Bocqdot, Bull, de l' Acad, de Méd
d’oppression et d’angoisse précordiale qui accompagnent si souvent les maladies du cœur.
Malheureusement son innocuité n’est point à beaucoup près aussi complète qu’on s’est plu à l’espérer et le dire. 11 y a eu des accidents chez les sujets auxquels on l’a administré, et des accidents graves; môme, comme avec la digitale, des syncopes mortelles, s’il faut en croire Fuerbringer et Rovigli. Or cela ne saurait surprendre beaucoup; caries expériences d’un médecin de Würzbourg, le docteur Reussing1, ont montré que le cœur arrêté par le strophantus, profondément atteint, n’est plus capable, comme celui des animaux tués par la digitale, de reprendre son mouvement sous l’influence d’une distension artificielle. De plus, bien que Fraser, Rucquoy, Rosenbach, Drasche, Mayer et autres aient répété à l’envi que le strophantus diffère de la digitale en cela surtout que son action ne s’accumule pas, l’action trop prolongée du strophantus n’en parait pas moins susceptible de produire toute une série d’accidents assez fâcheux. Le docteur Lemoine2 a vu des animaux soumis à l’influence longtemps continuée de ce médicament, malgré des doses assez faibles pour ne produire aucun effet immédiat appréciable, tomber cependant peu à peu dans une sorte de cachexie caractérisée par l’amaigrissement, l’anorexie, la diarrhée, la polyurie et l’albuminurie ; puis, chez le cochon d’Inde, par des tremblements, des convulsions épileptiformes, de l’apathie, des parésies et l’irrégularité des mouvements du cœur; toutes manifestations qui cessaient quand on suspendait le remède.
A cela il faut ajouter que ce qu’on trouve dans le commerce sous le nom de graine de strophantus ne se rapporte pas toujours, paraît-il, à la même plante; que les produits provenant de la côte orientale d’Afrique semblent avoir une activité différente de ceux qui viennent de la côte occidentale (Mairet et Combemale) ; enfin que la glucoside extraite de cette graine sous le nom de strophantine est très loin d’en reproduire exactement les effets.
De tout cela vous conclurez avec moi : que le strophantus est un succédané précieux de la digitale, puisqu’il en produit tous les effets utiles; et cela parfois dans des cas où la digitale est demeurée
1. Reüssing, Uebcr Wirkung des Strop liant in auf das Froschherz. Dissert. Würzburg,
2. Lemoine, Du strophantus, Déc. gêner, de clin, et de thérapeutique. Oct. 1888, p. 359 et 657.
CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, inefficace; qu’il doit être manié avec non moins d’attention et de soin que la digitale elle-même et qu’il convient d’éviter avec lui la trop longue continuité dans l’emploi du remède, puisqu’elle n’est sans doute pas sans inconvénient sérieux et peut-être même pas sans danger; enfin qu’il n’est sage d’y recourir qu’autant qu’on peut avoir à sa disposition un produit dont l’action soit suffisamment éprouvée. La préparation dont nous nous servons ici journellement est l’extrait préparé par Catillon sous forme de granules d’un milligramme. Nous en avons obtenu des effets réguliers et très constants. La dose en a été portée progressivement de deux à quatre granules par jour, sans que nous ayons eu à noter aucun signe d’intolérance. Bien qu’il n’y ait eu non plus aucun indice d’accumulation, nous nous sommes astreints à suspendre l’usage du médicament aussitôt qu’il avait produit tous ses effets utiles; c’est-à-dire que le pouls était régularisé, les œdèmes disparus, et les malaises principaux calmés. Nous le reprenons dès que les mêmes accidents menacent de se reproduire, et par cette intermittence nous sommes assurés non seulement de ne provoquer aucun accident de médication, mais aussi et surtout de conserver au médicament le plus longtemps possible son efficacité.
Nous placerons immédiatement après les deux médicaments précédents la caféine, dont l’action est fort analogue à la leur, quoique différente cependant à certains égards. Comme eux elle ralentit les battements du cœur et les régularise; comme eux elle est diurétique ; comme eux elle a été employée avec grands avantages chez les malades affectés de lésions organiques du cœur intolérées. Ce que l’expérimentation a fait connaître de son mode d’action est également assez analogue en ce sens qu'elle produit chez les animaux un ralentissement notable des battements du cœur et une augmentation de leur énergie ; qu’elle le fait en provoquant et exagérant l’action du pneumogastrique, comme l’a montré Wagner1; qu’elle agit sur le cœur isolé et sur les portions même de ce cœur qui sont totalement dépourvues de nerfs, ainsi qu’il résulte des recherches du docteur Leblond2, poursuivies sous la direction de P. Franck et de Laborde; enfin, qu’aux doses toxiques elle arrête le cœur en systole.
1. Wagner, Exper. Untersuchungen ueber den Eiufluss des Coffeins Disser. Berlin, 1885, août.
2. Étude physiol. et thérap. de la Caféine. Th. Paris, 1885, p. 44 et 46.
Cette action cependant diffère à certains égards de celle de la digitale et du strophantus. L’action directe sur le muscle cardiaque parait prédominante, car la section du nerf vague ou l’atropinisation n’y mettent point obstacle1 ; de plus la contractilité des capillaires périphériques est beaucoup moins mise en jeu, si tant est qu’elle le soit et l’élévation de la pression artérielle paraît dépendre plus exclusivement de l’énergie augmentée des battements du cœur, de la vient que l’amplitude des pulsations s’exagère beaucoup. Enfin, quand la dose est notable, il se produit une dilatation évidente des capillaires; dilatation qui se manifeste par la tuméfaction des organes et notamment par celle du cerveau que des expériences de Coppola ont permis de constater. — Quant à la diurèse, fort indépendante des changements de la pression artérielle, tout comme elle l’était avec les médicaments précédents, elle parait se rattacher bien plus qu’elle ne le faisait avec eux à l’action du médicament sur le rein et sur les cellules rénales même2; ce qui a fait comparer cette action, par Brackenridge 3, à celle de la pilocarpine sur les glandes salivaires.
Administrée aux malades atteints d’affection cardiaque intolérée, la caféine produit des effets analogues à ceux de la digitale et du strophantus : ralentissement, régularisation du pouls, diurèse4 5. Rabuteau les énonçait déjà dans son traité de thérapeutique en 1877 et assurait avoir vu le pouls descendre en pareil cas de 75 à 58 pulsations par minute. Le ralentissement que ce médicament détermine n’est cependant pas habituellement égal à celui que produit la digitale. Mais le pouls prend avec lui plus d’amplitude Le professeur Lépine* a d’ailleurs noté que son action est particulièrement rapide et que la diurèse, sous son influence, s’établit très promptement. Or comme on peut employer la voie hypodermique, cette action devient alors à peu près immédiate. Mais elle est peu persistante, en sorte qu’il faut, pour obtenir un effet suffisant, répéter
1. Doppola de Païenne, Sol mécanisme di azione délia Caffeina. Ann. univers, del Sied , Englio. 1887, p. 87.
2. Schrôder, Zur diuretische Wirkung des Coffein. ( Centralbl . fur die med. Wissensch, 1886, 465).
3. Brackenridge, On the action and uses of cilrat of caffein as a diuretic, ( Edinb . méd., Journ., juillet, 1881), p. 4.
4. Notiixagel ü.nd Beciier, Coffein als Hcrztonicun und diureticum. Wiener med. Blâtter, 1884.
5. Lépine, De Vemploi de la cafeine dans les maladies du cœur, Lyon med., 1882. Tome XL, p. 362.
CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, et rapprocher les doses; ce qu’on peut faire d’ailleurs sans préoccupation, puisqu’on n’a point à craindre d’accumulation dangereuse à moins d’un très long usage. Le docteur Petrescu de Bucharest a pu sans danger en administrer à un même malade 36 grammes de suite. Mais, arrivé à la dose de 37 grammes, le docteur Stahl 1 2 de Würzbourg a vu survenir quelques signes d’intolérance et notamment des vomissements. Le plus ordinaire des inconvénients de la caféine-est de produire chez quelques sujets, pour peu qu’on pousse un peu les doses et qu’on les répète, une agitation pénible, de l’insomnie. et des douleurs de tète.
Comme le remarque mon collègue des hôpitaux, le docteur lluehard*, il y a lieu, pour les malades affectés de maladies du cœur, de recourir de préférence h la caféine quand on peut craindre qiie le myocarde, par suite d’un affaiblissement extrême ou d'une altération profonde de son tissu, soit incapable de répondre suffisamment à une sollicitation de la digitale et qu’il ne fléchisse dans ses luttes avec la résistance périphérique. Il y a lieu d’y recourir encore lorsque des accidents graves d’asystolie requièrent une action immédiate. Elle peut rendre enfin de très considérables services quand Faction de la digitale et du strophantus, ou la tolérance pour ces remèdes, ont été épuisées; ou bien encore quand on les a trouvés l’un et l’autre dès l’abord inefficaces, puisqu’il est des cas où ce médicament réussit quand les autres ont échoué.
La dose moyenne à laquelle il le faut employer pour obtenir un effet notable sur le cœur est de 60 centigrammes par 24 heures. Cette dose peut être dépassée. Elle a été portée à 2 gr. 50 par Nothnagel, à 3 grammes par M. Iluchard.
Comme cette substance est soluble dans l’eau dans la proportion de 2 pour 100 et sans saveur désagréable, on la peut administrer facilement dans une potion. Pour que la dose à administrer soit un peu forte, le mieux est d’en assurer la dissolution en ajoutant un poids égal de benzoate de soude, de salicylate de soude ou de bromure de potassium. Le benzoate de soude est préférable si l’on adopte la voie sous-cutanée, car on peut ainsi dissoudre la caféine dans le double de son poids d’eau, en sorte qu’un gramme de la solution renferme 0,25 de caféine. Le bromure de potassium a