‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 19 sur 76 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

quences d’un fait primordial ne prendront de valeur médicale qu'autant que l'expérience aura prononcé, et l'expérience ne s’acquiert que par l'expérimentation. Il n°y a pas au monde un médecin, à moins qu'il ne soit stupide ou malhonnête, qui expérimente sans autre motif que de constater les résultats de son expérimentation. Il est conduit par un fait ou par plusieurs faits déjà acquis, et les essais qu’il tente sont réellement légitimés par des notions antérieures fournies par le hasard, ou bien à la fois par le hasard et par l’observation attentive des faits.

Lorsque les femmes occupées à éplucher les stigmates de safran ont eu souvent à se plaindre de lexagération du flux menstruel, ce fait, de notoriété populaire, n’a pas pu ne pas frapper l'esprit des médecins les moins intelligents, et de là à l’action thérapeutique emménagogue et souvent abortive du safran, il n’y avait qu’un pas.

Comment est-on arrivé à essayer de réprimer les bourgeons charnus d’une plaie avec la pierre infernale? je l’ignore. Maïs cette pratique, toute vulgaire, laissée entre les mains de ceux qui font leurs premières armes dans la carrière médicale, de ceux qui sont le plus étrangers à notre art, a conduit les praticiens à l’expérimentation la plus féconde et la plus riche en résultats. Assimilant les affections catarrhales des membranes muqueuses au bourgeonnement de la peau dans les plaies, ils se sont demandé s’il ne serait pas opportun de mettre en contact avec ces membranes muqueuses ce même cathérétique, et des essais, d’abord timides, ont donné des résultats tels, que bientôt on s’est enhardi, et les solutions de nitrate d'argent portées d’abord sur le pharynx, sur la membrane muqueuse buccale, sont devenues d’un usage banal dans le traitement des phlegmasies des membranes muqueuses du nez, des yeux, de l’urêthre, du vagin, et même dans celles de la membrane muqueuse intestinale.

Mais si le plus énergique des cathérétiques était aussi évidemment utile, ne pouvait-on pas attendre les mêmes effets de ceux qui se placent à côté du nitrate d'argent? Lessulfates de cuivre et de zinc, le sublimé corrosif, les solutions alcalines de potasse, de soude, d’ammoniaque, essayés successivement par divers praticiens, ont répondu à l'attente de l’expérimentateur, et chaque jour le champ de l’expérience a été s’agrandissant.

Cependant on ne tardait pas à s’apercevoir que le premier effet de ces agénts divers n’était qu'un phénomène analogue à celui de

TROUSSEAU, 2° édit. — 1. €

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