Scrmitt. De la phlébite rhumatismale. Thèse, Paris
titre qu’à 1 5 cas authentiques, dont quelques-uns pourraient encore être considérés comme douteux, mais ceux qui sont indiscutables suffisent à admettre comme certaine l’entité morbide que nous étudions. La littérature étrangère ne fournit rien sur ce sujet, si ce n’est une observation de Virchow1, suivie d'autopsie, mais pculètre exige-t-elle certaines réserves. Depuis 1884 on s’est peu occupé de la partie clinique du sujet. Récemment, cependant, M. de Saint- Germain2 a rapporté une observation très nette de phlébite rhumatismale.
En examinant les observations même indiscutables de phlébite rhumatismale afin d’en déterminer les types cliniques, on s’aperçoit de suite pour quelles raisons les auteurs se sont mis si difficilement d’accord : c’est que la phlébite rhumatismale n’est pas une, constamment identique à elle-même; elle peut revêtir les formes les plus multiples.
Dans certains cas, c’est au milieu de la période fébiilc du rhumatisme que l’on voit apparaître la complication phlébitique. Ou bien il s’agit de rhumatisme très généralisé (Obs. Empis) évoluant chez des sujets encore jeunes, ou bien les douleurs articulaires sont à peine marquées, et c’est dans ces cas alors que la nature rhumatismale de l’affection est difficile à prouver. 11 semble en tout cas que l’intensité de la maladie n’a que peu d’influence sur la forme qu’affectera la phlébite.
Celle-ci peut simuler la phlcgmatia alba dolens, au sens ancien du mot; c’est-à-dire que l’on peut constater l’apparition rapide d’un gros œdème unilatéral avec douleurs localisées surtout sur le trajet des vaisseaux (Obscr. de Vimont in th. de Viccaji). L'affection évolue alors lentement et tout fait penser qu’un gros tronc veineux a été définitivement oblitéré. Nous avons vu nous-mêmc. en 1892, à l’hôpital de la Charité, un homme qui avait été atteint en 1886 de phlébite du membre inférieur gauche dans le cours d’un rhumatisme et qui présentait encore une gêne fonctionnelle considérable, avec varices récemment développées et très abondantes, etc., le tout témoignant d’une oblitération définitive de la fémorale. Ces faits, bien que peu nombreux, nous empêchent cependant d’accepter la 7e conclusion de Schmitt qui dit : « la phlébite rhu-
t. Virchow, in gesam. Abh. wis. Med. Berlin, 1802.
2. L. de Saint-Germain, Étude clinique, experimentale sut la pathogénie du rhumatisme articulaire aigu. Thèse, Paris, 1893.
VAQUEZ. — PHLÉBITE DES MEMBRES, matismale est distincte de la phlegmatia alba dolens ». Parfois au contraire, l’analogie est complète.
Dans des cas tout opposés, la phlébite frappe le système veineux d’une façon plus menaçante et à coups plus multipliés.
L’observation si complète de Trousseau et qui parait indiscutable en est une preuve; on y voit, presque au début d’un rhumatisme articulaire bien franc, les complications phlébitiques occuper une place prépondérante. Tour à tour les veines du mollet, puis celles du bras, les sinus, les veines jugulaires, etc., sont affectées par la maladie, sans que l’oblitération définitive se constitue sur aucune de ces veines. Comme nous le disions plus haut, l’analogie avec certaines phlébites très infectieuses est complète.
Mais ces deux formes sont, à tout prendre, assez rares; le plus habituellement, le rhumatisme frappe les veines d’une façon plus discrète et plus légère. Il choisit un segment veineux, superficiel le plus souvent, et il ne l’oblitère pas; il frappe autour de la veine plus encore peut-être que dedans; il détermine des troubles douloureux, mais passagers, et il menace rarement.
Relativement au siège de la phlébite, Yiccaji a conclu d’une observation personnelle que le rhumatisme frappait surtout les veines du membre supérieur. C’est une erreur absolue, et cette localisation parait au contraire très rare. Mais, lorsque cependant elle se produit, elle affecte alors les veines superficielles.
Aux membres inférieurs, le rhumatisme semble se localiser surtout sur les saphènes ; dans des observations de Lannois1, de Lebreton2, on voit les deux saphènes externes être prises tour à tour et la phlébite détermine alors un œdème léger des membres inférieurs, un empâtement marqué au niveau de la veine avec traînées rosées superficielles; puis les symptômes s’atténuent assez rapidement, ou bien la phlébite gagne la crurale, mais il semble qu’elle l’oblitère assez rarement d’une façon définitive. Dans ces cas cependant l'œdème augmente et la ressemblance avec la phlegmatia peut s’accentuer. Enfin, au bout de dix à quinze jours, les symptômes douloureux cèdent, et le membre atteint ne tarde pas à reprendre son aspect normal. Il y a, à coup sûr, plus de périphlébite que d’endophlébitc; la clinique permet de le supposer, bien