‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 30 sur 76 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

avaient aussi surgi dans notre esprit, et les aperçus nouveaux pour nous le sont moins, parce que nous y sommes plus naturellement amenés. Un élève se prend à être fier d’avoir jugé comme ont Jugé avant lui les maîtres de l’art, d’avoir rêvé une application thérapeutique, un procédé opératoire déjà depuis longtemps dans le domame de la pratique. Il comprend mieux alors combien sont dignes de respect ses devanciers qui ont tant fait pour l’art, et sa confiance en eux s'accroît en proportion du nombre d’idées communes entre eux et lui.

Celui qui a toujours obéi à l’impulsion étrangère et qui n’a Jamais eu de spontanéité, ne sera Jamais un médecin aussi éminent et un admirateur aussi passionné des grands hommes qui nous ont précédés, que celui qui se sera presque élevé jusqu’à eux, ou qui, tout au moins, jeune encore, aura comme eux cherché des voies nouvelles. -

Il doit se faire entre les élèves et le maître une sorte d'échange, dans lequel les premiers reçoivent la plus grande part, dans lequel pourtant le maître lui-même trouve à gagner quelque chose. Combien je me suis souvent applaudi d’avoir encouragé les jeunes hommes qui m’entouraient à penser par eux-mêmes, à me communiquer leurs idées, à m’entretenir de ce qu’ils croyaient être leurs découvertes ! Que de fois ces jeunes et ardentes intelligences ont ranimé mon esprit vieillissant, m'ont montré des horizons nouveaux ! Que de choses j'ai apprises dans les causeries familières des salles d'hôpital! Je me suis toujours trouvé heureux de favoriser, d’aider leurs recherches, et si mon expérience ne leur a pas été inutle, leur ardeur m’a stimulé et m’a empêché de me rouiller dans la vanité du maître qui croit n’avoir plus rien à apprendre dans l’art si difficile de la médecine.

Celui-là gagnera toujours quelque chose qui sera bien convaincu qu'il y a toujours quelque chose à gagner, et que, dans les sentiers les plus battus, il y a toujours du nouveau à trouver, pourvu qu’on le cherche avec ardeur et intelligence. C’est pourquoi, lorsqu'un homme ardent et jeune s’attelle à une idée (permettez-moi cette expression vulgaire), il arrive à des notions inconnues, à des aperçus nouveaux, et il apprend à ses maîtres des choses qu’ils ignoraient, où qu'ils n'avaient qu’entrevues.

Sans doute, messieurs, le jeune médecin qui prend cette voie hardie s’égare souvent, et après de longs efforts, se voit obligé de

INTRODUCTION. XXXVIT revenir sur ses pas : mais l'exercice de l'esprit lui a profité, soyez-en bien sûrs, et il est d’autant plus apte à apprendre qu’il a plus souvent fait œuvre de son intelligence et appliqué son attention.

Cherchons donc si les méthodes d’étude ont toujours été mauvaises, si celles que l’on met en œuvre aujourd’hui sont les meilleures, si elles sont suffisantes pour établir une science.

Tout d’abord, messieurs, je mettrai de côté les sciences préparatoires qui sont à l’art médical ce que l'étude des lois de la lumiére est à la peinture, ce que la science de la coupe des pierres est à l'architecture ; je laisserai donc 1c1 la physique, la chimie, l’histoire naturelle qui, à coup sûr, sont utiles en médecine, mais qui ne font pas plus le médecin que la science de la perspective ne fait le paysagiste.

La médecine est l’art de guérir, elle n’est que cela ; guérir est le but, et toutes nos méthodes aboutissent à la thérapeutique médicochirurgicale. Que quelques connaissances accessoires soient bonnes en elles-mêmes, c’est ce que j’admets volontiers ; mais ces connaissances acquises, comment devient-on médecin ?

Il se présente plusieurs méthodes ; mais toutes, sans exception, dans tous les temps, dans toutes les écoles, sont fondées sur l’observation préalable des faits.

Il n’est jamais, que je sache, entré dans l'esprit d’un homme sérieux, qu’on puisse connaître sans regarder, qu'on puisse regarder sans voir. On a donc toujours vu, toujours regardé, quand on voulut acquérir une notion et systémaliser ses connaissances.

L’attention implique de toute nécessité la comparaison, qui est virtuelle si elle n’est explicite.

Ainsi tout médecin, dans le monde, a vu, regardé, comparé : ce qui n’empêche pas qu’il n’ait pu mal voir, voir quelquefois avec de mauvais yeux, voir par les yeux des autres, mal regarder, mal comparer, peu importe. Ce que je veux établir ici, c'est que les procédés élémentaires sont les mêmes pour tous et partout.

La question des méthodes d'observation se réduit done à savoir comment il faut regarder pour acquérir les notions, comment il faut comparer pour bien juger.

La notion des choses tangibles s’acquiert par la simple perception de tous les phénomènes à l’aide desquels se manifestent ces choses. Cette perception ne demande aucun effort d'intelligence; elle re-

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