XVIII INTRODUCTION
Nous avons vu tout à l’heure que, dans l’ordre physiologique, les actes nutritifs ne s’accomplissaient, dans une certaine périodeet dans une certaine mesure, qu’en produisant une perturbation passagère. — Nous avons vu que les aptitudes fonctionnelles suffisaient pour la restauration de l’ordre. Élevez-vous un peu plus haut et arrivez au degré de la maladie; les aptitudes fonctionnelles restant les mêmes, il suffit d’un peu plus de travail, d’un labeur plus pénible, pour l’accomplissement de la fonction pathologique, comme tout à l'heure pour l’accomplissement de la fonction physiologique.
Que si l'instrument est insuffisant, 1l n’en conservera pas moins les aptitudes et les propriétés qui lui sont naturellement dévolues, mais il demandera plus de temps qu'auparavant, 1l rencontrera plus de difficultés dans l'exercice de la fonction pathologique. Si cette difficulté n’est pas insurmontable, il y a guérison, guérison accomphe en vertu des propriétés innées de la matière assemblée et constituée en organes; si la difficulté est insurmontable, et elle l'est malheureusement trop souvent, la maladie persiste, et la destruction de l’appareil, de la fonction ou de l’ensemble, en est la conséquence.
Il n’en est pas moins vrai qu'aux tissus vivants, aux organes, aux appareils, sont départies certaines propriétés qui survivent aux plus véhémentes secousses et à l’aide desquelles s’accomplissent les œuvres physiologiques et pathologiques. Il est donc vrai de dire, dans un sens figuré, que la nature tend à la guérison, ce qui n’implique pas que cette tendance ne rencontrera pas, dans l'intimité même de l'être vivant, par l’usure ou la destruction des organes, ou bien, en dehors .de l'être, par la véhémence ou la malignité de la cause morbifique, des obstacles insurmontables.
Mais le médecin bien convaincu de cette puissance des propriétés des tissus sera moins disposé à agir, sera plus circonspect dans ses attaques thérapeutiques, et comprendra mieux que le rôle du médecin n’est quelquefois jamais plus utile que lorsqu'il se borne à
observer et à diriger ces forces vives. - Nous croyons trop à nous-mêmes, et nous nous défions tr op de ce que j'ai appelé métaphoriquement la nature. — Nous ne: savons
pas assez que, le branle donné, pardonnez-moi cette expression triviale, les choses reprennent leurs allures normales, et que rien ne doit être plus respecté par le médecin que le retour à l’activité des fonctions naturelles qui désormais feront, pour la curation, plus que tous les agents de la matière médicale.