Bulletins de la Soc. anat., juin
peut-être cependant y avait-il déjà une gêne notable, car toutes les valvules sont distendues, semblables à des nids de pigeon et remplies par des caillots sanguins; fait important, ces caillots se détachent cependant assez facilement du nid valvulaire. Dans l’épaisseur de la paroi de la veine fémorale, de même qu'au niveau de la poplitée, on constate une oblitération manifeste des vasa-vasorum. Nous n’insisterons pas, d’autre part, sur l’épaississement de la tunique conjonctive externe, ni sur les caractères de cette périphlébite. »
Dans un autre cas plus récent, concernant un sujet tuberculeux mort dans le service du professeur Straus, la phlébite, qui n était
oblitérante en aucun de ses foyers, nous a paru présenter un aspect un peu dissemblable.
Sur une assez grande hauteur de la veine, on constatait la présence d'un dépôt fibrineux épais, adhérent à la paroi, mais, en même temps, presque circonférentiel, c’est-à-dire revêtant la surface interne sur une grande partie de son étendue. Ce revêtement fibrineux présentait une épaisseur de deux à trois millimètres, nulle part il n’obstruait la lumière du vaisseau ; et l’on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une sorte de fausse membrane tapissant l’intérieur de la veine.
L’examen microscopique nous montra que les lésions étaient diffuses, qu’elles atteignaient la tunique externe et surtout la couche sous-endothéliale qui était encombrée de cellules em-
Fig. 1. — Veine fémorale prise chez un sujet mort de tuberculose pulmonaire et ayant présenté des lésions de phlébite subaiguë non-obi itérante.
A. — Caillot pariétal garnissant la surface
interne sans obstruer le vaisseau.
B. — Endophlébite diffuse sous jacente
au caillot.
brvonnaires et d’éléments conjonctifs de nouvelle formation. 11 ne s agissait plus ici de bourgeons endophlébitiques, mais bien d’une phlébite diffuse ayant déterminé la formation d’un caillot pariétal. Ces altérations assez insolites nous ont porté à nous demander si
CLINIQUE DE LA CIIAIUTÉ
cette phlébite ne serait pas de nature exclusivement tuberculeuse. Le temps nous a manqué pour contrôler celle hypothèse» Nous n’eu voulons pas moins attirer l’attention sur celle forme anatomique spéciale de la phlébite qui n’a pas encor# été signalée (fig. 1).
Ainsi, pour nous résumer, au début de la phlébite infectieuse subaiguë, on constate des lésions déjà manifestes de la veine, qui n’ont rien à voir avec la présence du caillot dont elles provoquent la formation et dont elles ne dépendent pas. Ces lésions, qui évoluent lentement, atteignent la veine dans sa totalité, respectant cependant la tunique moyenne, mais attaquant la couche interne dont elles font gonfler, proliférer, puis desquamer les éléments, provoquant une réaction vive de la couche externe et ne laissant pas indemne le système circulatoire des vasa-vasorum, qui semble fréquemment guider et entretenir l’évolution de la phlébite.
La phlébite oblitérante des grosses veines constitue un des chapitres les plus importants de l’ancienne thrombose veineuse : on la désignait sous le nom de phlegmatia alba dot eus. Nous pensons avoir démontré que, contrairement aux idées habituellement reçues, cette phlébite n’était ni spontanée ni subite. Elle se constitue lentement, à la suite d’un processus subaigu dont nous venons de passer en revue les diverses phases; elle se complète et s’achève brusquement par l’effet d’une oblitération soudaine des gros troncs veineux.
Le siège de l’oblitération primitive a donné lieu aux plus grandes divergences : Cruveilhier admettait qu’il était variable, multiple même le plus souvent; M. Lancereaux dit que le thrombus correspond « invariablement à la partie supérieure des membres et à la base du crâne ». « Les vaisseaux où les thromboses se rencontrent sont, ajoute cet auteur, aux membres inférieurs, les veines fémorales dans la partie située au-devant des fémorales profondes, plus rarement les veines iliaques et les saphènes internes; aux membres supérieurs les veines axillaires; dans le crâne les sinus de la dure-mère1. » Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que ces assertions sont beaucoup trop absolues, qu’elles sont même souvent erronées. M. Lancereaux avait déduit du siège supposé habituel des coagulations veineuses la loi physique qu’il énonça dès 1862 et qui eut longtemps crédit dans la
1, Lancereaux, Anal, pathol. , t. I, p. 605 et 604.
VAQUEZ
PHLÉBITE DES MEMBRES