‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 67 sur 100 · E LA PERCUSSION · texte numérisé non relu

E LA PERCUSSION

Autour dé lui vinrent se grouper des hommes dont le nom devait être illaslre plus tard, Dupuytren, Bayle et Lacnnec.

C'est alors que se produisit une série de découvertes dont je tiens à vous exposer la filiation. Vous verrez une fois de plus que rien dans la science ne se fait tout d*un jet ; que la notion d'un fait révèle souvent celle d'un autre fait, conséquence on corollaire du premier ; qu'une découverte engendre une antre découverte. C'est ainsi que par un enchaînement de faits et d'idées, Âvenbrugger s'est trouvé être le précurseur de Corvisart, comme celui-ci a été le précurseur de Laenuec.

En 1761, un laborieux médecin de Vienne, Avenbrugger, publiait un modeste in- 12, qu'il avait intitulé Invenium novum ex percussione thorads ut signo abstrusos intemi pecton's morbos detegendi. Ce titre avait le double tort d'être trop long et assez peu intelligible. La découverte d'Âvenbrugger qui devait être, comme on le verra, le point de départ de tous les travaux de précision modernes, n'eut point de retentissement en Allemagne. C'est en vain que l'auteur avait timidement et indirectement mis son œuvre sous le patronage du « trés-illuslre baron Van Swieten », l'œuvre eut peu de succès; l'inventeur resta obscur et mourut ignoré. En 1773, Rozière de la Cliassagne en avait donné une traduction en France (1). La traduction ne réussit pas plus que le livre original. Cependant Corvisart, imbu des doctrines positives de son temps, et cherchant les moyens de reconnaître pendant la vie l'existence des lésions pathologiques qu'il trouvait après la mort, ayant vu dans Stoll, son auteur favori, qu'on pouvait tirer parti de la percussion de la poitrine dans le cas de maladie des organes thoraciques, eut l'idée de lire l'œuvre du médecin allemand complètement tombée dans l'oubli. Celle idée fut une bonne foriune, sinon pour le livre, au moins pour la découverte d'Avenbrugger (2). Corvisart expérimenta aussitôt la percussion et pendant vingt ans il la pratiqua devant les élèves qui suivaient la Clinique de la Charité. Ce n'est pas tout ; quand la palpation et la percussion ne lui donnaient pas de notions suffisantes, il avait accoutumé d'appliquer son oreille sur la poitrine des malades afin de mieux reconnaître les battements du cœur. Corvisart appelait ainsi le sens de rouie au secours de son toucher insuffisant. Et \ous voyez comment une méthode d'investigation physique le conduisait naturellement à la découverte d'une autre méthode. Mais Corvisart, s'il était doué du talent de la vulgarisation, ne possédait pas au même degré celui de l'invention. Un léger effort intellectuel Ini suffisait pour découvrir l'auscultation et rendre son nom immortel ; cet effort il ne le fit pas. Or, parmi ses élèves se trouvait un jeune médecin ï la nature grave et méditative, plein du savoir antique et qu'inspirait néanmoins

(1) A la suite de son Manuel des puimoniqws, Paris, 1773.

(2) La Nouvei/e méthode pour connaitre les maladies internes de la poitrine par h percussion de cette cnvité, d'Avenbrugger, a été traduite en français par J. N. Corxisart en 1808.

Page 1