CLI.MQDE DE I.A CHARITÉ. M
lises ; aussi nous bornerons-nous à l’énoncé des résultats obtenus grâce à son emploi. Il a été décrit assez longuement dans les Archives de Plnjsio]ogie (1890 et 1891) pour que je mécontente de rappeler ici en quoi il consiste essentiellement. On lixe à un point du corps de chaque oreillette une petite serre-fine qui est en rapport avec la membrane d’un tambour explorateur sans résistance propre et qui exerce sur l’oreillette une légère traction (fig. 35).
j.’jo- 55. — Schéma du dispositif employé pour l’élude des variations de la fréquence, du rythme et de l’énergie des oreillettes.
Chaque oreillette (0. d. et 0. g.) est soumise à une exploration volumétrique au moyen d'untambour à air. fermé par une membrane indifférente qui est reliée à la paroi auriculaire par une petite serre-fine : la systole fournit une courbe descendante et la diastole une courbeascendante; l’étendue de enaque courbe exprime l’importance du phénomène correspondant {pour les autres détails, voy. Arcli. Plujs., 1890, p. 402 et 814).
A chaque systole, la paroi auriculaire, tendant à s’écarter de 1 explorateur, entraîne avec elle la serre-fine et la membrane du tambour, d’où un rappel d’air dans le système enregistreur et une chute de la courbe; au moment de la diastole, un mouvement de sens inverse se produit et la courbe remonte. Letendue de chaque excursion systolique (descendante) et diastolique (ascendante) est proportionnelle à l’énergie de la systole et. à 1 impor-
FRANÇOIS-FRANCK
ACTION DE LA DIGITALINE
lance de la diastole, comme il est facile de s’en assurer, en provocant dans les oreillettes des variations d’énergie par l’action directe des nerfs cardiaques : avec l’excitation des nerfs toni-aceélérateurs, on voit croître l’importance des systoles auriculaires (n° I, fig. 56) ; avec l’excitation des nerfs atoniques (nerfs d'arrêt), on voit, au con- Iraire, diminuer l’étendue des excursions systoliques (n° 2. lig. 56).
Fig. 56. — Application du procédé auriculo-volumétnque à l’étude des variations de l’énergie auriculaire.
L'excitation des nerfs toni-accélérateurs (1) augmente l’amplitude des courbes systoliques auriculaires [Vol. Or. g.); l’excitation des nerfs d’arrêt (2) diminue cette amplitude : l’énergie des systoles de l’oreillette est augmentée dans le premier cas, diminuée dans le second. Les mêmes excitations modifient peu ou point l’action ventriculaire (Pul. o. g.).
J'ai étudié avec détail ces différents effets dans plusieurs mémoires sur l’action tonique et sur l’action atonique des nerfs cardiaques {Archives phy s., 1890-1891-1892), et me contente de rappeler le fait essentiel pour justifier ici la méthode employée.
On pourra dès lors beaucoup plus sûrement apprécier ainsi qu’avec l exploration des pulsations auriculaires, les différents changements d’état produits dans les oreillettes par la digitale, et nous aurons, avec une meme exploration, l’indication simultanée des variations de rythme et d’énergie.
1. Marche des effets produits sur la fréquence, le rythme et l’énergie «les oreillettes par la digitale.
Dans r empoisonnement graduel par la digitale, les oreillettes se ralentissent d’abord, en augmentant d’énergie, puis s’accélèrent en restant très actives; à une période plus avancée, l’arythmie apparaît et présente des formes très variées, en môme temps que diminue l’importance des systoles; peu à peu l’activité systolique s’atténue et les oreillettes tendent de plus en plus vers l’état diastolique, ne donnant plus que de petites secousses inefficaces : elles s’arrêtent enfin en diastole, sans passer, comme les ventricules, par une phase pré-mortelle de tétanisation plus ou moins complète. Ce n’est pas là la seule différence : on constate aussi que l’énergie auriculaire décroît des 1 apparition de 1 arythmie, tandis que, comme nous l’avons vu, les ventricules conservent une puissance remarquable, malgré les troubles de rythme, jusqu’au moment où la mort les saisit brusquement en pleine activité. De plus, autant est étroite l’association fonctionnelle des deux ventricules dans les variations de fréquence, de rythme et d’énergie, autant il est facile d’établir l’asynchronisme et l’asynergie auriculaires. Ces oppositions entre le fonctionnement de la partie auriculaire et de la
partie ventriculaire du cœur n’ont rien qui doive surprendre, car nous savons qu’en réalité les oreillettes ne sont que des appendices veineux, des réservoirs disposés en amont du véritable cœur qui est constitué par l’accolement des deux ventricules. Ces vestibules du cœur sont soumis, sans doute, aux mêmes lois d’innervation que le cœur lui-même, mais leur indépendance entre eux et par rapport à la région ventriculaire est attestée par une foule d’observations d’anatomie comparée et d’expérimentation directe; elle se retrouve sous l’influence des substances toxiques, sans que le fait puisse en rien porter atteinte à la formule de solidarité des deux ventricules que nous avons cherché à établir à propos de l’action de la digitale. ,
Examinons maintenant avec un peu plus de détail les trouDies
subis comparativement par les deux oreillettes, pour être mieux en mesure de discuter tout à l’heure la question de subordination qui
nous occupe surtout.
FRANÇOIS-FRANCK. - ACTION DE LA DIGITALINE
\° Modifications de la fréquence et du rythme des deux oreil- Jettes sous V influence de la digitaline à doses croissantes. — Jusqu’à une dose active, déjà toxique, mais non mortelle, de digitaline, les oreillettes subissent le même effet ralentissant et renforçant que les ventricules (v. § 5, Rapports des variations d'énergie) ; puis l’arythmie s’établit, en général brusquement; elle atteint simultanément l’oreillette droite et l’oreillette gauche, comme dans
Fig. 57. Comparaison des effets produits sur la fréquence et le rythme des deux oreillettes par la digitaline à doses toxiques (6 milligr. de digitaline Duquesnel).
L’oreillette gauche {Vol. o. g.) et l’oreillette droite {Vol. o. cl.) subissent le même effet atonique, diastolique, qui supprime leurs systoles actives (Arythm.or.)et produit par suite une augmentation de leur volume moyen au-dessus de l’abscisse X Y. Pendant cette période d’accidents auriculaires, les ventricules {P. v. cl.) conservent leur fonctionnement à peu pi’ès régulier.
1 exemple ci-contre (fig. 57) ( Exp . 50 mai 1890. — Digitaline Duquesnel — 6e milligr.), ou bien, plus souvent, débute dans l'oreillette droite, mais ne tarde pas à envahir l’oreillette gauche. En même temps que les troubles de rythme, apparaît la tendance
à l’état diastolique progressif qui se caractérise par une augmentation permanente du volume des deux oreillettes incapables d’évacuer leur contenu et se laissant passivement distendre : on a une démonstration de cette inertie croissante dans la ligure 57, où le niveau volumétrique auriculaire s’élève graduellement au-dessus des abscisses X Y.
j'mis la phase arythmique, avec ou sans tachycardie, les oreil eues donnent, de temps en temps, des systoles assez actives encoré . cpaices les unes des autres par des groupes plus ou moins nom’ neux de systoles avortées. Dans la figure 38 (fournie par uneexpé-
Fig. 58.
Comparaison de l’arythmie digitalinique dans les deux oreillettes (5 milhgr. digitaline Adrian).
DTe«cS& ^reillette gauche ( Foi. o. ,.) et roreil-
systoles avortée’? (Av.) ; à une phase plus avancée n» 2) les^tollfaTOSé^ disra^’ P3r t^t
rienec du 6 mai 1890, avec la digitaline Adrian, 5e millig.), on voit (n° 1) de fortes systoles (S. O. -+-) entre lesquelles s’intercalent des sériés de 5 à 8 systoles avortées (Av.). Puis celles-ci s éteignent, les oreillettes ne donnant plus que les fortes systoles (S. O + nu 2) ; à leur tour ces systoles s’atténuent et disparaissent, et les oreillettes s’immobilisent en diastole. On peut remarquer que l’extinction des contractions se produit plus rapidementdans l'oreillette droite, de même que la fréquence des systoles avortées esl moins grande dans cette oreillette que dans l’autre (fig. 57 et 58) : c’est là l’un des nombreux exemples du défaut de solidarité rigoureuse entre les deux oreillettes. L’oreillette droite meurt aussi la pi ernière, mais sa mort ne précédé que d’un très court instant celle de l’oreillette gauche.
2 Modifications de l énergie comparative des deux oreillettes sous V influence de doses croissantes de digitaline. — L’examen des variations de 1 énergie systolique dans chaque oreillette mérite
FRANÇOIS-FRANCK. - ACTION DE LA DIGITALINE. «51
«n examen plus complet, parce que la question de. la subordination L variations d’activité ventriculaire aux variations auriculaires ,loit être posée avant toute autre question théorique et que sa solu- Îl, implique une connaissance exacte des changements d activité
Fig. 59. — Diagramme construit (comme les suivants 40, 41, 42) d'après la mesuré comparative des ordonnées systoliques de chaque oreillette et
çants produits par l’empoisonnement rapide sur 1 cnergie atu l &
Nutivcllc] .
L'énergie moyenne normale des deux oreillettes
parallèlement cette énergie jusqu’à une dose déjà fortement tox q ( o j d>énergie
"5 min. après 3 millier.), la com be de chaque oreillette s'eleve ënirè 6 et 7 minimoyenne, faiblement d’abord jusqu à fi milligrammes, puis P.,. „r„:e aui ne se retrouve grammes ; à ce moment l’oreillette droite subit un renlorcement d énergie qu, ne se
pas à gauche ; puis la force des systoles décroit des deux ^^"tïïn.K quf pitède la tlroitc; une reprise se produit entre le 9" et le 10 milligiamr e, • l’énergie a été
mort en diastole des deux oreillettes. Elles meurent avant les ^n cules Entées la
en croissant régulièrement (< courbe pointillée), sans subir les oscillations qu 1 courbe d’énergie auriculaire droite et gauche.
subis par les oreillettes. Aussi donnerai-je ici quelques tableaux empruntés à des expériences qui avaient été instituées dans < ml de déterminer ce point spécial (fig. o9, 40, 41, 42) • on ) P0lu,a suivre la marche d’abord croissante de 1 énergie avuit ulaue, jmis
CLINIQUE MEDICALE DE LA CHARITÉ, sa marche rapidement décroissante à partir du début de la période
5 el ces (leilx variations seront indiquées comparative-
incnl pour chaque oreillette.
hes mêmes tableaux montreront que l’énergie ventriculaire va unissant, du début a la fin de l’empoisonnement, en suivant une
Kdigtoli7eSSLTfanl d’un empoisonnement rapide par la
(Digita,ine <*»-■ '» — -
et celle >,leint! cl ï>“<*o (%»« interrompue)
l’action de ln rlilii *3 1 PomtMé) correspond à la ligne X Y. Dès le début de
a ugn ten te d'éne J?e tand is que h im su irï ''' “ ' ^ ir ’ iT "'C ^ ^ 0,‘eilleUes : la droite produit ensuite entre » ef à mi'iin-,. 3 Un nffaibl'ssement passager; un effet inverse se
et d’autre avec des alternative^ iéb, éJm—5 ° part,ir d,e Ce moment’ rénerSie décroît de part et vice versa A h fin de Pfcdominance de I oreillette gauche sur l’oreillette droite,
des minhna diastoliaues ) 1 ,0IS0nnemenl l’oreillette droite est déjà inerte, en diastole (ligne
tour en même lemns mie lès 1“ ^uche' clonne encore des systoles. Celle-ci meurt à son
6 milligrammes de di"iniino ® tucu cs ^ont énergie a été croissant depuis le début jusqu’à
fu,nr les oscillations qu’a présentées l’énergie auriculaire;
pendant la phase arythmique* Sntre 6etV m ?™allvesd’altén,,‘?lion ct ilerenforcementd’énergie depuis le début, ISSI,'’1' — l"„ssa„ce s’est maintenue,
progression qui n est pas exprimée dans son détail par les courbes ( CS figures 59, 40, 41, 42 : il fallait surtout montrer que, même dans les phases d’énergie décroissante des oreillettes, les ventricules continuent a déployer un cltort plus grand que normalement : d où la conclusion développée plus loin (§ 5), que les variations de
FRANÇOIS-FRANCK. - ACTION 1)E LA DIGITALINE. 055
pénei-gie ventriculaire ne sont pas subordonnées à celles de
l’ônome aunculaiie. . , . • ■
L’étude détaillée des phases de variations d activité des orci -
[eues ne saurait trouver place ici; je ne veux pas non plus msiste.
[a comparaison des effets subis par chaque oreillette, ni su, les conditions qui font prédominer l’énergie tantôt de la droite,
pliyMnx.
KystNonn
Diqtt. Adriati 28 Mat 1890
». 41. Diagramme des effets d’abord renforçants, puis atténuants, de la digitaline sur l’ énergie de chaque oreillette (digitaline Adnan).
„re » cl 7 milligrammes (le digitaline, les deux oreillettes subissent un rei J™'141®
(1 énergie, après une légère atténuation qui ^ tS ISAtlSiA
7’ milligramme, la lorce des systoles decioit de paît • - <- > , „ affaiblissement
la normale V Y pendant 9 à 10 minutes. L’augmentation de la dose piodu • i affaiblisse) ^
rapide des contractions auriculaires, .qui reprennent "”e “VTnforcemenl preiede tau*.
avec les alternatives habituelles de prédominance d action d "n(e cS"ci aucrmentc
présentent aucun rapport avec les variations de 1 energie von 11 c ' . malo^ues à
régulièrement du début à la lin de l’empoisonnement, sans subir 1 0 fc celles des oreillettes; la mort subite des ventricules arrive en pleine activité une minute api
celle des oreillettes.
tantôt de la gauche ; ce serait une analyse qui nous entraînerait beaucoup trop loin et sans profit réel. — On en trouvcia, du teste, la plupart des éléments dans les tableaux ci-joints.
Je me contente d attirer l attention sur le fait qui est le p us important à notre point de Vue, à savoir que l éneigie auiieu laire, d’abord croissante avec les doses de digitaline, qui ne pi o duisent pas encore l’arythmie des oreillettes, dccioil onsuilt
CLINIQUE MÉDICALE DE LA jusqu a 1 arrêt diastolique, après avoir
CHARITÉ
ou non présenté
une
Fig. 42. Diagramme des effets auriculaires successivement renforçants, puis atténuants, de 1 empoisonnement rapide par la digitaline Mialhe-Petit.
Même séi ie de troubles auriculaires que dans le diagramme précédent (voy. légende, fig. -il) u\ec cette différence que le parallélisme des accidents est beaucoup moins marqué : on voit ici 1 cu eillette droite subir un renforcement d’énergie initial plus grand que l’oreillette gauche et îésister davantage; elle meurt 5 minutes plus tard que la gauche et sa mort précède de 2 minutes celle des ventricules.
reprise qui rapproche plus ou moins l’activité systolique de son point de départ.
§ 2. Question de la subordination des effets de la digitale sur le rythme des ventricules à ses effets sur le rythme auriculaire.
Il n’y aurait vraiment pas lieu même de poser la question d'une subordination des changements de fréquence et de rythme des ventricules aux changements de fréquence et de rythme des oreillettes : en effet, dans les expériences où la masse ventricu-
FRANÇOIS-FRANCK. — ACTION DE LA DIGITALINE
û,o est seule en cause (circulations artificielles dans le ventricule ;olé de la grenouille ou de. la tortue, suppression d’une oreillette al. inhibition ou ligature chez les mammifères, etc.), ou voit se émuler les mêmes troubles ventriculaires que si les oreillettes ornaient intervenir; d’autre part, la comparaison des accidents rythmiques dans les deux oreillettes montre entre elles une disociation fréquente du rythme, alors que les deux ventricules résout synchrones; enfin, on voit souvent coïncider l’état d’immobilité liastolique auriculaire avec une phase de tachycardie regulièie ou u'vthmique des ventricules, ou bien on observe la plus grande irvtlnnie des ventricules en coïncidence avec une régularité parfaite les oreillettes (fig. 45, 19 juillet 1891). En un mot, tous les désac-
Cataxie ventriculaire (Puis. v. d.), produite par 6 milligrammes de digitaline Adrian chez un chien de 16 kilos, coïncide avec une régularité à peu près parfaite des oreillettes (Vol. o. d.).
cords sont possibles, sous l’influence de la digitaline, entre la fréquence et le rythme auriculaires et la fréquence et le rythme ventriculaires : les modifications des ven tricules ne sauraient donc être subordonnées à celles des oreillettes. Que maintenant on observe, à côté de ces discordances, des associations parfaites, cela ne prouve en aucune façon qu’il soit logique de subordonner les eflets ventriculaires aux effets auriculaires : le poison peut, à certaines périodes, au début surtout, aux doses dites physiologiques, exercer simultanément une influence de même sens sur la totalité de l’ap-
pareil cardiaque : dans ces conditions, il ralentira au même titre *ies oreillettes et les ventricules, il provoquera même de part et d’autre ces redoublements de systoles qui indiquent une action déjà toxique; mais, ici, pas plus que dans les périodes d’empoisonnement plus avancé du cœur où apparait le désaccord, on n est
Iî36 CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ.
il invo(tuer- Pour expliquer les troubles ventrie.,1
une action auriculaire primitive. u*aircs.
Beaucoup plus logique est l’hypothèse d’une suboriMnai- i variations de l’énergie ventriculaire aux variations d Î, • " & ment des oreillettes : aussi lui accorderons-nous une ah lieuse; c est elle qui lait l’objet des développements suivants. S'
§ » Rapports entre les variations d énergie des ,
ventrie^es sons 1 influence de la digitale Question de^a Lhor'r
nation des unes aux autres. u»ordi
La question de subordination de l’activité ventriculaire à l’acti
t au. ici. aire se pose à propos des poisons cardiaques, comin.
d pr°p0S d,CS lnfluences nerveuses, quand on considère ie rôle 1 empli par les oreillettes dans la circulation intracardiaque. Ces lesorvoirs veineux constituent de véritables régulateurs du courant sangmi, au travers du cœur: ils emmagasinent une provision vanable du sang veineux général ou pulmonaire et alimentent plus ou moins largement les ventricules, suivant l’importance variable e ours contractions. On sait, en effet, que chaque systole auricu aire envoie dans la cavité du ventricule correspondant une ondee qui en achève la réplétion, et le volume de cette ondée peut etre très dilïerent, suivant l’énergie de la contraction auriculaire qui la projette. C’est cette notion qui a inspiré l’idée que le travail < u eœiii est îéglé pa. 1 activité des systoles auriculaires et par le degré de réplétion des oreillettes. Il est, dès lors, tout naturel de se demandei si, dans les variations observées an cours de l’action de la digitaline dans le travail ventriculaire, une part, tout au
moins, ne i eviendrait pas aux changements primitivement subis par les oreillettes.
Cette question nécessite une étude comparative des changements appoités par la digitale a 1 énergie auriculaire, et de leurs rapports avec les troubles ventriculaires.
Dans les expériences où le cœur tout entier est soumis à l’action des nerfs toni-accélerateurs on à celle des nerfs modérateurs cl anti toniques, on voit marcher de pair l’augmentation d’énergie auiiculaire et ventriculaire dans le premier cas, la diminution d activité des oreillettes et des ventricules dans le second cas. Ce sont la des faits dont j ai cherché à fournir une analyse détaillée
FRANÇOIS-FRANCK. — ACTION DE LA DIGITALINE. G57
ns mes études de cardiographie volumétrique, publiées en 1890 l'Wi dans les Archives de physiologie. Mais, malgré l’action arallèle sur les oreillettes et les ventricules, il est facile d’établir, omme je l’ai fait dans les recherches précédentes, que ce n’est oint l’effet auriculaire qui commande à l’effet ventriculaire; la issociation s’opère aisément en supprimant toute intervention des œillettes (par inhibition préalable chez les mammifères, par ligaure chez les animaux à sang froid). On voit alors que, malgré le téfaut d’action auriculaire, le nerf vague ou les nerfs accélérateurs ontinuent à produire, l’un son action dépressive, antitonique, sur es ventricules; les autres leur effet stimulant, renforçant l’actiité du myocarde ventriculaire. Ce qu’il faut admettre, dès lors, ‘'est que les nerfs cardiaques modifient parallèlement , mais indépendamment, l’énergie des oreillettes et celle des ventricules.
Retrouve-t-on dans l’action des poisons sur l’énergie du cœur le même parallélisme, et, dans ce cas, peut-on démontrer également faction ventriculaire indépendante de l’action auriculaire? La réponse à cette double question pourrait se déduire logiquement des faits observés dans les expériences sur l’innervation cardiaque, car, tout comme le fait un nerf, une substance toxique dissémine son influence sur l’ensemble des éléments du tissu cardiaque, et il n’y a aucune raison de supposer qu’elle l’exerce d’une façon élective sur telle ou telle région du système (je ne dis pas sur tel ou tel élément anatomique de ce système). Mais l’expérience directe, comparative, est facile à réaliser : il suffit d’enregistrer simultanément les changements auriculaires et ventriculaires au point de vue de leur énergie relative, tout comme nous l’avons fait au point de vue de leur fréquence et de leur rythme. La conclusion sera, du reste, toute semblable : de même que les variations de fréquence et de rythme des ventricules sont, dans une certaine mesure, parallèles dans les oreillettes et les ventricules, mais réciproquement indépendantes, de même les variations d’énergie se montrent parallèles, jusqu’à une certaine limite, et, en tout temps, réciproquement indépendantes.
En recherchant, parmi les courbes si nombreuses que nous ont fournies nos examens comparatifs auriculo-ventriculaires dans l’empoisonnement graduel par la digitaline, les cas où pourrait être admise la subordination de l’activité ventriculaire, nous trouvons de nombreux types d’inégalité des systoles de part et d’autre;
r7 “S :’as’ la f0,'le «"«faction ventriculaire est’nrécédée ,■ 01 ? contraction auriculaire, qui semble en être h » "
calnce; on pourrait, d'après cette remarque être Ltî T donner la valeur de la systole ventriculaire a celle tla \* “ ’ü ai" " n|aire- 11 est Inen certain que celte dernière intervient f °i
tionnelle à cette excitation la réaction SïiïSwf.T est naturel aussi d’admettre que le flot smmiin ' î ' SUI ' ’ ! "-s le ventricule commandé à la vîlr plus artérielle expulsée par la systole qui vient ensuite. MaL ^
S01lt flue des incidents pas sagers, et la constatation d( ce tait n’entraine pas la conclusion que les variations d’activité ventriculaire sont soumises aux variations d activité auiiculaire : nous aurons bientôt des preuves de l'indépendance que nous admettons. Mais, avant d'y arriver, je tiens à fixer le point qui vient d être indiqué, à savoir qu a une certaine phase de 1 arythmie digitalinique , à une forte systole d' oreillette fait suite une forte systole ventriculaire.
ha figure 44 ci-contre reproduit le spécimen fourni par une expérience faite, le 15 mai 1890, sur un chien
p; de 16 kilos, curarisé et soumis l'S- *4. — Apparence de subordination des - P . • \ „
iortes systoles ventriculaires aux fortes svs 3 1 actl0n de O milligrammes tôles auriculaires (digitaline Miathe). ’ de digitaline Mialhe : On y
Lefonl1uito à teîi COnStale fllic lcs forleS S!'S‘ ’
oreillettes (Vol. o. g., et Vol. o. d.) {voir texte §5p tôles VClltricillaireS 1, 2, 5.
4, 5, font immédiatement
suite aux toi tes systoles auriculaires correspondantes, et qui sonl
FRANÇOIS-FRANCK. ACTION DE LA DIGITALINE. 039
les-mômes synchrones dans les deux oreillettes; on voit, de plus,
Lie l'importance de la systole ventriculaire renforcée est en jpport avec celle de la systole auriculaire qui la précède; ainsi s courbes 2 et 5 sont plus étendues que les courbes 1 et 4, aussi ieu du côté des oreillettes que du côté des ventricules. .Le raport existe donc, mais sa conslatation n’implique pas que, dans
variations d’énergie ventriculaire qu’elle provoque, la digitaiic agisse sur les oreillettes à l’exclusion des ventricules, contusion que quelques physiologistes ont tirée de 1 observation de lits semblables à propos de l’innervation cardiaque. 11 est plus )gique d’admettre (ce que vont, du reste, établir d’autres exemles) que le poison s’adresse à la totalité du myocarde et provoque tes mêmes réactions dans les oreillettes et dans les ventricules jusu’au moment où les premières perdent leur activité. On voit a ce Moment les ventricules subir seuls les effets de la digitaline, les ireillettes restant indifférentes aux stimulations, et 1 intoxication valisant à ce moment l’expérience de dissociation que je signalais ni début de cette analyse.
L'énergie des contractions ventriculaires et auriculaires augmente mrallèlement au début de l’action de la digitaline, avec les faibles loses qui ne troublent pas le rythme cardiaque : c est ce que montre la figure 45, empruntée à une expérience du 28 mai 1800, sur un chien soumis à l’action de doses croissantes de digitaline Nativclle. On voit l’énergie des systoles auriculaires droites et gauches, ainsi que la profondeur des diastoles, s’exagérer, comme le font l’énergie systolique et le relâchement diastolique ventriculaires (n° 2), dans les instants qui suivent l’introduction de 1 milligramme de digitaline dans le sang.
Cet état dure jusqu’à l’injection d’un second milligramme de digitaline : ici commencent à diminuer (né 5) les excursions diastoliques et systoliques des oreillettes, sans que le ventricule subisse d'effets semblables; le défaut de subordination des changements d activité ventriculaire aux variations auriculaires s’accuse davam lage (nÜS 4 et 5) après l’injection du 4° et du 6e milligramme : *ce moment l’énergie des systoles ventriculaires augmente, tandis que les deux oreillettes perdent leur activité; elles n’exécutent plus que des contractions incomplètes et prennent une position diastolique de plus en plus accusée.
8i les variations d’action ventriculaire étaient subordonnées aux
CLÏNÏQUK MÉDICALE DE LA C1JAKITÉ.
variations auriculaires, or, devrait voir le parallélisme se souleni
' '8' K’- ^tld,e/ai'alléliSmeent- les variati°ns de l’énergie auriculaire et de lenergie ventriculaire (digitaline Nativelle)'.
A la suite d’une première nériode In» oi né, in ,
Vol. o. d) augmente W-iIlèlemim ' ° i 3 Pui!,sance des systoles auriculaires (Vol. o. g.c l J„ k“ C Paiallelement a celle des systoles ventriculaires IP„l »
et
0|L« ^ 3 ? ?°les claires s'atténue rapidement („• r
tolirrue se nroduit tn° ni au, JCUiiau'es s auenue rapidement (n° 4) et l’état dias-
dans Vtexte) ]' q"C 1CS Ventncules conservent une grande activité (vo,j. détail h
aussi bien dans l’augmentation que dans la diminution d’activité (les deux compartiments cardiaques.
Sou v cul c est un changement de sens inverse qui se produit dans les phases d’arythmie toxique de la digitaline. Voici, entre autres exemples, celui qu’a fourni une expérience du 19 juillet 1891, sur un chien t uiarisé, soumis a l’action rapide de la digitaline cristallisée d’Adrian (fig. 46). Quelques minutes après le 8e et après le 10 milligiamme, on voit les ventricules arythmiques donner de très enugiques systoles, tandis que les oreillettes vont s’affaiblissant, tendent a 1 état diastolique et n’exécutent plus que des systoles
FRANÇOIS-FRANCK
ACTION DE LA DIGITALINE
incomplètes, incapables d’agir sur leur contenu. Il est, dès lors.
fjo'. 46. — Rapport inverse entre les variations d’action auriculaire et ventriculaire sous l’influence des doses toxiques de digitaline Àdrian.
L’arythmie ventriculaire (P. v. cl.), avec conservation, et même renforcement de la vigueur des systoles, coïncide avec un affaiblissement croissant des oreillettes (Vol. o. cl.), qui tendent rapidement à l’état diastolique avec systoles déplus en plus affaiblies.
impossible de subordonner, en pareil cas, b augmentation d’énergie ventriculaire à l’augmentation d’énergie auriculaire.
D'après tous mes relevés d’expériences (voy. § 2, fty. 59, 40, 41 , 42), l'augmentation parallèle d’énergie auriculaire et ventriculaire
Fig. 47. — Rapport inverse entre les effets auriculaires et ventriculaires de l’empoisonnement par la digitaline Miallie-Pctit.
hans la phase tacliycardiqüe, sans arythmie notable, produite par i milligrammes de digitaline sur un chien de 15 kilos, les ventricules (P. V. d., sériel) donnent des systoles plus énergiques 'lue normalement ( Série 1), tandis que les deux oreillettes (Foi. 0. g. cl Vol. 0. d.) diminuent d'activité, la droite surtout.
<!sl la règle au début, puis, quand apparaissent les troubles de rythme, l’accord disparaît et on voit les ventricules subir encore
Cl. IXIQUE DE I.A CHARITE.
se