INTRODUCTION. XXIII
bien longtemps que je suis tenté de laisser à la nature le soin de mener à bien cette maladie contre laquelle nous sommes tous disposés à agir avec tant de vigueur ; mais jusqu'ici je n’ai pas osé le faire. Les antimoniaux, les vomitifs, la digitale sont mes armes de prédilection, et je croirais manquer à tous mes devoirs, si, convaincu comme je le suis, peut-être à tort, de l’extrême utilité de ces moyens, je les mettais de côté pour voir comment la nature viendrait à bout de la maladie.
L’abstention dans les maladies qui n’ont aucune gravité se conçoit à merveille, et l’on peut, sans trahir ses devoirs, étudier les allures de ces maladies, sans permettre qu’elles soient troublées par l'intervention de l'art; mais quand il y a du danger et que nous croyons avoir dans nos mains un remède qui le puisse conjurer, la conscience nous crie d'agir et nous ramène à la médecine active, alors même que, pour un moment, nous aurions cédé à l'attrait d’une curiosité coupable. R |
Cette abstention que je blâme, je l’accepte au contraire entièrement, j’en proclame lopportunité dans les maladies contre lesquelles tout jusqu'alors est resté impuissant. Attendre dans ce cas, vous apprend au moins une chose : c’est qu'ilest des remèdes nuisibles, et qu’il vaut mieux ne faire rien quede faire du mal. Cependant, dans ces mêmes cas, si l’abstention était nécessaire pour nous faire connaître la marche du mal, elle me «doit point être absolue, et elle doit céder devant les convictions de ceux qui croient, à tort ou à raison, avoir trouvé un remède utile. Dans des affections incurables, dans celles qui, bien que souvent curables, sont graves et ne cèdent qu’avée lenteur et après avoir conduit le malade par les voies lesplus périlleuses, quelques essais sont permis, pourvu qu'ils ne soient que le corollaire de faits acquis dans des circonstances que vous jugez analogues, ou le résultat d'expériences heureuses tentées par d’autres que vous.
Le péril imminent, certain, que court un malade, justifie tous les remédes, ou tout au moins les excuse, puisque, dans le cas qui nous occupe, nous ne pouvons faire pis que ce qui va inévitablement arriver.
Mas dans ces cas mêmes, il faut que l'acte thérapeutique soit justifié par une idée, par une analogie.
En présence d’un enfant qui meurt étranglé par de croup, agir comme le chirurgien qui-ouvre une issue à un corps étrangerintro-