INTRODUCTION. XXXIX
dire, c’est qu’elle est à peu près nulle comme acte intellectuel. Sans tailleurs de marbre, Saint-Pierre de Rome ne serait pas édifié; mais je m'indigne de voir un tailleur de marbre se croire presque un Michel-Ange.
Parce que, pour acquérir les notions brutes, ilne faut que de l'attention, parce que les esprits les plus vulgaires sont aussi propres, et quelquefois même plus propres que les autres à l’accomplissement de cette œuvre, s’ensuit-il, messieurs, que, dédaignant un travail modeste, vous deviez laisser à d’autres le soin de recueillir les faits, satisfaits de les coordonner, de les interpréter, de les systématiser ? Ce serait là une prétention aristocratique, qui se comprend à peine chez l’homme qui a vieilli sous le harnais, mais qui serait au moins singulière de la part de celui qui fait les premiers pas dans la carrière. On ne s’arme du ciseau pour créer le Laocoon que lorsque l’on a longtemps pétri la terre, ébauché des formes élémentaires, modelé péniblement des contours et brisé bien des burins sur un marbre grossier. Ceux qui ont dédaigné des commencements pénibles, tout matériels, tout inimtelligents qu’ils puissent être, ne sont jamais que des artistes faux et incomplets.
Voyez donc beaucoup, observez par vous-même, car 1l faut posséder des notions personnelles pour comprendre et utiliser celles que les autres ont acquises.
Il faut le dire, à la louange de tous les bons esprits qui ont illustré notre art, l'observation des faits a été par eux proclamée comme une nécessité absolue, et aujourd’hui plus que jamais cette nécessité est admise par ceux qui président à l’enseignement de la médecine.
Mais si l'on est universellement d'accord sur ce point, on ne l’est plus sur la manière dont il faut procéder à l'interprétation des faits.
Deux méthodes principales existent aujourd’hui en médecine : l'une qui se dit nouvelle, la méthode numérique ; l’autre, ancienne, la mnéthode d'induction
La première a pris pour devise la phrase célèbre de J. 3. Rousseau : « Je sais que la vérité est dans les choses et non dans mon esprit qui les juge; et que, moins je mets du mien dans les jugements que. J'en porte, plus je suis sùr d'approcher de la vérité. » La seconde est celle qui a été jusqu'ici suivie par tous les grands praticiens, quelles que fussent d’ailleurs leurs doctrines; elle a été conservée par la plupart des professeurs de notre Faculté.
La méthode numérique, qui faisait la base de la statistique, et