Trousseau, t. III, p
VAQUEZ. — PHLÉBITE DES MEMBRES
Caractères et évolution du caillot. — La disposition générale du caillot est telle que M. Virchow et après lui M. Lancereaux l’ont représentée. Elle est facile à reproduire lorsqu’on a soin d’ouvrir les veines enlevées en bloc sur le cadavre puis durcies par le séjour dans l’alcool. On retrouvera alors la coagulation principale primitive, oblitérant complètement la lumière du vaisseau (caillot autochtone de Virchow) se poursuivant dans les vaisseaux collatéraux sous forme de coagulations plus récentes (caillot prolongé). On verra également que le caillot s’effile à sa partie terminale en une pointe souvent ténue, dont l’extrémité se dirige vers le cœur (caillot en cône de Virchow, en tète de serpent de Lancereaux). Tout d’abord la concrétion apparaît assez homogène, bien que sa coloration soit rougeâtre à la périphérie et plus décolorée au centre. Souvent même, sur une section transversale, la couleur parait uniformément rouge sale, et rouillée: il n’est pas possible alors dy voir trace de stratification. Celle-ci se manifestera ultérieurement lorsque le caillot sera adhérent à la veine sur tout son pourtour et que la décoloration s’effectuera progressivement. Souvent aussi à ce moment le caillot perdra de son homogénéité et alors une section de la veine en ce point montrera qu’il y a une union intime entre les parois du vaisseau et la coagulation, que de plus cette dernière présente un aspect feuilleté un peu analogue à ce que l’on voit dans certains anévrysmes; la consistance est ferme à la périphérie, moins résistante au centre du caillot où celui-ci commence à se résoudre en une masse finement granuleuse. Lorsque quelques jours encore se seront passés, on aura affaire à une masse moins homogène encore et plus décolorée et on reconnaîtra là parfois la « transformation puriforme » sur laquelle, depuis Cruveilhier, les auteurs ont tanl discuté.
Dans d’autres cas le caillot, solide dès le début, restera tel; la décoloration et l’effeuillement ne se produiront plus d’une façon aussi tranchée et, sur une section transversale, on s’apercevra seulement que le caillot présente une coloration rouge noirâtre, tendant vers la teinte jaunâtre ou feuille-morte en certains points, vers une teinte plus rouge sur d’autres : de telle sorte que le caillot uniformément dur apparaîtra comme irrégulièrement zébré de lignes courbes. D’ordinaire ces caillots sont très intimement adhérents a la veine dont ils constituent ainsi une partie intégrante, souvent
aussi ils présentent dans leur intérieur des concrétions dures ou phlébolithcs.
Nous abordons ici une question intéressante, qui est celle de la destinée ultérieure des coagulations pli lébi tiques. Dans une veine qui a été complètement oblitérée que devient le caillot oblitérant? Que devient le vaisseau? La coagulation peut-elle disparaître pour permettre une restitution ad inlegrum du vaisseau, comme organe et fonction? Cette question, très discutée par les auteurs, ne peut guère être élucidée que par l’expérimentation. L’examen anatomique permet bien, il est vrai, de savoir si une veine est libre ou non, mais il n’est point capable de nous confirmer toujours le diagnostic de la clinique, car il faudrait pouvoir admettre que celui-ci était exact a priori, ce que l’on ne peut faire. On suppose qu’il y a oblitération d’une grosse veine lorsqu’on constate pendant la vie un œdème marqué du membre et que l’on trouve un gros cordon veineux, à la palpation des vaisseaux. Mais ces indications sémiologiques peuvent cire erronées, nous en avons de nombreuses preuves. 11 y a peu de temps, M. Tissier présentait à la Société anatomique les veines d’une femme chlorotique, que l’on avait cru affectée de phlébite et chez laquelle l’examen anatomique ne révéla l’existence d’aucune coagulation. Si l’on admet, avec les anciens auteurs, la disparition possible d’une coagulation oblitérante, il est très simple d’expliquer de cette manière la nonconfirmation d’un diagnostic clinique par l’autopsie. Mais nous pensons qu’il est plus exact de dire que, lorsqu’on ne rencontre pas à l’autopsie une oblitération soupçonnée pendant la vie, c’est que cette oblitération n’existait pas, et nous allons tenter de justifier cette proposition.
C’est Trousseau qui, le premier, émit l’idée que des veines oblitérées par un processus phlébitique, pouvaient redevenir complètement libres. Les anatomistes n’avaient pas cru à la possibilité d’une pareille restitution ad inlegrum ; et l’on s’explique plus facilement l’erreur du clinicien. Trousseau s’appuyait seulement sur la disparition progressive de la sensation du cordon veineux. Ceci à coup sur n’est pas suffisant. M. Bail1 dans sa thèse crut pouvoir admettre également que le sang pouvait redevenir liquide dans une veine antérieurement oblitérée. « La désintégration progressive du