PO T AIN
Siège, cause et mécanisme attribués aux souffles anovganiques. — Si l’accord n’a pu sc faire au sujet des caractères propres à distinguer les souilles anorganiques, c’est qu’il ne s’est jamais établi non plus relativement à leur véritable nature et à leur mécanisme. 11 n’est guère facile en effet d’assigner des caractères distinctifs bien précis à des choses dont la nature et la raison
échappent absolument. Aussi les cliniciens ont-ils dépensé des trésors d’ingéniosité pour interpréter diversement ces bruits qui, au témoignage du professeur Sée1, attendent encore une explication catégorique.
Laënnec, qui les constata le premier, leur en avait trouvé une fort étrange, s’étant imaginé qu’ils n’étaient autre chose que le bruit rotatoire musculaire du cœur, exagéré par l’énergie insolite des contractions. Comme il trouvait ces souffles identiques à ceux qu’on entend chez les sujets affectés de lésions organiques, il en était venu à croire que ceux-ci avaient nécessairement le môme mécanisme et que, enfin, organiques ou inorganiques, les souffles
cardiaques étaient toujours un bruit rotatoire exagéré par l’état spasmodique du cœur; mais que le spasme était provoqué par la lésion cardiaque dans le premier cas, et par quelque trouble nerveux dans l’autre. Cette erreur d’un grand esprit avait son excuse en ce temps-là. Elle ne se soutiendrait pas un instant aujourd’hui, comme on le verra plus loin.
Lorsque Bouillaud eut remarqué le rapport qui existe habituellement entre les bruits vasculaires des anémiques et la diminution de la densité de leur sang, étant persuadé que ces bruits se produisaient dans les artères, il lui parut assez naturel de penser que le même état du sang devait faire naitre un bruit analogue à l’entrée du système artériel, c’est-à-dire à l’orifice aortique. 11 avouait néanmoins que cette considération ne lui paraissait pas en rendre un compte tout à fait suffisant.
Beaucoup plus récemment, en 1865, M. Bondet a cru trouver l’explication du souffle anémique de la base dans ce fait, assurément vrai, que l’orifice aortique était, chez les sujets qui l’avaient présenté, plus étroit que l’orifice pulmonaire. Mais d’abord cette différence existe aussi chez les sujets qui ne présentent aucun souffle. D’ailleurs il n’y a pas lieu d’y insister, puisqu’on admet
1. G. Sée, Traité des maladies du cœur (Paris, 1889, p. 136).
maintenant, d’un avis à peu près unanime, que le souffle cardiaque des anémiques a le plus souvent son maximum au niveau de 1' orifice pulmonaire.
Cette localisation nouvelle, le docteur C. Paul, qui y a surtout insisté, a cru l’expliquer suffisamment en faisant remarquer que le sang qui traverse l’orifice pulmonaire est le même qui circule dans les veines et qui y produit les souffles de l’anémie. Mais l’explication de mon collègue n’a point, en généra], paru suffisante. Aussi s’est-on eftorcé d’en trouver d’autres, sans plus de succès d’ailleurs.
Déjà en 1844 Hamernyk1 mettait en doute que les seules modifications du sang pussent faire naître des souffles au niveau des 011 lices du cœur. Plus tard, Latham2, puis Thorburn0, ayant noté que des souffles systoliques doux se produisent parfois chez les phthisiques au niveau du deuxième espace intercostal gauche, Da Costa4 et Sieveking avancèrent, d’après ces constatations et d’après les leurs propres, qu’il était indispensable d’accorder une notable
place, parmi les souffles anorganiques de cette région, à ceux qui résultent d’une compression de l’artère pulmonaire ou de ses branches par des indurations du poumon ou la tuméfaction des ganglions bronchiques.
Naunyn8, avec moins de raison, soutint que le souffle entendu au niveau du deuxième espace intercostal gauche n’est autre chose qu’un souffle mitral retentissant dans l’oreillette, puis transmis par elle, avec l’intermédiaire de l’auricule, au point de la paroi thoracique qu’elle avoisine.
Enfin, un auteur plus récent, Sehrwald6, fit pour expliquer ladite localisation un effort d’imagination plus grand encore, en supposant que les souffles en question sont de simples souffles veineux, qu’ils se produisent au niveau de l’embouchure des veines dans l’oreillette et sont déterminés par une aspiration qu’opérerait la
1. Hamernyk, Beobachtungen ueber das Vorkommen von Gerauschenin der Herzgegend und ilire wahrscheinbaren Bedingüngen ( Zeitschr . der Wiener Aerzte , 1844).
2. Latham, Lecture on subjects connected with clinical medicin comprising Diseascs of the heart (London, 1845).
5. Tiioruurn, On a peculiar auscultatory phenomen ( Brit . med. Jount. 18 janv. 185!))