‹ Clinique médicale de la CharitéChapitre 146 sur 223 · Rigoixet. Thèse citée · texte numérisé non relu

Rigoixet. Thèse citée

Si l’on parcourt le mémoire de Jlroca, on verra qu’un simple embarras gastrique, qu’une angine catarrhale banale ont pu déterminer des poussées de phlébite infectieuse chez les variqueux, b altération profonde de la veine a alors permis à la maladie de provoquer une complication que son peu de virulence ne semblait pas faire prévoir. Si nous avions voulu passer complètement en revue tous ces cas d’observation si complexe, nous aurions pu nous adresser à la pathologie tout entière; nous avons dù nous borner et choisir les types les plus instructifs de phlébites infectieuses de par leur fréquence en clinique1.

Phlébites des maladies dites constitutionnelles. Phlébites des t/iloi oticjues . L histoire de la phlébite de la chlorose, ouverte depuis peu, reste encore obscure comme celle de la chlorose ellemême. 11 n y a guère d observations où le doute ne puisse persister sur la cause, l’évolution de la complication phlébitique. S’agit-il de thrombose des sinus, on se demande de suite si les veines en corn munication avec les sinus, si les tissus voisins et les cavités ont été minutieusement examinés; s’agit-il de thrombose de l’artère pulmonaire, on recherche si l’intégrité du système veineux de l’économie, notamment celui des veines des membres inférieurs, a été \ constatée, et, dans ces différents cas, la conviction ne peut pas être absolue. D ailleurs, la nature de la chlorose elle-même n’cst-elle pas encore inconnue? Les altérations du sang qui raccompagnent peuvent être considérées comme l’effet aussi bien que comme la cause de la maladie; allirmer que la chlorose est constituée par les modifications de la réaction chimique des globules, par des altérations globulaires de poïkilocytosc ou autres, etc., peut être une erreur analogue à celle qui consisterait à considérer la pneumonie comme due à l’existence de râles crépitants dans la poitrine.

Il y a, à coup sûr, une cause plus haute qui nous échappe. Tant qu’il

1. La phlébite a été signalée en effet après les maladies infectieuses les plus diverses, le typhus, la dysenterie (Laveran, 1882), la diphtérie (Schnell, 1802), elc. Nous avons même observé une phlébite vaccinale. En 1802, à l’hôpital de la Charité, une malade craintive, se débattant à l’approche de la lancette, fut vaccinée en pleine veine cubitale. Trois jours après l’accident, la veine devint douloureuse, des cordons durs et gonflés apparurent au pourtour de la petite plaie opératoire. La malade fut prise d'une fièvre assez vive, mais tous les accidents se calmèrent à partir du 10e jour, sans qu'il y ait eu trace de suppuration ni autres accidents septiques. L’évolution de cette phlébite, son apparition et sa disparition en rapport avec ceux de l’éruption vaccinale semblent bien indiquer qu’il s'agissait d'une phlébite vaccinale, bien (tins (pie d'une phlébite septique banale.

VAQUEZ. — PLLLÉBITE DES MEMBRES

ou sera ainsi, nous ne pourrons être fixés d’une façon définitive sur la nature de la phlébite des chlorotiques. Nous nous contenterons donc de l’étudier comme syndrome clinique.

Il paraît aujourd’hui que la chlorose dite essentielle peut s’accompagner de complications phlébi tiques. Plusieurs observations consignées dans la thèse de Proby1, travail le plus complet sur la question, semblent le prouver. On peut, tout au moins, en conclure qu’il peut survenir, chez des chlorotiques, des phlébites des membres qui ne paraissent se rattacher à aucune cause plausible autre que la chlorose.

Les observations de phlébites chez les chlorotiques ne sont pas encore bien nombreuses. Trousseau2, le premier, avait signalé la possibilité de cet accident; Hanot et Mathieu3 y insistèrent plus longuement en 1877; la thèse de Vivien en 1879 \ puis des cas épars, notamment ceux de Giraudeau, Rendu, etc., enfin les thèses de Mosnay3 5, de Proby6, de Bourdillon7, contribuèrent à lixer les modalités cliniques de la phlébite chlorotique. Plus récemment encore, M. Rendu8, dans une leçon clinique, M. Villard, au Con grès pour l’avancement des sciences, en 1891, étudièrent à nouveau ce sujet encore mal élucidé. Aujourd'hui le bilan bibliographique ne comporte pas plus de 25 cas de phlébites des membres survenues au cours de la chlorose9. Nous en avons observé nousmême un cas en 1892, à l’hôpital de la Charité, nous jugeons inutile de le rapporter entièrement, mais nous y ferons allusion à cause de quelques particularités cliniques intéressantes qu’il présenta.

Les phlébites des chlorotiques sont en général des phlébites graves, parce qu’elles ne surviennent que dans le cours de chloroses profondes, souvent même liées à une autre affection morbide, et parce qu’aussi elles ont parfois une évolution menaçante.

Le plus habituellement, en effet, on note que les malades étaient

1. Proby, De la thrombose veineuse chez les chlorotiques. Thèse, Lyon, 1889.

2. Trousseau in thèse Werxer, De la phleg. alla ilolens. Paris, 1860.

5. Hanot et Mathieu, Arch. g en. de médecine. Déc. 1877, p. 676.

4. Vivien, Phlegm. dans le cours de la chlorose. Paris, 1879.

5. Mosnay, Contribution à l'étude de la phlegm. chez les chlorotiques. Paris, 1888.

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