On possède de lui
I. Aphorismes sur la connaissance de la curation des fièvres Pans, 1787. '
Trad. de Max. Stoll,
II. Aphor. de cognosc. et cur. morb. citron . Excer. ex Hcr. Boerhaavc, Paris, 1802. ‘ ’ "*mt *ur les maladies et les lésions organiques du cœur, Paris, 1800.
V. nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes de là poitrine par la l ) cussion de celle cavité, par Avenbriigger. Trad. du latin. Paris, 1808.
auteur, des résultats importants pour le diagnostic des épanchements pleuraux, dont elle permettait de juger l’abondance et le déplacement. Elle pouvait même, au dire de Corvisart, assurer celui des indurations du poumon aiguës ou chroniques, des hydropisies du péricarde des anévrysmes du cœur qui donnaient un son « analogue à celui fourni par un morceau de chair ». Enfin sa précision était telle, toujours d’après son auteur, qu’elle permettait de reconnaître la présence d’un liquide dans la plèvre dès que sa quantité surpassait 3 ou 4 onces, une vomique du volume d’un œuf ordinaire située au centre du poumon, un squirrhe ou une callosité du volume d’une noisette, pourvu qu’ils fussent à la surface. Corvisart, à ce qu’il paraît, émerveillait ses auditeurs par l’exactitude de ses appréciations.
A côté de cette méthode d’examen, qui portait avec elle ses exagérations, Corvisart avait tenté d’édifier un traité complet et définitif des maladies et lésions organiques du cœur. Le livre qui porte ce titre se ressent de ses premières origines; conçu sous la forme didactique, il eût évité des répétitions fréquentes et fastidieuses. Mais, composé de leçons cliniques rédigées par un élève et revues par le professeur, il ne contient que peu de choses absolument nouvelles, peu de choses qui n’aient eu à se transformer dans la suite.
La pathologie cardiaque n'était, il faut le dire, guère avancée à cette époque : l’antiquité n’avait rien laissé à ce sujet et cette partie de la nosographie avait dû se créer de toutes pièces. Jusqu’au xvie siècle, l’impossibilité où l'on était de pratiquer les autopsies avait empêché de connaître quoi que ce fut de la pathologie du cœur; et plus tard, lorsque l’on commença à explorer les viscères, on relata sans esprit critique toutes les constatations plus ou moins étranges que l’on était amené à faire. C’est de la sorte que l’on voit signalées, en dehors de l’augmentation ou de la diminution du volume du cœur, des altérations consistant dans l’absence du péricarde, dans des abcès ou des productions osseuses du cœur, et bien des pages entières sont consacrées à décrire les cœurs velus, les vers du cœur, etc. Comme, d'autre part, la sémiologie cardiaque était absolument inconnue, on comprend que les connaissances médicales relatives aux maladies du cœur fussent tout à fait rudimentaires. Corvisart n’eut, à vrai dire, que deux précurseurs dignes de ce nom, Sénac et Portai.
Sénac avait écrit on 1749 un admirable livre sur la structure du cœur et ses maladies. On y trouve la première ébauche d’une pathologie cardiaque. Déjà apparaît un ordre plus régulier dans la description des lésions et des symptômes; la dilatation de l’aorte, des oreillettes, les ossifications de la valvule auriculo-ventriculaire gauche, sont signalées pour la première fois. Sénac note la fréquence des palpitations et il en donne une des meilleures descriptions qui existent encore aujourd’hui. Il indique comme symptômes importants des affections cardiaques : l’asthme, l’orthopnée, les crachements de sang, l’enflure des pieds, etc. Mais il n’est pas aveugle admirateur de scs propres découvertes; il avoue qu’il y a bien souvent une grande difficulté à reconnaître les maladies diverses du cœur. Combien de fois n’arrive-t-il pas, dit-il, que les symptômes les plus certains de ses affections se trouvent réunis, alors qu’il n’existe aucune lésion de l’organe! Combien de fois l’ouverture des cadavres ne vient-elle pas démentir les avis du médecin !
Sénac cependant avait poussé déjà très avant l’étude de la sémiotique. Attentif aux mouvements des artères et des veines, il en avait noté les irrégularités et les anomalies. Les battements violents des artères du cou et de la tête lui avaient paru souvent en rapport avec une hypertrophie du ventricule gauche, tandis <[ue, au contraire, les battements mous des veines, indépendants des soulèvements artériels, lui semblaient correspondre à la dilatation des cavités droites du cœur. Quant à distinguer entre elles les lésions, Sénac n’v pouvait prétendre.
Portai, qui écrivait en 1805 un cours d’anatomie médicale, avait résumé les connaissances de l’époque. Personnellement, il ne croyait pas à un grand avenir pour la nosographie, surtout en ce qui concerne les affections cardiaques. « Il est à craindre, disait-il, que les médecins praticiens ne parviennent pas à distinguer les différentes maladies les unes des autres, c’est beaucoup s’ils arrivent à reconnaître que le cœur est malade, cela suffit en tout cas pour prescrire les remèdes nécessaires! »
C’est peu après (1806) que Corvisart publia son traité des maladies du cœur. Ce livre est d’un observateur sagace et attentif. Les diverses lésions que l’anatomie pathologique avait constatées sont étudiées méthodiquement et rangées chacune en sa place. Mais il y est fait une part, qui nous semble aujourd'hui excessive,
à l’ augmentation du volume du cœur avec dilatation, étudiée sons le nom d’anévrysme. Cela résultait inévitablement des procédés d’exploration de l’auteur, procédés qui ne permettaient de juger que l’apparence extérieure de l’organe, sans atteindre la nature même de la lésion.
C’est dans ce traité que l’on voit apparaître pour la première fois la conception pathogénique de la rétrodilatation des cavités du cœur. On y retrouve la nomenclature des divers obstacles qui peuvent siéger dans le cœur lui-même ou dans la circulation périphérique, et déterminer la gêne mécanique dont l’auteur vient de signaler l'importance. D’autre part, Corvisart note la fréquence des affections du tissu fibro-séreux qui contribue à former les appareils valvulaires du cœur. 11 indique notamment, comme causes de rétrécissement des orifices, la rétraction et l’agglutination des bords valvulaires; comme causes d’oblitération imparfaite de l’orifice aortique, la déformation des valvules ou leur abaissement inégal. Telles sont les idées déjà assez complètes, vous le voyez, que possédait notre auteur sur l’anatomie pathologique.
Si l’on passe à l’étude clinique des maladies du cœur, on verra celles-ci notées pour la plupart avec leur importance propre, leur fréquence, les déductions que l’on peut tirer de leur existence. Mais il semblerait que toute la sémiotique de Corvisart ait été construite en vue du diagnostic de l’affection qui, pour lui, tenait une place si vaste dans la nosographie : nous voulons parler de l’anévrysme du cœur. Pour le reconnaître, dit-il, il ne faut pas trop s’adresser aux palpitations, qui sont un symptôme décevant, il faut plutôt tenir compte des signes fournis par la vue et la percussion.. Si les battements du cœur sont perçus dans une grande étendue, s’ils sont vigoureux ou forts, sous forme surtout de chocs secs et violents, s’ils s’accompagnent de pulsations énergiques de la radiale, on a affaire à l’anévrysme actif; lorsqu’au contraire on constate de l’affaiblissement et de la lenteur des mouvements cardiaques, avec faiblesse du pouls, c’est à l’anévrysme passif qu’il faut penser. Enfin l’apparition d’intermittences, d’irrégularités dans les battements du cœur, avec inégalité des deux pouls, témoigne que l’affection anévrysmale arrive à sa période ultime. Le diagnostic du premier degré de l’anévrysme cardiaque n’est pas toujours facile, de l’aveu même de Corvisart; mais quelque chose vient encore -à l’aide du clinicien, c’est l’augmentation de la matité du cœur;
c’est encore « un je ne sais quoi qui n’est pas naturel », motif suffisant de suspicion.
L’anévrysme du cœur commandait toute la pathologie cardiaque de Corvisart, et il faut lire dans les contemporains l’influence désastreuse de cette exagération. 11 n’y eut personne pour ainsi dire qui ne se crût atteint d’anévrysme, et le nombre des hypocondriaques augmenta à l’infini. Pour le comprendre, il nous suffira d’ajouter que les signes fonctionnels qui passaient pour caractériser cette maladie nouvelle comprenaient les palpitations, les douleurs et angoisses précordiales, les bouffées de chaleur au visage avec éblouissement, la toux opiniâtre et jusqu’à l’exagération de l’appétit.
L’œnvre de Corvisart ajoutait cependant quelques données exactes à celles qu’avaient léguées ses prédécesseurs. En ce qui concerne, par exemple, la différenciation des lésions du cœur droit de celles du cœur gauche, il indiquait comme bons signes de la gêne circulatoire dans les cavités droites la cyanose, l’essoufflement, la dilatation des veines, la faiblesse et l’irrégularité du pouls.
Avec ces écrits forcément incomplets, Corvisart laissait des élèves dont l’œuvre allait être d’achever et de perfectionner la sémiotique c a r d i a q u c, .
Piorry, en imaginant la percussion médiate, devait apporter à cette sémiologie, non pas seulement un procédé nouveau, mais bien une méthode différente permettant de délimiter les organes et d’en apprécier la forme et l’étendue avec une rigueur inconnue jusque-là. Grâce à cette méthode, la mensuration exacte du cœur est devenue possible et l’on peut délimiter même une partie de l’aorte.
Quant à Laënnec, ce fut une révolution véritable qu’il apporta dans la sémiotique en y introduisant l’auscultation. Alors qu’il suivait les leçons de Corvisart il avait vu plus d’une fois son maître, approcher l’oreille du thorax pour chercher à distinguer et apprécier le rythme des battements du cœur. Et, à ce titre, Corvisart avait presque deviné l’auscultation. Mais lorsque, sous l’impulsion puissante de son élève, on appliqua au cœur les procédés de l’auscultation médiate, on dut être singulièrement embarrassé des bruits multiples qu’on y entendait, et pendant longtemps, à vrai dire, on n’en distingua pas la valeur. Laënnec lui-même ne tira pas à beaucoup près, de l’auscultation de cet organe, un parti comparable à< celui qu’il avait su si merveilleusement tirer de l’auscultation des poumons. Il arrivait trop tôt pour son époque; la
physiologie du cœur était encore mal connue, et quant à sa pathologie, nous venons de voir que, malgré Corvisart, elle était fort imparfaite aussi. Si bien que ce grand Laënnec finit par désespérer lui-même de formuler le diagnostic des lésions d’après les bruits que le cœur faisait entendre et que sa seconde édition contient, à ce sujet, une sorte de rétractation des vérités qu’il avait émises dans la première.
Avec Bouillaud, autre élève de Corvisart, la sémiotique du cœur prit un essor nouveau. Jusqu’à lui, ou se contentait ou à peu près de rechercher dans la région précordiale le bruit de souffle, ou de soufflet, comme on disait alors, mais la différenciation des maladies du cœur, de par l’auscultation de cet organe, était à peine ébauchée. Je ne vous rappellerai pas ici toute l’importance de l’œuvre de Bouillaud. Vous savez que, le premier, cet auteur indiqua les rapports qui unissent le rhumatisme aux maladies du cœur en général, et aux lésions de l’endocarde en particulier; les lois qu'il a établies à ce sujet restent encore vraies à l’heure actuelle. Mais, d’autre part, il connaissait la diversité des affections valvulaires; il s’attachait à distinguer les différents bruits anormaux les uns des autres et à les rapporter aux diverses lésions orificielles dont ils facilitent le diagnostic. Sous ce rapport, l’œuvre de Bouillaud fut considérable et exerça sur la pathologie cardiaque une influence qui se continue encore actuellement.
Si la sémiotique des maladies du cœur est loin encore de la perfection, on peut dire que grâce aux travaux de ces divers auteurs, elle a acquis un degré de précision que l’on ne soupçonnait pas au temps de Corvisart. Quant à la pathogénie des affections cardiaques, à l’étude des causes qui les produisent, à leur rapport avec les autres maladies, tout cela, à cette époque, était encore plein de mystère.
Corvisart parle dans son étude de la dilatation de l’aorte, d’un quelque chose d’inconnu, « d’un âcre délétère » capable d’agir suites vaisseaux et d’y déterminer des lésions persistantes. C’était sous l’influence des théories humorales que cette hypothèse avait pris naissance dans son esprit, et elle ne leur survécut point. Plus tard, pendant la période anatomique que Laënnec avait inaugurée et que Virchow a rendue si féconde, les lésions des tissus attirèrent seules l’attention et on se préoccupa peu de la cause qui les déterminait.
îl