PERÇUS A L'AUSCULTATION
Ce phénomène de la vibration pleurale se perçoit-il à l'état normal? Non, Messieurs: d'abord, parce que la plèvre viscérale est une membrane extrêmement mince (quelques auteurs l'ont nié) ; et ensuite parce que sa surface est constamment humectée par la synovie séreuse.
Mais supposez la plèvre desséchée et épaissie d'une façon sensible et vous comprendrez qu'alors la vibration puisse être facilement perçue par vos sens.
Eh bien, Messieurs, est-ce que Tinflammalion ne met pas la plèvre dans l'état que je vous indique? estce que l'inflammation ne tarit pas la sécrétion séreuse? est-ce que l'inflammation ne conduit pas à un épaississement qui souvent est considérable? 11 est donc tout simple, dès lors, de comprendre que la membrane pleurale épaissie et desséchée, vibre au moment de l'inspiration.
A la vibration pleurale, M. Arnould ajoute encore, comme élément de renforcement pour ainsi dire, la vibration des fausses membranes adhérentes, par une extrémité au poumon, par l'autre extrémité h la paroi Ihoracique, et libres dans le reste de leur étendue, au milieu de la cavité pleurale. Ces fausses membranes, si fréquentes dans la pleurésie, subissent toujours une certaine tension, sous l'influence des mouvements respiratoires, et cela d'après un mécanisme facile a comprendre.
Toutes ces causes font que, par les mouvements respiratoires, il se passe dans la plèvre malade des bruits variés dont la résultante produit ce (ju'on appelle le craquement, lequel sera plus sec ou plus humide, selon le degré d^humidité des membranes, plus fort ou moins
Mi DES BRUITS PLEURAUX
retentissanl, soivant l'épaisseur et le nonibre de ces mêmes membranes •
Et voyez combien l'idée de M. Arnould est îoc nieuse ; on a toujours comparé le craquement au bruit] qui se passe alors h celui qui se produit par Je fait de] la moditicatioij physique d'une membrane» Ainsi, dans] certains cas, on entend un bruit qui, à son degré le plus] faible, ressemble au froissement d*une feuille de pa-j pîer Joseph ; plus fort, c'est le bruit de parchemin ; à] son degré le plus intense, c'est le véritable craquemeDlJ Ih bruit de cuir neuf, le bruit de la selle du cavalier,] le bruit d'une chaussure neuvCr
Toutes ces comparaisons sont tirées de menibranesl qui vibrent; il n'en est plus de même pour les râles, j même pour les plus secs comme ceux de la pneumonie, par exemple, car on les a toujours comparés auxj bruits qui se passent dans Tinlérieur d*uu tube.
La plèvre est mise, de par Vm/hmmatmt simple, dans | les conditions physiques qui donnent naissauce à cesj bruits de paichemin ; mais elle peut aussi se IrouTerj dans les mêmes conditions par le fait de la tuberculose ] pulmonaire. Les autopsies daus lesquelles on a trouvé les plèvres épaissies et adhérentes entre elles le prouvent surabondamment. Sur le vivant, vous en trouverez des exemples chez la femme du n'' 31 de la salle du Rosaire et chez le malade qui occupe le lit n* 50 de la salle «les hommes. Vous percevrez chez ces tuberculeux des bruits de craquemeuls, qui ne se passent point dans le poumon, car ils ne sont pas modifiés par la toux ni pirl Texpulsion des crachats. Ces bruits ne peuvent pas être | mis sur le compte de la présence des tubercules crus' quij par eux-mêmes, ne sauraient être une des condi-j
PERÇUS A L*AIJSCIJLTATfO>'. 3*»a
lions de leur produciion, mais ils doivent être rattachés à Texisteoce de fausses memLianes de nouvelle formation et à Tépaississement inflammatoire de la plèvre, attendu que la pleurésie accompagne toujours le développement des tuLercnles crus.
Si l'inflammation va jusqu'à produire ladhéreDce de la plèvi'e viscérale à la plèvre pariétale, au niveau des sommets (ce qui se rencontre très-souvent), il s'établit une lutte entre l'élasticité pulmonaire et la résistance de la fausse membrane : de cette lutte naît la respiration saccadée,
J abrège, Messieurs, ces considérations si intéressantes que j'avais à vous présenter et je termine en revenant à notre malade. Eu ce qui la concerne, je conclurai en disant: Les bruits perçus h rauscullalion de sa poitrine se passent dans la plèvre; et les craquements qui s'entendent dans font le côté gauche sont la conséquence d'une pleurésie simple.
Si ces craquements s'eulendaient exclusivement au sommet, dans la fosse sous-âcapulaire ou dans la fosse sus-épineuse, sans phénomènes aigus généralisés à la cavité pleurale entière, je devrais poser un point d'interrogation en faveur de la tul»erculose commençante; mais ici, pour le moment du moins, je crois que nous n'avons pas à nous préoccuper de celte funeste diathèse.
Si nous nous en tenions chez cette malade aux seuls bruits perçus h l'auscultation de sa poitrine el si nous n'avions d'autres explications ;i donner de la formai ion de ces l»ruits que celles qui avaient cours dan.-^ la science avant les reche relies de M, Aivnould, nous serions conduits à conclure à rexistence de tubercules
3iîG D[IU[TS PLEURAUX PEBÇUS A L'ÂUSCULTATIOIV.
ayant déjà envahi un€ nolable étendue du pareoJ chyme puhiioïiane. II est bien vrai que, en général, et dans rimmense majorilé des cas, ces bruits ne doîveut pus avoir une autre sigiïilicaiion, surtout lorsqu'ils se font entendre au somuiel des poumons, car! alors — quoiqu'ils se produisent toujours dans la plè-J vre et qu'ils soient la conséquence d'une iunammalionj plus ou moins circonscrite de celte membrane — ils] révèlent ta présence des tubercules qui ont été, euxmêmes, la véritable cause efliciente du développement | de la [dilegmasie pleurale. Mais, daus le fait qui nous] occupe, il ne saurait en être ainsi, car rieo dans les| commémoratifs, pîis plus que daus la marche de Ja maladie ne permet de l'oconnaître Fintluence de la, maladie tuLïerculeuse. Puis, ce n'est pas aux sommets que nous percevons ces bruits de craquements; cest au milieu de la hauteur du thorax, dans un poinî ijfli est loin dèti e le sié^e de prédilection des depuis liikrculeux et, par suite, des pleurésies partielles auxqudb leur voisinage donne naissance,
Eulin, nous avons vu ces signes d'auscultation succéder aux symptômes les mieux accusés de h pleurésie aiguë. C'est au point où cette pleurésie a débuté qu'ils se sont d'abord montrés, pour, de là, s'étendre ensuite vers le haut de la poitrine, mais sans jamais se fixer tout à fait au sommet.
Je suis donc autorisé, d'abord^ h nier que ce soit làutt sjmptùme de tuberculisation commençante, puis à conclure, contormément à la théorie de M. J, Arnould» que ces bruits de ci^aquemeuts secs se passent bien dan$ la plèvre et sont causés par les modilications que Tiiiflammatiou a imprimées à cette membrane.