LXVII. — GASTRITE CHRONIQUE
Est niée à tort aujourd'hui. — Les vomissements pituiteux peuvent être attribués à la gastrite chronique.
Messieurs,
Prononcer à Tépoque où nous sommes le mot même de gastrite^ c*est piraltre vouloir réveiller inutilemeut des disputes d'école complètement sono- L nées. Déjà du vivant de Broussais, cette maladie qu'il avait prétendu étaUr i comme le principe de toutes les autres, sa fameuse gastrite était contestée par ^la grande majorité des médecins. Aujourd'hui elle ne s'est pas encore releiée de cette condamnation. Parcourez les différents services de nos hôpitaux, et je doute que, dans un long espace de temps, vous entendiez seolcmeat prononcer son nom.
La gastrite cependant est une maladie réelle; j'entends la gastrite dite esentielle (car la gastrite produite par l'ingestion de certains poisons n'est niéepv personne). La gastrite se développant spontanément existe. Elle est rare, il est vrai, très-rare. On conçoit du reste qu'il en soit ainsi. En raison même des fonctions dont il est chargé, l'estomac devait, en effet, être organisé de &çod à pouvoir énergiquement résister aux causes d'inflammation que loi apporte plusieurs fois dans le courant de la journée une alimentation someot trèsirritante. Bien plus, un certain degré d'excitation un peu exagérée est, dass un grand nombre de circonstances, indispensable à la mise en jeu des fonctions de l'organe. Toutefois, quelque patient que soit l'estomac, sa patience a ses limites. Pour les dépasser, il faut que, suivant les prédispositions individuelles, les causes irritantes soient plus ou moins violentes ; mais il fiiot qu'elles le soient toujours davantage, que leur action soit plus prolongée, plus fréquemment reproduite, que lorsque ces mêmes causes d*irritatioD portent sur un organe d'une susceptibilité plus grande.
En raison même de celte nécessité^ que, pour agir, ces causes doivent èin plus violentes, plus longtemps continuées, il en résulte que les désordres qu'elles amènent n'en seront que plus considérables et plus profonds.
L'analomie pathologique nous a fait connaître les lésions qui caractériseoi cette inflammation, soit aiguë, soit chronique.
Je ne vous dirai que quelques mots de cette dernière pour arriver auxiails particuliers qui nous occupent plus spécialement.
Je ne vous arrêterai pas longtemps sur les diverses colorations niorbideii que peut offrir la membrane muqueuse de l'estomac; je vous rappellerai seulement que la coloration grise, ardoisée, ou brune, semble plus spéciale-
GASTfilTE CHRONIQUE. 67
ment appartenir à rinflammation chronique ; qu'elle se présente sous forme de taches, tantôt arrondies, tantôt irrégulières ; qu'elle peut être uniformément répandue sur une plus ou moins grande surface. Cette teinte morbide est, en quelques cas, noire, comme elle l'est dans les phlegmasies produites par certains poisons, quoique dans le premier cas elle ne soit jamais aussi foncée que dans le second. Je vous ferai observer, enfin, qu'il faut bien prendre garde de confondre cette coloration morbide avec celle qui n'est sou* vent que le résultat de l'imbibition cadavérique.
Mais la lésion plus essentiellement caractéristique de la gastrite chronique W l'altération des tuniques de l'estomac, c'est leur hypertrophie. Tantôt la membrane muqueuse seule, tantôt tous les plans, muqueux, cellulaire et mosculeux de l'organe, sont épaissis^ cet épaississement peut être partiel, on bien il peut être plus prononcé dans certaines parties que dans d'autres. Alors l'estomac prend un aspect analogue à celui que nous retrouvons dans la vessie qui a été le siège d'une inflammation chronique, dans ce qu'on appelle la vessie i colonnes.
Cela, il est vrai, s'observe assez rarement ; en voici cependant un exemple recueilli dans le service même de la clinique.
Au commencement de Tannée 1856, un homme entrait dans nos salles ; il était âgé de cinquante ans, et nous disait que, depuis quelque temps, il vo^' miasait tous ses aliments. 11 avait, affirmait-il, maigri de plus de quarante livres dans l'espace de trois mois ; il se plaignait, en outre, d'une constipation opiniâtre. Ces troubles de la digestion et de la nutrition n'avaient jamais, d'ailleurs, été accompagnés d'aucun mouvement de fièvre. Dès notre première visite, nous fûmes frappé d'un fait qui tout de suite nous parut en désaccord avec l'idée d'une affection carcinomateuse de l'estomac, la première, je dois le dire, qui nous fût venue à l'esprit; son teint en effet avait conservé une remarquable fraîcheur.
Cependant les vomissements étaient incessants. En dehors même des repas, indépendamment des matières alimentaires, cet homme vomissait une grande quantité de liquides glaireux, analogues à celui que rendent avec les urines les individus adéctés de catarrhe de la vessie. De plus, ces liquides glaireux étaient quelquefois mélangés de ces matières nojrâtres, ressemblant à de la suie délayée, qui caractérisent habituellement les vomissements mélaniqnes du cancer de l'estomac
£a explorant, avec la plus grande attention et à plusieurs reprises, presque tou5 les jours, la région épigastrique, je ne pouvais constater la présence d'aucune tumeur circonscrite. Toutefois quand, en ayant la main sur le creux de l'estomac, je commandais au malade de faire de grandes inspirations, je tentais sous mes doigts une espèce de frottement qui me semblait produit par un estomac dont les parois auraiait été indurées.
Nonobstant l'absence d'une tumeur appréciable, mon diagnostic fut : carcinome de l'estomac Cette induration dont je ne pouvais douter, les vomisse*