D'URINE
On voit l'anasarque et Ton méconnaît la rétention d'urine. — On méconnaît, à plus forte raison» la relation de oausalité entre l'anasarque et la rétention. — La vessie distendue prise pour une tumeur de mauvaise nature. — Accumulation d'urine. — Anasarque rapidement guérie par l'évacuation de l'urine. — Gomment la rétention d'urine peut-elle x>roduire l'anasarque.
Messieurs,
Je ne veux pas laisser passer Toccasiou de vous parler d*uoe espèce d*hTdropisie générale sur laquelle Tatlention des pathologLstes n*a pas été suflbamment appelée. Je veux parler de celle qui accompagne les réleutioos d*uriiie.
Bien que, dans nos services de médecine, on ne voie pas aussi souvent que dans les salles de chirurgie des malades atteints d'affections des voies urinaim, cependant il arrive encore assez fréquemment que les individus chez iesqadf l'anasarque s'est développée soient dirigés sur nos salles, parce que l'hydropisie est considérée» le plus habituellement, comme la conséquence de quelque grave lésion interne. Les chirurgiens des hôpitaux eux-mêmes n'bésitent pasà envoyer ces malades dans les services de médecine, parce que presque tons ils ignorent l'influence que certaines rétentions d'urine exercent sur 1p développement de l'anasarque. J'ajoute encore que, pour la même raison, nous recevons ces malades dans nos cabineis de consultation, tandis que si TaffectioQ eût été bien connue, on les eût plutôt adressés à ceux de nos collègues qui s'occupent de chirurgie.
Vous n'avez pas oublié, messieurs, ce malade qui, dans le cours de l'été 186^, entrait dans notre salle Sainte- Agnès où il était couché au n"" 3. Gomme moi, vous fûtes frappés de l'anasarque considérable (j^ui avait envahi tout le corps; et lorsque, après l'avoir un instant examiné, et avoir reconnu la distensioo de la vessie, je vous annonçai que bien probablement i'hydropisie était caosée par cet accident, et qu'elle disparaîtrait dès que, à l'aide du cathétérisme, oq aurait rendu un libre cours aux urines, je vis sur vos visages un sourire d'incrédulité. Cependant, messieurs, l'urine n'était pas albumineuse, le foie, le cœur, les poumons, ne laissaient rien à désirer ; nulle part on ne pouvait trouver les traces d'une affection cancéreuse ou tuberculeuse. Quelques jours plus tard, vous étiez convaincus; tout au moins acceptiez^ vous que, dansée cas, je ne m'étais pas trompé, et vous pûtes apprendre du malade, qui n'y avait attaché qu'une importance médiocre, que, depuis deux mois, la mictioD
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était devenue de plus en plus difficile, et que, depuis longtemps, il avait les signes d*un rétrécissement uréthral et d'une maladie de la prostate. Quand il fut guéri de son hydropisie, je renvoyai dans les salles de mon collègue, M. Maisonneuve, qui devait s'occuper de traiter raffection des voies urinaires, cause de tous les accidents.
Le diagnostic que j'avais fait avec tant de facilité ; le pronostic favorable que j'avais porté dans un cas où la maladie semblait si grave, n'étaient point* messieurs, une affaire de divination ou de hasard. Déjà, depuis près de dix ans, j'avais appris à reconnaîti*e ces faits, et je le devais à mon ami, M. le docteur Bourgeois (d'Ëtampes). En 1855, durant un voyage que je Gs en chemin de fer avec lui, il m'entretint d'une forme fort singulière d'hydropisie générale qu'il avait observée à la suite d'une rétention incomplète et d'une émission insuffisante de l'urine. Il me raconta quelques histoires très-cnrleuses, et je l'engageai fortement à envoyer une note à l'Académie de médecine, ce qu'il fit peu après ; mais cette note, comme tant de bonnes dioses^ est restée ensevelie dans les catacombes des mémoires qui attendent éternellement leurs rapports.
A partir de cette époque, mon attention fut vivement éveillée, et j'eus d'assez fréquentes occasions de vérifier ce que m'avait appris iM. Bourgeois. Peu d'années se sont passées sans que j'aie vu de ces malades dans le service de la clinique, et, plus souvent encore, j'en recevais dans mon cabinet de consultation. Je regrette vivement de n'avoir pas recueilli ces curieuses observations; mais, cette année, dans l'espace de trois mois, j'ai pu en voir quatre cas, l'un à l'Hôtel-Dîeu, dans mon service, un second dans mon cabinet, et deux autres dans la clientèle de deux de mes confrères de Paris.
Avant de rappeler les faits que j'ai observés le plus récemment, permettezmoi, messieurs, de vous lire les deux observations qui ont servi de base ao mémoire que M. J. Bourgeois a envoyé à l'Académie de médecine en 1855, observations qu'il a bien voulu me communiquer :
<c Vers Tannée 18^6, je fus appelé, dans les environs de Pithiviers, pour un malade d'une trentaine d'années, atteint d'hydropisie, lequel, depuis quelques semaines, recevait les soins de deux de nos confrères. Je trouvai ce jeune homme couché, il ne se levait plus guère ; la face était pâle» tuméfiée, sans altération profonde des traits ni de la couleur des téguments. Tout le corps était considérablement gonflé, sans cyanose ; pouls fréquent, déprcssible, appétit peu développé, soif assez vive, inspiration gênée dans le décubitus horizontal. Le ventre, très-ampliûé, donnait non-seulement la sensatloo du flot, mais encore, par une dépression un peu forte, on y sentait une tumeur isolée, ovalaire, considérable, dépassant en haut l'ombilic et se plongeant dam le bassin. Le tissu cellulaire des membres et du tronc était considérablement distendu. L'examen du cœur et des poumons ne fit reconnaître aucune lésion appréciable; la base de la poitrine et la région précordiale présentaient seulement de la matité due à la présence d*une certaine quantité de liquide dans
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tomear de l'abdomeii, ce qui était asuei yrai; et faisait toas ses efforts pour la frire dissoudre à l'aide de Tiodure de potassiuin, sans y pouvoir réussir, ce qui éuit assez heureux. Mais en dépit de tous les traitements ou plut6t à cause d-'eux, la tumeur était devenue fort douloureuse, et elle tourmentait beaucoup le malade, préoccupé surtout de Tidée qu'il avait dans le ventre une tumeur qu'on ne pouvait faire dissoudre, et qui le mènerait à mal : aussi le pauvre homme était-il tombé dans Th^pochondrie la plus noire. Quoi qu'il en soit, je n'eus pas de peine à faire reconnaître au médecin, bommede sens, b véritable nature de la tumeur, et je réussis à édiGer le malade sur le peu de gravité de son affection. Un bandage approprié Gt le reste.
Ainsi les trois malades dont je viens de vous parler étaient des hommes; cependant M. Rayer a reconnu que le déplacement du rein est beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, et sur 35 observations recueillies par M. le docteur Fritz, il s'en trouve 30 qui se rapportent à des femmes.
On a cherché à expliquer cette plus grande fréquence du déplacement du rein chez la femme par l'usage ou plutôt par l'abus du corset C'est l'avis de mon savant collègue M. Cruveilhier. « Le déplacement du rein , dit-il, arrive lorsque par la pression exercée par le corset sur le foie, le rein droit est chassé de l'ejipèce de loge qu'il occupait à la face inférieure de cet organe, à peu près comme un noyau entre les.doigts qui le pressent.
» Si le rein gauche» ajoute M. Cruveilhier, n'est pas aussi souvent déplacé que le droit, cela tient à ce que Thypochondre gauche, occupé par la rate et la grosse tubérosité de l'estomac, supporte bien plus impunément la pression du corset que l'hypochondre droit »
Pour les trois malades dont je viens de vous entretenir, cette explication n'est pas de mise, attendu que ce sont des hommes et qu'ils n'emploient pas de corset
Mais il est au moins bien singulier que chez tous trois l'ectopie fût à droite, aussi ue serais-je pas éloigné de croire qu'une modiGcalion dans le volume du foie fût souvent la cause déterminante de l'abaissement et par suite de la mobilité du rein droit.
Voici maintenant une observation de déplacement de rein chez une femme, que je dois encore Si l'obligeance de M. le docteur Peter.
Une femme de trente ans environ se présente à sa consultatioa de THotel- Dieu. Elle est grande, assez bien faite, et présente les attributs du tempérament lymphatique ou nerveux. Cependant la face a une pâleur presque cireuse, les sclérotiques sont bleuâtres, et l'expression générale du visage est celle d'ijne souffrance depuis longtemps persistante.
La première chose dont cette femme se plaigne, c'est d'avoir une tumeur du foie ; tumeur constatée déjà par un grand nombre de médecins et que tous s'accordent à considérer comme incurable. Cependant elle n'a jamais eu ni les accès douloureux qui caractérisent la colique hépatique, ni l'ictère qui ^uit ces mêmes coliques. Elle n'a jamais éprouvé non plus ces troubles dys-