur température et augmente la sécrétion fa larmes ; de même la névralgie de l'estomac produit des efTcls analogues tas cet organe, dont elle exagère les sécrétions à ce point que celles-ci se kroni, non plus seulement comme d'habitude, au moment où les aliments M ingérés, mais encore en dehors de tout travail de digestion.
Ce sont là des effets consécutifs h une exagération de l'excitation normale; Bais nous allons voir maintenant quelles sont les conséquences de celte excitalioo eiagérée, trop longtemps continuée. Je vous ai souvent parlé des résultats qa*avait sur l'économie l'abus des excitants, je vous ai dit que par le fait 'excitations trop souvent répétées nu poussées trop loin, l'organe sur lequel ces excitations agissaient, cessait de répondre à son stimulus, et que bientôt Privait ce que Brown appelait Vastfiéme. Comment expliquait-il cette asthénie? Je répète ici ce sur quoi j'ai tant Insisté en d'atttres cfrconstaoces, et je
ne crains pas d'y revenir, parce qu'il importe de bien connaître ces idées, les seules peut-être qui soient sages et récllenienl pratiques dans la grande ihéorie du médecin écossais.
Convaincu que la vie ne s'entretient que par les excitants, comme Broussais le professa après lui, à peu de chose près, Brown pensait que chaque organe était doué d'une capacité particulière d'excitation, qu'il appelait excitabilité, et que cette excitabilité s'épuisait par le seul fait de sa mise en jeu. Il disait, par exemple : l'encéphale, la moelle, l'appareil musculaire, ont une aptitude à entrer simultanément en action pour exécuter la fonction de la locomotion. Or, si ^excitation exercée par l'intelligence sur les muscles, par l'intermédiaire do système nerveux rachidicn auquel elle commande, s'exerce pendant un temps trop long, il arrivera un moment où le système nerveux et l'appareil muscu» laire ne répondront plus à cette excitation cérébrale, où ils perdront leur cai)a-> cité d'être excités, leur excitabilité, ils tomberont dans V asthénie, mot qui se traduit ici par celui d'impuissance. Alors il n'y a plus, pour Brown, qu'ai moyen extra-médical de rendre aux muscles et au système nerveux la capacilé qu'ils ont perdue, ce moyen, c'est le repos. Mais si l'excitation est constant* ment portée au delà de ses limites normales, l'excitabilité s'épuise dans une proportion supérieure à celle que le repos pourrait lui permettre de recouvrefi de telle sorte que l'habitude d'être excités fera perdre à ces organes la facniti d'être mis en jeu par les stimulus normaux auxquels ils répondaient aupara* i vant, et qu'il leur faudra un stimulus plus considérable. Prenons un exemple - L'œil s'habitue h supporter la lumière dans certaines proportions régulières» j| quant à la quantité et quant à la qualité. Je suppose cette quantité représentée par un chiffre, soit 10, l'appareil de la vision se trouvant dans des condition*^ physiologiques normales; que cette quantité de lumière^ l'œil restant danskiM conditions où il se trouvait précédemment, vienne à être subitement augmefr«fl tée et portée à 20, il en résultera le phénomène pariiculier anomal, que l'ot 3 appelle éblouisscmcni. Ce n'est pas de l'asthénie, car si 10 de lumière sort rendus à l'œil, celui-ci reprendra la régularité de ses fonctions, monieniané» ment troublées. .Mais si, au lieu d'augmenter brusquement et passagèremeiil ^ la quantité du stimulus, on l'augmente graduellement, si, chaque jour, M - \ s'habitue à supporter une lumière de plus en plus vive, il arrivera un momefltd où les fonctions de l'appareil de la vision s'exécuteront sous l'innuencc de ccU*"( lumière plus vive, exactement comme elles s'accomplissaient primilivcmcrt^ avec une lumière beaucoup moins énergique ; bien plus» il arrivera un moment }, où la vision n'aura plus lieu qu'à la condition que l'œil recevra cette quaik^ tilé de stimulus plus considérable que celle dont il avait besoin d'abord. Qu'a individu habitué depuis six mois, depuis un an, à 20 de lumière, n'en reçoifi tout à coup que 10, l'excitation de la rétine produite par cette nouvelle qvOÊr 3 tilé de stimulus qui lui était autrefois suffisante, ne pourra plus aujourd'boi ^ mettre en jeu les fonctions visuelles. C'est parce que, sous l'influence d'oi excitation plus considérable et constamment répétée, l'excitabilité de l'orgaBi
s*est épuisée, que l'asihénic s'est produite, et que, pour eutver en acliou, i*œil a désormais bcsoia de celte nouvelle dose de stimulus, dose double de celle qui lui suffisait normalement.
Pour Testomac mômes choses se passent. Un individu se nourrit sobrement, fait un usage très-modéré des mets épicés, s'abstient de tout excitant de la digestion, boit peu de liqueurs alcooliques ; le stimulus et son support organique, c'est-à-dire Taliment et l'appareil gastrique, se trouvent en relation fonctionnelle parfaitement suffisante et convenable, aussi la digestion s'opèret-dle régulièrement et facilement Cependant cet individu se met peu à peu à épicer davantage ses aliments, à boire un peu plus chaque jour d'alcooliques, à multiplier en un mot les excitants ; si le premier jour il a souffert de ce changement de régime, il ne tarde pas à s'y faire, et à mesure que celte excitation augmente, son estomac y répond, s'y accommode, s'adaptant par un surcroît d'efforts graduels aux impressions nouvelles qu'il éprouve. Puis, que tout à coup cet individu reprenne son alimentation première ; l'estomac, alors, ne se trouvant plus suffisamment excité, ses sécrétions ne se feront plus comme elles se faisaient auparavant, il en résultera une difficulté de la digestion. Pour combattre cette dyspepsie, vous serez alors obligés ou de faire ce que Brown recommandait, de maintenir l'organe au repos pendant un certain temps, aGn de lui permettre de récupérer son excitabilité primitive perdue par l'abus de l'excitation, ou bien vous serez forcés de revenir à ces excitants auxquels Testomac s'était habitué, et bientôt même d'avoir recours à des excitants de plus en plus énergiques.
Dans ce que je viens de vous dire je n'ai eu en vue que ce qui se passe du côté des sécrétions stomacales, il importe encore de tenir grandement conipte de l'appareil musculaire de l'estomac qui est aussi essentiel à Faccomplissement des fonctions de l'organe que son appareil sécrétoire. Pour que les digestions s'opèrent normalement il faut que les mouvements de l'estomac comme ceux de rintestin s'exécutent avec une parfaite régularité. Or, le jeu du système musculaire gastro-intestinal peut être troublé de différentes manières. Son excitabilité peut être diminuée, affaiblie, et l'individu digérera mal parce qu'il y aura, si je puis ainsi dire, arrêt dans les contractions de l'estomac; elle peut être au contraire exagérée, et alors l'individu cessera de digérer convenablement, parce que les contractions de son estomac seront trop multipliées, trop éuergicfues.
Dans ce dernier cas, les aliments seront rapidement chassés de l'estomac dans le duodénum où ils arriveront non chymifiés ou incomplètement chymifiés. Trop imparfaitement préparés dès lors pour subir le nouveau travail dont est chaînée la première partie de l'intestin, leur digestion s'opérera mal, diffidieinent, il y aura dyspepsie.
Ainsi que nous l'avons vu tout à l'heure pour les sécrétions gastriques, la conlractiUté exagérée de l'estomac peut reconnaître pour cause une perturbakte torfcaue dans les fonctions du système nerveux, soit du système nerveux
DE LA DYSPEPSIK.
cérébro-spinal, à la saitc d'une émoiiou murale vive par exemple, soit du système nerveux ganglionnaire; clic peut reconnaître pour cause Ta bus des substances excitantes introduites dans la cavité même de Torgane et qui agissent plus ou moins directement sur son appareil contractile.
De même aussi que Texciiatiou exagérée et longtemps continuée du système sécrétoire va amener l'asthénie de ce système, do même Texagéralion longtemps continuée de la coniractilité aara pour conséquence Tasthénie de l'appareil musculaire. Cette asthénie reconnaît encore d'autres causes, et ont qui n'est pas rare est l'habitude de prendre des aliments en trop grande quantité, de telle sorte que leur accumulation dans l'estomac distend l'organe au delà de ses limites normales. Il arrive alors pobr l'estomac ce qui arrive pour la vessie, par exemple<qui« sous l'influence d'une rétention d'urine trop longtemps prolongée, finit par se paralyser, sa distension forcée annihilant la tonicité de sa force musculaire comme elle l'annihile dans tous les organes creoi.
Cette cause de l'asthénie stomacale n'est pas rare, dîsais-je. On l'observe cba les grands mangeurs qui, semblables li ceux dont vous pourrez lire l'histoire dans le Dictionnaire des sciences médicales, dévoraient jusqu'à soixante et quatre-vingts livres d'aliments dans les vingt-quatre heures. Chez ces individos l'estomac se distend jusqu'au point de prendre la capacité du rumen d'oD bcauf. On comprend que cet organe ainsi distendu perde sa tonicité musculaire, et que, après un certain temps, il soit nécessaire, pour le réveiller, d'avoir recours à des moyens excitants artificiels dont l'énergie doit être augmentée en proportion du défaut de contractilité^ de l'asthénie, qui de jour en jour fait de nouveaux progrès.
Celte asthénie musculaire de l'estomac, que l'épnisement de l'excitabilité dépende de l'abus de l'excitation, qu'elle dépende de l'espèce de paralysie produite par une distension forcée de l'organe, cette asthénie musculaire, comme l'asthénie sécrétoire, est la cause prochaine de dyspepsie à laquelle sont sujets les grands buveurs et les gros mangeurs. Nous verrons comment il faut la combattre; nous verrons qnc dans ce cas, certaines médications que je vous indi(|ucrai ont une efficacité beaucoup plus grande qu'elles n'en ont dans d'autres espèces de dyspepsies.
Il est une autre forme d'asthénie qui tient à des dispositions individuelles étranges, s'observe dans l'appareil musculaire de la vie animale, et qui, probablement, a son analogue dans le système musculaire de la vie organique. Cette affection singulière, sur laquelle j'ai déjà fixé depuis longtemps mon attention, a été vue certainement par un très-grand nombre de praticiens, et pourtant elle n'a pas été étudiée dans ce qu'elle a de spécial.
J'ai appelé cette névrose épuisement de l'incitabilité, et je veux vous en donner un exemple.
Il y a près de dix ans, je voyais une jeune dame de Tours, nouvellement mariée, qui n'avait d'autres troubles dans sa santé que l'aflection nerveuse bizarre dont je vais essayer de vous tracer le ubieau.
DE LA OVSPEPSIE.
Elle se disait paralysée; or, quand on interrogeait la motilité et la sensibn lUé, on les trouvait parfaitement intactes. Si Ton demandait à la Jeune malade de se lever et de marcher, elle le faisait délibérément, svcc une précision, une netteté parfaites. A peine avait-elle fait quinze pas, qne Ton voyait sa démarche perdre de son assurance, et après quelques pas mal assurés, elle s*aiïaissait sur die-méme, impuissante ï aller tin mètre plus loin. Alors je la faisais asseoir, •t, avant qu'un quart d*henre se fût écoulé, elle avait récupéré ses aptitudes et poavait de nouveau fournir la courte carrière qu'elle avait psrcouroe tout I llieore. Interrogée sur li nature de ses sensations, elle disait qu'après avoir Mt quelques pas, elle se sentait fbtiguée à tel point qu'il lui était impossible d'aller plus loin ; elle comparait la sensation qu'elle éprouvait k celte que Mguère, lorsqu'elle était bien portante^ elle avait quelquefois éprouvée après me marche excessive. Ce n'était donc pas là une paralysie, mais vraiment un épuê$ment c/e l'incitahUiié. J'ai, depuis cette époque, reto plusietirs persiMines présentant exactement les mêmes symptômes. Ces malades ont tous guéri, le plus grand nombre avec l'hydrothérapie et les bains de mert quelques-uns avec réicctricité, d'autres avec les préparations de noix toroique.
Revenons à la dyspepsie.
Jusqu'ici, messieurs, je n'ai fait allusion qu'à ce qu'on pourrait appeler, dans le langage de l'école, les dyspepsies idiopathiques, c'est-à-dire à celles dans lesquelles l'estomac a été mis directement en cause, soit que les troubles dont il est le siège aient intéressé directement et sans intermédiaires son organisation interne, soit qu'ils aient Intéressé la portion du système nerveux encéphalo-rachidien ou ganglionnaire qui préside à ses mouvements musculaires ou à sa sécrétion. J'arrive maintenant aux dyspepsies que l'on pourrait appeler symptomatiques, à celles dans lesf|uelles les troubles de la digestion ne sont que le retentissement sur l'estomac d'une perturbation survenue dans d'autres organes, dans d'autres appareils ayant avec l'estomac des relations sympathiques plus on moins prononcées. Ces dyspepsies symptomatiques ou, si vous l'aimez mieux, sympathiques méritent une sérieuse considération en raison de la place importante qu'elles occupent
Les troubles hHestinaux et parmi ces troublés la constipation, en première ligne, jonent ici on rôle capital. Un premier fait nous frappe, c'est que les garderobes sont habituellement rares et difficiles chez la plupart des dyspeptiques. Est-^ là troc cause, est-ce â un effet de la dyspepsie? Si Ton comprend que par oeia seul qn'un individu mange moins, ses fèces seront moins abondan* tes, et qu'en ce sens la dyspepsie entraîne la constipation, on comprend aussi que celle-ci finisse entraîner des troubles de la d^estion. Lorsque, l'occanon s'en présentant, je vous parlerai de la diarrhée, je vous ferai voir que les affiections du gros intestin, qu'une irritation portée sur l'extrémité la plus inférieure du tube digestif, sufGsent pour provoquer un flux provenant de l'iléon, l'irritation anale retentissant jusque dans l'intestin grêle. J'ajouterai dès à présent que cette sympathie entre le gros intestin et les antres parties du tube intestinal
DB LA DYSFËPSIE.
se trouve chaque jour démoutrée par i'expérieuce la plus vulgaire : un lavement pris immédiatement après le repas par un individu qui n'en a pas Tbabitude, déterminera une indigestion. Qu'à la place d'un lavement il s'agisse d*un suppositoire, le même accident se produit, ou tout au moins surviennent des garderobes, d'abord solides, constituées par les matières contenues dans le rectum et dans le côlon, puis liquides ou demi-liquides, formées par les matières contenues dans le caecum et dans les dernières portions de l'intestin grêle. Ce suppositoire cependant n'a pas pénétré au delà de 4 à ô centimètres au-dessus de l'anus ; mais l'irritation qu'il a déterminée localement dans un point si limité s'est propagée sympatbiquement beaucoup plus loin. Tonte irritation de l'extrémité inférieure du gros intestin agira de la même façon, et provoquera non plus seulement l'excrétion de matières demi-liquides, non plus seulement des envies fréquentes d'aller à la garderobe, du ténesme rectal qui s'explique par l'irriution locale, mais une excrétion de matières liquides, une sécrétion anomale des liquides intestinaux, une diarrhée souvent trèsabondante et incoercible qui trouvera sa raison d'être dans ce lait que l'irritation locale est permanente au lieu d'être passagère^ comme l'était celle do suppositoire.
Il y a donc entre les diverses parties de l'appareil musculaire du tube digestif une synergie évidente en vertu de laquelle le gros intestin agit sympathiquement sur l'intestin grêle et sur l'estomac, de même que l'estomac et l'intestin grêle peuvent agir sympalhiquement sur lui, si bien que la régularité des contractions de l'une de ces parties dépend de la régularité des contractions de l'autre.
C'est donc ainsi que l'on peut comprendre comment la constipation est une cause de dyspepsie. Le gros intestin étant paresseux, c'est-à-dire son appareil musculaire se contractant mal, celui de tout le tube digestif, celui de l'estomac ralentit aussi ses mouvements, et les digestions deviennent plus lentes et difficiles. Il arrive ici l'inverse de ce que nous venons de dire à propos de la diarrhée. Il en est si bien ainsi que chez quelques malades il sera seulement besoin de solliciter une garderobe régulière à l'aide de douches ascendantes ou plus simplement à l'aide de lavements qui réveillent la synergie des noouvements en excitant la contraction du gros intestin, pour faire cesser les accidents dyspeptiques.
Ici, messieurs, se présente un détail de diagnostic différentiel. En beaucoup de circonstances on confond avec des douleurs stomacales, les douleurs qui ont leur siège dans la portion transverse du côlon. £t ce n'est point exagérer les faits de dire que peut-être dans la moitié des cas, principalement chez les vieillards et chez les hommes arrivés à un certain âge, chez un grand nombre déjeunes femmes, ce qu'on appelle de la gastralgie, n'est rien autre chose que de la colalgie. Cette erreur s'explique d'ailleurs quand on réfléchit aux rapports analomiques du côlon transverse qui, situé dans la région épigastrique, est contigu à la grande courbure de l'estomac. Les douleurs éprouvées par le
DE LA DYSPEPSIE
malade peuveot donc être rapportées, non-seulement par lai, mais aussi par le médecin, à ce dernier organe, de la même façon qne les douleurs développées dans l'on des hypochondres, et siégeant soit dans le côlon ascendant, soit dans k c6lon descendant, sont souvent prises pour des douleurs hépatiques ou pour des douleurs spléniques, en raison même des rapports que ces parties de l'intestin, en un certain point de leur trajet, affectent l'une avec la rate, l'autre avec le foie. En interrogeant attentivement les malades on apprend que ces préCendoes douleurs gastriques surviennent, non au moment de la première digestion, mais dans les dernières heures ; qu'elles coïncident avec une constipation opiniâtre, suivie quelquefois de diarrhée, laquelle est accompagnée d'one excrétion plus ou moins abondante de mucus épais^ dont les fèces sont recoovertes et qui quelquefois aussi^ quand les évacuations alvinessc sont fait attendre et qu'elles ont été douloureuses, se présentent sous forme de bandes, de rubans blanchâtres que l'on compare à des morceaux de macaroni. Ces excrétions muqueuses sont souvent prises pour des fragments de vers solitaires : il n'est pas de praticiens qui n'aient eu à rectlQer des erreurs de cette nature, et à rassurer des personnes qui venaient les consulter, se croyant ainsi affectées do ténia, et leur apportant ce qu'elles croyaient en être des débris. Quoi qu'il en soit, cette constipation opiniâtre devient la cause de véritables colites accompagnées d'entéralgies qui en imposent pour de la gastralgie, bien qu'en définitive l'estomac ne soit nullement malade. Je répète, toutefois, ce que je voos disais tout à l'heure, que les troubles dans les fonctions du gros intestin entraînent très-fréquemment ceux des fonctions gastriques, et qu'ils sont le point de départ de la dyspepsie.
Celle-ci est un des épiphénomènes assez ordinaires des maladies du foie, et l'on comprend qn'un organe aussi immédiatement en rapport avec l'estomac que celte glande, la plus volumineuse de toutes, et dont le rôle est si Importml dans l'acte de la digestion, on comprend, dis-je, que le foie ait une action sympathique des plus prononcées sur le reste de l'appareil gastro-intestinal ; que les perturbations dont il est le siège retentissent plus ou moins profondément sor les fonctions de l'estomac. De plus, les douleurs hépatiques seront sonvent confondues avec les douleurs gastralgiques ; nous aurons occasion de revenir sur ce fait quand nous nous occuperons des coliques hépatiques. Ce que nous savons des rapports de contiguïté qui existent entre l'estomac et le foie, rendent parbitement raison de la confusion.
Les affections des reins, ou pour mieux dire, les affections de l'appareil urinaire, sont encore des causes assez fréquentes de dyspepsies, surtout chez ^ les vieillards. Aussi, lorsque vous serez appelés auprès d'individus d*un certain âge, qui se plaindront de gêne de la digestion, de perte d*appétit et de douleurs gastralgiques, avec voniiturilions ou vomissements, que votre attention se porte du côté des reins et de la vessie , et il ne sera pas rare qu'une rétention habituelle d*urine soit à elle seule cause de ce que le malade accuse.
La part qui revient aux maladies de l'utérus dans le développement de la
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dyspepsie est non woios remarquable. Il n'y a rien là, du resle, qui doive surprendre, quand on songe au rôle considérable qne joue dans réconomîe de la femme l'importante fonction de la génération ; au retentissement qot les modiQcalions physiologiques elles-mêmes subies par les appareils de la reproduction ont souvent sur l'organisme entier, retentissement qui se traduit par des troubles locaux ou généraux portant plus spécialement sur le système nerveux. Or, ces troubles de l'innervation, se manifestant d'aillcors par un ensemble de phénomènes que je n'ai point à rappeler ici, soflisent pour nous rendre compte des perturbations qui, dans un grand nombre de circonstances, surviennent du côté de la digestion. Qui ne sait l'influence des fonctions menstruelles chez un assez grand nombre de femmes, et les tronbles gastriques qui accompagnent chaque époque ? Ces troubles gastriques, dont les vomissements sont l'expression la plus évidente , ne [sont^ils pas portés à un très-haut degré dans la grossesse? Il n'est donc pas étonnant qoe les modiflcaiions pathologiques plus ou moins profondes, éprouvées par Totérus, agissent comme les modifications physiologiques qu'il subit Aussi la dyspepsie est-elle le cortège presque obligé de ces affections chroniques de la matrice caractérisées par des écoulements catarrhaux, par de la leocorrbée, par les symptômes locaux que vous connaissez. Cependant, mettieurt, il qe faut pas oublier que la leucorrhée est souvent non plus la cause, mais l'effet de la dyspepsie qui trouble la menstruation et souvent supprime les règles ; il ne faut pas oublier que bien des malades ne manquent pas d*a^ tribuer au flueurs blanches dont elles sont tourmentées les accidents qu'elles accusent du côté de l'estomac, tandis qu'eu réalité ce sont les troubles gastriques qui ont été le point de départ des troubles utérins.
Au nombre des causes occasionnelles des dyspepsies, il faut aussi placer les maladies du cceur, qui, presque toutes, dans leur dernière période, sont accompagnées d'une perturbation dans les fonctions digestives, perturbatioiiB qui contribuent à hâter leur terminaison funeste.
Les troubles des fonctions digestives qui se lient si habituellement aux cachexies diverses, ne sont qulle part plus fréquentes qoe chez certains iod^ vidas sous l'empire d'une diaihèse tuberculeuse. Non^teulement la dyspeprie se montre dans le cours de la phthisie pulmonaire, dans sa période extrême, mais, en quelques cas, elle survient comme phénomène de début, avant qoe les autres signes de l'affection thoracique se soient en aucune façon manifestât. Bien souvent aussi, alors, elle en impose au médecin qui, ne constatant, quelque soin qu'il mette à les chercher, aucun des signes d'une lésion matérielle, \yeul croire à une dys|)cpsie essentielle, Undis que les troubles de la digestion ne sont que l'expression d'une uMiladie organique qui. à un momett donné, fera explosion, se révélant par les caractères qui lui sont propres.
Il est aussi un ordre de cause de dyspepsies que je dois vous rappeler. Je ne parle point ici des dyspepsies liées à la diathèse goutteuse ou rhumatismale, j'aurai à vous en entretenir plus spécialement, en vous faisant l'histoire
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(le la goutte; je veux parler seulement des dyspepsies dépendaot de ta diathèse dartreuse. Ces affections gastralgiques qui peuvent coïncider avec Texistence des affections cutanées, et qui peuvent aussi, le plus souvent peut<être, coin-* cider avec la disparition d'éruptions habituelles, et alterner avec celles-ci, ces affections gastralgiques avaient été, de tout temps, signalées par les observaleoni ; en dehors de toute théorie humorale, cette coïncidence et cette alternance s'expliquent par la connexion synergique existant entre les membranes tégomentaires interne et externe. Primarium cum cule consensum habet veniriculus^ disait Lorry.
Je devais, messieurs, vous énnmérer ces différents genres de causes des dyspepsies» car, bien que tout se résume, en dernier ressort, en cette exagéiatioo ou en cette diminution dans Tactivité des mouvements ou des sécrétions de l'estomac que je vous ai données comme la cause prochaine de la dyspepsie, il est essentiel d'établir des différences entre les dyspepsies symptomatiques ou sympatlilques et les dyspepsies idiopalhiques. Cela est essentiel an point de vue nosologique, mais bien plus encore au point de vue thérapeutique. Pour combattre les unes, c'est à Testomac qu'il faudra directement s'adresser; pour combattre les autres, il faudra d'abord lutter contre les cauies éloignées, c'est-à-dire contre les affections organiques, contre les maladies qui ont d'abord frappé sur un autre appareil.
1 1. — Foonoaea de la dyspepaiè. — Dyspepsie liée à la gastrite chronique*
— Dyspepsie boulimique. — Dyspepsie flatulente, -^Dyspepsie aoide.
— Troubles généraux causés parla dyspepsie : apesthésie, imalgésie partielle ; névralgies; troubles des facultés intellectuelles.— Troubles de la circulation, anémie.
Avant d'aborder la question du traitement, un autre point est à étudier. La dyspepsie, quelle que soit sa nature, ne présente pas toujours les mêmes caractères. Voyons donc ses principales formes.
Il en est une qui se lie à la gastrite chronique. Sous l'influence de l'inflammation de l'estomac, les fibres musculaires de cet organe perdent la régularité normale de leurs mouvements ; les sécrétions sont également troublées. Dans ce cas, la dyspepsie est accompagnée d'inappétence, d'amertume de la boyche. La langue est habituellement couverte d'un enduit saburral; souvent il y a des nausées, des vomituritions, et môme des vomissements de matières iKmeiiiaires, précédés ou suivis de ces vomissements glaireux que l'on désigne valgairement sous le nom de pituite; quelquefois, bien que rarement, de vomissements acides. Il y a fréquemment des éructations nidoreuses ayant un péi de gaz acide hydrosulfurique, et comme le disent les malades, un goût d*crais poarris.
Généralement, il vous sera facile de remonter à la cause de la dyspepsie qui tt présente sons cette forme. Une irritation passagère, telle que celle qui est occttionn«^. par une indigestion, aura été le point de départ des accidents qui
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seront alors aussi passagers que l'indisposilion qui les aura produits; mais, daos d'autres cas, et lorsque la dyspepsie a revêtu un caractère de chronicité, vous reconnaîtrez qu*elle dépend d'une irritation permanente de l'estomac, d'une gastrite chronique, affection dont on a cherché dans ces derniers temps à nier Tcxislence d'une façon trop absolue.
Il n'est personne d'entre vous, messieurs, qui ne sache quel rôle la gastrite aiguë ou chronique a joué, il y a quarante ans, dans la patholc^ie, ou da moins quel rôle Broussais prétendit lui faire jouer. Exagérant la portée des faits qu'il avait observés, revenant, pour ainsi dire, aux théories de Van Helmont, qui plaçait dans le centre épigastrique le siège du principal carchk ï l'empire duquel obéissait tout le système de l'économie ; renchérissant même jusqu'à un certain point sur ces théories, l'auteur de Y Examen des doctrim mettait en cause, dans toutes les maladies, la membrane muqueuse de l'es* tomac. Il voulait que l'inflammation de cette membrane fût la souixe, nonseulement de toutes les phlegmasies, de toutes les pyrexies, mais encore de presque toutes les affections, soit aiguës, soit chroniques. Le bruit des lottes fameuses soutenues à cette époque pour et contre les doctrines du Yal-de- Grâce est arrivé jusqu'à vous ; mais quelque exagérée qu'ait été la manière de voir du chef célèbre de la médecine physiologique^ on semble aujoar* d'hui tomber dans des exagérations opposées, et, pour se garder des abus qu'on reprochait à juste titre à Broussais, on voudrait contester l'existence de la gastrite. On accepte que la membrane muqueuse des fosses nasales, que celle du pharynx, de la trachée, des bronches; que les membranes moqueuses utérine et vaginale; on accepte même que la membrane muqueuse de l'intestin s'enflamment, et l'on voudrait que la tunique interne de l'estomac fût seule à l'abri de l'inflammation. N'en est-il pas d'ailleurs ainsi en toutes choses? la peur d'un mal nous jette dans un autre :
In vitiuin ducit culp.T fupa, si Caret arto.
aiORAT.)
Kn médecine comme en toutes choses, nous ne savons guère nous tenir dans les justes limites, et, relativement au point qui nous occupe, après n'avoir vu partout que la gastrite, on est aujourd'hui tenté de la nier absolument ; elle existe cependant. Quoique rare, la gastrite aiguë s'observe encore quelquefois, et l'on en pourrait citer des cas incontestables. Quant à la gastrite chronique, on la rencontre fréquemment : souvent, il est vrai, elle reste masquée ; mais en étudiant le malade, on ne tarde pas à reconnaître que, sous le voile qui la couvre, la gastrite est la cause de troubles plus ou rooios graves de la digestion.
Dans une autre forme de dyspepsie, la boulimie remplace l'inappétence. Le malade éprouve constamment une sensation de «vide dans l'estomac; à peine
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a-t-il maugé, qae, deux heures, uue heure après sou repas, Tappétit se fait de nouveau Wf ement senlir, sinon un appétit réel, du moins un faux besoin. Alors mênne qu'elle est satisfaite, celte faim est accompagnée d*un sentiment de Êdblesse très-prononcé, surtout chez les femmes gastralgiques.
Dans cette forme de dyspepsie, il n'y a ni éructations, ni flatuosités, ni Tooiîsseroents, comme dans le cas précédent La constipation en est un phénomène habituel; toutefois, dans quelques circonstances, il y a au contraire de la diarrhée, et ce flux intestinal plus ou moins abondant provient de ce que les aliments sont trop rapidement chassés de Teslomac dans le duodénum avant que le premier travail de la digestion, celui de la digestion gastrique, ait eu le temps de s'accomplir. Je ne reviendrai pas ici^ messieurs, sur ce que je vous ai exposé tout à l'heure relativement au mécanisme suivant lequel ce phénomène se produit, me réservant d'ailleurs, ainsi que je vous l'ai annoncé, d'y insister davantage quand nous parlerons de la diarrhée, où ces détails de physiologie pathologique trouveront beaucoup mieux leur place. Lorsqu'il s'agira du traitement de celte forme de la dyspepsie, nous verrons qoe.cette diarrhée peut être combattue par des moyens très-simples, et que nous £n sommes d'autant plus facilement maîtres que nous pouvons nous adresser directement à la cause qui la provoque.
dyspepsie flatulente est caractérisée par la sécrétion exagérée des gaz qui, dans l'état normal, se développent dans le canal intestinal. Immédiatement après l'ingestion des aliments, ces gaz se produisent, en quantité plus ou moins considérable, dans l'estomac, dans l'intestin qu'ils distendent, et celte distension amène le développement du ventre, à tel point que les malades, trop à Tétroit dans leurs vêtements, sont obligés de les desserrer. On a cherché à expliquer ce phénomène par une fermentation rapide des matières féculentes ingérées ; par la production abondante d'acide carbonique, résultat de cette lermentation, qui aurait lieu dans le tube digestif absolument comme a lieu celle du vin dans la cuve des vendangeurs. Ce n'est pourtant pas de cette façon que les choses se passent. Ainsi que le fait observer Graves, qu'aux individus sujets à ces flatuosités on donne des aliments susceptibles de fermenter, ou qu'on leur donne de la viande et presque exclusivement de la viande, le développement des gaz se fait avec la même rapidité. Dans ce dernier cas, on ne peut pas dire qu'il y ait eu fermentation. Que ce qui s'opère dans la masse alimentaire pendant le travail de la digestion, soit une des causes de la pro^ dociion des gaz intestinaux, le fait, est incontestable ; mais ce n'en est pas b source la plus abondante, et la plus grande part revient à une sécrétion particulière. Il en est si bien ainsi, cette sécrétion est si bien indépendante de la coction des aliments, que, dans certains cas, chez une femme hysté* ri(|ue, par exemple, nous voyons la tympanite se produire en l'espace de moins de dix minutes ; nous voyons le ventre prendre sous nos yeux, S3us notre main, DO développement quelquefois très-considérable. Assurément, une fermentation ne saurait être invoquée ici pour expliquer ce phénomène, car je sup-* Tioi;s8BAr, 2« édit. — ni. 3
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pose que noas observons le malade avant ou après son repas, alors qa*i1 n'y a pas d'aliments contenus dans le canal digestif : d'ailleurs, en admettant qn*il yail des matières alimentaires, on ne pourra admettre que ce travail de fermentation ait pu être aussi rapide. Il s'est donc fait, sous rinOucnce d'an trouble du système nerveux, une sécrétion exagérée de gaz, absolument comme, sons la rcéme influence nerveuse, il peut se faire une sécrétion exagérée de larmes, de saTire ou d'urine. Cette observation a son importance^ car, lorsque, en présence de semblables accidents, vous voulez raisonner à la façon des chimistes, qui considèrent l'estomac comme un verre à expérience; lorsque vous disant : Il y a là de l'acide carbonique en excès, et cet excès provient d'une fermentatioD, il s'agit donc de combattre celle-ci, et la chimie m'en fournit les moyens ; lonqne raisonnant ainsi, vous prétendez remédier au mal, vousn'obtenez aucun résolut sérieux. Si, au contraire, restant tout simplement médecin, vous avez recoon à des bains, à des afTusions froides, à l'administration de quelques goutte d'éthcr, ou de tout autre moyen dont rexpéricucc vous a appris à connaître les bons eiïets, vous intervenez utilement Quant aux flatnosités qui caractérisent la forme de dyspepsie dont je vous parle maintenant, je vous ferai connaître te remèdes qu'il faut employer pour les faire cesser.
Il est dos cas où les acides de l'estomac se produisent en quantité considérable. A peine les malades viennent-ils de manger, qu'ils ont des renvois aigres, et que, après leur repas, ils rendent quelquefois des matières acides en plus ou moins grande abondance. L'acidiié de ces matières peut être telle qae, sans rien exagérer, les dents sont agacées par leur contact, comme elles k sont par celui des groseilles, du citron, et lorsqu'elles sont reçues dans des vases de cuivre, ces vases se couvrent presque instantanément d'une couche plus ou moins étendue d'une couleur verte formée par du lactate de cuivre. C'est ce que vous avez été plusieurs fois à même de constater au lit delà jenm fille couchée au n" 27 de In salle Saint-Bernard, et qui chaque jour vomissail abondamment de ces liquides acidis. Les explications chimiques n*ont pa! manqué i)our rendre compte de ce qui se passait dans ces circDUstances. On î dit que la glycoso contenue dans les aliments, ayant subi la digestion stomacale se transformait en sucre, et que celui-ci se transformait en alcool ; mais 11 encore la chimie s'est trouvée en défaut, car la formation des produits acide est souvent plus abondante lorsque les malades se sont exclusivement nourri de viande que lorsqu'ils ont pris des aliments féculents. D'autres fois, il es vrai, c'est le contraire qui a lieu. Il suffit néanmoins de quelques cas sem blables aux premiers pour avoir la preuve évidente que les acides de Testoma sont le résultat d*une sécrétion particulière, et que leur production nedépen< pas d'une décomposilion, d'une opération chimique aussi simple qu'on s l'imagine. Ainsi que Graves le professait déjà en 1828, comme Bei^elius I répéta sept ans plus tard, ces produits de sécrétion acide sont constitués pa l'acide lactique. Si la sécrétion est aussi alwndanle dans l'espèce de dyspepsi à laquelle nous faisons allusion, c'est qu'elle est exagérée par le fait d'un'
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excitation particulière de la membrane mucjueuse gastrique, excitation tout entière elle-même sous rinfluence du système nmeux qui préside aux fonc* lions des appareils sécrétoires.
Quelle que soit la forme qu'ils revêtent, les troubles des fonctions digestives ont sur Tensemblede l'économie une influence dont les eiïets portent principalement sur le système nerveux, sur les facultés morales, sur la composition du sang, donnant ainsi lieu à ce que M, Beau a appelé les symptômes secondaires de la dyspepsie. Cette inOuence est telle, suivant mon honorable collègue de l'hôpital de la Charité, que certaines maladies peuvent être dans quelques cas purement symptomaliques de raiïection gastrique. Il en serait ainsi nonseulement de rhypochondrie, [qui, de Tavis d'un grand nombre de médecins, se lie souvent à la dyspepsie, mais encore d'autres maladies, l'hystérie, par exemple. Sans adopter cette manière de voir qui me semble forcée et tendre à BOUS ramener, jusqu'à un certain point, aux idées et à la doctrine de Van Helmont, nous reconnaissons qu'elle a l'avantage de tenir un grand compte d'un élément important, d'une complication grave de ces maladies que l'ingénieux observateur siguale à tort comme engendrée par la dyspepsie qui ne fuit que les aggraver.
Relativement au retentissement que la dyspepsie a sur le système nerveux, M. Beau a insisté sur ce fait que presque tous les individus dyspeptiques se U^ovent dans des conditions nerveuses analogues h celles des femmes hystériques ; que presque toujours, chez les premiei*s comme chez les dernières, il y avait des troubles singuliers du sentiment, des analgésies, des aueslhésies partielles, occupant tantôt un point, tantôt un autre point de la peau, les mains, les bras, et surtout la face interne des avant-bras, le tronc, le visage. Cette paralyse de la sensibilité est parfois si prononcée, que l'on peut exercer les pincements les plus vigoureux, piquer et même traverser le tégument dans toute son épaisseur avec une aiguille, sans que le malade s'en aperçoive. J'ai, en maintes occasions, répété I expérience devant vous, et vous avez pu vérifier l'exactitude de ces laits. Quelquefois les malades, tout en ayant perdu le sentiment de la douleur, conservent la sensation tactile : ils senter.t bien quand 00 les pique, quaud on les pince; ils sentent bien qu'on les touche ; ils vons disent même qu'on les pique, qu'on les pince, mais ils n'en éprouvent aucune douleur.
Cependant avec cette analgésie et cette anestbésie coïncident souvent des névralgies localisées dans le voisinage même des parties ainsi frappées de la paralysie de la sensibilité tactile.
L'influence de la dyspepsie sur le système nerveux s'étend aux facultés intellectuelles et morales. Vous savez tous, et quelques-uns peut-être en ont fait spr eux-mêmes la triste expérience, combien la difficulté de la digestion entrave les travaux de l'esprit, gêne l'expression de la pensée, et combien, quand il est habituel, ce trouble des fonctions gastriques porte à la tristesse et à l'hypocbomlii^ Chez les dyspeptiques vous rencontrerez souvent une grande pif ew<4
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traduisant par l*iQapiitude au travail, quelquefois par rimpossibiiilé de former des idées ou de les exprimer nettement. Los uns vous disent qu'ils perdent la mémoire; beaucoup se plaindront de douleur, de pesanteur de tête [avec sentiment de vide très-pénible. C'est dans ces cas que suniennent les vertiges a stomacho lœso dont je vous ai spécialement entretenus il n'y a pas longtemps. Après les repas les malades éprouvent une tendance invincible an sommdl, une sorte de torpeur, ou tout au moins une répugnance invincible à se mooToîr; leur sommeil est agité par des rêvasseries, troublé par des cauchemars. Généra* lement ces individus sont d*une irritabilité nerveuse exagérée. Ils sont tristes, moroses, d'une pusillanimité excessive, tellement irascibles qu'ils ne peuvent supporter la plus petite contrariété, ni même la plus petite obseiration.
Quand la maladie dure depuis un certain temps, le retentissement qu'elle a sur la composition du sang se manifeste par les symptômes de ce que M. Beau a désigné sous le nom à^aglobulie. Cette diminution dans la quantité des globules rouges, avec augmentation dans la quantité normale du sémm, est caractérisée par des phénomènes qu'il est à peine besoin de rappeler ici. Les téguments sont décolorés et peuvent présenter la teinte jaune-paille que l'on retrouve chez les anémiques. Les malades sont sujets à des bourdonnements d'oreille, à des (roubles de la vue qu'accompagnent des palpitations de cœur, et, à l'auscultation de cet organe, on entend à la base un bruit de sonffle anémique se prolongeant dans les vaisseaux du cou. On retrouve enfin tonte la série des accidents nerveux qui sont l'apanage des individus dont le sang est appauvri.
Lorsque cet appauvrissement est porté à un ti*ès-haut degré, les troubles de la circulation peuvent déterminer l'œdème des extrémités, de l'anasarqne, quoiqu'on ait prétendu que celle-ci ne se produisait pas dans ces circonstances; quelquefois même il se fait de petites hémon hagies passives interstitielles, on voit, par exemple, des taches de purpura apparaître sur différents points de la peau.
L'état de maigreur des malades témoigne de la perturbation plus ou moins profonde de la nutrition. Mais ces (roubles de nutrition sont caractérisés par un signe particulier sur lequel iM. Beau a le premier appelé l'attention : c'est le sillon unguéal. Il consiste en une rainure transversale tracée sur l'ongle, comme celle qui résulterait d'une perle de substance éprouvée par la table externe. On peut surtout Tétudiersur l'ongle du pouce oû, en raison même de l'épaisseur plus grande de cet ongle, elle est plus marquée. Ce sillon unguéal, que l'on retrouve dans les maladies d'une longue durée, telles que les fièvres graves, est plus ou moins profondément creusé et plus ou moins large. Souvent il y en a plusieurs, disposés par séries et séparés les uns des autres par des intervalles dans lesquels la surface de l'ongle est rugueuse, dépolie, sensiblement moins élevée que le reste, présentant parfois une teinte laiteuse, et la pression exercée sur ce |H)inl démontre manifestement qu'il y a un amincissement de celte partie.
I)t LA DYSPEPSlf.
Cet état cacheciiquc dans lequel loitibent parfois les individus depuis longtemps afleclés de dyspepsies eu impose fi équeinnieul et fait croire à l'existence d'une dktbèse de mauiraise nature. L'idée d'une phthisie tuberculeuse se présente ^ Tesprit, et cette idée prend naissance, à d'autant plus juste litre, que la toux est un phénomène qui accompagne souvent les troubles gastriques, toux sèche se produisant par secousses isolées ou par quintes pressées, avec sentiment très-pénible de strangulation et d'angoisse, arrivant encore par paroxysmes périodiques, à certaines heures de la journée, principalement le soir. Cette t(mx gastrique donne des inquiétudes sérieuses sur l'état de la poitrine, que ne parvient pas toujours à dissiper complètement l'assurance que l'on a pu acquérir par des examens répétés qu'il n'y a pas de signes de tuberculisatiou.
Cette préoccupation est d'autant plus légitime en apparence^ que la toux, l'amaigrissement, l'état de faiblesse qui l'accompagnent, coïncident fréquemment avec des douleurs névralgiques occupant les parois thoraciques, spécialement le do9, d'où elles irradient sur les côtés. Bien que l'absence de diathèse tuberculeuse enlève dans ces cas à la gravité du pronostic, il faut être prévenu que cette dyspepsie arrivée à ce dernier degré, et présentant tous les caractères que les médecins anglais ont assignés à la phthisie dyspeptique, comporte poor sa part un danger sérieux.
Messieurs, si pour la commodité de la description, si pour mieux les adapter à la place qu'on veut leur assigner dans des cadres nosologiques, on isole les unes des autres les différentes formes d'une même maladie; si Ton en fait des genres et des sous-genres, suivant les méthodes adoptées dans l'étude des sciences naturelles, ces classifications ne sont guère acceptables dans les ai ts, et dans Tart médical peut-être encore moins que dans tout autre. Si pour rendre notre pensée plus nette à l'esprit de ceux qui nous écoutent, qui nous lisent^ nous sommes obligé de réunir, de grouper certains faits, de façon à en dresser un tableau plus ou moins complet, nous devons reconnaître que ces classifications, tout artificielles, n'ont rien d'absolu quand on arrive à les comparer à la réalité. En histoire naturelle, en botanique, si vous voulez^ les espèces ont un certain nombre de caractères invariables, immuables, qui nous permettront de distinguer ces espèces les unes des autres. Il n'en est plus ainsi en pathologie. La même maladie est loin de présenter des phénomènes immuables* appartenant à elle seule ; des espèces différentes ont des caractères communs qui se mêlent, se croisent, se confondent, si bien que le nosologlste est souvent embarrassé pour leur assigner une place dans le cadre qu'il a dessiné. C'est ce que nous voyons, en particulier, pour la dyspepsie. Bien que nous en distinguions plusieurs espèces, en les étabb'ssant sur la prédominance d'un on de plusieurs phénomènes morbides qui semblent les caractériser, ces espèces se confondent très-souvent les unes avec les autres, leurs symptômes réputés caractéristiques se mélangeant ou prenant alternativement la [)remière plaoe. Je devais vous faire cette observation ; car à m'entendre parler des différentes formes de la'dyspepsie, en les voyant si nettement formulées par certains
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auteurs, il vous scmblerail que rien n*est aussi facile que de les disiingoer; tandis qu'une fois li\rés h vous-inCincs, au lit du malade, vous éprouvcriei qd singulier embarras. Ne reconnaissant plus ce qui vous avait paru^ à l'eniendre, si simple h saisir, lorsqu'il s'agira d'aborder le traitement, vous chercherez en vain les indications qui vous paraissaient devoir être toutes tracées. Marcliant ainsi au hasard, vous tomberiez dans de graves erreurs thérapeutiques, et ces erreurs vnus conduiraient à la nég.iiion de la médecine. En vous tenant bien avertis de la possibilité de cette confusion des diverses formes de la dyspepsiie, vous pourrez, lorsque cette confusion se présentera, vous pourrez, dLs-je, an lieu de recourir à un traitement unique, s'adaptant à une forme nettement définie, épier les manifestations, afm de les combattre une à une par des moyens divers. Vous aurez recours à des médications mixtes qui s'adresseront aux divers accidents dont l'ensemble constitue la maladie. C'est U, d'ailleurs, messieurs, une r^gle générale en médecine, où, sauf les cas^ et ces cas sont assez rares, dans lesquels une maladie spécifique peut être combauoe par des remèdes également spécifiques, nous en sommes réduits à attaquer les divers éléments des maladies suivant les indications qui se présentent.
1 3.— Traitement de la dyspepsie.— Le régime occupe la première place.
— Le meilleur est celui que le malade sait le mieux lui convenir.— n fàut tenir compte de la spécificité de la phlegmasie chronique. — Dyspepsié liée à la diathèse herpétique, etc. — Modificateurs locaux de la phlegmasie gastrique : vomitifiB , purgatifSs mercuriels , souinitrate de bismuth, craie préparée, alcalins ; acides lactique, chlorhydrique. — Dans la dyspepsie boulimique : Topium, la bellaidone, i petites doses ; les médicaments antispasmodiques, sine, etc. — Dans la dyspepsie acide : alcalins et acides (ces remèdes n'agissent pas chimiquement) narcotiques et stupéfiants; eaux minérales. — Dam la dyspepsie flatulente : alcalins, amers, quassia amara; toniques, quinquina ; aromatiques ; eaux minérales chlorurées sodiques ; hydrothérapie, bains de mer. — Dans les dyspepsies liées aux maladies du foie : alcalins et eaux minérales alcalines ; quelquefois les acides.
— Geux-ci paraissent surtout indiqués dans la dyspepsie liée à une maladie diathésique chronique, plus particulièrement dans la phthisie tuberculeuse caractérisée. — Dyspepsie liée à la cachexie palustre : les eaux minérales alcalines , et d*autres qui sont peu minéralisées, sont ici d'ime grande utilité. — La dyspepsie liée aux affections utérines guérit par le traitement local qui s'adresse à ces affections, mais aussi par un traitement général où les bains de mer et rhydrothérapie jouent un grand rôle.— La belladone, certains purgatifs, les eaux minérales sulfatées, magnésiques, dans le traitement de la dyspepsie dépendant d'une constipation habituelle ; inhalations d'oxygène dans certains cas de dyspepsies graves.
Ces remarques faites, j'aborde la question si compliquée et si difficile du traitement de la dyspe(>bic. D'après ce que je viens de vous dire, vous çompreuez qu'il ^ impossible de formuler des règles absolues, et que je dois me
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lioraer à vous faire counaitrc ane série de moyens qai, irouvaul leur applicatioo dans un certain nombre de cas assez restreints où la maladie affecte des formes nettement tranchées, ne sont utiles dans la majorité des circonstances qu'autant qu'on les combinera les uns avec les autres, selon les indications que Tobsei vation seule pourra vous fournir.
Lorsque la dyspepsie se lie à une gastrite chronique franchement carac-» térisée, son traitement, subordonné à celui de la gastrite, consiste dans l'en* semble des remèdes propres à combattre Tinflammation de l'estomac.
Ici comme, du reste, dans toutes les formes, dans toutes les espèces de dyspepsie, le régime occupe le premier rang. Avant toute chose, la quantité dea aliments doit être diminuée, non qu'il soit nécessaire de tenir le malade à une diète absolue, mais la quantité de ces aliments doit être proportionnée aux aptitudes de l'estomac Quant à la nature de ces aliments, il se présente une diOiculté que ne sait pas assez éviter la majorité des médecins. Tous tant que nous sommes, nous avons une singulière façon de comprendre le régime de DOS malades. Aimons-nous le café, aimons- nous le thé, nous nons montrons indulgents pour ceux qui en font un usage habituel et souvent même immodéré, bi tant est que nous ne le conseillions pas. Avons-nous quelques préférence pour telle ou telle espèce de vin, préférons-nons, par exemple, les vins de Rordeaux à ceux de Bourgogne, nous prescrivons les premiers à l'exclusioa des derniers ; si par goût nous nous nourrissons de viandes fortes, de bœuf, de mouton, de gibier, nous nous empressons de les ordonner aux personnes dont l'estomac nous |>aralt dans de mauvaises conditions ; tandis que ce sont des liaodes de jeunes animaux, telles que le veau, le poulet, ou bien encore ce sera du poisson dont nous recommanderons l'emploi, si pour notre propre compte Dous aimons mieux ce genre d'alimentation ; il n'est pas rare, ainsi, de voir toute une clientèle de malades soumise au régime que suit le médecin qui la Sooverne.
£n fait de régime, voici la loi. Le meilleur, le seul réellement bon, le seul réeUement convenable, est celui que le malade sait, d'après sa propre expérience, le mieux supporter. Le médecin doit donc tout d'abord s'en enquérir. Qu'un individu vous dise que le lait lui produit l'effet d'une purgation, bien que le lait soit habituellement parfaitement digéré par vous comme il Test par le plus grand nombre, votis vous garderez de l'ordonner quand n)ême, car vous savez que ce serait vous exposer à provoquer des vomissements, de la diarrhée, de véritables indigestions. Et cependant combien de médecins, sans tenir compte des individualités, se font une règle absolue du régime lacté pour les affections chroniques de l'estomac ! Interrogez donc avec soin vos malades, pour vous rendre un compte aussi exact que possible de leurs aptitudes, eC, si vouf me permettez celte expression, de-leurs fantaisies^ qui varient Don-seulement dans l'état de santé, mais encore, et plus encore peut-être, dans l'état de maladie. Celui qui est atteint depuis quelque temps de dyspepsie sait à merveille les alinients qui lui conviennent le mieux : ce sont donc cen-là
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que vous devez lui conseiller, aiovn inèiiie qu'ils vous sembleraient les plos extravagants, alors noêine qu'ils seraient le plus antipathiques k votre propre nature.
Il est cependant, je m'empresse de l'ajouter, il est certaines règles oonH munes qu'il ne faut pas négliger. Tout en tenant compte des idiosyncrttîes, les potages légers gras ou maigres, les viandes blanches, la chair de poisson, les légumes non farineux, conviennent aux estomacs frappés d'inflammation chronique, et c'est une alimentation de ce genre qui doit constituer le régime des individus, lorsque l'usage des substances qui le composent n'est pas contreindiqué par l'observation particulière.
Ce que nous avons dit des aliments peut être répété pour les boissons. Si les idiosyncrasies doivent être rigoureusement écoutées, en règle générale aussi les boissons seront prises en petite quantité, et il sera bon d'insister sar l'usage des boissons fermentées, le vin et quelquefois la bière coupés avec de l'eau.
La régularité dans l'heure des repas n'est pas non plus d'une médiocre importance. Un point de détail mérite également d'être indiqné ici. Il arrive assez souvent que la dyspepsie et l'irritation chronique de l'estomac dont elle dépend, ne reconnaissent d'autre cause qu'une mastication insufiSsante, occasionnée elle-même, soit par la perte de plusieurs dents, soit parce que les individus ne se donnent pas le temps de broyer les aliments avant de les avaler. Il suffit d'indiquer le mal pour en indiquer le remède.
Cette question du régime, je le répète, joue le plus grand rôle dans le traitement de la dyspepsie. A lui seul, s'il est bien dirigé, il amènera en un grand nombre de cas la cessation des accidents ; car on évitera cette série d'indigestions produites par une alimentation vicieuse et dont le retour presque journalier entretenait la maladie, de la même façon qu'un catarrhe pulmonaire ne guérira jamais si Ton continue à s'exposer aux influences fâcheuses qui lui ont donne naissance.
Le plus souvent, cependant, la dyspepsie résiste nonobstant ce retour à des habitudes régulières d'une alimentation bien entendue. Les troubles gastriques persistent avec une déplorable opiniâtreté due à ce que la phlegmasie chronique dont ces troubles dépendent s'est profondément enracinée, comme s'enracine toute phlegmasie chronique dans tout autre organe. L'opiniâtreté du mal peut encore être due à ce que celte phlegmasie est d'une nature particulière, relevant d'une dialhèse spéciale qui lui imprime son cachet.
Ce dernier point demande que nous revenions un instant sur ce que je vous ai exposé dans une de mes précédentes leçons. A l'occasion des exanthèmes sudoraux (1), je vous ai rappelé que les manifestations diathésiqucs pouvaient se faire aussi bien vers les organes intérieurs que vers les parties accessibles à notre examen direct. Prenant pour exemple la diathèse herpétique, je vous
(1) Tome pages 199 et suivantes.
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«dît que ses inanifestftions avaient très-souvent lieu du côté des membranes ■Miqueuses; et afin de montrer la transition entre les affections dartreuses du tésomeiit externe et celles du tégument interne, ne Toyons-nous pas, vous disais-je, ne voyons-nous pas tous les jours un individu sous l'empire de celte diaibèse herpétique, prendre, consécutivement à un eczéma du visage occapaDt la lèvre supérieure ou l*ori6ce éxtérieur des fosses nasales, un coryza chrookiiie très-opiniâtre? Chez un autre surviendra une angine granuleuse; cbex on troisième il y aura de la surdité occasionnée par l'extension de l'irritation des fosses nasales et du pharynx à la membrane muqueuse qui tapisse h trompe d'Enstachi. Chez les femmes, certaines affections utérines, certains éoonlenients leocorrhéiques, ne sont rien autre chose que le résultat de l'exicnskm aux organes génitaux internes d'une affection herpétique qui existe OMore, ou qui avait préalablement existé sur les parties extérieures.
Dans ces cas où il nous est donné de suivre pour ainsi dire pas à pas l'affection glanant progressivement du dehors au dedans, personne ne niera la nature do coryza, de l'angine, de l'inflammation utérine ; mais ce que quelques médecins se refusent encore aujourd'hui à admettre, c'est que ces affections les membranes muqueuses puissent être les seules manifestations de la fialbèse, qu'elles se soient développées primitivement, qu'elles soient survenues consécutivement après la disparition spontanée ou provoquée d'affections de même nature qui occupaient depuis longtemps une étendue plus Ml nKHUS considérable de la peau. Et cependant, messieurs, l'expérience cliûqoe est là pour démontrer d'une manière incontestable l'existence de ces néuntases, de ces répercussions, comme les appelaient les anciens; l'expérience est là pour nous dire que ces affections herpétiques peuvent envahir lon-senlement les membranes muqueuses qui, telles que celles du nez, du brynx, de Fntéros, sont en continuité plus ou moins directe avec le tégument externe, et qui sont accessibles à notre vue, mais encore qu'elles peuvent envahir des organes pins profondément situés. Combien de bronchites, de diarrhées, et pour revenir à notre sujet, combien de dyspepsies ne reconlaisBent-elles pas pour cause une affection herpétique des bronches, de l'intestia ou de Testomac ! Ces faits n'avaient point échappé aux observateurs qui loos ont précédé, et il ne serait pas difficile de recueillir dans leurs écrits un ma bon nombre d'exemples analogues à celui dont parle Schmidtmann, de dyspepsies cardialgiques alternant avec un eczéma de la face, de telle manière que lorsque l'éruption du visage disparaissait, le malade éprouvait des accidents do odté de l'estomac, accidents qui cessaient dès que la maladie cutanée l'était développée. Vos maîtres, mes honorables collègues de l'hôpital Saint- Louis, chargés de diriger des services spécialement réservés aux individus atteints de maladies de la peau, vous ont enseigné ce que je vous signale en vous pariant d'après mes observations personnelles. 11 n'est pas de semaines, je dirai presque de jours où je ne sois consulté par des malades affectés de dyspepsies qui se rattachent évidemment à une diathèse herpétique. Cette
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diathèse imprime aux aiïeciioiis visctMalos qu*eile délermiiie son cachet, de ténacité, comme elle l'imprime d'ailleui^ à toutes les aiïectious aigués ou chroniques qui se développent chez les indi>idus qui sont sous sa pui»* sance.
Cette spécifîcité de rafleclion gastrique doit donc entrer largement en ligne de compte dans la question du traitement de la dyspepsie. Mais, laissant de côté pour le moment cet élément spécifique de Tinflammation chronique, cherchons à modifier la phlegmasie indépendamment de la diathèse. Ici, il faut l'avouer, nos moyens sont assez bornés. Nous n'aTons guère, en eflet, à notre disposition que la soustraction des causes^ ce qui n'est pas toujours suffisant, ou l'emploi de certains modificateurs topiques. Quand les parUef aiïectécs sont placées à l'extérieur, de telle sorte que nous puissions porter directement sur elles les agents médicamenteux, notre intervention est plug facile, dès lors aussi plus efficace. Dans i'ophthalmie chronique, par exemple, il nous est facile de portér sur l'œil les diiïérentes espèces de collyres liquides ou pulvérulents, les solutions de sulfate de cuivre, de zinc, de nitrate d'ar* gent, le calomel, l'oxyde de zinc; ou bien, si la phlegmasie siège principalement sur les paupières, les collyres gras, la pommade de Régent, dans b composition de laquelle entrent l'oxyde rouge de mercure, l'acétate de plomb cristallisé et le camphre, celles de Desault (de Lyon], et tant d'autres. Dans la phlegmasie chronique de la membrane muqueuse nasale, dans l'ozène, nous pouvons faire priser des poudres mercurielles, injecter des solutions calhérétiques, qui trouvent encore leur application dans les angines pharyngées, dans les pblegmasies vaginales et utérines. En un mot, nous pouvons attaquer directement ces phlegmasies par des agents modificateurs que nous connaissons, et dont l'action peut être aidée par des médications s'adressanl à la diathèse, ou plutôt à l'état général qui commande ces aiïeciions locales.
Nous agissons bien moins sûrement par les agents topiques sur les plilegmasies de l'estomac. Cependant, dans le cas où la dyspepsie reconnaît pour cause une inflammation chronique qui a conservé quelque caractère d'acuitét les modificateurs topiques, les agents de la médecine substitutive trouvent leur indication. Parmi ceux-ci, les vomitifs tiennent la première place. Leur rôle ne consiste point à débarrasser l'estomac de la saburre ou de la bile qui rembarrassent, car après l'ingestion des aliments, une partie de cette saburre et de cette bile est évacuée ; cependant, la membrane muqueuse ainsi nettoyée, si l'on pvui ainsi dire, ne reste pas moins enflammée, sécrétant une plus ou moins grande quantité de sucs altérés. Clierdier uniquement à évacuer ces sucs, SOI ait aussi inutile que d'absterger les produits de sécrétion morbide qui couvrent la peau afl*ectée d'eczéma. Ici les sécrétions anomales n'en continuent pas moins, et à peine enlevés de dessus les surfaces qu'ils souillaient, les liquides purulents se reproduisent pres4|ue aussitôt. 11 en est de même des sécrétions viciées de l'estomac. Si le >omitif agit comme moyen mécanique* pour expulser violemment au dehors cei tains poisons qui auront été ingérés,
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son action est tout autre dans les dyspepsies. Dans ce dernier cas, le vomitif esC un moyen snbstituteur, un modificateur puissant, ainsi que je vais tâcher de vous rexpliqucr.
L'émélique^ par exemple, mis en contact avec une membrane muqueuse, s'y comporte comme il se comporte sur la peau, en y déterminant une inflammation violente; mais cette inflammation, subordonnée à la quantité de l'agent qui Ta provoquée, guérit spontanémenl, et d'autant plus rapidement que i'émétique a été donné à doses convenablement proportionnées. Elle est donc passagère, et c'est là la première qualité de toute phlegmasie sollicitée pour produire un eiïet thérapeutique. Nous en dirons autant du sulfate de coivre» Irritant topique, aussi irritant pour la membrane muqueuse gastrique qu'il Test pour les membranes nmqueuses de VœW ou du nez. Lors donc que vous administrez un vomitif, le tartre stibié ou Tipécacuanha, le polygala ou le veratrum album, le sulfate de cuivre ou le sulfate de zinc, vous substituez k la phlegmasie gastrique une.autre*phlegmasic, mais une phlegmasie passagère qui cédera d'elle-même ; vous agissez absolument de la même façon que vous agissiez tout à l'heure lorsque, avec des collyres irritants, vous vous proposiez de combattre les inflammations do la membrane muqueuse oculaire; de la même manière que vous attaquez par des injections catliérétiques la phlegma* sie catarrhale de i'urèthre connue sous le nom de blennorrhagie.
C'est donc encore de cette manière que, dans le traitement de la dyspepsie, les vomitifs rendent au début de réels services. C'est aussi en modifiant les phlegmasies gastriques, et non en évacuant par les garderobes la saburre, la bile, les sucs altérés de l'estomac, que les mercuriaux, le calomel par exemple, le mercure éteint soit dans la craie {Vhydrargyrum cum creta] , soit dans la conserve de roses (pilules bleues), et diverses autres préparations roercurielles, scNit également très-ntiles dans on assez bon nombre de cas.
Toutefois ces modificateurs, vomitifs ou purgatifs, demandent à être admi-* nistrés avec réserve, car on ne pourrait, sans inconvénient, faire vomir ou purger fréquemment les malades afl^ectés de dyspepsie. On s'exposerait à aller ao delà du but qu'on se propose d'atteindre, et l'action thérapeutique des remèdes étant dépassée, à voir se substituer à la phlegmasie chronique que l'on combattait une inflammation trop violente et non plus passagère, qui occasionnerait des accidents plus ou moins sérieux.
A l'emploi de ces remèdes, lorsqu'ils trouvaient d'abord leur indication, il faudra substituer celui d'autres modificateurs qui, pour être moins énergiques et moins rapides dans leurs efl'ets, n'en sont pas vmàïïs très-actifs. Tels s(mt le sous- nitrate de bismuth, la craie préparée, c'est-à-dire le carbonate de chaux précipité du chlorure de calcium par le carl)onate de soude. Journellement employés comme moyens topiques, dans certaines affections cutanées, comme riniertrigo des enfants par exemple, ces médicaments sont encore d'une efficacité incontestable pour combattre certaines phlegmasies chroniques du gros intestin, et mon ami M. le docteur Lasègae a (ait connaître les heureux résul*
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taCs qu*il airait obtenus, dans ces derniers cas, aussi bien cliez les adultes que chez les enfanls, de remploi de laTements faits avec une bouillie de sous* nitrate de bismuth et de craie. Leur utilité n'est pas moindre dans la dyspepsie liée à la gastrite chronique; ils doivent être administrés à haute dose, 5, 6, 7, 8, 10 grammes de craie mélangée avec une égale quantité de sous-nitrate de bismuth, par paquets de 2 ou 4 grammes, que le malade prend dans le courant des vingt-quatre heures, et principalement avant les repas.
La phlegmasie de la membrane muqueuse gastrique cédant à remploi de ces diverses médications, les sécrétions viciées de l'estomac redeviendront normalesL En quelques circonstances cependant, il est nécessaire de venir pl us spécialement en aide aux fonctions sécrétoires qui avaient été plus ou moins profondément troublées. Les acides, tels que les acides lactique et acétique, mais mieux encore l'acide chlorhydrique que vous m'avez vu prescrire à plusieurs de nos malades, sont d'excellents moyens pour remplir cette indication dans les dyspepsies liées à la gastrite chronique. Toutefois chose bizarre ! tandis que quelques individus se trouveront bien des acides, il en est d'autres, — et ces cas sont difficiles à préciser,— qui n'en retireront aucun bénéGce, et dont le mal réclamera l'emploi des alcalins, sans qu'on puisse se rendre réellement compte de leur mode d'action. Les explications que la chimie a eu la prétention d'en donner sont très-discutables, alors surtout qu'on voit les acides et les alcalins réussir également chez des individus différents, dans des cas en apparence absolument semblables. Sans nous arrêter à l'interprétation mise en avant par les chimistes, contentons-nous de l'expérience clinique ; sachons que, dans les affections chroniques de l'estomac, alors que le malade qui a été soumis an traitement préalable dont nous avons parlé tout à l'heure conserve des digestions difficiles et laborieuses, tantôt les eaux minérales dites alcalines, tantôt, plus rarement, les acides, sont administrés avec succès. À propos des dyspepsies acides, nous reviendrons sur ce point ; nous discuterons la manière dont les alcalins et les acides peuvent agir. Qu'il me suffise, quant à présent, de signaler cette action, me réservant de vous signaler plus tard certaines circonstances particulières qui semblent commander plus spécialement, dans quelques cas, l'emploi des uns on des autres.
Messieurs, je vous ai dit, en vous indiquant les diverses formes que peut affecter la dyspepsie, qu'il en était une qui était accompagnée de boulimie, ou, pour parler plus exactement, d'un sentiment de vide dans l'estomac éprouvé par les malades peu de temps après leurs repas ; que dans cette forme, les troubles de la digestion étaient en outre caractérisés par de la diarrhée survenant presque immédiatement après l'ingestion des aliments. Ceux qui en sont affectés disent eux-mêmes qu'ils digèrent extrêmement vile, que leur nourriture ne leur />è5e pas, que leur estomac est excellent et que leurs entrailles seules sont dérangées. Je vous ai expliqué comment je comprenais le mécanisme de ces accidents, ou plutôt je me suis réservé de revenir sur ces détails quand nous traiterons plus spécialement la question de la diarrhée. Mais c'est
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^ id le moment de vous indiquer les moyens à l'aide desqnels nous pouvons feMbattre ces troubles morbides. £h bien I l'opium, ce médicament dont on nt parfois, trop souvent même, un si déplorable abus dans les affections de ■hppreil digestif, l'opium est ici particulièrement utile, et rend k lui seul bwebup plus de services que tous les autres agents de la matière médicale, krii pour en retirer tout le bénéfice qu'on en doit attendre, il faut le donner fmtc b plus grande circonspection. Il m'est impossible d'en déterminer les Mm d'une manière absolue. Le médecin, seul juge de ce qu'il convient de ■hv dans ces cas, ne peut être guidé que par la connaissance qu'il acquiert ■I aptitudes individuelles à supporter le remède. Rien, en effet, n'est plus Phiable, non-seulement par rapport aux individus, mais encore pour un lÉtae individu, par rapport aux circonstances dans lesquelles il se trouve ■ridentellement placé. Il en est qui en tolèrent aisément des quantités ■mes, et je vous en ai cité des exemple sassez remarquables à propos de la ■Ivralgîe épileptiforme, tandis que d'autres seront vivement touchés par une iMk goutte de laudanum : je parle de ce que l'on voit chez les adultes, car lÉB les enfants le narcotisme se produit quelquefois avec une quantité quatre MiiDoiiidre de ce médicament. Rien n'est plus difiBcile à manier que l'opium; dte tii QD fait sur lequel je ne saurais trop m'appesantir, car il n'est pas de iuuide dont on abuse autant, que Ton dispense avec plus de prodigalité, sans ifcoqnérir des idiosyncrasies. Et notez bien, messieurs, qu'il ne s'agit pas seuhneot ici de ce que l'on fait dans la dyspepsie, ma remarque a une portée plus iéaérale, et dans le cours de ces conférences j'aurai plus d'une fois l'occasion êt m'élever contre ce dépforable abus. Pour ce qui est de la maladie dont il Maojoord'bui question, dans la dyspepsie boulimique avec diarrhée habituelle, n^iiam est donc un merveilleux remède, à la condition de l'administrer à km» modérées. Le laudanum de Sydenham est encore la préparation la plus CMmode, car elle est aussi la plus facile à doser. On le prescrit par gouttes en OHDroençant par une seule, se réservant, s'il est besoin , d'en augmenter propeanTement le nombre. Le malade doit le prendre non après le repas, mais mat de manger ; cette précaution est indispensable pour que la médication ait rdicaclté qu'on en attend. Cette petite quantité d'opium ingéré dans l'estomac nnit que le travail de la digestion ait commencé, suffit pour endormir, dans ne juste mesure, pour régulariser l'excitabilité musculaire, dont l'exagératira était cause des accidents qu'on veut arrêter, sans endormir la sensibilité oiganique. De hautes doses, au contraire, allant au delà de l'action qu'on ckercbe à produire, endormant tout à la fois l'excitabilité musculaire et la sensibilité organique, enrayant du même coup les mouvements musculaires et le travail de sécrétion des sucs gastriques, augmentent, au lieu de les calmer, ki troubles de la digestion, à l'accomplissement de laquelle les mouvements moscolaires réguliers et la sécrétion de ces sucs sont indispensables.
La belladone, dans cette même forme de dyspepsie, quoique moins puissante que l'opium, est néanmoins d'une utilité incontestable. Vous êtes peut«
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être sorprU de ni'entendre préconiser dans ces cas un médicament qui, d*habîtude« produit un eiïet opposé à celui que nous nous proposons d'obtenir. Yoiis n'ignorez pas, en effet, que la belladone, comme toutes les solanées vireuset, détermine le relâchement du ventre, tandis que Topium, au contraire, amène la coostipalion. Cette vertu de la belladone est telle qu'en général on se garde bien de l'administrer aux malades affectés de diarrhée. Mais si l'on a raison de s*en abstenir quand on a affaire à des flux intestinaux, ayant leur cause dans l'intestin lui-même, on aurait tort d'en négliger l'emploi dans le cas particulier dont il s'agit en ce moment : la belladone, je ne crains pas de le proclamer tout haut, est, suivant les circonstances, appelée à rendre de très-grands services, des services presque aussi grands que l'opium lui-même. Un mol d'explication est ici nécessaire. Il est d'expérience que les solanées vireuset sont bien souvent les moyens les plus puissants à opposer à la constipation. Vous connaissez tous l'effet du tabac : pour quelques individus, un cigare e0t le meilleur laxatif, et il en est qui n'iront à la garderobe qu'à la condition d'en fumer un chaque jour; chez d'autres, chez lesquels le tabac sera sans action, une seule pilule de jus<|uiame, d'un grain, d'un demi-grain, amènera le môme résultat. Ces substances doivent peut-être cette singulière pro* priété au principe vireux qui est la base de toutes les solanées. La belladone, dont l'utilité dans certains cas de constipation est si reconnue, surtout depuis les travaux de Bretonneau, n'agit pas autrement. Toutefois je répéterai pour elle ce que j'ai dit pour l'opium : il importe de ne l'administrer qo'è faibles doses. Un centigramme, c'est-à-dire un cinquième de grain, suffit k plus ordinairement, bien que parfois on soit obligé d'en donner un peu davaiH tage, un quart de grain (un centigramme et demi), un demi-grain (deux centigrammes et demi), niais rarement il est besoin de dépasser ces quantités. Il semblerait, d'après cela, qu'il y ait contradiction avec ce que je professais tout à l'heure relativement à l'administration de la belladone comme moyen d'arrêter la diarrhée. Cctie contradiction n'est qu'apparente, car si la diarrbée dépend d'une excitabilité exagérée de l'estomac, la belladone la calmera» la suspendra, en modérant celte excitabilité anomale qui en était la cause.
J'insiste sur ce point, si les solanées vireuses et la belladone en particolier peuvent rendre ici de grands services, il ne faut pas oublier que leur abus et surtout l'abus du tabac à fumer est une cause fréquente de dyspepsie. — Ches les fumeurs, en effet, la nicotine, absorbée en quantité plus ou moins notable, diminue l'excitabilité physiologiqm; de l'estomac. Aussi dans ces circonstances* les malades éprouvent presque toujours de la pesanteur dans la région épigastricjuc, la digestion stomacale s'opère avec une extrême lenteur, et c'est en vain que vous aurez recours aux médications susceptibles de stimuler Tes* toinar paresseux, si vous ne commencez pas par conseiller aux malades d'abandonner ou du moins de modérer leur fune.ste habitude.
Il i(n|)orle donc lorsque Ton prescrit la belladone ou toute autre solanée de ne point dépasser ccrlaines limites, sous peine de déterminer une sorte de
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paralysie qui à son tour derrait être combattue par des excitants, tek que les liqueurs alcooliques, aromatiques ou mieux encore par les préparations de noix fornique. Il faut donc, ainsi que je tous le disais tout à Theure, commencer par de faibles doses, que Ton élève progressivement , s'il est nécessaire.
Au même titre que les solanées, certains médicaments antispasmodiques, tels que la valériane, Tasa fœtida, Foxyde de Einc, sont également indiqués. Ces médicaments doivent tous être donnés au commencement des repas, et toujours à des doses très-modérées.
Messieurs, la dyspepsie acide, qui se combine souvent avec la dyspepsie flatulente, est plus commune que celle dont nous venons de parler. Dans cette forme oû les troubles de la digestion sont accompagnés d*éruclaiions aigres, d'une production abondante de gaz, le médecin commet fréquemment des fautes graves. Nous avons le malheur d*être de forts mauvais chimistes, et je ne crois faire injure à personne en disant que sur trois cents que nous sommes Ici, deux cent quatre-vingt-dix-neuf, moi compris, méritent ce reproche. Cependant, avec une prétention qui est en raison directe de noire ignorance, nous ne craignons pas d'appliquer à la thérapeutique le peu que nous savons des théories chimiques. Les expériences du laboratoire nous ayant appris que les alcalins neutralisent les acides, nous nous emparons de ce fait ; partant de là, rien ne nous paraît plus simple que le traitement de certaines dyspepsies. L'estomac contient une très-grande quantité d'acides, il faut les neutraliser; pour obtenir ce résultat il nous suffira d'administrer la magnésie, le bicarbonate de soude, l'eau de chaux, la craie. En dépit de notre raisonnement, le mal augmente, la sécrétion acide devient plus abondante au lieu de diminuer. Nous en tenant à notre idée, nous ne voyons dans cette augmentation des accidents qu'une indication d'insister davantage sur notre médication ; nous nous empressons de doubler, de tripler les doses des alcalins, puisque les premières sont restées sans action. I^lais bientôt le malade est pris de diarrhée, et loin de se trouver soulagé, loin d'obtenir sa guérison que nous lui faisions espérer, son état empire. Trompés dans notre attente, il ne nous reste plus qu'à rejeter sur l'opiniâtreté de la maladie ce qui ne doit être imputé qu'à notre malencontreuse intervention.
Quelques données de physiologie auraient ici, comme en beaucoup d'autres circonstances, suffi pour nous empêcher de tomber dans les erreurs où la chimie nous entraînait. La physiologie nous enseigne, en effet, que le suc gastrique est naturellement acide ; que cette acidité est constante, aussi bien chez l'homme que chez tous les animaux, quels que soient leur espèce, leur âge, leur genre de nourriture; qu'enfm elle est due aux acides pliosphoriqae et chlorhydrique, mais principalement à Tacide lactique, qui seul s*y trouve à lï'tai de liberté. C'est au moment de la digestion que ces sucs acides sont le plus abondamment sécrétés, et cette sécrétion est indispensable à Taccomplissemcnt des fonctions dont l'estomac est chargé. Dans Tintervalle des digestions, les liquides gastriques, alors moins abondants, ne sont que faible-
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ment acides, qudqaefois neutres ou même alcalins. Ainsi que je tous l'ai rappelé, sous certaines influences, la sécrétion normale du suc gastrique est en partie suspendue, mais, dans d'autres circonstances, elle s'exagère au contraire, et c'est là le point important où je voulais en venir. Elle s'exagère par le fait d'une excitation exercée sur la membrane muqueuse de l'estomac, à la condition que cette excitation ne dépassant pas un certain degré, n'ira pas jusqu'à l'inflammation ; auquel cas, les expériences de Beaumont sur son Canadien (1), et celles si souvent répétées par M. Claude Bernard (2), l'ont péremptoirement démontré, auquel cas, dis-je, cette sécrétion sera au contraire enrayée. £lle s'exagère sous l'influence d'une émoUon morale, d'un travail de cabinet longtemps prolongé, et vous n'ignorez pas combien il est commun de voir survenir, sous ces dernières influences, des troubles de la digestion avec éructations et renvois acides.
Dans ces circonstances, le bicarbonate de soude et, d'une manière plus générale, les alcalins, en tant qu'agents chimiques, n'ont rien à faire pour combattre les excès d'acidité. Bien plus, — le fait est capital au point de vue pratique où nous nous plaçons, — les expériences de M. Claude Bernard, qu'il faut toujours citer, démontrent que la sécrétion du suc gastrique^ et par conséquent l'acidité des liquides de l'estomac, augmente lorsqu'on donne à un animal des substances alcalines, le bicarbonate de soude, la magnésie, par exemple; tandis qu'au contraire cette sécrétion est retardée ou diminuée quand on donne des acides. Voilà assurément des faits posilife échappant aux banales interprétations de la chimie qui ne saurait nous guider dans le traitement des maladies, encore moins nous imposer ses r^les comme elle le prétend faire. Que les chimistes nous disent que les alcalins conviennent, cependant, dans un certain nombre de cas et même dans un bon nombre de cas, à cette forme de dyspepsie acide, ils ne nous apprennent que ce que la clinique nous avait appris avant eux. Mais lorsqu'ils ajouteront que la guérison s'obtient parce que les alcalins ont neutralisé les acides, nous leur répondrons qu'il n'y a pas eu neutralisation, ou que celle-ci est insignifiante ; qu'en déûnitive l'action de ces remèdes a été celle de modîGcateurs puissants, qui ont imprimé à l'appareil organique sur lequel ils ont agi, mieux encore à l'économie tout entière, une modalité particulière, en vertu de laquelle les fonctions se sont régularisées et les sécrétions ont cessé d'être trop acides.
Un autre exemple vous fera mieux comprendre ma pensée. Sous l'influence d'une saison passée aux eaux de Fougues, de Contrexéville, un individu affecté de gravelle urinaire, et qui a rendu quelques graviers pendant la durée de son traitement ou peu de temps après, reste cinq, six, sept, huit mois, un an
(1) Kirper. and obsen^ations on (he gasirk juice and the physiology of digestion, Plattsburg, 1833.
(2) Couru de nu'decinr du CoUvge de France : Liquides de l'organi.tme, Paris, 1859^ t. II.
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Cl plus, sans a?oir de nouvelles crises, sans rendre de nouveaux graviers : Ara-t-onqne» cbexcet individu, ces eaux, d'ailleurs faiblement alcalines, ont CMtioQé d*agir pendant tout ce. temps? Assurément non; on dira que ces ■■X, en remettant l'économie dans les conditions normales de santé, ou si l'on veut localiser davantage leur effet, en imprimant à l'appareil urinaire une ■odificalion salutaire, ont régularisé la fonction sécrétoire des reins et em. péché la production de l'excès d'acide urique. Si elles ont eu quelque action chimique sur la composition des produits d'excrétion , cette action chimique a été très-passagère; en définitive, elles ont eu surtout une action vitale heancoop plus profonde que la première, et dont l'influence, une fois le mouvement donné, se continue beaucoup plus longtemps.
Il en est de même dans la dyspepsie. Si les eaux de Vichy, de Fougues, de Tais n'agissaient qu'en vertu des réactions chimiques pixxluiles par les principes minéralisatcurs alcalins qui entrent dans leur composition, il faudrait, peur être logique, condamner les malades à faire constamment usage de ces oiix, sous peine de voir reparaître les sécrétions acides qu'on a la prétention de neutraliser. Ainsi, comme dans le cas de gravelle urique, ce n'est pas chiniqnemeut qu'agissent les eaux dont nous parlons, c'est en imprimant à l'économie une modalité en vertu de laquelle les sécréiions gastriques étant régularisées, les sucs de l'estomac ne contiennent plus que les quantités normales d'acides qu'elles doivent contenir.
Ce que nous disons ici des alcalins par rapport à la gravelle et aux dyspep* MS, s'applique à un grand nombre d'autres substances de notre matière médicale. La chimie ne saurait nous rendre compte de leur mode d'action ; cette action a quelque chose d'essentiellement vital, ou, si vous aimez mieux ce net, quelque chose d'essentiellement physiologique.
Une femme bien portante prend du fer à hautes doses, la menstruation est troublée, les règles se suppriment. — Je parle ici de ce qui arrive dans un assez bon nombre de circonstances. — Que s'esi-il donc passé? Le fer donné iotempcstivement a changé les conditions de la santé, et la suppression des menstrues en a été la conséquence. Mais que cette femme à qui nous admi- BÎUrous le même remède et à doses plus fortes soit chlorotique, les choses changent de face; la menstruation, qui chez elle se faisait mal, se régularise. Le chimiste, pour expliquer le dernier fait, n'est pas embarrassé, mais je me demande comment il expliquera le premier.
S'il fallait d'autres preuves à l'appui de cette manière de voir vraiment médicale que nous soutenons, relativement à l'action thérapeutique des médicaments, et pour rentrer plus directement dans notre sujet, relativement 2i Faction des alcalins dans la dyspepsie, ces prefuves, nous les trouverions dans ce fait que^ dans un grand nombre de cas, si ce n'est le plus souvent, nous venons facilement à bout de ces dyspepsies avec sécrétions acides exagérées, |)ar l'emploi d'autres moyens que je vais vous indiquer, et dont la chimie aurait bien de la peine n expliquer les réactions.
TinrssKAI\, 2' (•«lit. — III A
DB LA DTBPEPSIt.
Déji Grms anit dit qae la aécrétton anomale des socs gastriques se trou* tait paissamment et fatoraUeroent modifiée par les médicaments qni agissent plos spécialement snr le système nerteoi. En tête de ces médicaments, il plaçait Topinm à très-petites doses. Il l'associait, il est ? rai, a?ec le sous-nitrtte de bismntb, et la médication dont il retirait de mer? eitleux effets consistait k adminbtrer un mélange d'un Tingtlème de grain (2 milligrammes et demi, 0'',0025)^ de sulfate de morphine ou d'un diiième de grain (5 milligr.) d'extrait gommeux tbébalque^ atec dix k quinze grains (50 on 75 centigr. de sous-nitrate de bismuth et autant de magnésie). Ces prises étaient données peu de temps atant le repas ; le malade en prenait de deux I trois chaque jour.
Quant aux eaux minérales, leur choix dans le traitement de ces dyspepsies acides est subordonné aux circonstances dans lesquelles les troubles de la digestion se sont produits; et ce Tait vient encore à l'appui de la thèse que je soutiens, de l'inanité des explications cbimiatriques. Les indications de telles ou telles de ces eaux minérales ressortent, en effet, non de l'acidité plus ou moins prononcée des prodoits de sécrétion stomacale, mais de l'état général de l'économie auquel cette perrersion des fonctions gastriques se lie. Ainsi lorsque les dyspepsies acides se lient à la chlorose, les eanx minérales qui semblent agir principalement dans ces cas par les éléments ferrugineux qu'elles contiennent, doitent être conseillées de préférence k toutes autres. Telles sont les eaux de Spa, en Belgique ; de Schwalbach, dans le duché de Nassau ; de Pongues. de Bussang, de Forges, de Passy, etc. , en France.
La dyspepsie, chez les femmes hystériques, chez les hommes hypoclmndriaques, chez les individus essentiellement nerveux, comme aussi chez les gros mangeurs et chez les vieillards, est principalement flatulente, c'est-à-dire caractérisée par un développement considéraMo de gaz, quelqnefob accompagnés d'éructations acides, survenant immédiatement après les repas. Dans cette forme de dyspepsie, les préparations alcalines rendent encore quelqnes services, mais à la condition de n'être données qoe pendant un certaiu nombre de jours pour être promptement remplacées par \en amers.
Ainsi, quatre, cinq on six jours de suite, le malade prend au commencement de ses dcnx principaux repas, et le soir en se couchant, on paquet de poudre composée de magnésie, de craie, de bicarbonate de soude, à la dose de 30 à &0 centigrammes de chaque : ces poudres sont délayées au monK'nl d*en faire usage, dans un quart de verre d'eau. Puis on commence l'emploi des amers, parmi lesquels le quassia amara me paraît occuper la première place. Le matin h Jeun et dans le milieu de la journée, i un intervalle égal entre les deox principaux repas, le malade boit une tasse de macération de ce bots amer, qu'il obtient soit en laissani séjourner pendant quinze i vingt minutes la valeur d une tasse à thé d'eau froide dans un gobelet fait avec le quassia amara luimOme (coupe amùre), soit, ce qui vaut mieux, en faisant macérer dans Teau froide 2 grammes de copeaux de quassia pendant quatre, cinq, six heures.
Sons rinfliience de celle médication bien simple, j'ai vu se modifier ces
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dyspepsies avec une rapidité beaucoup plus grande qae lorsque j'insistais trop longtemps sur l'emploi des alcalins. Ici encore le ifin de quinquina trouve son indication. On le fait prendre immédiatement avant le repas, ou immédiate ment après que le malade a déjà ingéré une petite quantité d'aliments. En agissant ainsi, on se propose d*é?iter les douleurs d'estomac que le tin de quinquina éveille quand il est pris à jeun.
Dans ces dyspepsies flatulcntes aussi, on retire de réels bénéfices de Tusage de certaines liqueurs qui doivent être données après les repas. Celles que je recommande de préférence sont Tanisette fine de Hollande et la liqueur jaune de la Grande-Chartreuse, qui n'est rien autre chose qu'un alcoolat de plusiean espèces de plantes aromatiques. Il est inutile d'ajouter que ces liqueurs doi* tent être prises en très-petite quantité. D'autres préparations aromatiques peuvent d'ailleurs remplacer celles-ci. Par exemple, l'infusion de badiane, qui entre dans la composition de l'anisette de Hollande; l'infusion faite avec un mélange de badiane, d'anis ordinaire, de gingembre et d'écorce de cascarllle. On prépare avec ces substances concassées et réduites en poudre grossière, des paquets contenant 50 centigrammes de chacune d'elles ; l'infusion est prise immédiatement après les repas.
Les eaux minérales sont également ici d'une incontestable utilité, mais ec n'est plus à Yichy, à Carlsbad, à Fougues, qu'il faut envoyer les malades ; ces eaux leur sont contraires : c'est Niederbronn, Forbach, dont les principes minéralisateurs prédominants sont les mêmes que ceux qui entrent dans la composition de l'eau de mer, qu'il faut leur conseiller. C'est aussi Nauheira, Soden, Kissingeu, chlorurées sodiques comme les premières; c'est Hombourg, malheureusement trop célèbre par ses jeux qui ont fait grand tort aux sources.
Sans quitter l'Allemagne, nous pouvons parler des eaux de Selters, dans le duché de Nassau, plus connues sous le nom d'eau de Seltz. Elles contiennent par litre environ 2 grammes de chlorure de sodium, un gramme de carbonate de soude, un demi-gramme à pou près de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie, une faible proportion de snlface de soude, quelques traces de carbonate de fer, enfin une quantité indéterminée d'acide carbonique. Elles sont à la température de 15 à 20 degrés. Leur goût agréable en a vulgarisé ru.sage, à ce point que, dans le pays et dans les pays environnants, on les sert sur les tables des auberges et dans les cabarets, comme on fait ici pour l'eau de Seltz artificielle, laquelle, soit dit en passant, ne ressemble en rien à l'eau de Seltz naturelle.
Quel(|ues eaux françaises, celles de Plombières dans les Vosges, de Bagnèresde-BIgone dans les Hautes-Pyrénées, qui ne contiennent cependant qu'une très faible quantité de principes minéralisateurs, sont encore d'un très-utile secours dans ces dyspepsies flatulentes. Nous verrons tout à l'heure qu elles trouvent aussi leur indication dans d'autres formes.
Uue médication non moins puissante que celles qvc nous venons de passer
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enceinte de quatre à cinq mois, et ces accidents avaient provoqué l'avortaiicii « Si une femme enceinte est prise d*un flux de ventre abondant, il esl ^ cniiiR qu'elle n'avorte », dit Hippocraie (aph. ZU) (1). Nous consutîoiis une hjrp» tropliie considérable du foie, avec épanclicmcnt dans le péritoine. La mabà fut longtemps dans une situation assez alarmante; cependant la convaleirciB f 'établit, bien que le foie restât notablement hypertrophié, trés-dooloorcn à la pression, et que les digestions fussent extraordinairement difficiles. ïesÊxpi d'administrer les alcalins; ils ne produisirent aucun elTet avaniagpjix; la accidents persistaient et même la diariliie ne tarda pas à reparaître. J'en alors ridée d'avoir recours à Tacide clilorliydiique. Une goutte d'abord pris après chaque repas, dans un quart de verre d'eau sucrée, facilita la digeslioi; j'augmentai la dose, que je portai à trois gouttes, une apK*sle repas du matit, deux après le re|>as du soir; puis à quatre, deux à chaque repasL A partir de ce moment, les pesauteurs d estomac, le sentiment de plénitude qui saîvaictf l'ingestion des aliments cessèrent tout à fait, et, chose remarquable» en mèm temps que la digestion se régularisait, le foie diminuait de volume; uéanrooiM la diarrhée, loin de se modérer, devenait plus abondante. Je crus defoir fuspendre l'usage de Tacide pour donner la craie préparée, qui, dans les lia intestinaux, nous a toujours été d*un utile secours. La diarrhée s*arrèta m effet, mais la dyspepsie re|)arut ; je suspendis de nouveau le médicameit alcalin pour revenir à la mixture acide ; la dyspepsie céda, la diarrhée nfrit son cours. J'étais fort embarrassé; en désespoir de cause, je combinai ks deux médications en prescrivant la craie au commencement du'repas, l'acide à la fm. Cl ttc combinaison me réussit ; bientôt la malade fut délivrée de tim ses accidents.
Le fait a un grand intérêt pratique ; il montre au médecin que nons ae connaissons en réalité le tout de rien, et que bien souvent nous ne connaiisons rien de rien. Nous cherchons les explications, ce dont on ne doit p» nous blâmer, car c'est le seul moyen de systématiser et d'arriver à nous diriger suivant certaines lois, plus ou moins défectueuses sans doute^ mais qui nous permettent de ne pas agir en empiriques. Malheureusement ces explications sont généralement fausses.
Voici donc un cas où les arides nous ont été incontestablement utiles dans une dyspepsie liée à une maladie où le foie était gravement intéressé. Cette utilité des acides se retrouve encore dans un grand nombre de circonstances où la dyspepsie se rattache à des maladies chroniques.
Comment ai-je été, pour ma part, amené à employer ce moyen? Il y avait longtemps que j'avais lu dans les journaux de médecine anglais, des histoires de dyspepsies traitées et guéries h l'aide de mixtures d'acide chlorh^driquc; je savais que CuUeu avait dit que « les acides de toute espèce semblent avoir la puissance du stimuler l'estomac, et en conséquence d'augmenter l'appétit.
(i) CE^vradHippocrate^ trad. par E. Littré, t. IV, p. 5â5.
DI LA 0Y8PfiPSlfi.
fM kt acides employés pirticaHèremeoi sTec succès soot l'acide vitrioliqoe, VmiiÊ marm, c'est-à-dire l'acide cblorbydrique (autrefois très en usage) ei IMde distillé des Tégétaui, td que celui que donne l'eau de goudron • ; filais enfin remarqué dans divers iravaux publiés en Fraocei notamment par M. le docteur Caron, que les acides combittaieut avanlageusemeut certains uedilis des fonctions digeslives, mais je n'avais trouvé nulle part les indications spéciales de ce traitement suffisamment formulées. Il en était résulté pnr moi une sorte d'incrédulité qui me donnait à penser que» dans fous ces M dont il était question i les malades avaient guéri non par Tacide chlorby'* èiqoe, mab malgré lui ; lorsqu'il y a quelques années, dînant k c6té d'un do m infotigaUes tourihios qui semblent personniûer le mouvement perpétuel» ss vojageor me raconta que, forcé, dans ses nombreuses pérégrinationa, di «ivre des régimes bien diOérenu les uns des autres et rarement réguliers» il devait à l'acide cblorbydrique d'avoir récupéré le pouvoir de digérer que ces cbngcments de régime lui avaient fait perdrti II ne marcbait plus sans son prtcieox remède, et poruit toujours sur lui un petit flacon d'acide dont« à la li de cbaque repas, il prenait quatre, cinq, six et jusqu'à huit goutteSi La Ut me parut curieux ; j'en causai longtemps avec mon touriste, et j'acquis la esrtitnde que ceue habitude n'était nullement une bntaisie, mais bien une nécessité. Je me remis alors è la lecture des auteurs anglais; les indications fM je chc'rcbsis, pas plus celles de Gnileo que celles des autres, n'étaient plei précises que les renseignements que j'avais recueillis de la boucbe de mon voyageur. J'essayai néanmoins de la médicatfon cliez quelques malades de M cliintMe privée; j'allai d'abord timidement, bientôt je consutai qn'en œruins cas, asseï mal déterminés d'ailleurs, l'acide cblorbydrique était appelé k rendre de réels services ; je poursuivis alors mes expérienocs, et vous n'êtes pas sans avoir été témoins de celles que j'ai faites cbea plusieurs des individus confiés à mes soins dans cet hôpital.
Ainsi que je vous le disais il y a un instant, c'est dans les dyspepsies liées à des aOections chroniques que l'utilité de cette médication me parait surtout prononcée, non qu'elle ne le soit pas dans d'autres droonstanocs^^et à propos du traitement de la dyspepsie dépendant do la gastrite chroniquo, je vous ai parlé de son indication, — mais son utilité m'a toujours semblé plus manifeste dans les premiers cas.
Au n* 33 de la salle Saint^Bemard éttit une jeune femme affectée d'une diarrhée chronique opiniâtre qui l'avait jetée dans un tel état d'anémie» d'amaigrissement, que nous la crOmes afleciée do phtbide tuberculeuse, bien que, par l'examen le plus alientif, nous n'en pussions constater aucun signe. Indépendamment de ce flux intestinal, la malade avait cette forme particulière de dyspepsie caractérisée par ce qu'elle appelait une grande plénitude d'estomac. Je lui donnai l'acide cblorbydrique, d'abord k la dose d'une, pobdl deux, puis de trois gouttes après chaque repas, et bienlAC les digestfooo m régularisèrent, mais il fallut continuer fongtempa l'emptoi do ce moyeu, car
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dés qu*oti le suspendait, les digestions redevenaient iinniédiiteuienl péDifal& La diarrhée ne céda point, il est vrai. Quelques-uns d'entre voo»fle rappellent certainement cette malade, dont l'observation curieuse à pins d*on titre a été rapportée dans le livre de MM. Gros et Lancereaux, sur les affeciiam nerveuses syphilitiques. Les accidents dont elle était affectée, et dont la Datm nous échappa pendant longtemps, étaient sous la dépendance d*oiie sjpUlli constitutionnelle ; ils ne disparurent qu'après un traitement mercarieL
Âu n** 2U bis de la même salle se trouvait , à la même époque, vue aotra femme, atteinte celle-ci d'une tuberculisation pulmonaire trop évidente. L'affection tuberculeuse sembla un instant enrayée dans sa marche; l'état général s'était amendé, l'embonpoint était revenu. Les signes locaux se modifiaieatégalement: aux craquements humides avait succédé un peo d'expîraiJon> prolongée mélangée de quelques râles muqueux disséminés; lorsque de non-: ▼elles hémoptysies eurent lieu, les craquements humides reparurent et àca accidents s*ajouta de la dyspepsie. Quatre ou cinq heures après avoir mangfi, h malade éprouvait encore des pesanteurs d'estomac L'acide chlorhydriqna donné au moment du repas facilita singulièrement la digestion, qui ne rcua régulière qu'à la condition d'en continuer l'usage.
Âu n" 27 un cas analogue se présentait à notre observation. La malade, qii était également affectée de tubercules pulmonaires ramollis, allait chaque jour, en s'affaiblissant ; la nuit elle avait une fièvre assez vive, avec des soeon abondantes. Les digestions étaient pénibles, et cette dyspepsie était accompagnée de diarrhée et d'une hypertrophie du foie, accident si commun chez les phthisiques. L'acide chlorhydrique, sans enrayer, bien entendu, les progrès de l'affection tuberculeuse, vint promptement à bout des troubles gastriques.
Je pourrais multiplier ces faits, car c'est principalement dans ces dyspepsies survenant chez les phthisiques que l'emploi des acides nous a été d'un grand avantage.
En présence de ces résultats j'ai cherché, moi aussi, k fonder ma petite théorie. Je me suis dit : Âu moment de la digestion, l'estomac contient une certaine quantité d'acide lactique, d'acide phosphorique et d'acide chlorhydrique ; serait-ce parce que je fournis au suc gastrique l'équivalent d'acide qui lui manque que ma médication réussit 7 J'essayai l'adde lactique, k doses plus fortes que l'acide hydrochlorique , dix, quinze, vingt gouttes, mais ces doses restant insuffisantes je les portai à 2 et 3 grammes. Les résultats de mon expérience furent très-variables, et l'acide lactique, endéfmitive, me réussissant moins bien que l'acide cblorhydrique, je donnai désormais la préférence à celui-ci.
En dernière analyse, messieurs, sans chercher à nous rendre compte des opérations qui se passent dans le tube digestif sous l'influence des remèdes alcalins ou acides, retenons bien que les premiers ne sont pas les seuls agents dont la thérapeutique dispose |X)ur le traitement de la dyspepsie liée aux maladies chroniquas, que les acides trouvent aussi leurs indications, mais que ces
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indications on ne pourrait les formuler par avance d'une manière précise, et que l'ol}6ervaiion attentive peut seule nous mettre en demeure de les saisir.
J'arrive maintenant à un point de la question dont vous comprendrez toute rîmportance : je veux parler du traitement des dyspepsies coïncidant avec one anémie plus ou moins profonde, avec des engorgements spléniques et hépatiques plus ou moins considérables. Ces accidenis, qui s'observent chez les individus qui ont été longtemps en proie aux fièvres palustres, ou chez ceux qui, sans avoir en les fièvres intermittentes, ont longtemps habité les pays marécageux et subi l'influence des miasmes des marais^ ces accidents dmventêlre soigneusement distingués d'accidents analogues qui caractérisent h leucémie. Ces derniers sont la manifestation d'une maladie essentiellement grafe, et contre laquelle la médecine est impuissante ; les premiers au contraire guérissent généralement assez rapidement
Qoe la dyspepsie, que les engorgements viscéraux qu'elle accompagne, dépendent de l'anémie, qu'ils en soient la cause, ce que je ne saurais dire, toujours est-il que ces troubles gastriques, que ces hypertrophies de la rate et du foie sont très-souvent avantageusement combattus par des moyens que très-certainement on ne supposerait pas devoir être utiles. Ainsi, à Vichy, oùl'hôpital militaire réunit un nombre important dindividus affectés de cachexies palustres, accompagnées d'engorgements spléniques et hépatiques, de troubles dyspeptiques plus ou moins graves, on voit les malades guérir, s'améliorer du moins assez rapidement, sous l'influence de la médication thermale alcaline, si puissamment active dans ces cas. Son efficacité est d'une notoriété si populaire, que les malades du Nivernais et du Berri, du Bourbonnais et de l'Âuvergne, où les fièvres intermittentes sont endémiques dans certaines localités, ne man()uent jamais d'aller chercher, soit à Fougues, soit à Vichy, la gnérison des accidents consécutifs à l'empoisonnement miasmatique. Ici la notoriété publique est d'accord avec l'observation médicale. Tous les praticiens de Vichy sont, en effet, unanimes pour proclamer les vertus de leurs thermes dans le traitement des dyspepsies et des autres troubles fonctionnels ou organiques dépendant de la cachexie palustre ; notre regrettable confrère, le médecin inspecteur de Fougues, le docteur L. de Grozant, a, de son côté, publié d'intéressants travaux pour démontrer l'utilité des eaux qu'il administrait avec tant d'intelligence et de savoir. Il y a longtemps d'ailleurs que ces remarqua- Me» propriétés des eaux de Fougues et de Vichy avaient été reconnues et rignalées à l'attention des médecins.
Or, j€ vous le demande, est-il quelque chose de plus anomal à première vne, de plus contraire aux théories chimiques, que de donner à des individus doDC ie saag est dans un tel état de dissolution, que souvent il en résulte des
^eî des hémorrhagies passives, que de donner, dis-je, à des mala- ^MQ^ est si évidemment appauvri, des alcalins qui sont regardés
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de chaux qui prédomine à soo tour, comme dans les eaux de Fougues, ce mit toujours des aicalios que oous voulons administrer, et les bons effets de ces eaux sont, je le répèle, en contradiction flagrante avec tout ce que les chimistes ont prétendu établir relativement k l'action de ces substances alcalines sur la composition du sang.
Je le sais bien, k Vichy on prescrit de préférence Tusage de la source T^rdf aux individus atteints de cachexie palustre, et cette source Lardy contient ont certaine pro|)ortioH, assex faible il est vrai, de protuxyde de fer bicarbimaté, 28 milliéines de gramme environ. Je sais bien aussi que les eaux de Pouguea contiennent du bicarbonate de fer, k peu prés dans la même proportion que les eaux de la source Lardy ; que les unes et les autres renferment encore da gax acide carbonique, et qu*on pourrait rapporter au fer et au gai acide car* boniquc les heureux effets obtenus par elles. Cependant, è Vicliy, les mêmes malades guérissent en faisant usage des eaux de la Grande^Griile ou de la source de l'Hôpital, aussi bien, quoique moins rapidement, que lorsqu'il prennent les eaux du puiis Lardy, moins rapidement surtout que ceux qui vont à Fougues. Il parait donc, en définitive, que c'est au principe minénlisa» teur alcalin que doit revenir l'honneur de la cure.
Je voulais vous indiquer ces faits parce que je ne saurais trop vous mettre en garde contre la chimiairie, qui, principalement dans ses applications à la tliérapeuiiquc, conduit k de déplorables erreurs. Je ne crains pas de revenir trop souvent sur ce chapitre, tant ma conviction, fondée sur une lungoe pratique et sur une obsenation attentive des malades, est profonde à cet éganl. Aléfiez-vons des lbéorii*s de lalioratoire ; rappelez-vous que, ainsi que l'éaivait mon honorable et savant ami M. le docteur Lasègue, si la chimie peut rcndie à la médecine les plus émiocnts services, le chimiste tîdrt de sa compétence quand il conclut de l'expérience de laboratoire à l'expérience clinique ; que la chimie n'est |)as plus prés de la médecine quand elle enseigna l'art de préparer ou d'analyser les médicaments, qu'elle ne tourbe aux beaux* arU quand elle fournil aux peintres des couleurs fixes et durables. Cette proposition, vraie pour les agents de la matière médicale en général, l'est toni autant pour les eaux minérales en particulier, quoique pour celles^ la chimie semble vouloir se réserver plus que jamais le droit d'expliquer et de juger en dernier ressort. Quoi qu'elle en dise, ces eaux ne sont pas des médicaroenli simples; quel que soit leur élément minéralibateur prédominant démontré par l'analyse, cet élément n'agit pas seul; en Tas^ociant à des quantités pins on moins notables de piincipes très-variés que le chimiste peut isoler, à d'autres qu'il n'a pas encore découverts, la nature a fait pour cet élément minéralisateur ce que nous cherchons chaque jour à imiter dans nos officines, lorsque nous voulons renforcer ou diminuer les elTels d'une substance médicamenteuse en l'as^socianià d'autres. En tenant compte, toutefois, des phénomènes particolim qui peuvent résulter de Taction de Ici ou id des élémcnu qui entrent daae il composition d'une eau minérale, on ne saurait ■tlritaur à on prineip»«ligV