‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 46 sur 100 · DO RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU · texte numérisé non relu

DO RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

unément les articulations et la tonique interne des veines en respectant Tendocarde, de sorie qu'ici l'endophlébite a remplacé l'endocardite. C'est déjjk m premier fait assez insolite, bien que l'analogie bistologique rende bien compte ici de l'analogie morbide.

La phlébite produisit . ses conséquences habituelles, l'oUitératioo ; maii l'oblitération, qui fut considérable, entraîna un résultat inattendu, la production de pétéchies et d'ecchymoses, et un accident peu commun eo pareil ca», le sphaccle.

Vous savez que le rhumatisme articulaire est raiïcciion dans laquelle le chiffre de la fibrine est le plus élevé; vous savez aussi qu'un tel état do sang ne prédispose guère aux hémorrhagies ; ne peut-on donc pas admettre qu'ici les péiéchies et les ecchymoses tinrent en grande partie à ce que les oblitérations veineuses étant multiples, et le sang continuant néanmoins à aflluer dam les capillaires, ceux-ci se trouvaient distendus outre mesure (puisqu'ils recevaient toujours du sang artériel qu'ils ne pouvaient transmettre aux veines, oblitérées pour la plupart), et qu'ils finissaient par se rompre en produisant ici des pétéchii'S et là des ecchymoses ? Ainsi s'expliqueraient la production des hémorrhagies au niveau des points où l'œdème était le plus considérable, et la douleur qui accompagnait ces hémorrhagies.

Quant au sphacèle, si rare dans les oblitérations veineuses, il résulta évidemment de l'extrême distension des tissus, et probablement aussi des troubles de la nutrition interstitielle dans des points où la circulation vçineuse était presque complètement suspendue par l'oblitération des veines profondes et superficielles.

La marche des phlébites multiples présenta des particularités qu*il importe de signaler. Ainsi l'inflammation procéda des gros troncs vers les rameaoï. Ce furent d'abord les veines profondes des mollets et des bras qui forent doaloureuses, et en même temps on voyait l'oedème pmcéder de la racine des membres vers leur extrémité terminale. La résolution, an contraire, et la désobliléralion s'effectuèrent des rameaux vers les troncs. Nous avons pu voir peu à peu les veines superficielles indurées diminuer de volume, puis redevenir perméables, et la circulation collatérale se rétablir ainsi lentement. L'oedème symptomatique disparut beaucoup plus vite dans les membres supérieurs ((ue dans les inférieurs, et dans ceux-ci la cuisse se dégonfla longti mps avant le mollet et le pied. A l'époque même où le malade quitta rhôpiul, le pied ei le mollet conservaient un empâtement diffus.

Durant plus d'un mois la circulation fut presque complètement suspendue dans les quatre membres, et l'on peut penser combien la nutrition interstitielle devait être entravée par le fait même de cet arrêt de la circulation locale. Pendant tout ce temps le malade n'avait guère de perméable que les grosses veines du tronc et de l'abdomen, ainsi que celles de la tête, et il était comme amputé des quatre membres au point de vue de la circulation veineuse. Un moment nous eûmes la crainte que les siuos du crâue ne se pris-

ET DE L*£NOOGâBDITE ULCÉREUSE.

WDt à leur tour; nous croyons même que le sinus longitudinal supérieur fut d>litéré au moment où ce malade souffrit le long de la suture sagittale; heureusement pour lui qu*ii n*en fut pas de ses sinus comme des veines de ses membres, car on comprend ce qu'un tel accident eût eu de fâcheux pour le cenreau, et quelles conséquences en eussent découlé pour le malade. 11 est bien remarquable aussi qu'avec de telles causes d*embolies, cet homme n*ait rieo eo du côté des poumons.

ie ne veux pas, en terminant la narration de ce fait, ne pas discuter brièvement les deux hypothèses qu'on peut se poser ici comme en présence de toute oblitération veineuse. L'oblitération a-t-elle été primitive et la coagulation du sang a-t-elle déterminé Tirritation de la veine? ou bien l'oblitération a-t-elle été consécutive et l'irritation de la veine a-t-elle causé la coagulation du sang? En faveur de la première hypothèse, on peut invoquer l'existence dans le rhumatisme d'une augmentation considérable du chiffre de la Gbrine, et cette àyperinose rendrait assez bien compte de la coagulation spontanée du sang aux points les plus extrêmes de la circulation, là où elle est le plus ralentie, c'est-à-dire dans les membres. Mais l'expérience très-simple faite par mon chef de clinique a démontré que la rougeur et la douleur de la veine ont précédé son oblitération, et que, par conséquent, c'est bien par les parois veineuses que Taffi ctiona commencé, de sorte que c'est consécutivement à la BMiadie de la veine que le sang s'est coagulé. Il est donc bien évident que notre malade a eu des phlébites^ et que ces phlébites ont été rhumatismales; la multiplicité môme des veines affectées indique assez l'existence d'une diathèse frappant non point isolément, mais sur tout un système. Seule, une affection générale était capable de produire des lésions tellement étendues et tellement symétriques.

Cela dit sur les singularités cliniques du rhumatisme articulaire aigu^ revenons à ses complications les plus habituelles.

Le rhumatisme aigu fait donc les maladies du cœur, aussi devrez-vous voi^s attacher à conjurer le séjour de la fluxion rhumatismale sur la séreuse cardiaque. La médication révulsive est assurément le meilleur moyen dont nous paissions disposer. En même temps, vous devrez recommander aux malades toutes les précautions hygiéniques pour que le rhumatisme n'abandonne point les articulations; vous ferez appliquer sur la région du cœur des ventouses scariCiées, ou mieux encore des irritants de la peau, sinapismes, vésicatoires, qui diminueront la Quxion vers le cœur lui-même. Je n'aime guère les théories an thérapeutique, aussi ne dois-je point tenir à la théorie de la révulsion ; mais ce que je sais, et ce que tous les cliniciens ont constaté, c'est que l'application des révulsifs sur la région du cœur calme, puis fait disparaître souvent les douleurs, les palpitations, et que le cœur ne tarde pas à recouvrer la régularité de ses battements. Eu même temps, vous devez faire le traitement général de la maladie, traitemeut qui varie suivant les constitutions médicales

ao «HUMÂTisn ARncmuiRB aigu

et individnellet, et qui réclamera aoit l'emploi des aalgnéet, des piiigatib,da alcalins à haute dose, soit l'adiDioislnition do ralfate de quiaiiie» de Taonl oa de la digitale.

Comment des médicaments si nriés peovent-ib tendre vers le même bu, la goérison de la maladie? Une maladie aussi nettement caractérisée que le rhumatisme ne devrait avoir qn*on remède, mais ce remède spédfiqœ point b notre disposition. Lorsqu'on a vieilli dans la pratique de Tart médiat, on est conduit à accepter, avec Sydenham, Boerhaave ei Stoll, que le rimatisroe aigu est une pyrexie spéciale qui exige certaines conditions indiTMiidb et atmosphériques pour se manifester. Cette pyrexie offre plusieurs éléimli caractéiistiques. Vous ne l'observerei que chez certains indivîdas, dansccr* taines familles; elle a son siège d'élection anatomîque dans le tisso Sbra* séreux, elle donne an sujet qui est frappé un aspect particulier; l'éiémai Inflammatoire ne saurait être nié par aucun clinicien ; l'analyse cbiniiqae IMMI ^montre que le sang est chargé de fibrine, mais il renferme un autre éléiMtt morbide dont nous ignorons la nature, et dont l'existence senlement M0 est révélée par des manifestations morbides constantes. Encore est-il que ott manifestations sont le plus souvent passagères et ne laissent ordinahneaMH aucune trace de leur passage, 5t ce rieit sur le ccBur,

Le rhumatisme est essentiellement migrateur; s'il frappe constamment te tissu fibro-séreux en divers organes, il abandonne une articulation pour fi frapper une autre, et souvent revenir k l'articulation primitivement frappée. De plus, il peut envahir des organes dont les fonctions ne sauraient ftre troublées un certain temps sans entraîner la mort; l'examen néotM»pique ne nous dévoile dans ces organes aucune lésion qui nous rende catoflt de la terminaison funeste. Aussi les anciens, qui avaient bien étudié le rte* matisme, voyaient-ils dans cette maladie une matière fluide qui parcourait tout l'organisme et prenait droit de domicile passager sur différents oiganes.

L'indication pour eux était nettement marquée, et c'est un chapitre hies intéressant à lire que celui où Van Swieten commente l'aphorisme {i/i93) de son maître Boerhaave. Il fallait, suivant cet habile observateur, à tout pril éliminer la matière morbide, et comme elle circulait dans les humeurs, ilfaDail quelquefois ouvrir la veine et donner une libre et abondante sortie au liquidé sanguin, c'était mettre dehors une grande partie de la matière rhumatismalt Mais Van Swieten recommande de ne point abuser de ce moyen, parce qn*ilie pourrait être longtemps employé sans menace de syncopes et de convttMom Les purgatifs et les sudorifîques sont aussi recommandés par l'illustre pNifti* seur de l'université de Vienne, toujours afin d'éliminer par quelque émoo^ toire naturel la matière morbiflque.

Cette matière morbifique, en circulation avec les humeurs normales dl l'économie, pouvait être déposée sur les viscères après avoir abandonné M articulations. De là devait naître la théorie des métastases, c'est-îh-dire du tbplacement de la matière qui faisait la maladie en un point quelconque de l'th

ET DE L*£IID0C:ABDITE ULCfiUDSI.

g^Miiimr Aussi, lorsque les anciens auteors Toyaieat la douleur articulaire disparaitre en même temps que le malade se plaignait de dyspnée, d'oppiesmu et de toux, ils n*bésiuient pas à affirmer que la matière rhumatismale s*était poitée sur le poumon ou sur les plèrres. Van Swieten nous apprend que plu* sieon fois, en semblable circonstance, Tautopsie avait démontré qu'il existait uoe hydropisie de poitrine ou un engorgement pulnoonaire. Même remarque cBBÎqiie était (aite pour les accidents cérébraux qui survenaient dans le cours du ifanmatîsme, et dans ces cas on avait constaté l'existence d'ua épanche» meal séreux autour du cerveau et dans les cavités ventriculaires.

Force nous est donc, messieurs, de reconnaître que, vers le milieu du sîède dernier, la maladie rhumatismale avait été parfaitement étudiée dans ses dhcrscs manifestations. Aussi les didérents travaux qui ont été publiés dans ces dernières années sur le rhumatisme viscéral, et en particulier sur le rhn» nminne cérébral, n'ont-ils eu d'antre mérite que d'appeler de nouveau Tatteatioo du monde médical sur les manifesutions secondaires du rhimiatisme«

Il arrive quelquefois, messieurs, que les viscères sont primitivement envahis par le rhumatisme; il existe, vous le savez, ime forme de pneumonie à laquelle oo a donné le nom de pneumonie rhumatismale^ elle se moulre quelquefois avec tous les signes physiques et rationnels de la pneumonie inflammatoire : ie poîni de côté, la toux, l'oppression, l'expectoration sanglante, la matité, les râles et le souffle ; aucun symptôme, aucun signe physique ne fait défout Mais ce qui distingue cette pneumonie et en fait une espèce, c'est que d'un jour à l'auire, du matin au soir, tous les symptômes de la pneumonie pourront disparaître, sans suivre la marche décroissante que l'on observe dans hi pneumonie inflammatoire. D'autres fois, les malades ont un point de côté, de l'oppression, des râles crépitants, sous-crépitants et du soufile, mais l'expectoration est seulement visqueuse ou catarrhale et ne présente point trace de sang. La maladie rhumatismale peut rester limitée au poumon, cependant il n'est pas rare de voir apparaître des douleurs articulaires au moment où cessent les symptômes de la pneumonie.

De même les enveloppes cérébrales ou médullaires peuvent être le siège primitif du rhumatisme. Je vous ai rapporté, dans nos conférences sur le riiumalisme cérébral, plusieurs observations où les enveloppes de l'axe cérébrospinal avaient été primitivement envahies par ie rhumatisme.

Rappelez-vous l'observation de ce malade, qui entrait salle Sainte-Agnès avec de la fièvre et des douleurs lombaires si fortement accusées que ce symptôme me fit croire d'abord que nous avions aflaire à la rachialgie de la période d'invasion de la variole. Le lendemain de notre premier examen nous canmtioni one fluxion rhumatismale dans l'un des genoux, en même temps que le malade disait ne plus souffrir de la région lombaire.

Rappelez-vous encore l'observation de cetie infirmière de la salle Saint- Bernard qui, rhumatisante depuis plusieurs années, était prise tantôt de radnalgie avec paraplégie incomplète, tantôt de douleurs de tète avec trouble

ftOO

MJ RHUMATISIIE ARTiCULAIlE AIGU

de la vue et malaise général , puis tout à coup survenaient des dooleors articulaires et tous les symptômes médullaires on cérébraux disparaissaient Je ne saurais trop vous engager, messieurs, à fixer ces faits dans votre mémoire, parce qu'ils vous aideront certainement dans le diagnostic des manifestations rhumatismales et vous tiendront en garde contre une thérapeutique souvent inutile, sinon nuisible.

Je termine, messieurs, ces considérations générales sur le rhumatisme aigu en vous faisant remarquer que le passage de la maladie aigué à Téut chronique est très-rare, si ce n*est dans les cas où le rhumatisme n'a envahi qu'une seule articulation. Il semble qu'en pareille circonstance la maladie doive épuiser toute sa puissance morbide sur une seule articulation, et que, par son intensité et sa durée en un seul point, elle regagne ce qu'elle a perdu en étendue. Quoi qu'il en soit, en semblable cas, le rhumatisme fait une arthrite chronique avec altération de la synoviale des cartilages et du tissu osseux; l'afTection locale, dite tumeur blanche, est souvent la conséquence de semblables localisations du principe rhumatismal. Dans nos salles de clinique vous avez pu étudier ces arthrites chroniques si douloureuses qui ont pour siège d'élection le genou et le poignet, vous avez vu aussi le bénéGce que retiraient les malades de l'application des cataplasmes de mie de pain camphrée, avec extrait de belladone et d'opium. Ces cataplasmes ne doivent être renouvelés qu'après huit et dix jours. Alors, sous l'influence de Timmobilîté absolue, delà température et de l'absence de la douleur, nous avons presque toujours obtenu la guérison de ces arthrites rhumatismales chroniques»

Mais si le rhumatisme multiarticulaire aigu passe rarement à l'état chronique, il est an contraire sujet aux récidives. — Aussi, lorsque vous voyez qd malade aflecté de rhumatisme, devez-vous chercher à savoir si antérieurement il n'a pas déjà eu quelques manifestations rhumatismales aiguës; la con« naissance d'une première atteinte est chose importante, car dans le cas où votre oreille découvrira quelque souffle cardiaque, vous aurez, dans l'espèce, à faire la part de la maladie antérieure. — Vous devez aussi avertir les malades qu'ils auront à craindre de nouvelles attaques de rhumatisme, et partant qu'ils devront éviter toute cause déterminante de la maladie.

Le rhumatisme est peut-être de toutes les affections aiguës celle qui produit le plus rapidement l'anémie. La pâleur extrême dos malades, le souffle vasculaire, l'ampleur hydrémique du pouls témoignent d'un état cachectique aiga, complètement indépendant de la médication mise en usage ; mais, de plus, si le liquide sanguin perd une notable quantité de ses globules rouges, il acquiert, pendant la période aiguë de la maladie, une grande quantité de fibrine. Je n'oserais dire que l'excès de fibrine fait la plasticité plus grande 'de sang, mais les productions fibrincuses sur les valvules témoignent d'une tendance extrême à la coagulation. Faut-il croire que cet excès de fibrine dans le sérum du sang est la conséquence de l'élément prétendu inflammatoire du rhumatisme! Discuter sur ce sujet nous paraît chose oiseuse, aussi préférons-nous oonstatef

ET DE L*£ND0CARD1TE ULCftRJSOSE.

UOi

simpleinent le fait de la fibrination extrême da sang, en même temps qae l'état cachectique aigu des malades. La crase du sang est tellement modifiée par la maladie rhumatismale aiguc^ qu'il faut plusieurs mois pour que les malades recouvrent la plénitude de leur santé.

Je ne crois pas devoir insister longuement sur le traitement du rhumatisme articulaire aigu. L'expérience cliniqqe m'a appris que la conduite la plus sage consistait à ne pas intervenir avec un mode de traitement arrêté à l'avance. La fièvre» la douleur et la fluxion rhumatismale sont choses nécessaires dans une certaine mesure, pour que la maladie ait une issue heureuse ; aussi devonsnous le plus souvent chercher seulement à imiter la nature, c'est-à-dire k entretenir les sueurs des rhumatisants, à calmer les douleurs articulaires, et surtout nous bien garder, par un traitement maladroit, de faciliter les métastases viscérales.

Loin de moi la pensée d'accuser le sulfate de quinine d'avoir jamais causé le rhumatisme cérébral. Ne savons-nous pas que la métastase sur le cerveau peut avoir lieu dans des cas où les préparations de quinine n'ont point été prescrites. Je pense cependant qu'il est prudent, surtout chez les sujets qui, par leurs antécédents ou leurs habitudes, doivent faire craindre une certaine susceptibilité cérébrale, de bannir du traitement tout médicament qui peut congestionner l'encéphale, et partant appeler la fluxion rhumatismale vers cet organe.

En Angleterre, depuis quelques années, sur le conseil du docteur Garrod, plusieurs médecins auraient employé avec succès le bicarbonate de soude à la dose de 15, 20 et 35 grammes par jour. Ce traitement, suivant ces mêmes médecins, modérerait la fièvre, diminuerait la fluxion inflammatoire, sans déterminer des métastases viscérales, et rendrait moins longue la durée du rhumatisme. Espérons, messieurs, que ces faits si importants seront confirmés par le temps. Mais en songeant avec quelle facilité l'abus des eaux de Vichy rend anémiques les gens bien portants, je ne puis me défendre de la crainte d'augmenter encore l'anémie des rhumatisants par le bicarbonate de soude.

Ce qui a été écrit sur le traitement du rhumatisme, au moyen des hautes doses de sulfate de quinine, de nitrate de potasse, et des préparations antimoniales, n'est certes pas de nature à porter la conviction dans l'esprit des praticiens. En eiïet, dans la plupart des observations, il n'a pas été tenu un compte assez sévère du début de la maladie, de son intensité, de sa durée et de ses rechutes, pour qu'il me soit permis de vous donner des conseils qui engageraient ma responsabilité. Je vous dois, messieurs, le résultat de mon expérience, et j*avoue qu'aucune médication ne me semble pouvoir être préférée d'une façon absolue. Il faut être observateur attentif de la marche de la i^^ladie et ne point se hâter] de vouloir interpréter les actes de la nature. Le rhumaiitmie a nue cause qui nous est cachée dans son essence; il porte ordi* nairement ses t^anifeslations s^ur plusieurs articulations, les complications

TB0U8SBAU, 2* édit. — 26

DU IBOMATISMK ARTICULAIRB Al&D

viscérales sont rares. Notre devoir est donc de ne poini intervenir trop activemoat, i moins d'indications bien précises.

Je vous ai déjà dit quelle était ma conduite dans les cas de complicatioDs cardiaques. Lorsque des troubles cérébraux vous feront craindre U localisa- CioD rbumatismale sur les enveloppes de Tencéphale, la gravité de cette corapUcatioB vous permet de beaucoup oser, encore ne devrez-^ous pas trop différer votre intervention. En même temps que vous essayerez par des révulsib de rappeler la fluxion sur les jointures primitivement envahies» vous poorrei «voir recours à des purgatifo salins qui, en déterminant d'abondaotes garderobes, c'est-à-dire en soustrayant au sang une grande partie de ses éléments liquides, rejetteront peut-être au dehors une certaine quantité de la matière morbîfique. Je n'ose vous afQrmer que semblable intervention sera heureuse, mais assurément elle n'aura aucune conséquence grave pour le malade, et eo agissant de la sorte, vous n'introduirez point dans l'organisme quelque élément •ouveau dont nous ignorons le mode d'action.

Une fois la convalttcencc bien établie, ne négligez jamais de recommander de grandes précautions hygiéniques, engagez surtout les malades à éviter scrupuleusement toute cause de refroidissem^t Quant à l'anémie rhumatismale, elle ne réclame guère de médication spéciale. Une bonne alimentation et le grand air rendront au liquide sanguin les globules rouges qui lui manquent, et bientôt disparaîtra l'excès de fibrine que vous aviez constaté.

Il me reste maintenant, messieurs, à vous entretenir de Vendocardite vlcéreuse. Ce n'est certes point une maladie nouvelle, elle a existé de tout temps, à titre de complication du rhumatisme articulaire aigu, ou indépendamment de cette maladie générale. Mais, ainsi que je vous l'ai fait remarqué en étudiant avec vous le goitre exophthalmique, l'ataxie locomotrice, la paralysie labioglosso-laryngée et l'atrophie musculaire progressive, l'attention des meilleurs observateurs est parfois distraite. On se contente de consigner, d'étudier les faits devenus vulgaires, et il faut un concours de circonstances tout fortuit, pour qu'une lésion que Ton avait remarquée à une autre époque, sans y attacher d'importance, frappe fortement l'attention, et devienne l'objet d'une étude spéciale qui ne tarde pas à devenir féconde.

Lorsque M. Bouillaud n'avait point encore découvert sa loi de coïncidence des maladies aiguës du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu, on avait noté assurément l'existence de troubles fonctionnels du cœur dans le cours dn rhumatisme : car les malades, en pareille circonstance, avaient dû se plaindre parfois de palpitation, d'oppression et de douleur dans la région du cœur. De plus, si vous consultiez les lettres de Morgagni et le Sepulchretum de Bonet, vous y retrouveriez certainement notées et décrites des altérations du péricarde et des valvules cardiaques, chez des malades qui avaient succombé aux progrès d'un rhumatisme articulaire aigu. Tous ces faits cliniques et an^^omiques étaient réels, on les avait vus» mais on n'avait point sdi« relation

n DE x'emdocarditb incâMurau 40S

oiatak^iiCre enx^tîb éiaieot restés lettres mortos. ▲ JML BouiUand appertmm h gWre d'avoir déoMmn et démontré cette Mfaitîen.

AjeutoM emxm ^pieom savant colique k la Faaâié^^ymt reaanpié 411e lAneurs inaMes ataieM suocooibé avec des sympUkaes tji^beides dans le mm d*ime eadocaidile cangréoeise» appelait ratleatk» sar oes ptéBomèDes qrfdaox €t avertissait déjà les observateurs atteatifo (ia*il y avait daas cette «Me quelque nooreUe découverte à iaire (1). IL Bouiliaiid avait été coudait à eeae réflexîea par plusîeun observalioBS qui sont consignées dans son Tnnié dêg mcdndwt du 'cœur et en particiilier par les faits que lui avaient conunu-^ flîqnés MM. Sawsier, Gigon (d'Angouiême) et Riviàre.

L'anatomîste SeiÉhoase JLirkes nous semUe être le premier qui ait mis à profit ravertisseoieBl de M. Bouillaud» et dans «n savant travail ^t nouspoelédous UB citrait (2), vous irouverez étudiées d'une manière fort remarquable» plusieurs des conséquences des altérations valvulaires du cœur. Si Kirices n'a point décrit rendecardile ulcéreuse, il a du moins démontré par des observations quels sent les elSets principaux qui résultent soit du détachement de concrétiotts fibrineases développées dans le cœur, soit de leur wMtmge amc It msng, Â cette époque» comme chacun pourra s'en oonvamcre en iisaat les otaKnrations de cet intéreasant mémoire, le docteur Kirkes avait déjà établi quelles pouvaient être ks conséquences de la migration des concrétions valvulaires sur la circulation périphérique et pulmonaire. Il avait sur les mêmes malades constaté le ramollissement cérébral avec hémiplégie subite et aphasie, par oblitéradon embolique de Tartère sylvienne (d). Il avait constaté l'existence des infarctus de la rate et du rein, coïncidant avec une oblitération des gros troncs vasoulaires de ces organes. Les petites ecchymoses de la peau €1 des muqueuses, épanchements sanguins, au centre desquels il avait trouvé une petite tache de couleur jaune ou chamois, étaient pour le docteur Kirkes le résultat d'embolies capillaires. Le même autenr avait de plus remarqué que les lésions de la valvule tricuspide déterminaient de graves altérations du purenchyme pulmonaire. £nlin il avait été conduit à accepter, ainsi que le prouve la quatrième observation de son mémoire, que la fibrine divisée pouvait donner lien à une infôctim du sang qui se traduisait par des symptémes^ tgphoides.

Vous voyez donc, messieurs, que le docteur Kirkes avait fidt de grandes découvertes, auxquelles d'autres auteurs n'ont pas rendu une justice asseï marquée, et s'il n'a pas décrit l'endocardite ulcéreuse, il avait compris et démontré que des concrétions de fibrine à l'état moléculaire, emportées du CQBor dans le torrent drcubire, pouvaient être l'origiue des accidents typhoïdes que l'on observe dans l'endocardilA ulcéreuseï

(1) Traité clinique des maladies du cœur, Paris, 1841, t. II, p. 308.

(2) Archives de médecine ^ mars 18&3.

(3) loc. ct(., p. 298.

uou

Page 1