‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 66 sur 100 · XCIX. — DE LA PERCUSSION · texte numérisé non relu

XCIX. — DE LA PERCUSSION

Influence de la philosophie sensualiste sur le mouvement acientiftqiie contemporain et sur les tendances de l'école de Paris. — Pinel et l'histoire naturelle des maladies. — Anatomie pathologique et sémiotique inaugurées par Gôrrisart. — Décourerte de la penmaaion X>ar Avenbruggar et de ranscultatitm par Ijaennee. — Succession de travaux en aémiotique. » Percussion immédiate et percuaeioii médiate. — Du plessimètre. — Du plessigraphe ; manière de s'en servir»

— Valeur comparée des divers procédés -de percussion. — Toute la médecine n'est pas dans Tétude des lésions et dans la sémiotique.

— Micrograiphia et wflriliiBme en thérapeutique. — If écessité d'associer la précision moderne aux doctrines médicaiM du passé.

Messieurs,

Avant de quitter cette chaire de cliiHqQe^ je ?imdrai9 tous parler de la percusHOii, et, à ee prope», je désire jeter avec vous un conp-d'œil rapide sar les doctrines médicales contemporaines. On peut dire que notre époque a poor caractère deraînant l^'applicalien ï la médecine des méthodes d'îiivestigalioB physique, et qu'eite semble avoir pour ambition d'atteindre à la prédskm et à la rigueur des sciences qu'on appelle exactes.

Vous savei, messieurs, que la médecine s'est toujours inspirée de la philosophie régnante ; ce qui revient à dire que toute doctrine philosophique i, dans l'histoire de la médecine, une doctrine médicale correspondante. Or, les tendances médicales actuelles sont bien celles que devaient professer ies petitsils du xviii* siècle. Ce sont d*ailleurs les tendances universelles de la science eonlemporaine.

Em effiet, è quelque religion philosopliique qu'il appartienne, nul en France ne peut nier l'influence considérable qu'a exercée la philosophie sensaaliste sur le mouvement scientifique de notre époque.

Qu'en les en blâme ou qu'on les en knie, on doit néanmoins reconnaftre

que les philosophes du xvm* siècle qui, un seul excepté, se réclament du « sage Locke », et s*inspircnt du sensualisme de Condillac, n'ont pas inutilement fouillé jusqu*au tuf le sol de la France.

 la voix de ces philosophes, tour à tour savante, ironique ou passionnée, mais toujours accessible par la simplicité du langage, l'ère des révolutions s'est ouverte. Sur un sol aussi profondément remué, seules, des institutions nouvelles étaient possibles : le droit social comme le droit scientifique fut changé.

Ln médecine a subi les mêmes influences, et fait, elle aussi, sa révolution, rar un de ces faits providentiels dont l'histoire offre des exemples, un homme

DK LA PERCUSSION. TK

nécessaire apparat, Laennec ; une découverte considérable se fit, Tauscultitiou. Dès lors, l'esprit médical^ obéissant à la direction qu*on loi iropriawit, a*est précipité sans résistance sur la pente de l'analyse.

Cependant la découverte de Laennec n'est pas un iait isolé ; elle a été, pour ainsi dire, engendrée par d'autres découvertes ; mais, par le retentissemenè qu'elle eut, par les admirables résnliats qu'elle iournit, die domina la médecine et lui imprima déûnitiveroeni le mouvement qu'elle conserve encore.

Je vous ai dit que la médecine aspirait à la précision et à la rigueur et voulait éire une science exacte ; or, de toutes les parties de la médecine, l'étude des lésions, c'est-à-dire l'anatomie pathologique, et l'étude des symptômes, c'est-à-dîne la sémiologie, étant les plus facilement accessibles même ans esprits les phis médiocres, et se prêtant le plus aisénuiit à la rigueur sdentifiqw, on s'est jeté à corps pendu dans cette voie. An eaotraire, la thérapeutiqaKv dont l'étude est infiniment plus complexe et plus difiicile, s'est trouvée presque entièrement négligée. On a £iit alors, en médecine, de la science pour I» science, sans se préoccuper, pour ainsi dire, du soulagement ou du bien-dtie à apporter aux malades. La maladie est devenue un sujet d'étude de l'ordre abstrait;, on l'a étudiée comme on aurait fait d'une plante, d'un animal eo d'un simple phénomène physique. La pathologie m'a plus été alors que l'histoire naturelle des malacUes.

C'est dans celte direction d'idées que Pinel a écrit sa Nosograpkie. Bn systématisant les états morbides, en cherchant à les ramener à des types représentant le genne, l'espèce et les variétés, Pinel a Uen fiait pour l'étude, parce que l'esprit aime à se reposer sur un type nettement accusé ; mais il » malfait pour la pratique et en déûiûtive pour la science, parce qu'il croyait luimême et faisait croire aux autres à la réalité des types abstraits qu'il avait créé&

Je dis que Pinel a mal fait pour la pratique ; en effet, le jeune médedU' imbu de ces doctrines cherchait en vain, au lit du malade, l'entité si bien dessinée qu'on lui avait appris à connaître sur les bancs de l'école. Ces doctrines avaient d'ailleurs un inconvénient bien autrement grave, qui était de conduire à une abstention presque complète, à l'expectation en thérapeutique, le médecin devant croire à la marche nécessaire et presque méthodique de hi maladie.

J'ajoute que Pinel faisait mal pour la science d'abord et directement, parce qu'il n'est pas vrai que les maladies soient des êtres et qu'on puisse les classer comme des animaux ou comme des plantes ; ensuite et indirectement, parce que sa minutieuse analyse recherchant les moindres différences symptoroartiques tendait à multiplier à l'infini- les espèces et les variétés morbides et kproduire ainsi la confusion.

Presque à la même époque, un homme à l'esprit net, au jugement prompt et sûr, à la parole claire et incisive, Corvisart, se passionnant pour la science qui avait illustné Morgagni , inaugurait l'anatomie pathologique en France.

Page 1